[Centenaire Césaire] : « Le noir » et « Une tempête » au Centre Tjibaou

Une tempête d’Aimé Césaire sera jouée au Centre culturel Tjibaou, du 31 octobre au 3 novembre et du 7 au 10 novembre 2013, par la compagnie Pacifique et Cie dirigée par Isabelle de Haas.

« Le noir » sera le fil conducteur de la saison théâtrale qui commence en mars en Nouvelle-Calédonie. « Nous jetons les bases d’une réflexion sur notre identité », annonce le directeur du Centre, Emmanuel Tjibaou.

Le centre accueille, du 13 au 15 mars, le Womad Festival, avec la chanteuse algérienne Souad Massi et le chanteur de reggae jamaïcain Jimmy Cliff.

Source : Les Nouvelles Calédoniennes.

Sur une comparaison des textes de Césaire et de Shakespeare, lire ici.

 

À Ouessant, le bivouac littéraire d’Anne Bihan

Elle butine les îles entre sa Bretagne native et sa Calédonie d’adoption. Pour quatre mois, de  janvier à avril, Anne Bihan a décidé d’installer son bivouac littéraire dans le sémaphore du phare du Créac’h, sur l’île d’Ouessant, auquel Papalagui s’était intéressé en relatant le travail du précédent résident, le poète Alexis Gloaguen.

A peine arrivée, Anne Bihan doit répondre à sa première interview. Nous ferons le point dans un mois.

De vos écrits, le dernier titre en date est un recueil de poésie, Ton ventre est l’océan (éditions Bruno Doucey). Correspond-t-il à un moment particulier de votre vie, entre Bretagne et Calédonie ? Pour votre bivouac littéraire en Finistère insulaire, avez-vous emporté quelques vivres ?

“Ton Ventre est l’océan” témoigne plutôt de cette traversée de plus de vingt ans qui est la mienne, avec pour port de départ la Bretagne où s’ancre mon enfance, ma généalogie, et avec pour port d’attache la Nouvelle-Calédonie sans laquelle il m’est devenu impossible d’être.
Il est juste de parler de bivouac si l’on se réfère à l’étymologie du mot. Elle intègre le geste de guetter, et le situe au temps présent. Pour faire face à ce geste, à ce temps vécu au présent en attendant la relève, il faut à la fois des vivres qui tiennent au corps, et de la légèreté pour demeurer mobile. Mais pas facile de trancher entre ce qu’on emporte et ce qu’on laisse. Pour la première fois j’ai rêvé qu’on m’offre une liseuse.
Finalement j’ai amené avec moi deux livres que je fréquente assidûment depuis fort longtemps : “Armen”, de Jean-Pierre Abraham, qui n’est pas pour rien dans le désir qui m’a conduite ici, et “Dialogues avec l’ange”, un texte puissant et mystérieux. Quatre livres à relire : “Bartleby”, de Melville, “Une Chambre à soi” de Virginia Woolf et, paradoxalement peut-être, “La Forme d’une ville” de Julien Gracq, mais aussi “Les Solidarités mystérieuses”, de Pascal Quignard. Deux livres enfin que je souhaitais lire ici, le dernier du même Pascal Quignard, “Les Désarçonnés” ; et “Tâdo Tâdo wéé” de Déwé Gorodé.
Dans mon paquetage, de la musique également, et le choix était encore plus cruel. Disons une dizaine de CD, allant des “Leçons de ténèbres” de Couperin à Patricia Kaas chantant Piaf, en passant par Bach, Mozart, Rachmaninov, Amstrong, Billy Holiday, Janis Joplin, Neil Young, Charlie MacMahon, Colette Magny et la somptueuse bande originale de Philip Glass pour le film ”The Hours”.
Enfin, parce que c’est un outil dont je ne saurais me passer pour conduire le projet qui est le mien, un gros ouvrage, le tome 3 des “Chroniques du pays kanak”. Et puis du thé qui doit m’arriver, cadeau de mon amie malgache Lalao pour affronter les jours et les nuits.

Vous vous retrouvez en résidence d’écriture à Ouessant, au phare du Créac’h, pour quatre mois d’hiver. Pour quelle raison ?

