Franska et Baiji, jolis noms si mignons

La plus connue c’était Franska. L’ourse slovène est morte après avoir été percutée par deux voitures, sur une autoroute au sud de Lourdes. Pas de miracle…

Le plus divin, c’était le  » baiji « . Les Chinois du fleuve Yangzi surnommaient ainsi leur dauphin d’eau douce. Des scientifiques de l’Institut de zoologie de Londres ont déclaré son espèce, vieille de vingt millions d’années  » éteinte « . La faute à la pollution du fleuve et de la pêche à l’explosif… Certains le vénéraient, mais cela n’a pas suffit. La dernière espèce de mammifère disparue était le tigre de Tasmanie, dans les années 30…

Exit Franska et Baiji. Exit toute la sauvagerie du monde, à peine contenue dans de si jolis petits noms, si mignons.

Reste Le Monde 2 dont le numéro de cette fin de semaine consacre une enquête à la question :  « A quoi pensent les animaux ? « 

Notre besoin de consolation est impossible a rassasier  Par-delà nature et culture Fables Les Animaux dénaturés

Reste aussi la possibilité de baptiser des petits humains du nom de Franska, Baiji…

Question d’époque : l’autodafé c’est démodé ?

Depestre, dont on parlait hier, a-t-il fait le voyage de Lagrasse ? Après tout, ce Banquet du Livre n’était qu’à une vingtaine de kilomètres de chez lui, un peu plus au sud, dans le même département de l’Aude, en pays cathare.

Depestre, dont la critique a vanté « l’érotisme solaire » lors de son Renaudot pour Hadriana dans tous mes rêves. C’était en 1988. Il n’aurait pas fait tache : Jean-Michel Mariou, l’organisateur, a eu la bonne idée d’inscrire cette année le Banquet sous l’égide de Pascal Quignard et de son livre (à paraître), La Nuit sexuelle, mais c’est une idée qui n’a pas plu à tous… 

Ainsi, les éditions Verdier nous ont appris que  » dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 août, des inconnus ont pénétré par effraction dans l’abbaye. Ils ont saccagé la librairie en répandant un mélange de gas-oil et d’huile de vidange sur tous les ouvrages.Le SRPJ de Carcassonne, arrivé sur place dans la matinée, a procédé aux premières constatations. À cette heure, cet acte n’a toujours pas été revendiqué.Cette importante librairie de plus de douze mille volumes est organisée chaque année, le temps de la manifestation, en partenariat avec la librairie toulousaine Ombres Blanches. »

C’est bien connu : depuis l’Inquisition les intégristes de tout poil n’aiment pas les nuits sexuelles.

A l’heure où le baril de brut, qui avait battu son record historique à 78,77 dollars mercredi dernier à New-York, on comprend que des culs-bénits aient préféré l’huile de vidange (c’est plus économique) au bon vieil autodafé (c’est carrément daté). 

A moins qu’ils ne soient très vigilants sur les conséquences de leurs actes, comme le fait remarquer Serge Bonnery, du journal L’Indépendant dans son commentaire… http://www.lindependant.com/articles/2007/08/10/20070810-FAITS-DU-JOUR-De-l-39-huile-de-vidange-deversee-sur-les-10-000-ouvrages-de-la-librairie-ephemere-Dans-la-nuit-de-mercredi-a-jeudi-des-individus-ont-saccage-les-ouvrages-de-la-librairie-temporaire-installee-a-La.php5

 

René Depestre : la littérature-monde ? peut mieux faire !

 René Depestre, 81 ans, écrivain et poète, né à Jacmel (Sud d’Haïti), vivant à Lézignan-Corbières (pays cathare, Sud de la France), déjà signalé ici pour son prix de poèsie récompensant La Rage de vivre (Seghers, Bruno Doucey), décerné à Saint-Malo, lors du dernier festival Etonnants voyageurs, est interviewé dans Le Nouvel observateur du jour par Jean-Michel Djian.

