Lévi-Strauss : « L’exclusive fatalité… »

Au bas de la plaque du centenaire de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, dévoilée ce 28 novembre, au musée du Quai-Branly, cette citation « L’exclusive fatalité, l’unique tare qui puisse affliger un groupe humain et l’empêcher de réaliser pleinement sa nature, c’est d’être seul. », extraite de Race et histoire, publié en 1952. Dans l’édition Albin Michel / Editions Unesco, coll. Bibliothèque / Idées, le passage du chapitre 9,  » la collaboration des cultures « , p.108, figure avec l’orthographe plurielle :  » puissent « 

Books, un journal international en français pour donner un look à la culture écrite

Un journal culturel international en français :

Saluons le lancement du site Booksmag aujourd’hui, dont le frère papier Books sera en kiosque jeudi, avec pour profession de foi « L’actualité par les livres du monde ». Ce mensuel international apparaît comme un mélange de Courrier international, à la rédaction naguère dirigée par le fondateur de Books, Olivier Postel-Vinay, et du Magazine littéraire.

A remarquer dans Booksmag, la rubrique d’ouverture, Un livre par jour, qui pour cette première est consacrée à l’essai historique de Eric Robert Taylor If we must die,  » Les insurrections en mer à l’époque de la traite atlantique « . Ce livre est consacré aux 400 soulèvements qui se sont produits au cours du XVIIIe siècle.

A voir également l’entretien vidéo avec l’excellent Neil Bissoondath, auteur remarqué de Tous ces mondes en elle, sur l’effet Obama

Entretien avec son fondateur, Olivier Postel-Vinay

Soixante ans cette année, l’ancien rédacteur en chef de Courrier international aux début des années 90, journaliste scientifique, ancien correspondant en Afrique, réalise son rêve. Il nous reçoit chez lui, à Paris, entre Beaubourg et Marais, dans le bureau très éclairé de sa fille, où trônent des dictionnaires de russe.

Pourquoi Books ?  » Books est un acte culturel non gratuit. Il y a une crise de la lecture notamment chez les jeunes et une désaffection annoncée pour le livre, mais notre intention est de faire voir l’immense richesse de la production de livres dans le monde entier. Les essais comme les romans peuvent nous éclairer. 

Pourquoi un titre en anglais ?Pour remettre le livre à la mode, même chez les jeunes, il fallait lui donner un look, peu importe la langue, ce qui compte c’est le message. Mais l’équipe de journalistes est très attachée à l’écrit.

D’où est venue l’idée de Books ?Elle est née de l’échec répété de ceux qui ont essayé de créer un New York Review ok Books en France. Les Italiens ont essayé avec un magazine où les deux-tiers des articles sont des traductions. Pour notre part, nous allons diversifier les sources.

Que faites-vous de la crise de la lecture chez les jeunes ?En septembre 2006, j’avais fait une enquête pour L’Histoire sur cette question. Il est vrai que la crise de la lecture touche notamment les jeunes et qu’une désaffection est annoncée pour le livre. Une baisse de la lecture des livres chez les étudiants, une tendance qui n’est pas propre à la France. En même temps le livre résiste : les prévisions chez les éditeurs pour 2009 sont plutôt bonnes.

[Dans L’Histoire, l’enquête se concluait ainsi : Notre déploration pourrait alors être pour une part interprétée comme l’expression d’illusions perdues, ou en train de se perdre. Nous avons cru que le grand nombre allait accéder au statut de l’élite. Nous avons cru que le livre était par excellence l’outil de cette révolution culturelle. Nous en avons fait un totem, sans voir qu’il allait faire son chemin dans les supermarchés, côtoyant jeux vidéo, DVD et autres baladeurs. Il faut se rendre à l’évidence : le livre n’est plus un objet sacré. ]

Sur quels fonds repose Books ?

