Ouessant délie les langues

Existe-il une île où l’on récompense les littératures en langue française, langue malgache, langue shetlandic des îles Shetlands, et langues kanak fwaî et pijé de Hienghène ?

Beau temps sur l’archipel des livres… et sur les langues… Ouessant à la mi-journée vient d’annoncer sous le soleil le palmarès des prix du livre insulaire 2007… Un palmarès très polyglotte… à l’heure où l’on nous confirme la création d’une résidence d’auteurs sise dans le phare du Créac’h et la naissance d’une revue L’Archipel des lettres…

 Grand Prix des îles du Ponant : Jean-Yves Quellec, Passe de la Chimère, Un moine à l’île de Quéménès, Publications de Saint-André, Cahier de Clerlande n°11, 2006 . Inspiré par Saint-John Perse, Quellec cite Amers : « La Mer mouvante et qui chemine au glissement de ses grands muscles errants, la Mer gluante au glissement de plèvre, et toute à son afflux de mer, s’en vint à nous sur ses anneaux de python noir … »

 

Mention spéciale : Jean-Joseph Rabearivelo, Presque-Songes / Sari-Nofy,  co-édition Sépia (France), Tsipika (Madagascar), 2006. Recueil de poèmes bilingue. 

Prix Fiction : Hugo Hamilton, Le marin de Dublin, Phébus, 2007 

  Prix Beaux livres : Jean-Pierre Alaux, Voyage au bout des phares, photographies de Philippe Candelon, illustrations de Jean-Michel Charpentier, Elytis, 2006 

Prix Sciences : Alain Gauthier, Des roches, des paysages et des hommes, Géologie de la Corse, Albiana, 2006    Prix Essai : Yves-Béalo Gony, Thewe men jila : la monnaie kanak en Nouvelle-Calédonie, Expressions-Province Nord, Nouméa, 2006 

Prix Poésie : Christine De Luca, Mondes parallèles, poèmes traduits de l’anglais et du shetlandic par Jean-Paul Blot, Fédérop, 2007.

Sélection du prix des Cinq continents de la francophonie, édition 2007

Prix des Cinq continents de la francophonie dont la lauréate 2006 est Ananda Devi pour Eve de ses décombres (Gallimard). Pour les dix romans finalistes de l’édition 2007, résultat le 26 septembre. Montant du prix : 10 000 euros.  Quatre comités de lecture  ont sélectionné ces dix romans : Association des écrivains du Sénégal, Association du Prix du jeune écrivain francophone, Collectif des écrivains de Lanaudière de Québec et Association Entrez lire de Belgique. 

Kebir M. Ammi, Le ciel sans détours, Gallimard (France). Fresque du Maroc depuis l’occupation par la France en 1912 jusqu’aux émeutes de Fès en 1990. 

Jean-Pierre April, Les ensauvagés, éditions XYZ (Canada-Québec).  » Un roman sur le délire religieux et sur l’inceste «  (l’éditeur).

Djilali Bencheikh, Tes yeux bleus occupent mon esprit, Elyzad (Tunisie). En Algérie, à la veille de la guerre d’indépendance, le portrait de Salim, un jeune garçon du douar. 

Dai Sijie, Par une nuit où la lune ne s’est pas levée…, Gallimard. (France). Hommage aux créations de l’esprit, de la langue écrite à la calligraphie. 

 Contours du jour qui vient Léonora Miano, Contours du jour qui vient, Plon. (France). En Afrique, dans un pays imaginaire, le Mboasu, la petite Musango, accusée par ses parents de sorcellerie se retrouve à la rue. Trafic humain derrière les activités d’une secte religieuse. Prix Goncourt des lycéens 2006.    Marie Ndiaye, Mon coeur à l’étroit, Gallimard (France). Nadia, la narratrice, est institutrice à Bordeaux dans la même école que son mari, Ange. Mais depuis quelque temps le couple est l’objet d’une vindicte générale, harcelante et inexplicable.  

 Joseph Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur, éditions Impressions Nouvelles (Belgique). Cahier d’un retour au pays natal d’un Rwandais de Belgique. 

Eric Nonn, Butterfly II, Actes Sud (France). Dans un bidonville des faubourgs de Tokyo, au bord des rails, un homme vieillissant et une adolescente trouvent un mort et le veillent – en souvenir de Tamiki Hara (1905-1951), le poète suicidé, le grand témoin d’Hiroshima. 

