Ecrivains mexicains 2009

A l’occasion du Salon du livre de Paris, à voir sur France Ô, dimanche 15 mars à 13h, un documentaire de 13’, Écrivains mexicains 2009.

Carlos Fuentes, le doyen, l’ambassadeur, et Paco Ignacio Taïbo II, le biographe et l’auteur de polars, nous ouvrent leur bibliothèque.

Avec trois jeunes auteurs, ils sont nos guides dans un pays soumis à l’hyperviolence des narcotrafiquants, héritier de hautes cultures (olmèque, maya, aztèque, toltèque), où bouillonne une littérature solaire mais désenchantée, aux richesses méconnues.

Cette balade littéraire, mise en images par Jean-Pierre Magnaudet, nous emmène à Tampico, sur le Golfe du Mexique, en face des Caraïbes. Martín Solares s’est inspiré de sa ville natale pour écrire un roman policier qui résonne dans la terrible actualité du pays : Les minutes noires (Christian Bourgois éditeur).

A Coyoacán, quartier paisible d’une capitale démesurée, Guadalupe Nettel raconte son goût pour toutes les formes de beauté, projet développé dans son recueil de nouvelles, Pétales et autres histoires embarrassantes (Actes Sud).

Plus au Sud, à Oaxaca, la rebelle, se rejoignent les traces des Codex, grands récits aztèques, et le tout premier recueil de poèmes en langue mazatèque, Tatsjejín nga kjabuya (« La mort n’est pas éternelle », bilingue espagnol).

Juan Gregorio Regino nous dit ce qui change quand il écrit dans une langue indienne, l’une des 65 du Mexique de 2009.

 

Le Centre Tjibaou par Alban Bensa

A noter la conférence d’Alban Bensa, directeur d’études à l’EHESS,  » La mise en scène d’une identité nationale en construction : le cas du centre Culturel Tjibaou de Nouméa « , mercredi 11 mars 2009 à 18h30 au MEG, Musée d’ethnographie Carl-Vogt de Genève.Son livre, publié en 2000, est édité par Adam Biro.

A la MAL, Jorge Volpi : París será una fiesta mexicana


 » Fabrizio Mejía Madrid choisit l’araignée, pour signifier que les Mexicains ne tissent pas de toiles d’araignée mais vivent des autres. Daniel Sada parle de la harpe comme d’une figure rhétorique autour de laquelle il construit son oeuvre littéraire. La poétesse Elsa Cross se rapproche de la grenouille derrière laquelle se cache un symbolisme particulier, tandis que Paco Ignacio Taibo II est un apache, parce qu’il vit, aime et combat comme tel. Une fresque littéraire, irrévérencieuse, provocante et ancrée dans la culture populaire du peuple mexicain. « , nous propose la Maison d’Amérique latine, à Paris, avec la Projection d’un documentaire de 52′ produit par la chaîne de télévision mexicaine culturelle Canal 22 et présenté par l’écrivain mexicain Jorge Volpi. Entretiens, scénario et réalisation : Daniel Rodríguez.

C’est mardi 10 mars 2009 de 19h00 à 20h30.

Dans le cadre du Salon du Livre, Jorge Volpi présentera une émission spéciale sur Canal 22, Paris sera une fête mexicaine produite par Jordi Arenas, avec les interventions de Isabel Benet et Arturo Rios.

Papini, une Vie de Personne

J’aime les librairies aux caisses entourées de livres minuscules, de petits formats, petits prix, ou coups de coeur du libraire. La librairie l’Atelier, rue du Jourdain, Paris XXe, dont j’ai vanté les mérites à l’automne, propose en vitrine une collection éditée par FMR/Panama et dont chaque ouvrage est préfacé par José Luis Borgès.

Le Miroir qui fuit de Gioanni Pannini est un de ceux là. Le titre dit bien le fantastique de l’affaire. Passons. A côté, les libraires ont disposé un livre de 47 pages, Le Vie de personne, édité par Allia, dans une collection repérable immédiatement, à 3 euros, qui suscite l’éloge.

Ce Papini écrit tout d’abord quelques pages pour dire à un ami qu’il ne saurait lui dédié son livre, à l’incipit incisif :

Cher Vannicola,

Je n’ai aucunement l’intention de te dédier ce petit livre qui n’est en rien  » exceptionnel « . Je n’ai jamais dédié mes livres à personne [etc.]