Quand il y a sept ans, j’avais fait un premier tour de piste, avec le même concept, c’était l’incrédulité générale. Début 2007, les mêmes m’ont répondu :  » c’est génial « . C’est la preuve qu’il y a quelque chose qui se passe. Concrètement, des patrons d’entreprises moyennes se sont engagés pour m’aider, ils ont mis leur argent personnel. Il n’y a aucun éditeur dans notre capital.

Pour la première année le budget est de 1 million d’euros avec un objectif de 40 000  exemplaires au bout de 4 ans, le point mort étant de 35 000. Le premier numéro est tiré à 80 000 exemplaires. On espère en vendre 25 000. 

Books est-il un mixage de Courrier international et du Magazine littéraire ?

Nous visons un lectorat transdisciplinaire, ce qui est un risque aujourd’hui. Nous jouons la carte d’un magazine d’actualité, tous les sujets d’actualité peuvent être éclairés par des bouquins. Nous partons de l’actualité pour aller aux livres et l’inverse également.

Et le site booksmag.fr ?

Le site n’est pas le miroir du journal. Son rythme est quotidien. Exemple avec  » Le livre du jour « . Le site représente un investissement de 100 000 euros. Il est conçu pour être autonome. Un site et un journal en même temps parce qu’aucun patron de journal ne peut savoir quelle sera la part du papier journal dans cinq ans.

Comment Books entend participer au débat d’idées ?

Plusieurs signes montrent ce développement du débat d’idées, auquel entend participer Books. Citons nonfiction.fr [qui lance le 28 novembre une version papier] ou La Revue internationale des livres et des idées. Mais l’une des raisons pour lesquellles aucun magazine d’idées n’a duré ou de que des revues ont une diffusion confidentielle, est que tous ont été créés par des gens qui avaient un agenda politique. Cela crée une fermeture, ceux qui adhèrent renforcent leur parti-pris. On ne sort pas du cercle des adhérents. L’ambition de Books est opposée. Notre volonté n’est pas politique au sens de  » la politique  » mais de participer à la richesse des idées nouvelles. Dans les premières enquêtes avant le lancement du magazine, il est clair que les lecteurs ne nous affectaient pas un positionnement politique. Et ça, c’est très bien. 

Books est un journal international ?

Notre souhait est que les francophones non français s’y reconnaissent.  » A l’étranger  » est un mot banni de Books. C’est un journal international en français.

Mathieu Belezi récompensé justement

 Mathieu Belezi, auteur de C’était notre terre chez Albin Michel, l’un des meilleurs romans sur la mémoire franco-algérienne, vient d’être justement récompensé du Grand Prix Thyde Monnier, décerné par la Société des Gens de Lettres lors de sa session d’automne.

Nous en sommes très heureux. C’est très largement mérité !

Rémanence de l’Afrique…

 » Rémanence de l’Afrique dans la littérature antillaise et caribéenne « , tel est le thème de la VIIIe édition de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO) qui s’ouvre aujourd’hui. Jusqu’au 24 novembre, cette manifestation rend hommage à Aimé Césaire. Source : lefaso.net.

Les organisateurs du Filo justifient sans ambages leur choix :

 » Le passé de l’Afrique doit servir de socle à la construction du futur de l’Afrique. La jeunesse y prélèvera les matériaux utiles à l’édification de la Nouvelle Afrique. L’histoire (à travers l’esclavage ou la lutte pour les indépendances), et la Culture (à travers la similarité, la diversité et la pluralité), devront inspirer, orienter et éclairer cette jeunesse en quête de repères. Le livre et la littérature sont un moyen et un véhicule privilégiés de fixer ces repères. Les faits, têtus et persistants, justifient bien le choix du thème de cette 8e édition : La rémanence de la culture africaine dans la littérature antillaise et caribéenne. « 

Afro… Read or not

Read est le nom d’un club de lecture, dont la naissance est annoncée pour ce dimanche 23 novembre, 14h,  » qui s’intéresse aux auteurs d’origine africaine, caribéenne, afro-américaine, afro-européenne « . Read se réunira tous les deux mois pour  » partager des impressions «  sur un livre. Le premier titre choisi est Tant que je serai noire, de Maya Angelou (Les Allusifs) [Papalagui, 4/11/08].  » Afro, donc communautaire ?,  » Non, répondent les organisateurs, les auteurs débattus n’évoquant pas uniquement  » l’esclavage ou la négritude « , dit-on sur le site de Read. Bon vent aux readers et readeuses !

