A l’enterrement d’une feuille morte

C’est l’automne, c’est une fête… version Prévert, le poète disparu il y a trente ans [billet du 9 avril dernier].

Les escargots… On ne s’en lasse pas. On l’avait appris par cœur. Il revient tout seul, comme un hit, à écouter non pas à pleins tubes, mais chuchoté. C’est avant le disco, avant le rap, avant le slam, avant toute chose, comme une valeur sure… Question de saison, c’est une comptine qui tintinnabule. Et nous, on titube.

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l’oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent a chanter
A chanter a tue-tête
La vrai chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

Aller décaniquer… (le livre)

” La population parle un français dont elle doit être fière “, nous dit un de ses archipéliens, dans un petit livre, véritable curiosité… Comme Antonia l’a bien deviné… il s’agit de l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon… et le livre, qui pourrait être de chevet, est signé Marc Dérible, Mots et expressions de Saint-Pierre et Miquelon, édition 2006, Roger Guichot éditeur. Son contact, comme précisé en dernière page : dmarc@cheznoo.net.

Sélection du prix roman France Télévisions

Quelque 1800 amateurs de littérature ont adressé un courrier de motivation à France Télévision pour être juré du prochain prix du livre dans la catégorie roman. Vingt-cinq candidats ont été retenus. Ce jury de téléspectateurs désignera le lauréat du prix roman 2007 France Télévisions le 15 novembre. Ils devront élire un titre parmi six, choisis par une dizaine de journalistes littéraires de France 2, France 3, France 5 et RFO, réunis ce jour autour d’Olivier Barrot, président du jury de présélection :

Olivier Adam, A l’abri de rien, L’Olivier ; Jacques Chessex, Le vampire de Ropraz, Grasset ; Ananda Devi, Indian Tango, Gallimard ; Christophe Donner, Un roi sans lendemain, Grasset ; Gilles Leroy, Alabama song, Mercure de France ; Diane Meur, Les vivants et les ombres, Sabine Wespieser éd.  

Aller décaniquer les choquettes dans le plain !

 

C’est un archipel où ce type de billets était en circulation jusqu’en 1972 … 

Un groupe d’îles où l’on parle français, un français déconcertant…

Quel est ce français qui se parle ainsi ? De quelle époque ? De quelle province ?  » La population parle un français dont elle doit être fière « , nous dit un de ses archipéliens, dans un petit livre, véritable curiosité…

Tout celui qui pourrait le feuilleter n’en serait pas tourner la grogne.

Dans ce pays donc, quand la pluie n’affale plus, quand la boucaille (brume) s’est dissipée, quand la pissouse ou la pluie comme du chien a cessé, on dit que le temps s’est mis au beau, qu’il a beausi, que l’on a droit à un temps de ministre ! ou qu’il subsiste une arisée, c’est-à-dire un petit vent.

La mer est si proche, qu’elle déteint sur les mots. On ne dit pas nouer ses lacets mais amarrer son soulier ; les enfants ne vont pas à l’école, ils appareillent pour l’école.

Ici (est-ce l’excentrement ?) des mots ont un genre inverse : une étang, une crabe, une moustique, une été, une argent, un houle, etc.

Est-ce l’éloignement ? On préfère la bière de spruce ou de genièvre, voire la bière anglaise de France (sic), comme si ce qui était loin était… anglais.

Est-ce le machisme ? Une femme enceinte est bloquée, branlée.

Dans l’archipel, ma voisine ne dit jamais  » aller tirer les boîtes de conserve vides sur la plage « , mais plus fréquemment :  » aller décaniquer les choquettes dans le plain « .

Solution prochainement.

Daratt, un DVD pour le cours de français ou de philo

Daratt vient tout juste de sortir en DVD.

Daratt, saison sèche, film écrit et réalisé par le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun, raconte la vie d’Atim. Alors que la guerre civile vient de s’achever, ce jeune orphelin s’en va tuer le meurtrier de son père. L’Etat vient de proclamer l’amnistie des criminels de guerre jugés par une commission Justice et vérité. Atim réussit à se faire adopter par le meurtrier de son père, un boulanger âgé et quasi-mutique. Réussira-t-il dans sa mission ? Le film pose la question de la vengeance… et du pardon.

La théâtralité du film, l’économie de paroles entre Atim (Ali Bacha Barkaï) et le boulanger Nassara (Youssouf Djaoro), la complainte de la besogne boulangère, la complicité sentimentale entre Ati et la jeune femme de Nassara (Aziza Hisseine), l’esthétique dépouillée et très maîtrisée des images, entre désert et capitale, les archétypes tragiques incarnés par les personnages, font de ce film sorti en salle fin 2006 une réussite.

