Perec forever

Jamais publié en livre, mais seulement en revue, L’Enseignement programmé, (en 1968, quelle prémonition !) cet inédit en librairie… où il n’est pas sûr qu’il atteigne son but (l’augmentation), sauf si le but est l’écriture, donc on évoquera à cette occasion l’écriture efficace, un organigramme parodique, une course d’obstables, une contrainte de plus, brillamment réussie, comme d’habitude.

Prix du roman France Télévisions 2008 : Khadra d’une voix

Match serré pour ce final du Prix roman France Télévisions 2008 : au 4e tour de scrutin Yasmina Khadra l’a emporté sur Jean-Marie Blas de Roblès par 13 voix contre 12.

Serré mais surtout passionnant cet échange d’arguments de 25 télespectateurs très motivés par la lecture et la littérature autour des six livres en compétition (voir Papalagui du 19/09/08].

Pour Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de Là où les tigres sont chez eux (éditons Zulma), déjà lauréat de plusieurs prix (voir Papalagui du 5/11/08], les jurés, parmi 25 télespectateurs, ont loué ses qualités d’érudition, de grand voyage (dans la connaissance comme dans la jungle) et d’extrême fluidité.

Véronique Maillot, secrétaire en Auvergne, l’a choisi  » malgré l’érudition « .

Pour Pierre-Henri Puech, chercheur en biophysique à Marseille, ce roman réunit les qualités de la quête scientifique et la fluidité de l’écriture.

Citant Athanase Kircher, héros encyclopédiste de l’ouvrage  » si c’est falsifiable, c’est scientifique « .

Pour Anne Sirlin, coordinatrice pédagogique à Valence,  » c’est un roman qui va bien avec France Télévisions, c’est un roman de l’image. « 

On imagine sans peine Jean-Philippe Dunand, professeur d’EPS en Haute-Savoie, lorsqu’en salle des profs il avoue aimer la littérature :  » Quand je le dis, ça surprend « . Il a relevé dans Les Tigres cette anecdote :  » un système d’alarme inventé par Athanase Kircher pour éviter d’être enterré vivant « . Humblement, il nous dira :  » c’est un livre qui m’a rendu plus intelligent « .

Pour Isabelle Prévost, assistante de production à Bruxelles et venue d’outre-Quiévrain avec de généreux chocolats :  » l’absurde va bien avec le surréalisme sud-américain. « 

Renée Mesquida, vivant à Montferrier-sur-Lez, près de Montpellier :  » le morceau de bravoure du roman de Blas de Roblès, c’est l’ascension de l’Etna par Kircher. Je l’ai relu plusieurs fois. « 

En face, les arguments pour défendre et illustrer la lecture de Ce que le jour doit à la nuit (éditions Julliard), de Yasmina Khadra relevaient d’autres qualités, dont  » la facilité de lecture «  :

 » Ce livre m’a permis de découvrir l’Algérie coloniale. «  (Amel Bakkar, ingénieure commerciale à Paris). Même argument chez Georges Rosa, ergothérapeute à Limoges et chez Perrine Godnair, sapeur pompier professionnelle à Rambouillet :  » J’ai pu découvrir la guerre d’Algérie par ce récit, un récit qu’il a su dédramatiser. « 

Etonnant ou encourageant qu’en 2008, un roman fasse découvrir la guerre d’Algérie ?  

Par ailleurs, saluons l’élégance des propos d’Alain Dion, comédien, chanteur, d’Esbly (Seine-et-Marne), grand lecteur d’Annie Ernaux, dont Les Années, lui ont redonné le goût :  » Un roman qui illustre le devoir de mémoire du quotidien « .

Jacques Prévert : Pater noster (Paroles)

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

 Voir aussi A l’enterrement d’une feuille morte ici

De qui Obama est-il le rêve ?

Obama, rêve de son père ?

Un jour, il est devenu Barack. Entre temps, l’enfant d’un père noir africain et d’une mère blanche américaine a vu, dans le magazine Life, la photographie effrayante d’un Noir défiguré pour avoir essayé de se transformer en blanc. Un déclic se produit. Barack assumera son nom, son prénom et la couleur de sa peau. [Barack Obama, Les rêves de mon père,   presses de la Cité]

Obama, rêve de Martin Luther King ?

« Je fais le rêve qu’un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : “ Nous considérons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux. ”  [Martin Luther King, Memphis, 4 avril 1968]

« Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons accompli aujourd’hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique. Si jamais quelqu’un doute encore que l’Amérique est un endroit où tout est possible la réponse lui est donnée ce soir.

(…)

Et à tous ceux qui se demandent si le phare de l’Amérique brille toujours autant – ce soir, nous avons prouvé une fois de plus que la véritable force de notre peuple vient non pas de la puissance de nos armes ni de l’échelle de notre prospérité, mais du pouvoir endurant de nos idéaux : la démocratie, la liberté, l’opportunité, et espoir qui ne cède pas. Car tel est le vrai génie de l’Amérique – l’Amérique peut changer. Notre Union peut être perfectionnée » (…)

« Ce soir je pense à une femme qui a voté à Atlanta (…) Ann Nixon Cooper a 106 ans. Elle est d’une génération née juste après l’esclavage (…) à une époque où quelqu’un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons : parce qu’elle était une femme, et à cause de la couleur de sa peau. » [Barack Obama, Discours de Chicago, 5 novembre 2008]

Obama, rêve de Nelson Mandela ?