Extrait : 

«Pourquoi être obligé de nommer ce qui se vit naturellement depuis que l’homme existe ?» La francophonie ? «Un tarmac sophistiqué, une sorte d’aéroport moderne. Froid.» Silence embarrassé tant il doit à la langue française. «Je reste sur ma faim quand je vois mes amis défendre cette idée de littérature-monde. On peut faire mieux : embrasser tous les arts dans cet affranchissement. Comment croyez-vous que les Africains et leurs descendants s’en sont sortis ? En dansant leur histoire, pardi ! En la mettant en musique ! Il faut s’inspirer d’Apollinaire quand il a sorti son manifeste. Nous avons tous besoin d’une perception nouvelle du monde que seuls les poètes, ensemble, peuvent traduire artistiquement. Il y a une place pour un puissant cri de ralliement.» Le voilà, lui, le combattant estampillé des libertés, en train de se révolter contre l’utilisation abusive d’expressions qui «remplissent le vide». Comme par hasard, la «Non-assistance à poètes en danger» est le titre de son avant-dernier ouvrage… La décision de commémorer l’esclavage ? «Une blague. Regardez ce qui se passe chez moi, en Haïti. On en est encore à apprendre ce qu’est la démocratie ! La jeunesse n’apprend plus rien des anciens. La mémoire végète. Comment voulez-vous dans ces conditions en finir avec les clichés ? C’est- à-dire avec la couleur de la peau, l’identité, si personne n’ose dire que c’est un passé qui nous étouffe. Ce sont les vivants que l’on cherche, pas les morts !»

Les deux Haïti de Gérard Barthélémy


 
Gérard Barthélémy, anthropologue spécialiste d’Haïti, est mort le 2 août à l’âge de 73 ans à Saintines (Oise, Nord de la France). Les obsèques ont eu lieu ce lundi 6 août à 15h dans la même commune. 

(photo © Africultures)

Gérard Barthélémy avait été chef de coopération en Haïti, pays où il a vécu une dizaine d’années. Ancien attaché culturel en Amérique latine, il a été professeur à l’université de Port-au-Prince (1988-1991). Gérard Barthélémy était président d’honneur du Collectif 2004 images, ancien membre du comité Debray sur les relations franco-haïtiennes. Il a enseigné à l’université Paris-VII. 

REACTIONS :  Alterpresse (Agence de presse haïtienne) : [Dépêche depuis Montréal] Son long séjour en Haïti a fait de lui l’un des nombreux admirateurs du pays et de sa culture. Il a écrit des ouvrages sur Haïti qui apportent un éclairage précieux sur les principaux marqueurs de la culture haïtienne, en rapport avec l’esclavage et le monde rural surtout. Il a développé avec passion l’approche « binaire » à partir des notions de société bossale et de société créole, qui constituent, selon des spécialistes, les deux sociétés parallèles s’affrontant constamment en Haïti depuis 1804. 

Jutta Hepke et Gilles Colleu (éditions Vents d’ailleurs) : Gérard Barthélémy, au pays des hommes sans chapeau. Nous garderons en mémoire ses paroles et ses écrits. Ses multiples métiers (économiste, ethnologue, anthropologue et menuisier) l’ont conduit dans sa vie à adopter ce regard lucide et empathique sur l’être humain qui pour nous est exemplaire. Il nous a incité à interroger toujours et toujours nos certitudes et nos représentations de l’autre. Ses travaux, notamment sur Haïti, ont profondément influencé tant de chercheurs et d’écrivains. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment Le pays en dehors (Henri Deschamps, 1989, L’Harmattan 1990), Créoles-Bossales : conflit en Haïti (Ibis Rouge, 2001) et Haïti, la perle nue (coécrit avec son ancienne épouse Mimi Bartlémémy, Vents d’ailleurs, 1998).Vents d’ailleurs doit à Gérard Barthélémy, ainsi qu’à Jean-Marie Bouvaist disparu en 1997, le socle intellectuel et éthique de sa démarche.Ses idées resteront toujours notre guide. » 

Yves Chemla, universitaire, auteur de La question de l’autre dans le roman haïtien (Ibis rouge) : On ne le dira jamais assez, Gérard Barthélémy a été un très grand formateur. Jamais je ne me suis senti enfermé dans un rapport de maître à disciple, de disciple à maître, posture qui, je crois, l’horripilait. Et c’est aussi en puisant dans sa bibliothèque, qu’il a mise généreusement à ma disposition, que peu à peu, a été rendu possible mon propre travail de recherche.