Daratt - Ali Barkai et Mahamat Haroun

La sortie du DVD permettra non seulement sa deuxième vie, comme il est devenu habituel. Surtout, on pense aux prolongements possibles. On pense aussi aux Mains sales de Sartre, classique du meurtre annoncé devenu pardon, aux multiples tribunaux centrés sur le pardon après les guerres civiles africaines (en Afrique du Sud, avec la Commission Vérité et réconcilation ; au Rwanda, avec les gacaca ou tribunaux populaires, ou encore au Sierra Leone).

L’intérêt de Daratt, saison sèche, est de faire du tragique africain un film intime.

Ses prolongements en cours de français ou de philosophie ont incité des enseignants à élaborer un dossier pédagogique très riche, aux multiples corrélats : http://www.zerodeconduite.net/daratt/index.htm.

Daratt et Zéro de conduite, deux belles découvertes.

Haka de Samoa / haka de Tonga, y’a pas photo !

Dans un billet daté du 10 septembre, Papalagui rapportait sans commentaire la version classique du haka de Samoa:

Le Manu Samoa ia manu le fai o le faiva

Ua ou sai nei ma le mea atoa

O lou malosi ua atoatoa

La e faatafa ma e soso ese

Guerriers de Samoa que votre mission réussisse

je suis prêt, complètement préparé

ma force est à son comble !

Poussez-vous, écartez-vous !

Or, Benoît Hopquin nous apprend dans Le Monde daté du 18 septembre que cette version du haka samoan a été sérieusement revue à la hausse guerrière ce dimanche 16 à Montpellier lors du derby du Pacifique, Tonga contre Samoa.

Ce Siva Tau très guerrier donnait ceci, selon Hopquin :

Allons à la guerre

Bats-toi, bats-toi à fond.

Voici mon cœur

Voici mon âme

Je suis un guerrier.

En face, Tonga a opposé son Sipi Tau. Il y est question, précise Hopquin, d’« Aigles des mers morts de faim », de « destructeurs d’âme », de « cœurs féroces croqués », dans la plus belle tradition anthropophage, souligne Hopquin. « J’ai perdu mon humanité ».

Bigre ! Ce Sipi Tau rend l’homme capable de « boire l’océan et dévorer le feu ». Résultat : Tonga bat Samoa de 4 points (19-15). « Ma volonté sera exaucée dans la mort ou la victoire », assure le Sipi Tau

L’honneur est sauf. La vie aussi. 

Sur la Namibie, lire Brink

 Andre Brink (South Africa) 

Avant d’avoir droit à un prime time rugbystique, la valeureuse Namibie (étrillée honteusement 87-10 par une équipe de France qui comptait dans ses rangs un joueur de plus et pas mal de Toulousains) était une colonie allemande, le Sud-Ouest africain. La Namibie actuelle, indépendante depuis 1990, est le résultat d’une histoire méconnue mais sidérante, que le roman d’André Brink, Au-delà du silence, a révélé sous un angle nouveau lors de sa parution en français en 2003.

Sur le plan historique, rappelons pour être bref qu’aux premiers Boschimans vont succéder les Khoisans puis les Bantous (Hereros et Ovambos) puis les Allemands qui en font un protectorat en 1864.

En 1904, le général Lothar Von Trotha va devenir célèbre par l’un des premiers génocides de l’histoire. Ce gouverneur signe un ordre d’extermination selon lequel « À l’intérieur des frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non armé, sera abattu. Je n’accepterai pas plus de femmes ou d’enfants. »

Pour la commémoration du centenaire de ces massacres, le 16 août 2004, le gouvernement allemand présente ses excuses officielles, historiques et morales et les qualifie de « génocide ».

Swakopmund.jpeg 

(Swakopmund, cité touristique et coloniale, photo Georgio)

En 1920, la Société des Nations autorise l’annexion du Sud-Ouest africain par l’Afrique du Sud sa voisine.

En 1979, l’apartheid est aboli dans le Sud-Ouest africain.

En 1990, l’apartheid est aboli en Afrique du Sud.

Le 21 mars 1990, la Namibie devient indépendante.

(photo Christophe Gondouin)

En 2003, est publié chez Stock en français grâce au traducteur Bernard Turle, Au-delà du silence, le roman signé André Brink, le célèbre écrivain sud-africain.

 

Au-delà du silence, en deux mots : Nous sommes au début du XXe siècle. L’Allemagne envoie dans sa lointaine colonie africaine des convois entiers de femmes. Elles doivent servir d’épouses aux soldats de l’Empire. En réalité elles suivront le sort tragique d’Hanna X, comme chair à colons. Violée, défigurée, la jeune femme organise sa révolte. Elle se place à la tête d’une armée de femmes allemandes et indigènes unies contre la brutalité coloniale.

L’intérêt du roman, en deux lignes : Le roman d’André Brink est le récit de la destruction d’une femme et de sa reconstruction par la haine et le désir de vengeance. C’est l’histoire bouleversante d’une rédemption.