 » Votre victoire a démontré que personne, partout dans le monde, ne devrait avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur « , a écrit Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud, dans une lettre adressée à au sénateur élu, lui souhaitant  » force et courage  » pour les années à venir.

 » Nous sommes convaincus que vous allez finalement parvenir à réaliser votre rêve de faire des Etats-Unis d’Amérique un partenaire à part entière dans une communauté de nations, qui se consacre à la paix et à la prospérité pour tous « , a poursuivi le héros de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la paix.

Obama, rêve d’Aimé Césaire ?

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères,

je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

(…)

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » [Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939]

Sélection Goncourt 2008 (3e et dernière sélection)

Il reste quatre titres en lice pour le Goncourt 2008, qui sera décerné lundi 10 novembre :    
Jean-Baptiste Del Amo : « Une éducation libertine » (Gallimard)
Jean-Marie Blas de Roblès : « Là où les tigres sont chez eux » (Zulma)
Michel Le Bris : « La beauté du monde » (Grasset)
Atiq Rahimi : « Syngué Sabour » (POL)
    
et cinq titres pour le Renaudot, qui sera décerné en même temps que le Goncourt :
Salim Bachi : « Le silence de Mahomet » (Gallimard)
Tierno Monénembo : « Le roi de Kahel » (Le Seuil)
Olivier Poivre d’Arvor : « Le voyage du fils » (Grasset)
Olivier Rolin : « Un chasseur de lions » (Le Seuil)
Elie Wiesel : « Le cas Sonderberg » (Grasset)
        
 

Les Tigres dévorent les prix

Le prix Médicis 2008 du roman a été attribué à Jean-Marie Blas de Roblès pour Là où les tigres sont chez eux (éditions Zulma). Après le prix du roman Fnac et le prix du jury Giono, Blas de Roblès est également en course pour le prix du Roman France Télévisions (vendredi 7) et pour le Goncourt (lundi 10).
Le prix Médicis 2008 du roman étranger a été attribué à l’écrivain suisse de langue allemande Alain Claude Sulzer, 53 ans pour Un garçon parfait (Jacqueline Chambon), ouvrage sur le thème de l’homosexualité, le premier roman de l’auteur traduit en français.
Le prix Médicis de l’essai a été attribué à Cécile Guilbert pour Warhol spirit publié chez Grasset.

982 haïkus et moi, et moi, et moi

Depuis Nouméa, Le Cri du cagou nous informe par la plume de Denis Lemouton du nombre record de haïkus – 982 poèmes – qui ont concouru au Pilou des mots [Papalagui du 7/10/08], organisé lors du 1er Forum francophone du Pacifique, qui s’est terminé samedi et dont Anne Bihan nous a dressé chronique ici .

Chaque participants à ce concours avait droit à trois haïkus au maximum.

Des 24 poèmes lauréats, citons par exemple :

Un kaori, tout droit / Et mon âme inclinée / Jusqu’à terre. (Lina Guerra, pseudo d’une auteure locale bien connue…)

Archipels épars, / Cultures boomerang, / Avenir commun ? (Samir Bouhadjadj)

Sur l’océan bleu, / L’alizé crée des moutons, / Ma vahiné rit. (Michel Fougère), etc.

Bravo aux lauréats… et à cette corne d’abondance de 982 haïkus qui nous donnent l’envie de nous replonger dans les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, un hypertexte de poésie combinatoire.

Dans la préface de son livre-objet, Raymond Queneau écrivait en 1961 « Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre) ».

(le sonnet régulier : deux quatrains suivis de deux tercets, soit quatorze vers.)

Avec cet ensemble de 982 haïkus, on peut rêver à la combinaison d’une poésie calédonienne que l’on pourrait produire… Commençons par les 24 haïkus lauréats, combinons-les à satiété… ou chantons avec Jacques Dutronc, de ce côté-ci du monde :

Cinq cents milliards de petits Martiens
Et moi, et moi, et moi
Comme un con de Parisien
J’attends mon chèque de fin de mois
J’y pense et puis j’oublie
C’est la vie, c’est la vie

Tant que je serai noire (en français)

De Maya Angelou, noter la première traduction en français par Lori Saint-Martin et Paul Gagné pour les éditions québécoises Les Allusifs de Tant que je serai noire, initialement publié aux Etats-Unis en 1981. Ce quatrième des six voluimes de ses mémoires est présenté comme  » roman « .

Note de l’éditeur :

Figure emblématique de l’histoire des États-Unis, Maya Angelou s’est engagée corps et âme dans le vingtième siècle américain. Tant que je serai noire est le récit de sa vie à partir de 1957 lorsque, décidée à devenir écrivaine, elle part avec son fils, Guy, pour rejoindre Harlem, épicentre de l’activité intellectuelle des Noirs américains. Elle participe aux bouleversements de l’époque et rencontre des artistes comme Billie Holiday et James Baldwin, et les leaders du mouvement des droits civiques, Malcolm X et Martin Luther King. Enfin, conquise par Vusumzi Make, combattant pour la liberté et les droits des Noirs d’Afrique du Sud, elle part vivre en Afrique, théâtre des luttes anticolonialistes, où elle devient journaliste. Ce récit est l’autoportrait d’une femme exceptionnelle qui a intégré, jusque dans les plus profonds replis de sa vie intime, une véritable révolution mondiale, culturelle et politique.