Wilfried N’Sonde, Le cœur des enfants léopards, Actes Sud (France). Autofiction où les ancêtres ont des comptes à rendre.

 Absent de Bagdad Jean-Claude Pirotte, Absent de Bagdad, La Table Ronde (France). Dans une cave, un homme entravé se demande qui il est, pourquoi il est là, et finit par penser qu’il vit sa vraie vie. 

Avant la France, Liverpool inaugure un Musée international de l’esclavage

Les faits : 

Liverpool inaugure aujourd’hui le Musée international de l’esclavage dans le cadre des festivités organisées pour le  » Bicentenaire de l’abolition de la traite négrière dans l’ancien Empire britannique et pour la Révolution haïtienne.  » C’est le premier musée permanent dédié à la traite transatlantique. Le musée fera partie de l’enceinte du Musée maritime de Merseyside sur le Albert Dock. La Grande-Bretagne est donc bien en avance sur la France…

Le contexte muséographique : 

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Liverpool s’était déjà distinguée avec un lieu de référence, la Transatlantic Slavery Gallery. Inaugurée en 1994, cette galerie a mis en lumière les conséquences de la traite sur le monde moderne. Le succès de cette galerie a poussé le groupe des Musées nationaux de Liverpool à aller plus loin. Le futur musée se propose d’identifier, au travers de nouveaux espaces d’exposition, « les problèmes contemporains induits par l’esclavage et le traite négrière, cherchant par là à dépasser le caractère strictement historique et à s’intéresser aux aspects contemporains qui en découlent ».

Les thèmes des nouvelles galeries :

        Les droits de l’homme, la liberté et le sous-développement en Afrique et dans les Caraïbes ;

        les identités culturelles, le pluralisme et la discrimination raciale ;

        les contributions majeures des descendants africains en Amérique et en Europe.

Dans un futur proche, il est également question de développer l’enseignement et la recherche, principalement grâce à la création d’un institut de recherche (prévu pour 2010) et un centre de ressources ouvert au public.

A noter sur le site du Musée, l’excellent dispositif pédagogique « Slaves Stories » (récits d’esclaves) : http://www.diduknow.info/slavery/index2.html

 

Le retard français :

1. En 2001, la loi Taubira stipule dans son article 1er : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVè siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité. »Aucun de ses cinq articles ne fait mention d’un musée de l’esclavage… Seul l’article 2 spécifie : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. »Et l’article 4 renvoie à « un comité de personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants d’associations défendant la mémoire des esclaves, [qui sera] chargé de proposer, sur l’ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations. »  

2. Il faut attendre le rapport 2006, du Comité pour la mémoire de l’esclavage (présidente Maryse Condé) qui  » appelle de ses vœux la réalisation d’une exposition nationale sur l’esclavage, la traite négrière et leurs abolitions dans un musée national majeur. »

3. En 2006 encore, le président Jacques Chirac confie à l’écrivain martiniquais Edouard Glissant la présidence d’une mission de préfiguration d’un Centre national consacré à la traite et à l’esclavage. Le chef de l’Etat souligne que « la mémoire de l’esclavage doit s’incarner dans un lieu ouvert à tous les chercheurs et au public ».

4. En 2007, Edouard Glissant consacre un livre Mémoires des esclavages à la fondation d’un Centre national pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions (Gallimard).

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Extrait :

« S’il y a une raison de fonder un Centre national autour d’un pareil sujet, c’est-à-dire de cet esclavage-ci plus particulièrement, oui de cet esclavage-ci, africain, caraïbe, américain, transindien, européen, alors que nous savons que tous les esclavages sont également monstrueux et hors humanité, peut-être la trouvons-nous avant tout dans ceci qu’il a intéressé la plupart du monde connu à l’occident du monde, c’est-à-dire qu’il a établi un lien d’un ton nouveau entre pays et cultures, que ce lien, on a voulu le faire méconnaître, qu’il a brassé un nombre incalculable de beautés dans un nombre aussi incalculable de supplices, qu’il en est résulté la créolisation de ce grand pan du monde, créolisation aussi belle que sa démocratisation, qui a répercuté sur une partie de notre monde actuel et qui a fait que nous y sommes entrés, et qu’alors ce Centre doit être national parce que c’est là le meilleur chemin pour en démultiplier toutes les approches et toutes les résonances internationales. »

A ce jour, l’actuel gouvernement français n’a pas repris à son compte cette démarche.