Phare, monastère, silence, une moitié de moi a toujours eu ce désir chevillé au corps, l’autre, beaucoup plus séculaire et bruyante l’emportant en général, avec ses joies mais aussi tous les risques de dilution, de dispersion que cela recouvre. J’ai voulu cette résidence, à Ouessant, dans ce lieu perché au-dessus de la mer, et en hiver, donc fait acte de candidature bien entendu, avec un projet précis. Que cela me soit accordé n’en finit pas de me surprendre. Disons que je fais une novice d’encore bien peu de foi.

Dans quel état d’esprit êtes-vous après une semaine passée à la pointe Ouest de l’île ?

Avec l’étrange sensation, physique, d’avoir toujours habité là, même si dans le même temps je continue de me pincer pour y croire. Impression également, contre laquelle je lutte, que ces quatre mois vont me filer entre les doigts à une vitesse sidérale. Pour le reste, j’essaie de me faire aussi creuse que possible, laisser place à ce qui vient, quel qu’il soit.

Entre écriture et rencontre des Ouessantins, allez-vous organiser votre temps de manière ordonnée, aurez-vous un emploi du temps ?

Je vais m’y efforcer en tout cas, mais avec des mailles souples pour accueillir l’inattendu. C’est que travaillant depuis de longues années à mon corps défendant sur la base de statuts éminemment précaires, sans lieu de travail partagé, je connais assez bien le revers de cette vacance qui a les traits de la liberté, mais où l’on peut se perdre.
Comme il est difficile de se discipliner seule, et qu’Internet est un bel outil, je m’aperçois que, tacitement, deux anges gardiens avec lesquels j’ai commencé de correspondre ont déjà frappé à ma porte, deux amis dont la bienveillante exigeance me sera comme toujours précieuse : Philippe Boisserand en Nouvelle-Calédonie, et Jean-Claude Bourdais à Thiron Gardais. À eux deux compte tenu du décalage horaire, ils couvrent l’intégralité du cadran, comme j’ai besoin de peu de sommeil, c’est plutôt pas mal.
Il me semble aussi que ce lieu qu’est le sémaphore, imprégné par les nuits de veille des guetteurs sémaphoriques – un nom de métier bien réel mais aussi étonnant que les essuyeurs de tempête d’Hardellet -, puis par celles des cinq auteurs qui m’ont précédée, a le travail noué à sa structure même.

Pour allez plus loin, les amis Facebook d’Anne Bihan peuvent lire son journal quotidien, le site Île en île vous donne sa bio et sa bibliographie, et la Maison des îles et des livres vous dit tout de son projet pour cette résidence d’écriture.

Glanés dans le dernier recueil d’Anne Bihan, Ton ventre est l’océan, ces quelques essences de poésie, dont l’espacement typographique marque une forme de pause, mentale ou géographique :

« L’île n’en finit pas

d’ouvrir ses impasses à d’autres horizons

où de longs doigts de lierre écartèlent

les murs

 

de son corps ponctué de sel et de brisants

tu guettes des nuées

la partance têtue. »

ou encore :

« Regarder

étrangère le soleil kanak

 

les sentiers les cases

sans porte      ni fenêtres

 

sourire aux enfants      lumineux

dévastés

 

trou noir quand mes yeux

le quittent. »

Roméo et Juliette, version théâtre (David Bobee), version cinéma (Rachid Djaïdani)

Roméo et Juliette, version théâtre

Le Roméo et Juliette de Shakespeare retraduit par Pascal et Antoine Collin, mis en scène par David Bobee est présenté au Théâtre de Chaillot dans un mixage de formes dansées, théâtrales et chantées en arabe. Des deux clans, Capulet et Montaigu sont des communautés disparates, dont le point commun est d’être marginales : « Une communauté de 14 personnages dans leurs diversités, dans leur beauté, explique le metteur en scène en résidence à Chaillot. Des acteurs à l’image de nos sociétés contemporaines, belles de leur mixité, vont tenir les rôles de cette tragédie. Dans Hamlet [sa précédente création en 2010 avec force acrobaties, rock, décor futuriste et macabre], les minorités étaient présentes, évoluant sur le plateau en périphérie d’un noyau familial blanc, autour du rôle-titre, ici, pour Roméo et Juliette ce sera l’inverse les Capulet comme les Montaigu seront interprétés par des acteurs d’origine arabe, Roméo comme Juliette, arabes ou d’origine tous les deux, pour éviter toute opposition grossière et inefficace, mais poser tout de même quelques questions. »
Les acrobates hip-hopeurs ont un accent latino-américain. L’origine arabe des comédiens n’est pas manifeste. On retiendra la remarquable exécution d’un chant en langue arabe par la comédienne syrienne Hala Omran (lady Capulet).
Nous avons suivi Jean Boissery. Né en Nouvelle-Calédonie, le petit neveu de l’écrivain Jean Mariotti, n’a jamais quitté complètement son pays natal, malgré son départ du Caillou en 1967.
Non seulement, il y revient pour transmettre son savoir-faire d’artiste mais il y pense même lorsqu’il joue en face de la tour Eiffel, au Théâtre de Chaillot, un Capulet aux multiples registres.

