A la MAL, Jorge Volpi : París será una fiesta mexicana


 » Fabrizio Mejía Madrid choisit l’araignée, pour signifier que les Mexicains ne tissent pas de toiles d’araignée mais vivent des autres. Daniel Sada parle de la harpe comme d’une figure rhétorique autour de laquelle il construit son oeuvre littéraire. La poétesse Elsa Cross se rapproche de la grenouille derrière laquelle se cache un symbolisme particulier, tandis que Paco Ignacio Taibo II est un apache, parce qu’il vit, aime et combat comme tel. Une fresque littéraire, irrévérencieuse, provocante et ancrée dans la culture populaire du peuple mexicain. « , nous propose la Maison d’Amérique latine, à Paris, avec la Projection d’un documentaire de 52′ produit par la chaîne de télévision mexicaine culturelle Canal 22 et présenté par l’écrivain mexicain Jorge Volpi. Entretiens, scénario et réalisation : Daniel Rodríguez.

C’est mardi 10 mars 2009 de 19h00 à 20h30.

Dans le cadre du Salon du Livre, Jorge Volpi présentera une émission spéciale sur Canal 22, Paris sera une fête mexicaine produite par Jordi Arenas, avec les interventions de Isabel Benet et Arturo Rios.

Papini, une Vie de Personne

J’aime les librairies aux caisses entourées de livres minuscules, de petits formats, petits prix, ou coups de coeur du libraire. La librairie l’Atelier, rue du Jourdain, Paris XXe, dont j’ai vanté les mérites à l’automne, propose en vitrine une collection éditée par FMR/Panama et dont chaque ouvrage est préfacé par José Luis Borgès.

Le Miroir qui fuit de Gioanni Pannini est un de ceux là. Le titre dit bien le fantastique de l’affaire. Passons. A côté, les libraires ont disposé un livre de 47 pages, Le Vie de personne, édité par Allia, dans une collection repérable immédiatement, à 3 euros, qui suscite l’éloge.

Ce Papini écrit tout d’abord quelques pages pour dire à un ami qu’il ne saurait lui dédié son livre, à l’incipit incisif :

Cher Vannicola,

Je n’ai aucunement l’intention de te dédier ce petit livre qui n’est en rien  » exceptionnel « . Je n’ai jamais dédié mes livres à personne [etc.]

Papini serait-il un Diogène vivant de peu ? Un vrai cynique ? Un lucide déplorable ?  Réponse, selon la notice du Larousse :

 » Écrivain italien (Florence 1881 – id. 1956). Fondateur de nombreuses revues parmi lesquelles Leonardo, Lacerba et Rinascita, au centre de la culture futuriste, c’est dans l’autobiographie (Un homme fini, 1912 ; Récits de jeunesse, 1943) et la poésie (Jours de fête, 1918 ; Pain et vin, 1926) que sa philosophie d’autodidacte visionnaire et tourmenté s’exprime avec le plus d’originalité (le Crépuscule des philosophes, 1936).  »

Plus nettement, l’Encyclopaedia Britannica, écrit de Papini :  » l’une des figures littéraires les plus iconoclastes et les plus controversées du début et du milieu de XXe siècle.  »

Dans la bibliographie, on trouve des références qui qualifient d’une part son  » expérience futuriste  » (1913-1914), d’autre part son  » odyssée intellectuelle entre Dieu et Satan « , selon le titre d’une biographie de Lovreglio Janvier.

Et pour confirmer le goût délicieusement nauséeux de l’incipit de La Vie de Personne, le héros de l’un de ses romans, Gog, semble conforme : « Elle ne te paraît pas misérable cette vie, et petit ce monde ? » Pour faire passer son ennui, Gog, homme riche et excentrique, n’hésite pas à acheter un pays, créer des temples, monter une entreprise de poésie, collectionner des géants, des sosies, des squelettes, des cœurs d‘animaux vivants…  résume Tatiana sur son blog.

Pour Le Matricule des Anges :  » Se déploie sous la plume de Papini une vision cynique, agressive et parfois paranoïaque de la réalité sociale et culturelle qui confine souvent à la prophétie. Il faut rappeler que le roman fut traduit en 1932 chez Flammarion dans une version curieusement tronquée de cinq chapitres éloquents, rétablis ici soit avant la Seconde Guerre mondiale et le rugissement industriel, boursier et  » libéral  » du dernier demi-siècle. Le chapitre  » Pédocratie  » est à ce titre éloquent : Papini y dévoile peu ou prou le jeunisme à venir, le culte de la nouveauté, la  » monétisation  » des rapports entre classes d’âge, l’obsession de la vitesse et de l’instantanéité, etc. « 

Les 47 pages de La Vie de Personne ne démentent pas le profil tourmenté de Papini.