EXTRAITS GERARD BARTHELEMY 

 

« le caleçon rouge » à propos du livre Haïti, la perle nue : Tant que le « caleçon rouge », ce bel oiseau endémique d’Haïti, continuera à voler, c’est notre cœur à tous qui se sentira plus léger. Le premier pas dans ce sens consiste à vouloir comprendre. Aucun homme ne voit de gaieté de cœur partir la terre qu’il destinait à ses enfants. C’est en partageant ce souci avec lui que, ensemble, on retrouvera l’espoir qui permettra de sauver ce véritable trésor. 

« les gens du dehors », Le Courrier de l’Unesco, février 2001 : Les Haïtiens préfèrent ignorer, contourner l’Etat, et, chaque fois que possible, lui échapper. Les habitants du bidonville de Martissant, à Port-au-Prince, privés des services publics élémentaires, se définissent joliment comme « les gens du dehors ». Des jeunes sortis de l’école, des chômeurs, des femmes ramassent les ordures, combattent le banditisme, gèrent un centre de santé, cotisent à une mutuelle de solidarité, s’organisent face aux usuriers et à leurs taux exorbitants, qu’on appelle à Haïti « le coup de poignard ».

 

Haïti, l’ordre sous le chaos apparent, Tribune libre, Le Monde, 4 septembre 2005 : (…) La singularité de ce petit pays tient à trois phénomènes, inscrits comme des mythes fondateurs dans et par son histoire : le non-aboutissement de la nation, le refus d’Etat et une répulsion instinctive devant ce que nous proposons sous le vocable de « développement » (…) 

Depuis deux siècles, une partie du pays – son élite créole occidentalisée – n’a cessé de manipuler les faux-semblants d’une démocratie de façade pour mieux asseoir son propre pouvoir sur la grande masse afro-paysanne des campagnes. (…) 

Pendant deux siècles, l’armée et l’Etat ont constitué un binôme indissociable de frères ennemis rassemblés par leur seul intérêt commun : contenir un pays structurellement indocile et éventuellement menaçant. Ce système séculaire a été brusquement détruit en 1994 après la suppression de l’armée à l’initiative, fondamentalement antiétatique, du prêtre président Aristide. Aujourd’hui, c’est la situation créée par l’interruption brutale de cette gestion bicéphale du pouvoir qui pose problème. L’Etat, brusquement privé de son complément, s’est transformé progressivement en non-Etat.(…) 

Le troisième paradoxe fondateur permet d’expliquer, peut-être, pourquoi Haïti, économiquement, ne cesse de reculer depuis plus de dix ans, malgré une aide internationale conséquente. (…) Ce peuple, en 1804, en rejetant le lien colonial, n’a pas rejeté la seule dépendance politique mais bousculé l’ensemble du système économique et social fondé sur l’esclavage. En ce sens il est parmi les premiers de l’ère postcapitaliste. 

Faute d’avoir explicité ses valeurs en un langage politique structuré, ce pays s’est, peu à peu, bâti un code comportemental implicite à partir du renouvellement lancinant du refus initial. Cela s’est manifesté sous la forme instinctive de réflexes de rejet s’appliquant à tout ce qui ressemblait à des rapports inégaux, à de l’accumulation et à tout profit réalisé par les individus au détriment du groupe. En un mot, l’antidéveloppement agirait au nom d’antivaleurs enracinées dans l’émancipation fondatrice. 

Tant que nous ne comprendrons rien à ce que nous ne percevons que comme un chaos, que nous n’admettrons pas l’idée qu’un ordre existe derrière ce désordre, et tant que ce dernier ne fera qu’accroître notre angoisse, il n’y aura rien d’utile que nous puissions faire.

En revanche, quand nous admettrons que cet anarchisme est peut-être l’ultime défense d’un peuple qui a toujours manipulé l’imaginaire de ses partenaires ou de ses adversaires, nous pourrons commencer à discerner, au lieu de cet amoncellement monstrueux de dysfonctionnements cher aux experts, une tentative pour exprimer l’atypisme en s’attaquant à l’ordre comme expression symbolique du pouvoir. 