Papini serait-il un Diogène vivant de peu ? Un vrai cynique ? Un lucide déplorable ?  Réponse, selon la notice du Larousse :

 » Écrivain italien (Florence 1881 – id. 1956). Fondateur de nombreuses revues parmi lesquelles Leonardo, Lacerba et Rinascita, au centre de la culture futuriste, c’est dans l’autobiographie (Un homme fini, 1912 ; Récits de jeunesse, 1943) et la poésie (Jours de fête, 1918 ; Pain et vin, 1926) que sa philosophie d’autodidacte visionnaire et tourmenté s’exprime avec le plus d’originalité (le Crépuscule des philosophes, 1936).  »

Plus nettement, l’Encyclopaedia Britannica, écrit de Papini :  » l’une des figures littéraires les plus iconoclastes et les plus controversées du début et du milieu de XXe siècle.  »

Dans la bibliographie, on trouve des références qui qualifient d’une part son  » expérience futuriste  » (1913-1914), d’autre part son  » odyssée intellectuelle entre Dieu et Satan « , selon le titre d’une biographie de Lovreglio Janvier.

Et pour confirmer le goût délicieusement nauséeux de l’incipit de La Vie de Personne, le héros de l’un de ses romans, Gog, semble conforme : « Elle ne te paraît pas misérable cette vie, et petit ce monde ? » Pour faire passer son ennui, Gog, homme riche et excentrique, n’hésite pas à acheter un pays, créer des temples, monter une entreprise de poésie, collectionner des géants, des sosies, des squelettes, des cœurs d‘animaux vivants…  résume Tatiana sur son blog.

Pour Le Matricule des Anges :  » Se déploie sous la plume de Papini une vision cynique, agressive et parfois paranoïaque de la réalité sociale et culturelle qui confine souvent à la prophétie. Il faut rappeler que le roman fut traduit en 1932 chez Flammarion dans une version curieusement tronquée de cinq chapitres éloquents, rétablis ici soit avant la Seconde Guerre mondiale et le rugissement industriel, boursier et  » libéral  » du dernier demi-siècle. Le chapitre  » Pédocratie  » est à ce titre éloquent : Papini y dévoile peu ou prou le jeunisme à venir, le culte de la nouveauté, la  » monétisation  » des rapports entre classes d’âge, l’obsession de la vitesse et de l’instantanéité, etc. « 

Les 47 pages de La Vie de Personne ne démentent pas le profil tourmenté de Papini.

Nul autre que lui, semble-t-il, n’aurait pu décrire avec tant de désepérance le point de vue radical d’un foetus sur sa naissance et sa trajectoire toute tendue vers la mort (p.42) :

 » L’homme naît prisonnier dans le ventre maternel ; et il en sort en pleurant, et à peine l’enfance heureuse touche-t-elle à sa fin qu’il redevient prisonnier des lois et des jugements de ses compagnons de servitude ; seul le génie reconquiert au prix du sang et des larmes une douloureuse arrhe de liberté -et à la fin la Mort, qui emprisonne de nouveau le corps entre quatre planches, nous promet l’évasion définitive dans le néant. Chacun de nos efforts, chacune de nos peines réussit à passer d’une cellule à une autre, et c’est dans ces passages que nous respirons assez de ciels pour supporter les hivers infinis de la solitide sans porte de sortie.  »

A la suite de Pierre Bayard, pensant à l’extrême lucidité de Cioran, voire à son nihilisme ontologique, on pourrait évoquer à l’aune de son dernier essai, aux éditions de Minuit, un  » plagiat par anticipation « .

Encore cet extrait sur la vertu du silence (p.14) :  » Le parler au moyen de paroles avec les autres hommes n’est qu’un cas particulier – même s’il est fréquent – de notre bavardage infini.  »

On préfère cette notation :  » Le souvenir, dans le monde, est tout. Le souvenir est la poésie, le souvenir est l’histoire, le souvenir est le bonheur – spécialement le bonheur.  »

[pour la photo de couverture cf. le site de Richard Vantielcke]

Angola, inventaire d’Appollo

L’inventaire n’est pas désordre, pas au sens commun du terme (fouillis, fatras) mais foisonnement. Donc après Désordre (note du 23/01/09), et à propos d’Inventaires (Papalagui, 02/01/09), lire celui que poste sur son blog Grand Hôtel Luanda, Appollo, le bédéiste réunionnais (et les commentaires qui valent le détour) :