Vassili Golovanov et Hélène Châtelain dans le même fleuve de mots

D’abord l’extrait :

La Petchora est un fleuve très uniforme : des sapins sur une rive, des sables jaunes et froids, une saulaie impraticable sur l’autre. Pourtant, à un endroit, on découvre soudain un paysage qui coupe le souffle : le fleuve franchit trois « portes », creusées dans trois éperons rocheux de la falaise dont les flancs tombent dans l’eau en pointes acérées. La première « porte », la plus proche, est noire, la seconde bleue, la troisième grise. Et au loin, entre le gris des nuages et le gris de l’eau, il n’y a aucune transition visible. Le fleuve semble se jeter dans le ciel. Ou dans la mer. Il emporte là-bas (dans le ciel ou la mer) ceux qui périssent le long de son cours, de fatigue ou d’imprudence… Hommes venus de peuples différents, tous réduits par le fleuve à la même poussière minérale, devenue la substance des rives qui les relie…

Ensuite l’info :

Cet extrait est copié du site des éditions Verdier, à propos du récit du russe Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés, meilleure œuvre traduite en français, récompensée du prix Laure-Bataillon 2008. La récompense va à l’auteur comme à sa traductrice, Hélène Châtelain, directrice de la collection Slovo.

Le jury du Prix Laure-Bataillon est constitué d’écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires : Marianne Alphant, Geneviève Brisac, Pascale Casanova, Patrick Deville, Pierre Lartigue, Gérard Meudal, Jean-Baptiste Para, Marc Petit, Nicasio Perera San Martín, Jean Rolin, Antoine Volodine, Jean-Didier Wagneur.

 » L’île polaire de Kolgouev est le cœur du récit. C’est en lui donnant une dimension imaginaire que Golovanov parvient à décrire avec le plus de fidélité cet espace géographique et mental. « , explique l’éditeur.

Enfin, une lecture :

Cet extrait d’un livre que l’on a pas encore lu, donne une belle puissance d’évocation au récit. Le lecteur voit la Petchora comme s’il y était plongé insidieusement. Il voit le fleuve autant qu’il l’entend. La description est en apparence visuelle. Elle résonne au fond de sombres pressentiments. Elle constitue le paysage comme personnage, que la dernière phrase précipite en un fleuve humain,  » très uniforme « , semble-t-il dans un premier temps, fantastique en fin de paragraphe. Serait-ce là le style qui emporte l’adhésion du lecteur, embarqué dans la promesse d’un fleuve de mots ?

Caradec s’est carapaté

 » Il n’y a personne. Il ne se passe rien. « , est le 168e texte de la B.O. (Bibliothèque oulipienne), signé François Caradec, mort jeudi à Paris, à l’âge de 84 ans. François Caradec, est l’auteur de biographies de référence de Lautréamont, d’Alfred Jarry et d’Alphonse Allais, régent du collège de ‘Pataphysique depuis l’origine et membre de l’Oulipo depuis 1983.