Réflexions sur deux mémoires inconciliables : celle du maître et celle de l’esclave. Le cas d’Haïti. Cahiers d’Études africaines, XLIV (1-2), 173-174, 2004, pp. 127-139 : Il est pratiquement impossible qu’anciens maîtres et anciens esclaves puissent commémorer de façon conjointe la fin de l’esclavage ou l’émancipation générale. En effet, les deux protagonistes ne sauraient partager une vue commune de leur passé et, si le paysan haïtien d’aujourd’hui ne conserve plus, par exemple, que le souvenir de la fin de la contrainte exercée sur lui ainsi que celui d’une victoire sur son ancien maître, ce dernier par la charte de Charles X en 1825 n’a fait autre chose, en réalité, que remettre en œuvre la pratique traditionnelle de l’émancipation telle que prévue par le Code Noir. 

Couverture de 'Créoles - Bossales  : Conflit en Haïti' Exposition, en 2003, Jouets d’ici, jouets d’ailleurs, à Cargo 21, Galerie associative du quartier de a Goutte d’Or à Paris : Le peuple d’Haïti est exemplaire par sa dignité et son courage, la richesse de sa culture, le potentiel dynamique de sa religion traditionnelle, le Vaudou et surtout par la créativité de sa jeunesse.  

COMMENTAIRES :  South North Network, Actes du colloque Pour la culture du développement ou le développement de la culture ? auquel participait Gérard Barthélémy, en octobre 2000 en Haïti : Gérard Barthélémy, professeur à l’Université d’Etat d’Haïti, expert en lien avec la CEE et auteur de Pays en dehors, Essai sur l’univers rural haïtien, CIDIHCA, 1989, développa le thème « le non développement est une culture ». Pour lui la culture est l’infrastructure et l’économie la super structure. C’est la culture qui détermine les choix de vie d’une société et dans ces choix il y a aussi l’économie. 

Nicole Lapierre, L’invention d’Haïti (Le Monde, 30 mai 1997) : Haïti, c’est « l’anti-nous », écrit l’anthropologue et économiste Gérard Barthélemy, qui s’est épris de ce pays où il travaille depuis plus de quinze ans. [Dans Le pays du dehors] Il raconte l’histoire de cette nation singulière, première République noire du monde, où une société s’est créée dans une « expérimentation historique brutale », après le renversement du système esclavagiste, en 1804. 

Nulle idéalisation dans son propos : il ne se fait pas le chantre naïf de la grandeur et de la misère haïtiennes, mais analyse le sens et la cohérence de cette culture de rupture, inventée de façon aussi instinctive que résolue par les anciens esclaves, et toujours vivace aujourd’hui. Refusant le système de plantation, l’exploitation du travail et l’accaparement des richesses, ils ont privilégié une agriculture extensive et une production domestique d’autosubsistance sans accumulation. Rétifs à tout principe d’autorité, ils ont fait prévaloir l’égalité et la solidarité régulées au sein de groupes restreints. 

L’absence de gestion d’ensemble, la faiblesse de l’Etat (en dépit de la puissance de son appareil militaire) et le sous-développement d’Haïti ne sont donc pas, comme on le dit souvent, le produit d’un héritage archaïque, mais bien le résultat d’une riposte initiale, radicale et neuve. Le destin original et tragique de ce pays est de s’être voulu autre. Pour construire son avenir, il ne peut ignorer la volonté d’émancipation sur laquelle il s’est fondé, dans cette histoire contraire qui renvoie à la nôtre son miroir inversé. 

ARCHIVE SONORE :

Gérard Barthélémy à écouter dans les archives des Matins de France-Culture d’Ali Badou, avec Louis-Philippe Dalembert (3 mars 2004) : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/fichedoc.php?diffusion_id=20445&dos=2004/haiti

Maryse Condé, Guadeloupe amer natal

LE COEUR A RIRE ET A PLEURER | livres: MARYSE CONDE | ISBN: 2266098683 Dans un entretien à Gérard César de Télé Guadeloupe, diffusé le 12 juillet, l’écrivaine Maryse Condé a annoncé qu’elle quittait la Guadeloupe après 22 ans de séjour. Elle s’installe définitivement à New-York. Elle vivra entre la cité américaine et Paris.