C’était un 22 août : à Bois-Caïman (Saint-Domingue), le premier soulèvement d’esclaves

Le symbole : 

Pour le coordinateur de L’insurrection des esclaves de Saint-Domingue (Karthala, 2000), l’anthropologue haïtien Laënnec Hurbon,  » l‘insurrection réussie de la nuit du 22 au 23 août 1791 des esclaves à Saint- Domingue est un événement inouï, sans précédent dans l’histoire universelle. Un événement qui ouvre en même temps la voie à la chaîne des abolitions de l’esclavage au XIXe siècle. »

Selon Wikipédia, la cérémonie du Bois-Caïman est considérée en Haïti comme l’acte fondateur de la révolution et de la guerre d’indépendance : c’est le premier grand soulèvement collectif de Haïti contre l’esclavage, l’équivalent de la prise de la Bastille pour la France.

Pour Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO, «  En décidant de proclamer le 23 août de chaque année Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, l’UNESCO a voulu rendre hommage au combat inlassable des esclaves pour leur libération. L’insurrection qu’a connue l’île de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti et République Dominicaine) dans la nuit du 22 au 23 août 1791 a ébranlé de façon radicale et irréversible le système esclavagiste, et a été à l’origine du processus d’abolition de la traite négrière transatlantique.  »

Les faits :


Boukman y organisa une cérémonie vaudoue pour un grand nombre d’esclaves, la nuit du 14 août 1791. Il ordonna alors le soulèvement général. 

 » Ce soulèvement eu lieu la nuit du 22 août où les esclaves de cinq habitations brûlèrent et massacrèrent les blancs, y compris femmes et enfants. Pendant une dizaine de jours, la plaine du Nord fut en flammes. On décompta près de 1000 blancs assassinés, 161 sucreries et 1200 caféières brûlées. « 

Malgré la riposte, la révolte ne fut pas vaincue. D’autres chefs succédèrent à Boukman : ses lieutenants Jean-François et Biassou, ainsi que Toussaint qui ne s’appellait pas encore Louverture. 

Les conséquences :

Selon l’historien Oruno D. Lara, cette insurrection générale « inaugure un triple processus de destruction : du système esclavagiste, de la traite négrière et du système colonial. » 

Renaissance, Régénération et Ressassement par Glissant et Chamoiseau

Le cyclone Dean qui n’a pas fini de faire des dégâts -aujourd’hui en Amérique continentale- a causé la destruction des bananeraies antillaises, le premier employeur privé de Martinique et de Guadeloupe. Douze mille personnes seraient directement concernées. A la veille du voyage du Premier ministre et d’un comité d’experts pour évaluer les dégâts du cyclone Dean aux Antilles, les écrivains Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau ont adressé une lettre ouverte intitulée « Renaître, aprézan ! », aux présidents des Conseils régional et général et à tous les élus de la Martinique.

On peut lire l’intégralité sur les sites Gens de la Caraïbe : http://www.gensdelacaraibe.org/ et Potomitan : http://www.potomitan.info/matinik/aprezan.php, et dans Le Monde daté 25-26 août 2007.

 Cette lettre ouverte se termine ainsi : 

Extrait : 

 » C’est au nom de ces milliers emplois, toutes ces désespérances, qu’il faudrait oser l’aprézan décisif : penser, imaginer, se projeter, désirer un futur. Quitte à être massivement subventionnés, quitte à recevoir des tombereaux de secours bienveillants, pourquoi les affecter au seul réamorçage du cycle de la dépendance ? Pourquoi ne pas en faire le souffle d’une renaissance en les affectant à une restructuration déterminante ? Pourquoi ne pas préciser un aprézan à court, à moyen et long terme pour s’éloigner de l’agriculture pesticide pour une agriculture raisonnée, raisonnable, ouvrant à une agriculture totalement biologique ? Pourquoi ne pas définir un aprézan d’apurement des sols et de reconversion qui, en moins de vingt ans, rapprocherait la Martinique de cette fameuse globalité biologique (Martinique bleue, Martinique pure, Terre de régénération et de santé, Terre de nature et de beauté…) que nous ne cessons de proposer depuis une décennie et que d’autres auprès de nous envisagent déjà ?   1000 km2 cela peut se saisir, se ressaisir, cela peut se nettoyer, se maîtriser, se soumettre à une volonté claire, une intention globale qui nous ferait renaître et surtout naître au monde. Aprézan. »   23-02, 9 ko, 165x226Rappelons que par le passé Glissant, Chamoiseau (avec Delver et Juminer) avait voulu mobiliser pour la « Martinique, premier pays biologique du monde ».Extrait :