Il est le premier bibliographe de Boris Vian. Il a publié des livres sur le Café-concert et ses personnages illustres (Le Pétomane, Jane Avril au Moulin Rouge). Il est l’un des premiers historiens de la bande dessinée (biographie de Christophe et I primi Eroi, première anthologie internationale de la B.D.parue en Italie). S’est intéressé aux Pastiches et aux Mystifications, à l’argot moderne (un dictionnaire régulièrement  mis à jour depuis 1977). Il a publié aussi ce qu’il appelle des  « bandes dessinées en prose » Nous deux mon chien, La Compagnie des Zincs, Le Porc, le coq et le serpent, Catalogue d’autographes rares et curieux… Il a édité plusieurs auteurs oubliés : Franc-Nohain, Mac Nab, Gabriel de Lautrec, Töpffer, Nadar, George Auriol, Albert Humbert et surtout les œuvres complètes d’Alphonse Allais. Participe aux émissions des « Papous » sur France Culture. Dernier livre paru : Histoires pour Camille. Sous presse : Dictionnaire des Gestes, Nouvelles histoires pour Camille. 

Son dernier livre, un roman noir intitulé « Le doigt coupé de la rue du Bison », vient de paraître chez Fayard.

Selon la 4e de couverture :  » Le commissaire Pauquet, dont la devise est « in the pocket », est chargé en haut lieu d’enquêter sur la disparition partielle d’un individu de sexe féminin. Les suspects qu’il est appelé à rencontrer, homme ou femme, aveugle ou clair-voyant, chien ou chien, ont tous dans leur passé quelque chose qui ne passe pas.

L’enquête se retourne alors comme un gant (ou comme une peau de lapin) et mène Pauquet dans une direction qu’il n’avait pas prévue : deux récits se croisaient, il est seul à s’en rendre compte, mais trop tard pour arrêter le train.

Tout ça pour un doigt coupé ramassé rue du Bison. « 

Parmi les réactions :

 » J’étais en train d’écrire le compte-rendu de ce «rompol» quand j’ai appris hier la mort de son auteur. J’avais une tendresse particulière pour François Caradec et cette annonce m’a bouleversée. J’ai écrit pour lui cette petite épitaphe anagrammatique :

Ric rac, sa faconde
Se farcira donc ça ?
Frac noir, cascade,
Son cri, ça cafarde.

(…) « , écrit sur son blog, Elisabeth Chamontin.

Et Camille Bloomfield :

Une somptueuse moustache blanche
Des sourcils épais
Des yeux perçants
Une voix un peu éraillée
Une voix toujours bienveillante
Un humour de zinc
Un amour du zinc
Un savoir parallèle
Une curiosité partagée
Une écriture ronde
Une plume légère

Un homme que l’on n’oublie pas.

François Caradec était un peu notre grand-père à tous.
Nous sommes tristes mais nous savons que là-haut, il a rejoint Allais, Queneau, Arnaud et les autres, et qu’ensemble, au moins, ils doivent bien rigoler.

Merci pour tout, Caradec.

Lignes de fuite écrit : Berlol va encore dire que ce n’est pas le rôle de Lignes de fuite que de centripèter, mais tant pis, cette nouvelle m’attriste …

Goncourt et Renaudot 2008 dans la brassée des mondes

Le point commun entre Atiq Rahimi, lauréat du prix Goncourt 2008 pour Syngué sabour et Tierno Monénembo, lauréat du prix Renaudot 2008 pour Le Roi de Kahel ? Tous deux ont choisi la langue française pour écrire et la France pour exil littéraire. L’un est baigné de culture persane, l’autre de culture peule.

L’un a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul.
En 1984, il a quitté l’Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis a demandé et obtenu l’asile politique en France.

L’autre a quitté la Guinée de Sekou Touré en 1969.

L’un a ses parents qui vivent aux Etats-Unis, l’autre bénéficie actuellement d’une bourse Stendhal, en résidence d’écriture à La Havane (Cuba), un éloignement délibéré qui explique son absence (temporaire) de Paris.

L’un a écrit un roman  » dans la peau d’une femme portant burqa « , l’autre dresse le portrait d’une utopiste qui s’est placé jadis au Fouta-Djalon  » dans la peau d’un noir « .

Leur destin littéraire a coïncidé ce lundi 10 novembre 2008 à 13h, dans une brasserie du quartier de l’Opéra.