Ses propos vont sans doute faire l’effet d’une bombe aux Guadeloupéens…

« Le tour d’esprit que j’ai, qui est assez critique, assez lucide, qui essaie toujours de faire la part des choses, qui refuse la mythification, l’idéalisation facile, n’a pas convenu aux Guadeloupéens. Ils aiment les gens qui disent que la Guadeloupe est un paradis, la Guadeloupe n’est pas un paradis, ce n’est pas un enfer mais ce n’est certainement pas un paradis.

(…)

– Qu’est-ce que tu laisses en Guadeloupe ?

– Rien, pas grand chose. Moi j’ai beaucoup pris. Quand je regarde mes livres, je sais que j’ai beacoup pris de la terre de Guadeloupe, pas des gens mais de la terre de Guadeloupe. Le pays me parlait, le vent, la mer, les arbres,la nature, la montagne, le pays avait une voix extraordinaire, belle et puissante que j’ai enregistrée, mais les gens je crois ne m’ont pas donné grand chose et n’ont pas pris grand chose de moi. Je pense que ça ne les intéressait pas.

(…)

Victoire, les saveurs et les motsLa Guadeloupe est un pays complètement laminé, décervelé par le colonialisme, un pays où on a peur de l’avenir, où on parle toujours du passé, un pays qui se replie sur ses traditions et qui ne veut pas la nouveauté, la création, la créativité. »

(…)

Je crois que Victoire, les saveurs et les mots sont mon adieu à la Guadeloupe. J’ai bien trouvé la famille à laquelle j’appartenais. J’ai bien compris ma mère, ma grand-mère, tout ce qui les a entourées, donc je pense que maintenant je peux partir, essayer de faire autre chose dans ce monde qui est nouveau, qui est différent et qu’Edouard Glissant appelle le Tout-Monde, qui est une très belle expression. Il faut maintenant écrire et créer à la mesure du Tout-Monde. »

A noter que Maryse Condé est à Avignon pour une rencontre à la Maison Jean Vilar, ce lundi 16 juillet à 17h et que la salle Edouard Glissant est inaugurée à la Chapelle du Verbe incarné mardi 17, 20h45 en présence du poète. 

A noter aussi que la pièce de Maryse Condé, Comme deux frères, est reprise au Théâtre du Balcon, dans le Off, à 11h.

Vivement le 15 juillet !

Dans Libération du 13 juillet : Le ministre de l’Indigénisation du Zimbabwe, Paul Mangwana, a menacé hier de retirer leur permis d’exploitation aux firmes opposées à un projet de loi visant à assurer que la majorité des parts des sociétés cotées en Bourse soient entre les mains de Zimbabwéens noirs.

Dans Libération du 14 juillet : Au Congo, les pygmées sont parqués au zoo. Invités au Festival panafricain de musique de Brazzaville (Fespam) un groupe de vingt pygmées a été logé. dans le zoo de la capitale congolaise, «sous le regard des curieux qui viennent les contempler et les filmer», selon l’Observatoire congolais des droits de l’homme. «Ils dorment sous une tente, sur des matelas à même le sol.» Toutes les autres délégations du festival sont logées dans des hôtels. Les pygmées d’Afrique centrale sont souvent considérés comme des «sous-hommes» par les autres habitants de la région. Réunis mi-avril, au Congo, ils avaient dénoncé le «génocide culturel» dont ils s’estiment victimes. (AFP)

Sur le site du Fespam, on lit ce dimanche 15 juillet : « Après une semaine de fête, la cinquième édition du Festival Panafricain de Musique s’est achevée ce samedi 16 juillet (sic) au stade Eboué de Brazzaville. »

Vivement le 15 juillet !

Manteca ou comment les Cubains réinventent le quotidien

Prenez un petit cochon, élevez-le tendrement dans votre appartement en fermant portes et fenêtres pour que les voisins ne sentent pas cette présence proscrite… L’intrigue est propice au théâtre de l’absurde sur fond de message politique du Cubain Alberto Pedro Torriente, que la compagnie des Corps beaux présente à Avignon dans le Off.