 » Les conditions générales des Antilles, de la Guyane et de la Caraïbe (des îles, ou des espaces facilement nettoyables, aisément transformables) font que la valeur ajoutée que nous pouvons envisager résulterait d’une production à caractère biologique, dont la demande grandit irrésistiblement sur le marché mondial. Il nous faut occuper ce créneau. C’est pourquoi, depuis quelque temps déjà, certains d’entre nous ont proposé de mettre en place, en Martinique, le projet global d’une économie centrée sur des produits biologiques diversifiés et de conquérir sur le marché mondial le label irréfutable « Martinique, pays à production biologique », ou « Martinique, premier pays biologique du monde ». Nous appelons les Guadeloupéens, les Guyanais et les Martiniquais à considérer la nécessité d’une telle orientation même si, dans chacun de ces pays, un projet de cette nature peut passer par des voies différentes, par exemple un accomplissement technologique en Guyane. « 

Ce texte, intitulé  » Manifeste pour refonder les DOM  » avait été publié dans Le Monde le 21 janvier 2000…  

Comme le temps passe, comme le temps presse… 

Papalagui (le blog) a un an !

Papalagui(le blog) fête son 1er anniversaire. Un bilan chiffré nous apprend que, depuis le 20 août 2006, vous avez consulté (vu ? lu ? appris par cœur ? reproduit ? affiché dans votre case ?) 5 000 pages tout rond…

 Rappelons pour ceux qui prendraient le film en cours de route, que Papalagui est un blog de littérature monde (osons le monde), de littérature ultrapériphérique (soyons ultra !). Le mot a été emprunté à Erich Scheurmann, auteur dans les années 1920 d’un récit de voyage « à l’envers », celui d’un chef samoan venu rendre visite aux Européens (Dominique Roudière, traductrice, Présence Image 2001, Pocket éditeurs 2004). La question de l’Autre et de l’étranger est donc au centre de ce livre qui décrit les travers des  » Papalaguis « . La question du récit et de la parole aussi. Qui parle ? Qui écrit ? Qui raconte ? Quelle est sa vision du monde ? Quel est son regard porté sur l’Autre ? Donc sur lui-même…

Comme l’analyse Valérie Martin-Pérez, Papalagui (le livre) est une fiction déguisée en récit de voyage. 

[http://www.serieslitteraires.org/publication/article.php3?id_article=591]

 » Ces propos, que l’on prête à un habitant des mers du Sud, ont bien pour vocation de faire réfléchir les lecteurs européens de notre époque moderne, sans doute un peu à la façon des Lettres Persanes au XVIIIème siècle. Le miroir est plus efficace quand il est teinté d’exotisme, et il est aisé de remettre ainsi en cause des comportements qui sont, sommes toutes bien relatifs. »

Papalagui (le blog) aime faire bouger les lignes (les mises en ligne de l’Internet comme les lignes de démarcations entre les diverses assignations). Reprenons la belle formule d’Abourahman A. Waberi, qui veut « déjouer les attendus » [voir note du 30 mai 2007].

 

En matière de  » littérature monde « ,les lignes à bouger sont les frontières qui délimitent symboliquement les centres et les périphéries… A l’ère d’Internet, l’apparente porosité des lignes n’est pas la panacée à la  » lecture monde « . Le départ récent de Maryse Condé de sa Guadeloupe natale montre qu’en littérature aussi  » nul n’est prophète dans son pays « … et que les auteurs vivent douloureusement leur position d’intellectuels ultrapériphériques.

Victoire, les saveurs et les mots

Comme l’écrit Ananda Devi dans son dernier roman, Indian Tango,que publie Gallimard ce 30 août (c’est son héroïne qui s’exprime) :  » Il est clair que je vis toujours dans l’illusion du lecteur extérieur, ce  » tu  » irréel : il m’est impossible de n’écrire que pour moi. Mon récit ne peut se faire sans échos, sans résonance. Comme j’ai besoin de cet invisible autre ! « (p. 61). C’est un roman traversé de part en part (y compris au sein même de la narratrice) par la question de l’Autre, de l’étranger. Nous y reviendrons.

