La nuit, Paris sous la pluie.
Sur le seuil abrité d’une boutique éclairée
Un homme prépare sa couche.
Nous lui tendons une pièce.
Sa réponse a la majesté
d’une langue souveraine :
« Bien volontiers ! »
La nuit, Paris sous la pluie.
Sur le seuil abrité d’une boutique éclairée
Un homme prépare sa couche.
Nous lui tendons une pièce.
Sa réponse a la majesté
d’une langue souveraine :
« Bien volontiers ! »
La calligraphie arabe en atelier, OUI ! La calligraphie arabe en affiche, NON ! Prétexte spécieux : « Il faut que « l’affiche soit comprise par tous » selon la municipalité UMP de Brignoles, dirigée par Josette Pons (son CV officiel précise qu' »elle est membre de plusieurs groupes d’études chargés de travailler sur des thématiques particulières telles que Artisanat et métiers d’art, Chasse et territoires, Chataigneraie, Politique de la Ruralité, Trufficulture et Viticulture, etc. »)
Pour des ateliers, le calligraphe Abdallah Akar était bien au programme vendredi comme ce samedi à la Journée du livre gourmand, qui invite la Tunisie. Voir le programme détaillé sur le site municipal Brignoles.fr
En revanche, l’affiche a été retoquée.
Avant :
et dans une version murale arrachée :

Après :

Reportage de France 3 :
Terrasse du samedi sous le soleil de mai. Une jeune maman. Sa fillette en landau. Elle rit à mes lunettes de soleil opaques. J’apprends qu’elle s’appelle Suzanne. Dans mon carnet un extrait de علي و سوزان c’est-à-dire « Ali et Suzanne », extrait d’un recueil de nouvelles de l’écrivain soudanais Tayeb Salih.

Du salut par les œuvres
« Au cours d’un automne, au cours de l’un des automnes du temps, les divinités du shinto, une nouvelle fois, s’assemblèrent à Izumo. Ont dit qu’elles étaient huit millions mais je suis un homme très timide et je me sentirais un peu perdu parmi tant de monde. D’ailleurs, il ne convient pas de manier les nombres inconcevables. Disons qu’elles étaient huit car le huit est, dans ces îles, de bon augure.
Elles étaient tristes mais ne le montraient pas car les visages des divinités sont kanjis, ne se laissent pas déchiffrer. Sur la verte cime d’une colline, elles s’assirent en rond. Du haut de leur firmament, ou d’une pierre, ou d’un flacon de neige, elles avaient observé les hommes. Une des divinités dit :
Il y a un grand nombre de jours, ou un grand nombre de siècles, nous sous sommes réunies ici pour créer le Japon et le monde. Les eaux, les poissons, les sept couleurs de l’arc-en-ciel, es générations des plantes et des animaux ont été des réussites. Afin que toutes ces choses ne les accablent pas, nous avons donné aux hommes, la succession du temps, le jour pluriel et la nuit une. Nous leur avons même octroyé le don de tenter quelques variantes. L’abeille refait toujours la même ruche ; l’homme a imaginé des instruments : le soc de la charrue, la clé, le kaléidoscope. Il a aussi imaginé l’épée et l’art de la guerre. Il vient d’imaginer une arme invisible qui peut être la fin de l’histoire. Avant que ne se produise ce fait insensé, faisons disparaître les hommes.
Elles réfléchirent. Une autre divinité dit sans hâte :
C’est vrai. Ils ont imaginé cette chose atroce mais il y a aussi cette autre chose, qui tient dans l’espace qu’occupent les dix-sept syllabes qui la composent.
Elle les entonna. Ces syllabes étaient dans une langue inconnue et je ne pus les comprendre.
La divinité la plus âgée décréta :
Que les hommes continuent d’exister.
Ainsi, grâce à un haïku, l’espèce humaine fut sauvée. »
Izumo, 27 avril 1984.
Jorge Luis Borges, en collaboration avec María Kodama, Atlas, Gallimard, 1988, traduit de l’espagnol par Françoise Rosset.
Les passions littéraires des universitaires restent quelquefois confinées dans la ouate timide de communications ânonnées pour d’autres universitaires. Et pourtant… certains réussissent à nous émouvoir en évoquant l’oxymore d’un titre tel Éros dans un train chinois (1990) ou la fraternité d’Un Arc-en-ciel pour l’Occident chrétien (1967) ou encore la tendresse de l’homme Depestre. C’est curieux qu’autant de passions se contiennent dans autant d’années d’études et ne débordent pas dans les rues de Limoges, en Auvergne et dans le reste du monde. Des universitaires réunis à la Bibliothèque de Limoges, propriétaire du fonds Depestre, et qui viennent de Dublin, New-York, Grenade, Nice, Montpellier.