Ce qu’en a dit le traducteur, Bernard Turle, en deux phrases : « C’est l’un des personnages les plus violents, les plus forts mais aussi les plus attachants à qui j’aie dû donner une voix française. Sa traversée du désert est peuplée de figures trempées comme elle dans l’airain, pétries par la tourmente, d’une humanité exemplaire ».  

La reliure ça sent le book !

Dur, dur ! la reliure. Elle a mauvaise presse, voire aucune (presse), comme un métier du passé pour grand-mères désoeuvrées… On l’imagine, dans sa masure en pleine nature ou dans les recoins de la vieille ville, au détour d’une sente urbaine, le relieur, dernier des derniers amateurs du livre. Pour le relieur d’art, tout livre est sacré. Il le soigne, le restaure, le transfigure au risque de faire oublier son contenu. De fond en comble, la forme chamboule le fond.

A l’heure du bookcrossing, du « laisser les vivre » sur un banc public, livre prêt à circuler, livre de poche de préférence, livre aimé certainement, à l’heure du  » qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse « , la reliure pourrait paraître d’un ringard ! 

La reliure, ce sont des dizaines d’opérations, des heures de façonnage, un livre qu’on triture, qu’on torture, toute blessure, égratignure, boursouflure ôtées. Mais au final, ça sent bon le cuir dans sa cambrure.

La reliure, c’est selon. Les fragrances érudites, mystérieuses et moyenâgeuses du Nom de la rose ou bien ça sent le désuet, bourgeois, cher, ça sent le vieux, la raideur empesée d’une bibliophilie précieuse, spécieuse. Le 78 plutôt que le 93. C’est d’ailleurs dans la ville de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, qu’on sussure que la IXe Biennale mondiale de la reliure d’art présente plus de cinq cents oeuvres réalisées par des professionnels ou des amateurs de vingt-neuf pays ! Rien à voir avec les Journées du patrimoine, toutes ces reliures sont des créations originales…

Des relieurs d’Espagne, du Mexique, d’Estonie, du Japon. En nombre ! Faut-il être Estonien pour pratiquer l’endossure, la cousure, l’arrondissure, la plaçure, la dorure ? Comment être Japonais et travailler au Petit Chaperon rouge, Barbe bleue, Blanche neige, en lettres latines ? 

Pour cette IXe édition, les organisateurs ont proposé aux candidats de relier le recueil de Charles Perrault, Les Contes de ma mère l’Oye (1697), dont la lecture a été illustrée ainsi par Gustave Doré :

Perrault1.jpg

La salle Jean Racine de Saint-Rémy expose (jusqu’au 22/09) un seul livre en cinq cents et quelques reliures d’art différentes. L’effet de loupe est saisissant, l’effet démultiplicateur aussi… comme si les contes se répétaient à l’infini dans des couleurs, des matières et des pays différents. L’effet de loupe crée un effet de loup, d’ogre et de merveilleux.

Certaines reliures choisissent l’abstraction, d’autres le figuratif à un point qui s’appelle le mauvais goût. Tel ce livre botte pour Le Chat botté. 

Pour être récompensé lors de cette Biennale, on pouvait être Français, comme Yvonne Ropero, de Macon, prix du Conseil général des Yvelines, avec une reliure dite  » monastique «  (sic) qui présente entre des incrustations d’écorce de hêtre des enfants au portable, en grosses baskets, sur skate-board… Une manière très dynamique d’inscrire Le petit Poucet dans la modernité.  

On pouvait être Tchèque aussi. Comme Jan Sobota, un relieur professionnel (http://www.jsobota.cz/jan_sobota.htmqui) qui présente un livre en forme d’hôtel particulier. Chacune des fenêtres à petits carreaux s’ouvre et laisse apparaître un livret avec l’un des onze contes… Cette reliure-là est donc une boîte à histoires autant qu’une boîte à malices, boîte de Pandore du merveilleux.

Ou Mexicaine, comme Dulce Mariá Luna Torres, dont la couverture représente un jeu de l’oie tissé (visiter son site,  » L’Antique «  (sic) : http://www.encuadernacionlaantigua.com/dulcemaria.html)

 Dans la pliure, le vélin après batture et lavure doit passer à passure, couture, marbrure, piqure, couvrure, nervure, voire glairure. Quelle gageure la reliure !

Quelquefois, certain relieur transpose sur son île les contes… Ainsi le bien nommé Patrick Bienfait, du Tampon (île de la Réunion) a fait endosser à Charles Perrault, la vêture d’une reliure où apparaît Grand-mère kal, la figure emblématique de l’île, sur son balai de sorcière, sortant de l’antre du Piton de la Fournaise. Son balai formé d’une gousse, sent la vanille.