« Un sac de cours, une sacoche d’ordi portable, un étui de ukulélé, un fétiche à clous Kongo, une pile de livres (un dico portugais, deux méthodes de portugais, un livre de grammaire portugaise, un guide Bradt sur la Zambie, un cahier à spirales, un manuel scolaire « Iniciação à historia »), une tasse de café (vide), un cendrier blanc, une rangée de livres (Equador de Tavares, La nuit du désert de Del Castillo, Le livre de la Jamaïque de Russel Banks, L’Usage du monde de Bouvier, L’Ange sur le toit de Russel Banks, La Mort à Venise de Thomas Mann, Les petits-fils nègres de Vercingétorix de Mabanckou, Aspects du Mythe de Mircea Eliade, La Ferme africaine de Blixen, Wilt 1 de Tom Sharpe, Sous le règne de Bone de Russel Banks, Les Boulevards de ceinture de Modiano, Les Fleurs du Mal de Baudelaire, La Ferme africaine encore, Saga de Benacquista, Les Petits garçons naissent des étoiles de Dongala, L’Organisation de Rolin), la boite vide d’un modem Movinet, un paquet de marlboros, un ordi portable Asus (connecté sur la page du Monde), un tapis de souris Tintin, un aérosol Raid (mouches-moustiques), une mag-lite, une carte allemande de l’Afrique coloniale (enroulée), des jumelles, un porte-feuilles « doc martens », un carnet de chèques Crédit Agricole, un gobelet en plastique contenant des stylos dont aucun ne marche, un étui vide à ray-bans, une vieille paire de lunettes de soleil, deux étuis vides à cigarillos, une boite vide de téléphone portable Nokia, une paire de Ray-Ban, un « colon » en bois, coiffé d’une casquette blanche frappée du sigle MPLA, une statuette kongo, un disque dur externe Lacie, la télécommande d’un ampli pour Ipod, une pile de dossiers surmontée de briquets vides, d’une raquette de ping-pong, d’un petit carnet en moleskine, et d’un disque dur externe, des papiers en vrac sur une pile de livres (Bescherelle Conjugaison, Roméo et Juliette de Shakespeare, Dom Juan de Molière, Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, plusieurs études scolaires sur ce dernier ouvrage, un manuel de grammaire pour la classe de 3ème), elle-même posée sur deux paquets de copies non corrigées, un modem MoviNet, une grande statue Yaka, un siège en plastique bleu, un bureau avec un tiroir ouvert, un ventilateur en fer, une grande carte de l’Angola. »

 » Atteint « , de Guy Régis

Inquiétant. Ça devient inquiétant.

Comment, pourquoi inquiétant ?

De n’avoir jusqu’à présent pas été atteint.

Atteint. Atteint de quoi ?

D’une balle.

De quoi ?

D’une balle.

Tu sais, un projectile qui court…

il court, il court et il rentre ; il court, il court, il court, il ravage ; il court, il court tout ravager ; il ravage tes muscles, tes os ; il court, il rentre et tout ravage en toi ; tu ne le sens pas qui court ; c’est le feu en toi ; cette chose brûle tout en toi, et toute cette chaleur qui monte subitement, tout ça, tout ça te bouleverse, tout ça, tu ne comprends pas ; tu ne penses même pas à comprendre, tu n’es pas habitué, tu parles, personne n’est habitué à cette chose-là, mais elle est là, là, rigide, tenace, téméraire ; elle arrête même de courir pour bien se loger dans un de tes muscles ; [etc.]

Tel est le début d’un long poème de Guy Régis, Atteint, que le site de Thomas Spear, Île en île , a mis en ligne ce 21 janvier,accompagné d’une notice biographique de ce jeune poète et comédien haïtien, inspirée de la présentation des Francophonies en Limousin.

Félicitations Guy ! Une notice dans Île en île, ça vaut bien des palmes académiques !

 

Baby-foot

Dans une tentative sans cesse répétée de se dresser sur ses jambes, Yaël (6 mois) essaie de monter sur ses propres chaussettes, dans un mouvement continu de repoussoir.

Chaque pied tente d’enlever la chaussette de l’autre pied. Et vice-versa. A force, les chaussettes tombent au sol.

 

 » Yaël joue au foot avec ses chaussettes. « 

 

La déclaration fait rire aux éclats Sofia,

sa grande soeur de 3 ans.