Nul autre que lui, semble-t-il, n’aurait pu décrire avec tant de désepérance le point de vue radical d’un foetus sur sa naissance et sa trajectoire toute tendue vers la mort (p.42) :

 » L’homme naît prisonnier dans le ventre maternel ; et il en sort en pleurant, et à peine l’enfance heureuse touche-t-elle à sa fin qu’il redevient prisonnier des lois et des jugements de ses compagnons de servitude ; seul le génie reconquiert au prix du sang et des larmes une douloureuse arrhe de liberté -et à la fin la Mort, qui emprisonne de nouveau le corps entre quatre planches, nous promet l’évasion définitive dans le néant. Chacun de nos efforts, chacune de nos peines réussit à passer d’une cellule à une autre, et c’est dans ces passages que nous respirons assez de ciels pour supporter les hivers infinis de la solitide sans porte de sortie.  »

A la suite de Pierre Bayard, pensant à l’extrême lucidité de Cioran, voire à son nihilisme ontologique, on pourrait évoquer à l’aune de son dernier essai, aux éditions de Minuit, un  » plagiat par anticipation « .

Encore cet extrait sur la vertu du silence (p.14) :  » Le parler au moyen de paroles avec les autres hommes n’est qu’un cas particulier – même s’il est fréquent – de notre bavardage infini.  »

On préfère cette notation :  » Le souvenir, dans le monde, est tout. Le souvenir est la poésie, le souvenir est l’histoire, le souvenir est le bonheur – spécialement le bonheur.  »

[pour la photo de couverture cf. le site de Richard Vantielcke]

Angola, inventaire d’Appollo

L’inventaire n’est pas désordre, pas au sens commun du terme (fouillis, fatras) mais foisonnement. Donc après Désordre (note du 23/01/09), et à propos d’Inventaires (Papalagui, 02/01/09), lire celui que poste sur son blog Grand Hôtel Luanda, Appollo, le bédéiste réunionnais (et les commentaires qui valent le détour) :

« Un sac de cours, une sacoche d’ordi portable, un étui de ukulélé, un fétiche à clous Kongo, une pile de livres (un dico portugais, deux méthodes de portugais, un livre de grammaire portugaise, un guide Bradt sur la Zambie, un cahier à spirales, un manuel scolaire « Iniciação à historia »), une tasse de café (vide), un cendrier blanc, une rangée de livres (Equador de Tavares, La nuit du désert de Del Castillo, Le livre de la Jamaïque de Russel Banks, L’Usage du monde de Bouvier, L’Ange sur le toit de Russel Banks, La Mort à Venise de Thomas Mann, Les petits-fils nègres de Vercingétorix de Mabanckou, Aspects du Mythe de Mircea Eliade, La Ferme africaine de Blixen, Wilt 1 de Tom Sharpe, Sous le règne de Bone de Russel Banks, Les Boulevards de ceinture de Modiano, Les Fleurs du Mal de Baudelaire, La Ferme africaine encore, Saga de Benacquista, Les Petits garçons naissent des étoiles de Dongala, L’Organisation de Rolin), la boite vide d’un modem Movinet, un paquet de marlboros, un ordi portable Asus (connecté sur la page du Monde), un tapis de souris Tintin, un aérosol Raid (mouches-moustiques), une mag-lite, une carte allemande de l’Afrique coloniale (enroulée), des jumelles, un porte-feuilles « doc martens », un carnet de chèques Crédit Agricole, un gobelet en plastique contenant des stylos dont aucun ne marche, un étui vide à ray-bans, une vieille paire de lunettes de soleil, deux étuis vides à cigarillos, une boite vide de téléphone portable Nokia, une paire de Ray-Ban, un « colon » en bois, coiffé d’une casquette blanche frappée du sigle MPLA, une statuette kongo, un disque dur externe Lacie, la télécommande d’un ampli pour Ipod, une pile de dossiers surmontée de briquets vides, d’une raquette de ping-pong, d’un petit carnet en moleskine, et d’un disque dur externe, des papiers en vrac sur une pile de livres (Bescherelle Conjugaison, Roméo et Juliette de Shakespeare, Dom Juan de Molière, Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, plusieurs études scolaires sur ce dernier ouvrage, un manuel de grammaire pour la classe de 3ème), elle-même posée sur deux paquets de copies non corrigées, un modem MoviNet, une grande statue Yaka, un siège en plastique bleu, un bureau avec un tiroir ouvert, un ventilateur en fer, une grande carte de l’Angola. »

 » Atteint « , de Guy Régis

Inquiétant. Ça devient inquiétant.

Comment, pourquoi inquiétant ?

De n’avoir jusqu’à présent pas été atteint.

Atteint. Atteint de quoi ?

D’une balle.