Plus généralement, la reliure est un monde d’odeurs. Odeurs de l’enfance, de l’atelier, de la couverture de cuir en veau écaille, dans sa livrée de couleur vert bouteille, d’un Larousse de 1947…

Seule certitude : pour que vive une bonne reliure, faut se dire :  » Ça sent le book ! « 

Célébrité éphémère et délectable

Papalagui (le blog) a eu les honneurs de deux médias cette semaine. Merci à tous les deux :

LeMonde.fr, par le truchement de sa newsletter quotidienne, Check-list, du 12/09, qui cite la note :  » Du désir selon Devi «  (http://abonnes.lemonde.fr/web/newsletter/0,30-0,62-951830@60-7@45-2,0.html)

logo France Inter  titre

par Alexandre Boussageon
du lundi au vendredi de 6h20 à 6h25

(http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/blogapart/), le 14/09 :

« Des îles et des lettres : Voici le blog de Christian Tortel, un journaliste qui ne raconte pas des histories de journalistes mais qui parle de littérature. Il ne parle même que de cela sur « papalagui », un mot polynésien des îles Samoa, précise-t-il, qui désigne l’autre, l’étranger. Si cela ne vous donne pas une idée de la nature de ce blog, sachez qu’il est essentiellement consacré à la littérature française d’outre mer. De temps à autre, son auteur se plonge dans les dictionnaires, quitte à dénoncer ce qu’il appelle leurs approximations quand ils traitent des écrivains vivant sur ces confettis d’empire. Le Robert n’échappe pas à ses reproches. Pour autant, Christian Tortel n’est pas un de ces mauvais coucheurs qui passent leur vie à épingler les travers des autres, à écrire aux journaux pour se plaindre de l’injustice du monde. Quand il ouvre un dictionnaire, ce peut-être pour en recenser des locutions inattendues et nous en faire profiter sur son blog. On y trouvera ainsi la liste des mots réunionnais qui font leur entrée dans la prochaine édition du Larousse, une poignée en fait. J’ai retenu « Babouk », qui désigne « une araignée marron des régions tropicales, chasseuse de blattes».

Mais laissons là ces charmantes bestioles. Il arrive que notre blogueur tresse des couronnes, et pas seulement à des talents reconnus. Au contraire. Il est capable de s’étendre sur un auteur inconnu, publié par un éditeur inconnu et distingué par un prix inconnu. En l’occurrence celui décerné au salon du Livre Océanien. Encore plus fort, il nous donne envie de lire ce livre improbable et cependant récompensé, une nouvelle d’une quarantaine de pages en fait, qui raconte l’histoire d’un Elephant Man errant dans la brousse calédonienne. « On y retrouve la Calédonie sans les clichés, écrit-il, on y fait des rencontres étonnantes ».

On a surtout le plaisir de lire « quelque chose de frais ».

Hienghène, oral austral et littéraire

 

Du 30 octobre au 4 novembre prochains, à l’orée de l’été austral, on ne parlera pas seulement des prix littéraires. Le 3e Salon International du Livre Océanien (SILO 2007, http://www.silo2007.com/) sera l’occasion, l’une des rares dans la région de créer un immense événement festif, intellectuel et populaire autour du livre.

La bibliothèque Bernheim de Nouméa l’organise pour le compte du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie autour du thème « Paroles ». Les organisteurs entendent mettre l’accent sur les performances, contes, slam. 

Il est quelquefois difficile de faire exister à terre le Pacifique Sud. Sa dimension archipélique n’est pas toujours perçue comme une chance. Et pourtant, la gravité de cette terre de la Province Nord était toute indiquée pour installer pendant quelques jours une manifestation littéraire à dimension océanienne.

Hienghène est le lieu d’un Centre culturel fondateur de la politique culturelle du pays, au prise avec la naissance de l’histoire moderne du Caillou en 1853, comme de son histoire tragique contemporaine. La mémoire locale garde le souvenir vivace du massacre de dix militants indépendantistes en 1984. Jean-Marie Tjibaou est né à Tiendanite, tribu distante de 17 km du centre communal de Hienghène. Signe de son passé meurtri, le nom même de « Hienghène » signifie dans la langue fwaî (l’une des langues kanak parlées dans cette aire coutumièe Hoot Ma Whaap) : « pleurer en marchant ».

Parmi les écrivains invités, outre les Calédoniens (Kurtovitch, Ohlen, Berger, Gope, Jacques, Barbançon), signalons un plateau de choix autour de John Maxwell Coetzee, le prix Nobel sud-africain, Albert Wendt, d’origine samoane, Marcel Meltherorong, du Vanuatu, Dany Laferrière, du Québec, les Polynésiens Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, Flora Devatine, Chantal Spitz, et plusieurs écrivains australiens, été austral oblige.