Final de compte, si les mots nous manquent, allons voir du côté de Kara Walker, artiste américaine que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris expose jusqu’au 9 septembre (Mon Ennemi, Mon Frère, Mon Bourreau, Mon Amour).Très belle expo, dérangeante derrière l’apparente simplicité de ces panoramas en noir et blanc représentant des fantasmes, clichés, représentations historiques du racisme en Afro-Amérique…

« Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, explique Kara Walker,on la revit, on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira  » tu n’e pas d’ici « , il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme. » 

Haïti, Cap-Vert, Samoa : le podium de la fuite des cerveaux

PMA ayant eu les plus forts taux d´émigration en 2000  (Pourcentage d´émigrants qualifiés par rapport au nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire dans le pays d´origine)

Selon le Rapport CNUCED 2007 sur les pays les moins avancés, qui a pour thème le savoir, l´apprentissage technologique et l´innovation au service du développement , cinq PMA (Haïti, Cap-Vert, Samoa, Gambie et Somalie) ont perdu ces dernières années plus de la moitié de leurs spécialistes de formation universitaire qui sont partis pour des pays industrialisés à la recherche de meilleures conditions de travail et de vie. Dans sept autres PMA, plus du tiers du personnel qualifié a quitté le pays.

Le graphique montre les PMA ayant eu les plus forts taux d’émigration en 2000 (Pourcentage d´émigrants qualifiés par rapport au nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire dans le pays d´origine. Ainsi dans le cas d’Haïti, plus de 80% des universitaires sont partis).

http://www.unctad.org/Templates/Webflyer.asp?docID=8580&intItemID=1397&lang=2 

Haïti, Cap-Vert, Samoa, trois îles, trois continents…

Question d’époque : l’autodafé c’est démodé ? (2)

Rumeurs de haine 

On sait que l’écrivaine bangladaise Taslima Nasreen vit depuis la publication de son premier roman, Lajja (édité en français par Stock en 1994), sous la menace d’une fatwa. Le premier ministre du Bangladesh (une femme) l’a même traitée de « pornographe » lors de la sortie de son livre, Enfance, au féminin (Stock, 1999). Sa tête a été mise a prix. Ses livres sont interdits dans son pays. Faut dire qu’elle est athée. Lajja (La Honte en français) a pour dédicace : « Aux peuples du sous-continent indien. Que la religion ait pour nom humanisme. »

Après un exil en Suède, elle vit principalement à Calcutta. Jeudi dernier, nous rapporte Françoise Chipaux, du Monde, alors que Taslima Nasreen participait à une rencontre organisée par le club de la presse d’Hyderabad pour le lancement d’un de ses livres en telugu, une des langues importantes de l’Andhra Pradesh, elle s’est faite agressée par des fondamentalistes musulmans. La télévision locale montre qu’on lui envoie des fleurs pas vraiment pour la féliciter. Elle est protégée par des organisateurs de la manifestation.  Voir le reportage de la chaine locale, Headlines : http://fr.youtube.com/watch?v=0p-T5vG4yl4

Taslima Nasreen est visiblement choquée. Un représentant d’un parti musulman annonce doctement devant la caméra que « l’amnistie dont elle bénéficiait en Inde est caduque ».

Dans son récit Rumeurs de haine (ed. Philippe Rey et Points Seuil), Taslima Nasreen détaille les motifs de la fatwa. Par ailleurs, elle revient sur les propos erronés qu’un journal (The Statesman) lui avait prêté de « corriger le Coran » :

« Je n’ai jamais parlé de corriger le Coran, il n’en a jamais été question pour moi, puisque je ne suis pas croyante. Je considère qu’aucun livre religieux ne vaut pour notre époque. Je revendique depuis longtemps le rejet des lois d’origine religieuse, puisque l’ensemble des religions dénient tout droit aux femmes, et je demande l’instauration de lois dépourvues de toutes disciminations entres les femmes et les hommes » (p.255)

François Chipaux nous apprend dans l’article du Monde : « En mars 2007, le All India Ibtedad Council avait offert 500 000 roupies (10 000 euros) contre sa tête. Le président de ce groupe, Taqi Raza, avait affirmé que cette menace serait levée seulement après les excuses de l’écrivaine, la promesse qu’elle brûle ses livres et qu’elle quitte l’Inde. »