De quoi ?

D’une balle.

Tu sais, un projectile qui court…

il court, il court et il rentre ; il court, il court, il court, il ravage ; il court, il court tout ravager ; il ravage tes muscles, tes os ; il court, il rentre et tout ravage en toi ; tu ne le sens pas qui court ; c’est le feu en toi ; cette chose brûle tout en toi, et toute cette chaleur qui monte subitement, tout ça, tout ça te bouleverse, tout ça, tu ne comprends pas ; tu ne penses même pas à comprendre, tu n’es pas habitué, tu parles, personne n’est habitué à cette chose-là, mais elle est là, là, rigide, tenace, téméraire ; elle arrête même de courir pour bien se loger dans un de tes muscles ; [etc.]

Tel est le début d’un long poème de Guy Régis, Atteint, que le site de Thomas Spear, Île en île , a mis en ligne ce 21 janvier,accompagné d’une notice biographique de ce jeune poète et comédien haïtien, inspirée de la présentation des Francophonies en Limousin.

Félicitations Guy ! Une notice dans Île en île, ça vaut bien des palmes académiques !

 

Baby-foot

Dans une tentative sans cesse répétée de se dresser sur ses jambes, Yaël (6 mois) essaie de monter sur ses propres chaussettes, dans un mouvement continu de repoussoir.

Chaque pied tente d’enlever la chaussette de l’autre pied. Et vice-versa. A force, les chaussettes tombent au sol.

 

 » Yaël joue au foot avec ses chaussettes. « 

 

La déclaration fait rire aux éclats Sofia,

sa grande soeur de 3 ans.

Obama…  » L’Intraitable « … succès de librairie

L’intraitable beauté du monde, d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, consacré à Obama, symbole de créolisation, et à l’utopie portée par son élection (voir note d’hier), est en passe de devenir un succès de librairie. Un premier tirage de 10 000 exemplaires a été écoulé. Un second tirage de 10 000 vient d’être commandé par l’éditeur (Galaade). Certains l’achète par trois exemplaires. L’Intraitable… est un livre de poche pour toutes les poches, une forme de Tout-monde sans peine… enfin sans peine, faut tout de même le lire… 57 pages c’est pas trop pour faire le tour du Nouveau monde.

Obama,  » utopie du Tout-monde « 

L’Intraitable beauté du monde, d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau pourrait se résumer ainsi :

Fils du gouffre [la Traite], Barack Obama a entendu le cri du monde, sa diversité, la complexité insondable du Tout-monde, celle qui engendre le vertige. Loin d’ériger un contre-racisme, cette dynamique est une créolisation, énergie de la Relation, seule puissance bénéfique, qui lie et relie, en plénitude de la vie, donc de la beauté, intraitable.

A un pamphlet succède un éloge : cette lettre ouverte de 57 pages est publiée par l’Institut du Tout-monde et les éditions Galaade, qui avaient déjà édité, en 2007, le pamphlet des deux complices en créolisation contre le ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement, et intitulé : Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ?

De larges extraits de ce premier texte sont cités, sans que les écrivains de la Caraïbe rappellent la position d’Obama sur le  » mur  » entre Mexique et Etats-Unis. Or, Obama a voté la loi du 26 octobre 2006, Secure Fence Act, en faveur de l’érection d’un mur à la frontière américano-mexicaine. Ce mur, d’une longueur totale de 1100 kilomètres, est censé lutter contre l’immigration clandestine. Il est vrai que dans son discours de Berlin, en juillet 2008, le candidat avait plaidé pour détruire les murs entre les civilisations, entre Chrétiens, Juifs et Musulmans.

Interrogé dimanche dernier lors d’une soirée au New Morning, célèbre salle de concert parisienne, Edouard Glissant n’est pas désarçonné par la question du  » mur  » entre Mexique et Amérique du Nord. Pour l’écrivain du Tout-Monde, seule la parole d’Obama à Berlin compte.  » C’est une poétique, dit-il, c’est un politique qui fait de la poétique. « 

Bon, d’accord, sachons lui gré de développer sa belle utopie de la Relation dans L’intraitable beauté du monde.

Cette adresse reprend les notes des deux auteurs depuis l’élection américaine du 4 novembre 2008. Le texte dispose en alternance des parties en italique, d’autres en typographie droite, les unes relevant de la plume de Glissant, les autres de la main de Chamoiseau.

Dans son acception traditionnelle, une adresse est, selon le dictionnaire Le Robert,  » l’expression des vœux et des sentiments d’une assemblée politique, adressée au souverain « . Au pied de la lettre, Obama serait-il ce nouveau souverain ?