« La cuillère voulait un tiroir,
le tiroir une table,
la table une cuisine,
la cuisine une maison,
la maison un village,
le village une paroisse,
la paroisse un pays,
le pays une langue,
une langue pour lécher la cuillère. »
Jan dau Melhau extrait de Obras completas (Edicion dau Chamin de Sent-Jaume, Meuzac, Haute-Vienne, 1994).
écrit — en occitan et en français— sur la valise n°7 « Des chansons entières remontent de derrière le sentiers », dans l’exposition Autrefois on tuait les vieux, Bibliothèque francophone multimédia, Limoges, place Aimé Césaire.
Sur l’expo, voir l’article sur Lozère.fr
Premier port négrier français avec 1800 navires en expédition et plus de 500 000 captifs africains déportés, Nantes s’est réconcilié avec son passé. Elle a inauguré le Mémorial de l’abolition de l’esclavage en 2010 et pour ce 10-Mai, la ville aujourd’hui dirigée par une femme de 35 ans, avait invité Haïti, première république noire. Nantes, qui commémore pour qu’une histoire commune soit partagée, est une belle réponse aux polémiques entendues à Villers-Cotterêts où le maire ne voulait pas de commémoration.
Interviews, successivement : la maire de Nantes Johanna Rolland, l’écrivain Frankétienne et l’artiste Erol Josué.
Auteur et commentaire : Christian Tortel, images Mourad Bouretima, son Gilles Mazaniello, montage : Barbara Bailhache, mixage : Jean-Pierre Arnaud. Production : France Ô, France-Télévisions.
« Travaille, travailleur.
Fondeur du Creusot, devant toi,
Il y a un fondeur d’Essen,
Tue-le.
Mineur de Saxe, devant toi,
Il y a un mineur de Lens,
Tue-le.
Docker du Havre, devant toi,
Il y a un docker de Brême,
Tue-le.
Poète de Berlin, devant toi,
Il y a un poète de Paris,
Tue et tue, tue-le, tuez-vous,
Travaille, travailleur. »

Extrait de Tu vas te battre, poème de Marcel Martinet publié dans Les Temps maudits, en 1917. Réédité chez Agone en 2004.
Dans son livre Le tableau papou de Port-Vila (Cherche-Midi), Didier Daeninckx (avec Joe G. Pinelli) dialogue avec Olivier Faivrier, auteur d’un article sur la poésie pacifiste liée au Chemin des Dames. Il lui décode le poème Travaille, travailleur… en citant une source allemande digne de foi, qui précise que deux vers (concernant un poète français) sont de la main du peintre allemand Heinz von Furlau, sujet de la quête de l’auteur de polars mémoriels, de l’Océanie aux Chemins des Dames.
«En fait von Furlau commandait plusieurs pièces d’artillerie qui pilonnaient le secteur du Bois-des-Buttes et la route de Pontavert, à environ trois kilomètres de Craonne. Un an et demi plus tôt, le 17 mars 1916, au même endroit, un éclat d’obus avait transpercé le casque d’un soldat français qui s’appelait Guillaume Apollinaire. Heinz von Furlau n’a jamais pu se défaire de l’idée qu’il était en quelque sorte responsable… On a la copie d’une lettre à sa sœur Magda où il lui confie : « À quoi bon continuer à créer dans un monde qui oblige les peintres à tuer les poètes ? » (« Wozu noch langer künstlerrisch schaffen in einer Welt, die Maler zwingt, Poeten umzubringen. »)
Plein soleil
Une terrasse
Face au parc
Un serveur
Langue soignée
Accent inconnu
Sa diction brocante
Le seul plaisir des mots
Une distinction, un souci de soi
Chemise blanche impeccable
Pratique une langue dorée
Roule des r tout en élégance tout en éloquence
Ponctue des phrases courtes
Salamalecs enjoués
Les femmes s’arrêtent
Le bisent.
Là, il boit son café
Fume sa cigarette
Plein soleil
Puis reprend son service.
Paris tranquille
Un dimanche
aux Buttes-Chaumont
Les poètes syriens sont bien vivants. Sauf les morts bien entendu. Ou les poètes en prison.
Les poètes vivants – lorsqu’ils se rencontrent – parlent de haricots blancs. Ils rient aux blagues de l’un d’entre eux. Ils parlent d’araignées, de points cardinaux, de sosies, de pays sans patrie qu’est la Syrie aujourd’hui, de faim, de feux de mots.
Les poètes syriens lorsqu’ils se rencontrent parlent de poésie et de poètes emprisonnés. Ils sont nombreux les poètes syriens, en exil ou en prison. Les poètes prisonniers envoient des poèmes à leurs amis poètes en exil et ces poèmes sont lus en public, en arabe et en français grâce à la traduction de Dima Abdallah, comme ce samedi 3 mai, à Paris, à l’Institut des Cultures d’Islam, un centre culturel de la mairie de Paris situé dans le quartier de la Goutte d’Or. Une soirée dédiée aux poètes Nadhem Hammadi, Ajwad Amer, Wael Saad Eddine, Nasser Boundouq.