Basée en Martinique, composée de Cubains et de Martiniquais, la toute jeune troupe a présenté un spectacle digne, loufoque, inventif, où l’animal vit en appartement, alors que les humains sortent des frigos.

« A Cuba, les frigos sont de véritables fossiles vivants », nous dit le scénographe Ludwin Lopez. Lui-même a connu sa grand-même qui élevait des cochons dans son petit appartement. 

Avec le théâtre cubain, la Martinique peut sortir des sentiers battus, délaisser un temps la mémoire enchaînée pour inventer un art caraïbe aux prises avec le réel, l’irréel, le grotesque du quotidien… Les Martriniquais peuvent être fiers de leurs Cubains, capables de s’arranger avec les objets, réinventés. Au pays de l’éphémère permanent, la pénurie, vue par les créateurs devient source de fraternité.

Pas de quartier pour le 14-juillet

Au festival d’Avignon, la compagnie du Voile déchiré réunit à la Chapelle du Verbe incarné (c’est complet à chaque représentation), une douzaine de danseurs hip-hop de talent. Pas de quartier est le nom de leur spectacle déjà présenté sur d’autres scènes, mais dont l’impact est ici assuré.

Avec un air de famille d’Indigènes, le film de Rachid Bouchareb, Pas de quartier retrace la filiation tirailleurs, immigrés, banlieue. « Un message positif de la banlieue à la nation », nous dit le metteur en scène Eric Checco.

Façon de considérer en ce 14 juillet qu’il y a une autre façon de célébrer la fête nationale, une fête arc-en-ciel, façon hip-hop, breakers, slameurs, beat-boxers…

De danser urbain très sain pas chagrin, ça craint !

Haïti côté Grand-Rue

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Mardi 4 juillet, 10h.

Sculpture de Guyodo, sise Grand-Rue à Port-au-Prince, en Haïti, l’une de ces œuvres nées de matériaux de récupération, du radiateur de voiture à la roue de vélo, sans oublier les pneumatiques…

Imaginez un quartier, dit de non droit (mais Où est le droit ? dirait le dramaturge kanak Pierre Gope), un quartier donc à deux pas du cimetière, pas loin de l’ambassade de France, où l’on crée comme on respire, des formes très expressives, tendance humour pour Guyodo, tendance vaudou pour Eugène, tendance surréaliste pour Céleur.

Haïti, trou noir de la Caraïbe, nous dit l’écrivain Frankétienne.

On est aux anges. Anges et démons, bien entendu.

Etre cultivé aujourd’hui (Jacques Lacarrière)

« Or pour moi, la culture, c’est tout ce qui refuse les similitudes, l’immobilisme des racines, les miroirs de la mémoire close, c’est tout de ce qui refuse -ou écarte- ce qui est exactement semblable ou similaire pour rechercher ce qui est différent, ce qui est dissemblable. Etre cultivé aujourd’hui, ce n’est pas lire Tacite ou Homère dans le texte (cela c’est de l’érudition), ce n’est pas non plus connaître par cœur les composantes chimiques du sol de Mars ou de Saturne, c’est tout simplement admettre -jusqu’en sa propre création- la culture des autres; c’est même au besoin se mêler à elle et la mêler en soi. Etre cultivé aujourd’hui c’est porter en soi, à sa mort, des mondes plus nombreux que ceux de sa naissance. Etre cultivé aujourd’hui, c’est être tissé, métissé par la culture des autres. » Citation de Jacques Lacarrière, affichée sous une photo représentant « d’étonnants voyageurs » : Théodore Monod, Anita Conti, Ella Maillart, au fond de la librairie-salon de thé de la Porte Saint-Michel, tenue par Edith Guimard dans la « cité du livre » de Bécherel, entre Rennes et Saint-Malo, en Bretagne.
Bécherel compte 15 librairies pour 660 habitants. Jacques Lacarrière, hélléniste et humaniste sans façons, était passé trois mois avant sa mort dans la librairie, mais il ne se souvenait pas avoir écrit ces mots sur la culture…