Roméo et Juliette, version cinéma

Rengaine, premier film de fiction de Rachid Djaïdani joue lui aussi avec les marges de la société. Contrairement à David Bobee qui ramène ces marges (sociales, linguistiques, migrantes) au cœur de l’action, sur le plateau, Rachid Djaïdani filme en gros plans, très gros plans. Il n’a pas besoin de les ramener au cœur de l’action, elle sont déjà omniprésentes. Une économie de moyens comme une intention d’auteur lui font choisir de s’intéresser aux marques sur le visage de Slimane (Slimane Dazi) : comment ce grand frère d’un tribu de quarante va assumer le « non » à sa sœur Sabrina (Sabrina Hamadi), « non » elle ne peut pas se marier avec un renoi, Dorcy (Stéphane Soo Mongo). Rachid Djaïdani filme un thème de théâtre classique façon black/beur, comme un combat de boxe, sport qu’il affectionne.

En Australie, sauve qui peut les langues

Une agression (verbale) dans un bus pour avoir chanter en français, des langues qui meurent, une nouvelle langue qui nait, le kriol…l’Australie est une île où la mondialisation a ses effets sur les langues et les comportements…

Les langues australiennes sont menacées. Ces mots qui meurent (La Découverte), l’essai remarquable du linguiste Nicholas Evans le montre dans une enquête passionnante. Lui qui a appris le français pendant ses vendanges décrit comment des peuples du Nord de l’île-continent enterrent des défunts comme derniers locuteurs d’une langue. C’est poignant. Il nous emmène du Vanuatu aux Amériques, du Cameroun à l’Australie, du Népal à la Sibérie et prouve ce que les langues menacées peuvent nous apprendre sur l’histoire des migrations, des technologies, des religions, de la pensée…

Une autre linguiste Maïa Ponsonnet, du CREDO, le Centre de Recherche et de Documentation sur l’Océanie (UMR 7308) s’intéresse à une langue nouvelle, le kriol, « créole du centre nord de l’Australie, comptant au moins 20 000 locuteurs ». Elle nous en dira plus ce soir au musée du Quai Branly, à Paris, lors d’une conférence, Les langues australiennes : langues menacées, langues émergentes, qui présentera « le statut idéologique du kriol, souvent traité par ses locuteurs comme un marqueur identitaire [et] comment le kriol perpétue certaines caractéristiques propres aux langues locales plus anciennes.

Les langues sont aussi un enjeu dans les bus australiens. Une passagère française, Fanny Desaintjores, l’a appris à ces dépens. Big Browser, la veille du Web du quotidien Le Monde nous l’apprend sous le titre Bal(la)de : « Parle anglais ou meurs », agression xénophobe dans un bus australien. La scène se passe dans un bus qui traverse la banlieue de Melbourne, le 11 novembre [jour d’Armistice ! ]. Une femme chante en français. Une autre passagère se serait elle aussi mise à chanter « Aussie, Aussie, Aussie », un refrain populaire australien. Puis la première aurait continué un peu plus fort toujours en français.

S’ensuivit « une avalanche de violences verbales ». Sur une vidéo, la scène montre un premier homme interpellant la jeune femme et lui intimant : « Parle anglais ou meurs. » Après l’avoir insultée une première fois, il menace ensuite de lui couper les seins… La suite sur The Australian.