L’intraitable beauté du monde est composé de quatre chapitres :

1. Ce qui remonte du gouffre

2. Ce que la complexité engendre de vertige

3. Le cri du monde

4. En Relation, force n’est pas puissance

1. Ce qui remonte du gouffre

Extraits :

« M. Barack Obama est le résultat à peu près miraculeux, mais si vivant, d’un processus dont les diverses opinions publiques et les consciences du monde ont jusqu’ici refusé de tenir compte : la créolisation des sociétés modernes, qui s’oppose aux traditionnelles poussées de l’exclusive ethnique, raciale, religieuse et étatique des communautés actuellement connues dans le monde. (…) nous pensons vraiment qu’il a entendu le cri du monde, la voix des peuples et le chant joyeux ou meurtri des pays.

(…)

Et ce n’est pas seulement pour les américains du Nord que cet improbable espoir a levé, mais pour les Nègres de la planète, quelle que soit leur race. Eux aussi fils du gouffre, de tous les gouffres épars au fond de tous les océans ou de toutes les terres ravagées, populations qui gardent ces blessures on dirait ontologiques inscrites à vif dans leur présence et leur survie. Ils vous attendent. Ils vous aiment,ils vous vénèrent et vous voient, hélas, comme une revanche vivante à la tragédie noire et autres inépuisables apocalypses et damnations des peuples.

2. Ce que la complexité engendre de vertige

Extrait :

Les Africains-américains ne vous ont d’abord pas reconnu. Ils ne pouvaient pas prendre la mesure de cette complexité. Fils du gouffre, ils avaient gardé du limon des abysses atlantiques et de la glaise des Plantations la douleur initiale, ils en étaient restés des archives souffrantes, qui refusaient d’être effacées. (…) S’ils se retrouvent en vous, dans ce vertige, dans ces audiences du limon remontées du gouffre et dans ces complexités insondables du Tout-monde, c’est qu’ils ont maintenant mille chances de transformer leur adhésion en une énergie ouverte qui ne pourra qu’être bénéfique aux Etats-Unis.

3. Le cri du monde

Extrait :

Aujourd’hui, en France comme en beaucoup de pays favorisés, chacun cherche son Nègre, les administrations arborent des préfets, les télévisions chargent leurs plateauxet les gradins de leurs forums de ces spécimens devenus (pour un temps) très précieux, et bientôt les partis politiques exhiberont sans doute leurs oriflammes en  » diversité  » sombre.(…) Nous n’avons pas à dresser face aux racismes un contre-racisme ou un modèle de vertueuse racialisation, nous les invalidons par la fréquentation d’un autre imaginaire : un imaginaire du pur chatoiement des différences, de leurs chocs, de leurs oppositions, et de leurs alliances pour commencer.

4. En Relation, force n’est pas puissance

Extrait :

C’est la diversité seule qui triomphe des Empires. (…) Le monde a besoin des dynamiques de Relation (de change) qui sont à l’oeuvre partout, par delà les concurrences mortelles et les appétits du profit.(…) Le Tout-monde est sensible à la chaleur des utopies, à l’oxygène d’un rêve, aux belles errances d’une poétique. (…) Tout-monde est un champ de forces instables où l’effervescence d’un seul imaginaire peut engendrer au loin des ondes déterminantes. le gouffre de l’Océan nous a ouverts à la Relation. (…) La puissance vit dans l’éclat du lien, dans ce qui lie, rallie, relie, relaye ces possibles, individus et mondes. (…) Votre équation singulière, monsieur, offre une chance à cette belle autre utopie. Il n’y a de puissance que dans la Relation, et cette puissance est celle de tous. (…) Puissance est Relation. C’est dire que toute-puissance se trouve du côté de la vie, des plénitudes de la beauté. C’est dire aussi que toute beauté est Relation. »

De la Réunion, Rougay le mo

Rougay le mo est un recueil de littérature réunionnaise contemporaine qui regroupe un ensemble de textes écrits en français et en créole (de La Réunion) :

Selon les éditions K’A, ce recueil propose  » une parole se tisser en échos : celle d’une poétique réunionnaise qui interroge se pluralité linguistique et culturelle, son histoire tourmentée, son rapport au lieu, à l’île. Le français et le créole y entretiennent une relation résolument moderne qui, plus que jamais, montre que la littérature réunionnaise se construit dans la négociation de ses deux langues.
Textes de Boris Gamaleya, Sergio Grondin, Stéphane Hoarau, Vigile Hoareau, Céline Huet, Teddy Iafare-Gangama, KARM Claire, KOURTO Mikael, Franky Lauret, LODS Jean, MARIMOUTOU Carpanin, Serge Meitinger, Mathieu Minatchy, Lolita Monga, Nikola Raghoonauth, ROBèR André, Barbara Robert, ROBERT Jean-Louis, Françoise Sylvos, Patrice Treuthardt, Séverine Vidot.