Tentative d’épuisement d’un cycliste parisien

Mon premier jour de Vélib’, le vélo parisien en quasi libre-service… 

Des cyclistes dans les rues, sur les pistes, les trottoirs, au passages dits « protégés », des vélos qui grillent les feux, des policiers contrôlent les papiers des bagnoles, pas les papiers des vélos, un touriste italien qui demande (en italien) comment s’appelle l’Arc-de-Triomphe, un taxi agacé des cyclistes qui tournent pas rond place de la Concorde (« C’est normal, ils n’ont pas prévu de rétroviseur »), un amateur de vélo qui cherche à en louer un, « une autre fois », des touristes anglophones qui essaient vainement de prendre un vélo pour rejoindre Beaubourg, une carte bancaire muette, des cyclistes pressés qui traversent comme une fusée la place de l’Alma, les voitures arrêtées aux feux les regardent comme on regarde passer le Tour de France, EPO en -, un couple, l’un qui dit « Tu t’es fait doubler ! », une belle conductrice de 4X4 qui s’excuse de traverser une piste cyclable, un couple qui demande si les vélos sont électriques, une enhardie qui vous apostrophe : « Faut appuyer sur les pédales ! ». 

Belle occasion de se replonger dans Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien (Christian Bourgois éditeur), où l’auteur sis place Saint-Sulpice, dresse l’inventaire de ce qu’il voit, entend, observe, et en fait un livre.

 

Extrait : 

« J’ai revu des autobus , des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes , des camions et des camionnettes , des vélos, des vélomoteurs , des vespas, des motos , un triporteur des postes , une moto-école, une auto-école, des élégantes , des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d’enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens , à pipes , à parapluies , à bedaines , des vieilles peaux , des vieux cons , des jeunes cons , des flaneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs . »

Retouvailles et petit bonheur d’une capitale circulante. Comme si tout circulait, les vélos, l’air, les mots, tout en libre-service…

Avec le haïku, le bonheur est dans le style

A l’invitation du dessinateur Kokor (auteur de l’affiche), le 2e salon Estival de Mers-les Bains, en baie de Somme, ce week-end, on pouvait participait à un atelier d’écriture de haïkus…

Pour ceux qui souhaiteraient profiter de leurs vacances à travailler leur style… conseillons l’atelier d’Aleph, « Géographies intérieures », prévu dans la semaine du 18 août sur l’île de Berder, en Bretagne. Le principe : « Faire émerger de ses souvenirs des paysages, des villes, des lieux traversés soit au cours de voyages, soit au cours de sa vie réelle ou imaginaire. Lieux du dehors, lieux du dedans : nous explorerons la notion de déplacement pour cartographier ces territoires qui sont ceux du voyageur confronté en permanence à ce va-et-vient du regard entre réalité du monde et regard intérieur. »

Un va-et-vient qui pourrait prendre la forme de haïkus…

Le Grand Robert le définit ainsi : « Poème classique japonais de trois vers (issu du haïkaï) dont le premier et le troisième sont pentasyllabiques, le deuxième heptasyllabique (5-7-5, soit 17 syllabes). 

Un peu ivre

Le pas léger

Dans le vent du printemps 

est un haïku de Ryökan, cité par Henri Brunel (Les Haïkus, éditions Librio), pour qui « le haïku est un poème très bref qui vise à exprimer l’évanescence des choses ». Les haïkus

On recommandera aussi le livre très stimulant de Philippe Costa, auteur de Petit manuel pour écrire des haïku (Philippe Picquier, 2000), pour qui l’un des modèles est celui de Bashô (1644-1694) :

Vieille mare –

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau.

 Petit manuel pour écrire des haïku et tous types de poésie

On ne saurait trop conseiller d’intégrer les haïkus dans un atelier d’écriture. C’est une forme épurée qui a au minimum le mérite d’enlever du gras à tous les styles…

Exemple, au printemps dernier… Le stage avait lieu près des Champs-Elysées. Après une petite sortie, chacun a rédigé un texte. Forme libre dans un premier temps, qui précédait l’injonction radicale :  » Ecrire « Dans la foule des Champs-Elysées… » sous forme de haïku ! « 

Je vous laisse juge des résultats : 

Françoise :

Aux Champs-Elysées

Bonnet, sweet, jean et baskets

Jeune homme en balade

Jian-Ping :

Tête au vent rêvant

Sans se presser dans Paris

Printemps en chantant

Monique :

Deux hommes, jeunes et grands

Pas léger, Champs-Elysées

Lumière de printemps

Et

Jeunesse et langueur

Bonnet blanc et coupes de glace

Soleil et lumière

Guillaume :

Deux jeunes amis

Avenue pleine de bruits

Cadavres exquis

Astride :

Deux acolytes

Discourent en badaudant

Avec le sourire

Eve :

Glace vanille

Pas léger, sourire charmant

Les Champs, le printemps. 

Bref, avec le haïku, le bonheur est dans le style !