Aborigènes façon captifs enchaînés

Reçois et découvre avec bonheur et stupéfaction le dernier beau livre d’Au Vent des îles, cet Aborigènes et peuples insulaires, l’histoire d’une « collision », racontée du point de vue des premiers habitants de l’Australie. Textes réunis par Marcia Langton et Rachel Perkins, traduit de l’anglais par Marc Orlando. Photos édifiantes de captifs enchaînés. On n’a pas fini d’en parler. Et on y reviendra.

 

Les Récits du nickel en Nouvelle-Calédonie

Les Récits du nickel en Nouvelle-Calédonie (1853-1960) [432 p., 100 €], de l’universitaire Eddy Banaré, est présenté ainsi par son éditeur Honoré Champion :
« L’exploitation minière en Nouvelle-Calédonie est en ceci exemplaire qu’elle donne à voir l’élaboration d’un grand récit qui a permis de relayer une vision du monde et une conception de l’altérité non seulement fondatrices des littératures coloniales, mais dont la littérature française se nourrit encore, que ce soit pour en décliner de nouveaux avatars, ou pour les remettre en question. »
Né à la Martinique, Eddy Banaré est Docteur en littérature comparée, et se consacre à l’étude des littératures du Pacifique francophone (Nouvelle-Calédonie) ainsi qu’aux relations entre presse et littérature coloniales.

Voir l’interview d’Eddy Banaré par Abdourahman Waberi dans Slate-Afrique.

Martinique, Calédonie, Outre-mer du documentaire : le festival Ânûû-Rû Âboro, Palmarès 2012

En Nouvelle-Calédonie, liberté, identité, exil, sont les thèmes des films primés au 6 ème Festival de documentaire Ânûû-Rû Âboro (du 26 octobre au 4 novembre 2012), à Poindimié sur la côte est de la Nouvelle-Calédonie :
(Anûû-rû âboro veut dire « l’ombre de l’homme » dans la langue paicî, autrement dit « cinéma ». Nous aimons cette définition poétique qui laisse une part d’ombre dans la recréation du réel que pose l’acte cinématographique documentaire.  Nous aimons aussi cette présence de l’homme dans la définition kanak du cinéma. A tout choisir, nous préférons filmer l’homme à hauteur d’homme que la terre vue du ciel. Jean-François Corral)

1. Grand Prix du jury : De engel van Doel, de Tom Fassaert.
Synopsis : Situé à proximité du port d’Anvers, Doel est un village qui encombrait l’expansion mégalomane de la ville depuis des décennies. Alors que Doel est en train de mourir doucement, Emillienne essaie de vivre comme si rien n’avait changé. Sera-t-elle finalement obligée d’abandonner Doel elle aussi ?
2. Prix spécial du jury : Vol spécial de Fernand Melgar
3. Prix NC 1ère Festival Anûûru-Aboro Pweedi Wiimia Poindimié: Imulal, Une terre, des racines et des rêves, de Nune Luepack

par NC1ere
4. Prix du jury jeunes : Lecciones Para Zafirah/ Carolina Rivas & Daoud Sarhandi

5. Prix du Public : Little Heaven de Lieven Corthouts


6. Prix du court métrage : Des histoires d’axe du mal pour s’endormir de Vibeke Bryld
7. Mentions spéciales NC 1ère à La place, de Emeri Tialetagi et Alphonse Kate et au Dernier assaut de Sylvain Pioutaz.

8. Prix KNS pour les quatre courts métrages sur la toponymie d’Antoine Reiss et Cedric Boaé Tyaé

9. Deux mentions spéciales au film Bakoroman, de Simplice Ganou ( Burkina Faso).

 

En Martinique, le Centre culturel de rencontres Fonds Saint-Jacques organise le mois du film documentaire depuis ce 3 novembre. Associé à la structure coordinatrice du Mois du film documentaire à la Martinique, « Tchok en doc » et Ciné Woulé. Ce samedi, c’était la projection de « Kinshasa Symphony », documentaire allemand réalisé par Martin Baer et Claus Wischmann, Prix du Cinéma allemand 2011.

Et samedi 17 novembre, en partenariat avec les mercredis ethnographiques de la Cité de l’Immigration, en présence de Brice Ahounou, anthropologue, journaliste, responsable des « Mercredis du film ethnographique à la Cité internationale de l’Immigration, à la suite de Jean Rouch.