« On va lire leur poésie jusqu’à leur libération, a annoncé Hala Mohammad, à qui l’Institut avait donné carte blanche, samedi 3 mai. On espère la liberté pour tous les poètes et pour tous les Syriens. »
La poétesse syrienne aura encore carte blanche samedi 10 mai et samedi 14 juin. Jamel Oubechou, président de l’Institut, ancien conseiller culturel près l’Ambassade de France en Syrie (2002-2006), l’a souligné en présentant la soirée, justement intitulée « Réfugiés en poésie » : « Pour que les Syriens soit reconnus pleinement humains, nous devons leur donner la parole. »
Moins célèbres qu’Adonis, les poètes présents à La Goutte d’Or ce soir-là ont fait salle comble. Le plafond semblait bas tant leur parole est belle et forte, elle remplit l’espace. Lectures en français par Hala Omran et Wissam Arbache.
Extrait du Sosie, d’Aref Hamza, qui vit en Turquie : « À présent ils tuent mon quarantième sosie et je vivrai seul. Extrait de Victimes : « Les mots ne sont pas les seuls victimes des explosions. » Du Roi des points cardinaux : « Tes quatre fils que tu as nommés les Rois des points cardinaux, nous venons de les enterrer. » Ou encore : « Depuis deux jours tu vis avec ta rage de dents, tu n’es alors plus seul. » Ou : « Lorsque tu dors auprès de moi, cela vaut un état tout entier. »
« J’ai abreuvé cette vie même si elle s’est perdue.»
Entre les différentes lectures des poètes présents, Hala Mohammad a lu des poèmes envoyés depuis une prison de Syrie. Tels Nazim Hamadi, poète arrêté le 10 décembre 2013, Nasser Bunduq, arrêté à Damas le 17 février 2014, ou cet autre poète : « J’ai rêvé de tes yeux dans la chambre de la mort. J’ai rangé mon rêve. J’ai rêvé de tes yeux. Je les ai écrits. Et j’ai sombré. »
La poétesse Khouloud Sageiar a lu ses poèmes :
« La mer est immobile. Je suis ce qui reste des écumes du départ. »
Ou encore : « Les poèmes que tu ne dis pas s’effondrent. Seules tes blessures ne pourrissent pas. »
« Il pleut des faire-part de décès. le terre est en feu. »
« Si tu parviens à leur échapper, tu ne pourras échapper à toi-même. Ils t’ont métamorphosé en araignée. »
Lukman Derky a réussi à faire rire l’assistance ou à l’émouvoir :
« Ô Syrie comme tu me ressembles. La différence c’est que j’ai appris à mes enfants les cris et les haricots et que tu leur a appris le silence et la faim. »
Et son poème intitulé Noirceur :
« Nous sommes ceux qui furent tués dans toutes les guerres. Les guerres nous ont épuisés.»
À un fonctionnaire d’une ambassade occidentale qui lui refuse un visa :
« Je ne te veux pas ô liberté. Je ne suis qu’un visiteur. Je visite ta liberté. La liberté est à ceux qui la font et non au visiteur. »
Dara Al Abdallah, était en 5e année d’études de médecine quand il choisit l’exil pour l’Allemagne : « Pourquoi faut-il que les outils de mort soient beaux ? »
Yasser Khangar, réside dans le Golan. Il est interdit par Israël de quitter le pays : « Une enfant s’est échappée des gouffres de la mort. » Voir une de ses lectures en arabe sur You Tube
Monzer Masri, interdit de sortie de Syrie : « Comment quand on part sans revenir ? On revient ? »
Écouter un de ses poèmes lu en arabe sur lyrikline. Lire la poésie de Monzer Masri sur le blog d’Annie Bannie.
Dans Médiapart lire un poème de Nazîh Abou Afach, Ô temps étroit, ô vaste terre.
Lire un poème de Hala Mohammad et sa biographie dans L’Orient littéraire.
Lire son interview sur le site d’Arte à l’occasion du festival de littérature de Berlin en 2013.
Déjà en juillet 2011, Nouri Al Jarrah, poète syrien résidant à Londres nous avait ému lors de sa lecture de ses propres poèmes, en arabe, puis en traduction française, du haut du Mont Saint-Clair, à Sète lors du festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée.