Sélection du prix roman France Télévisions

Quelque 1800 amateurs de littérature ont adressé un courrier de motivation à France Télévision pour être juré du prochain prix du livre dans la catégorie roman. Vingt-cinq candidats ont été retenus. Ce jury de téléspectateurs désignera le lauréat du prix roman 2007 France Télévisions le 15 novembre. Ils devront élire un titre parmi six, choisis par une dizaine de journalistes littéraires de France 2, France 3, France 5 et RFO, réunis ce jour autour d’Olivier Barrot, président du jury de présélection :

Olivier Adam, A l’abri de rien, L’Olivier ; Jacques Chessex, Le vampire de Ropraz, Grasset ; Ananda Devi, Indian Tango, Gallimard ; Christophe Donner, Un roi sans lendemain, Grasset ; Gilles Leroy, Alabama song, Mercure de France ; Diane Meur, Les vivants et les ombres, Sabine Wespieser éd.  

Aller décaniquer les choquettes dans le plain !

 

C’est un archipel où ce type de billets était en circulation jusqu’en 1972 … 

Un groupe d’îles où l’on parle français, un français déconcertant…

Quel est ce français qui se parle ainsi ? De quelle époque ? De quelle province ?  » La population parle un français dont elle doit être fière « , nous dit un de ses archipéliens, dans un petit livre, véritable curiosité…

Tout celui qui pourrait le feuilleter n’en serait pas tourner la grogne.

Dans ce pays donc, quand la pluie n’affale plus, quand la boucaille (brume) s’est dissipée, quand la pissouse ou la pluie comme du chien a cessé, on dit que le temps s’est mis au beau, qu’il a beausi, que l’on a droit à un temps de ministre ! ou qu’il subsiste une arisée, c’est-à-dire un petit vent.

La mer est si proche, qu’elle déteint sur les mots. On ne dit pas nouer ses lacets mais amarrer son soulier ; les enfants ne vont pas à l’école, ils appareillent pour l’école.

Ici (est-ce l’excentrement ?) des mots ont un genre inverse : une étang, une crabe, une moustique, une été, une argent, un houle, etc.

Est-ce l’éloignement ? On préfère la bière de spruce ou de genièvre, voire la bière anglaise de France (sic), comme si ce qui était loin était… anglais.

Est-ce le machisme ? Une femme enceinte est bloquée, branlée.

Dans l’archipel, ma voisine ne dit jamais  » aller tirer les boîtes de conserve vides sur la plage « , mais plus fréquemment :  » aller décaniquer les choquettes dans le plain « .

Solution prochainement.

Daratt, un DVD pour le cours de français ou de philo

Daratt vient tout juste de sortir en DVD.

Daratt, saison sèche, film écrit et réalisé par le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun, raconte la vie d’Atim. Alors que la guerre civile vient de s’achever, ce jeune orphelin s’en va tuer le meurtrier de son père. L’Etat vient de proclamer l’amnistie des criminels de guerre jugés par une commission Justice et vérité. Atim réussit à se faire adopter par le meurtrier de son père, un boulanger âgé et quasi-mutique. Réussira-t-il dans sa mission ? Le film pose la question de la vengeance… et du pardon.

La théâtralité du film, l’économie de paroles entre Atim (Ali Bacha Barkaï) et le boulanger Nassara (Youssouf Djaoro), la complainte de la besogne boulangère, la complicité sentimentale entre Ati et la jeune femme de Nassara (Aziza Hisseine), l’esthétique dépouillée et très maîtrisée des images, entre désert et capitale, les archétypes tragiques incarnés par les personnages, font de ce film sorti en salle fin 2006 une réussite.

Daratt - Ali Barkai et Mahamat Haroun

La sortie du DVD permettra non seulement sa deuxième vie, comme il est devenu habituel. Surtout, on pense aux prolongements possibles. On pense aussi aux Mains sales de Sartre, classique du meurtre annoncé devenu pardon, aux multiples tribunaux centrés sur le pardon après les guerres civiles africaines (en Afrique du Sud, avec la Commission Vérité et réconcilation ; au Rwanda, avec les gacaca ou tribunaux populaires, ou encore au Sierra Leone).

L’intérêt de Daratt, saison sèche, est de faire du tragique africain un film intime.

Ses prolongements en cours de français ou de philosophie ont incité des enseignants à élaborer un dossier pédagogique très riche, aux multiples corrélats : http://www.zerodeconduite.net/daratt/index.htm.

Daratt et Zéro de conduite, deux belles découvertes.

Haka de Samoa / haka de Tonga, y’a pas photo !

Dans un billet daté du 10 septembre, Papalagui rapportait sans commentaire la version classique du haka de Samoa:

Le Manu Samoa ia manu le fai o le faiva

Ua ou sai nei ma le mea atoa

O lou malosi ua atoatoa

La e faatafa ma e soso ese

Guerriers de Samoa que votre mission réussisse

je suis prêt, complètement préparé

ma force est à son comble !

Poussez-vous, écartez-vous !

Or, Benoît Hopquin nous apprend dans Le Monde daté du 18 septembre que cette version du haka samoan a été sérieusement revue à la hausse guerrière ce dimanche 16 à Montpellier lors du derby du Pacifique, Tonga contre Samoa.

Ce Siva Tau très guerrier donnait ceci, selon Hopquin :

Allons à la guerre

Bats-toi, bats-toi à fond.

Voici mon cœur

Voici mon âme

Je suis un guerrier.

En face, Tonga a opposé son Sipi Tau. Il y est question, précise Hopquin, d’« Aigles des mers morts de faim », de « destructeurs d’âme », de « cœurs féroces croqués », dans la plus belle tradition anthropophage, souligne Hopquin. « J’ai perdu mon humanité ».

Bigre ! Ce Sipi Tau rend l’homme capable de « boire l’océan et dévorer le feu ». Résultat : Tonga bat Samoa de 4 points (19-15). « Ma volonté sera exaucée dans la mort ou la victoire », assure le Sipi Tau

L’honneur est sauf. La vie aussi. 

Sur la Namibie, lire Brink

 Andre Brink (South Africa) 

Avant d’avoir droit à un prime time rugbystique, la valeureuse Namibie (étrillée honteusement 87-10 par une équipe de France qui comptait dans ses rangs un joueur de plus et pas mal de Toulousains) était une colonie allemande, le Sud-Ouest africain. La Namibie actuelle, indépendante depuis 1990, est le résultat d’une histoire méconnue mais sidérante, que le roman d’André Brink, Au-delà du silence, a révélé sous un angle nouveau lors de sa parution en français en 2003.

Sur le plan historique, rappelons pour être bref qu’aux premiers Boschimans vont succéder les Khoisans puis les Bantous (Hereros et Ovambos) puis les Allemands qui en font un protectorat en 1864.

En 1904, le général Lothar Von Trotha va devenir célèbre par l’un des premiers génocides de l’histoire. Ce gouverneur signe un ordre d’extermination selon lequel « À l’intérieur des frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non armé, sera abattu. Je n’accepterai pas plus de femmes ou d’enfants. »

Pour la commémoration du centenaire de ces massacres, le 16 août 2004, le gouvernement allemand présente ses excuses officielles, historiques et morales et les qualifie de « génocide ».

Swakopmund.jpeg 

(Swakopmund, cité touristique et coloniale, photo Georgio)

En 1920, la Société des Nations autorise l’annexion du Sud-Ouest africain par l’Afrique du Sud sa voisine.

En 1979, l’apartheid est aboli dans le Sud-Ouest africain.

En 1990, l’apartheid est aboli en Afrique du Sud.

Le 21 mars 1990, la Namibie devient indépendante.

(photo Christophe Gondouin)

En 2003, est publié chez Stock en français grâce au traducteur Bernard Turle, Au-delà du silence, le roman signé André Brink, le célèbre écrivain sud-africain.

 

Au-delà du silence, en deux mots : Nous sommes au début du XXe siècle. L’Allemagne envoie dans sa lointaine colonie africaine des convois entiers de femmes. Elles doivent servir d’épouses aux soldats de l’Empire. En réalité elles suivront le sort tragique d’Hanna X, comme chair à colons. Violée, défigurée, la jeune femme organise sa révolte. Elle se place à la tête d’une armée de femmes allemandes et indigènes unies contre la brutalité coloniale.

L’intérêt du roman, en deux lignes : Le roman d’André Brink est le récit de la destruction d’une femme et de sa reconstruction par la haine et le désir de vengeance. C’est l’histoire bouleversante d’une rédemption.

Ce qu’en a dit le traducteur, Bernard Turle, en deux phrases : « C’est l’un des personnages les plus violents, les plus forts mais aussi les plus attachants à qui j’aie dû donner une voix française. Sa traversée du désert est peuplée de figures trempées comme elle dans l’airain, pétries par la tourmente, d’une humanité exemplaire ».  

La reliure ça sent le book !

Dur, dur ! la reliure. Elle a mauvaise presse, voire aucune (presse), comme un métier du passé pour grand-mères désoeuvrées… On l’imagine, dans sa masure en pleine nature ou dans les recoins de la vieille ville, au détour d’une sente urbaine, le relieur, dernier des derniers amateurs du livre. Pour le relieur d’art, tout livre est sacré. Il le soigne, le restaure, le transfigure au risque de faire oublier son contenu. De fond en comble, la forme chamboule le fond.

A l’heure du bookcrossing, du « laisser les vivre » sur un banc public, livre prêt à circuler, livre de poche de préférence, livre aimé certainement, à l’heure du  » qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse « , la reliure pourrait paraître d’un ringard ! 

La reliure, ce sont des dizaines d’opérations, des heures de façonnage, un livre qu’on triture, qu’on torture, toute blessure, égratignure, boursouflure ôtées. Mais au final, ça sent bon le cuir dans sa cambrure.

La reliure, c’est selon. Les fragrances érudites, mystérieuses et moyenâgeuses du Nom de la rose ou bien ça sent le désuet, bourgeois, cher, ça sent le vieux, la raideur empesée d’une bibliophilie précieuse, spécieuse. Le 78 plutôt que le 93. C’est d’ailleurs dans la ville de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, qu’on sussure que la IXe Biennale mondiale de la reliure d’art présente plus de cinq cents oeuvres réalisées par des professionnels ou des amateurs de vingt-neuf pays ! Rien à voir avec les Journées du patrimoine, toutes ces reliures sont des créations originales…

Des relieurs d’Espagne, du Mexique, d’Estonie, du Japon. En nombre ! Faut-il être Estonien pour pratiquer l’endossure, la cousure, l’arrondissure, la plaçure, la dorure ? Comment être Japonais et travailler au Petit Chaperon rouge, Barbe bleue, Blanche neige, en lettres latines ? 

Pour cette IXe édition, les organisateurs ont proposé aux candidats de relier le recueil de Charles Perrault, Les Contes de ma mère l’Oye (1697), dont la lecture a été illustrée ainsi par Gustave Doré :

Perrault1.jpg

La salle Jean Racine de Saint-Rémy expose (jusqu’au 22/09) un seul livre en cinq cents et quelques reliures d’art différentes. L’effet de loupe est saisissant, l’effet démultiplicateur aussi… comme si les contes se répétaient à l’infini dans des couleurs, des matières et des pays différents. L’effet de loupe crée un effet de loup, d’ogre et de merveilleux.

Certaines reliures choisissent l’abstraction, d’autres le figuratif à un point qui s’appelle le mauvais goût. Tel ce livre botte pour Le Chat botté. 

Pour être récompensé lors de cette Biennale, on pouvait être Français, comme Yvonne Ropero, de Macon, prix du Conseil général des Yvelines, avec une reliure dite  » monastique «  (sic) qui présente entre des incrustations d’écorce de hêtre des enfants au portable, en grosses baskets, sur skate-board… Une manière très dynamique d’inscrire Le petit Poucet dans la modernité.  

On pouvait être Tchèque aussi. Comme Jan Sobota, un relieur professionnel (http://www.jsobota.cz/jan_sobota.htmqui) qui présente un livre en forme d’hôtel particulier. Chacune des fenêtres à petits carreaux s’ouvre et laisse apparaître un livret avec l’un des onze contes… Cette reliure-là est donc une boîte à histoires autant qu’une boîte à malices, boîte de Pandore du merveilleux.

Ou Mexicaine, comme Dulce Mariá Luna Torres, dont la couverture représente un jeu de l’oie tissé (visiter son site,  » L’Antique «  (sic) : http://www.encuadernacionlaantigua.com/dulcemaria.html)

 Dans la pliure, le vélin après batture et lavure doit passer à passure, couture, marbrure, piqure, couvrure, nervure, voire glairure. Quelle gageure la reliure !

Quelquefois, certain relieur transpose sur son île les contes… Ainsi le bien nommé Patrick Bienfait, du Tampon (île de la Réunion) a fait endosser à Charles Perrault, la vêture d’une reliure où apparaît Grand-mère kal, la figure emblématique de l’île, sur son balai de sorcière, sortant de l’antre du Piton de la Fournaise. Son balai formé d’une gousse, sent la vanille.

Plus généralement, la reliure est un monde d’odeurs. Odeurs de l’enfance, de l’atelier, de la couverture de cuir en veau écaille, dans sa livrée de couleur vert bouteille, d’un Larousse de 1947…

Seule certitude : pour que vive une bonne reliure, faut se dire :  » Ça sent le book ! « 

Célébrité éphémère et délectable

Papalagui (le blog) a eu les honneurs de deux médias cette semaine. Merci à tous les deux :

LeMonde.fr, par le truchement de sa newsletter quotidienne, Check-list, du 12/09, qui cite la note :  » Du désir selon Devi «  (http://abonnes.lemonde.fr/web/newsletter/0,30-0,62-951830@60-7@45-2,0.html)

logo France Inter  titre

par Alexandre Boussageon
du lundi au vendredi de 6h20 à 6h25

(http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/blogapart/), le 14/09 :

« Des îles et des lettres : Voici le blog de Christian Tortel, un journaliste qui ne raconte pas des histories de journalistes mais qui parle de littérature. Il ne parle même que de cela sur « papalagui », un mot polynésien des îles Samoa, précise-t-il, qui désigne l’autre, l’étranger. Si cela ne vous donne pas une idée de la nature de ce blog, sachez qu’il est essentiellement consacré à la littérature française d’outre mer. De temps à autre, son auteur se plonge dans les dictionnaires, quitte à dénoncer ce qu’il appelle leurs approximations quand ils traitent des écrivains vivant sur ces confettis d’empire. Le Robert n’échappe pas à ses reproches. Pour autant, Christian Tortel n’est pas un de ces mauvais coucheurs qui passent leur vie à épingler les travers des autres, à écrire aux journaux pour se plaindre de l’injustice du monde. Quand il ouvre un dictionnaire, ce peut-être pour en recenser des locutions inattendues et nous en faire profiter sur son blog. On y trouvera ainsi la liste des mots réunionnais qui font leur entrée dans la prochaine édition du Larousse, une poignée en fait. J’ai retenu « Babouk », qui désigne « une araignée marron des régions tropicales, chasseuse de blattes».

Mais laissons là ces charmantes bestioles. Il arrive que notre blogueur tresse des couronnes, et pas seulement à des talents reconnus. Au contraire. Il est capable de s’étendre sur un auteur inconnu, publié par un éditeur inconnu et distingué par un prix inconnu. En l’occurrence celui décerné au salon du Livre Océanien. Encore plus fort, il nous donne envie de lire ce livre improbable et cependant récompensé, une nouvelle d’une quarantaine de pages en fait, qui raconte l’histoire d’un Elephant Man errant dans la brousse calédonienne. « On y retrouve la Calédonie sans les clichés, écrit-il, on y fait des rencontres étonnantes ».

On a surtout le plaisir de lire « quelque chose de frais ».

Hienghène, oral austral et littéraire

 

Du 30 octobre au 4 novembre prochains, à l’orée de l’été austral, on ne parlera pas seulement des prix littéraires. Le 3e Salon International du Livre Océanien (SILO 2007, http://www.silo2007.com/) sera l’occasion, l’une des rares dans la région de créer un immense événement festif, intellectuel et populaire autour du livre.

La bibliothèque Bernheim de Nouméa l’organise pour le compte du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie autour du thème « Paroles ». Les organisteurs entendent mettre l’accent sur les performances, contes, slam. 

Il est quelquefois difficile de faire exister à terre le Pacifique Sud. Sa dimension archipélique n’est pas toujours perçue comme une chance. Et pourtant, la gravité de cette terre de la Province Nord était toute indiquée pour installer pendant quelques jours une manifestation littéraire à dimension océanienne.

Hienghène est le lieu d’un Centre culturel fondateur de la politique culturelle du pays, au prise avec la naissance de l’histoire moderne du Caillou en 1853, comme de son histoire tragique contemporaine. La mémoire locale garde le souvenir vivace du massacre de dix militants indépendantistes en 1984. Jean-Marie Tjibaou est né à Tiendanite, tribu distante de 17 km du centre communal de Hienghène. Signe de son passé meurtri, le nom même de « Hienghène » signifie dans la langue fwaî (l’une des langues kanak parlées dans cette aire coutumièe Hoot Ma Whaap) : « pleurer en marchant ».

Parmi les écrivains invités, outre les Calédoniens (Kurtovitch, Ohlen, Berger, Gope, Jacques, Barbançon), signalons un plateau de choix autour de John Maxwell Coetzee, le prix Nobel sud-africain, Albert Wendt, d’origine samoane, Marcel Meltherorong, du Vanuatu, Dany Laferrière, du Québec, les Polynésiens Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, Flora Devatine, Chantal Spitz, et plusieurs écrivains australiens, été austral oblige.

 

 

L’épicier éthiopien de Washington a-t-il fêté le passage à l’an 2000 ?

On ne sait pas si l’épicier éthiopien, Sepha Stéphanos, résidant à Washington, a fêté le passage à l’an 2000 qui, selon le calendrier en vigueur à Addis-Abéba, était fixé à ce mardi 11 septembre. On ne le sait pas pour la bonne raison que cet épicier est un être de fiction, créé par un auteur de talent qui répond au nom (éthiopien) de Dinaw Mengestu, auteur des Belles choses que porte le ciel (Albin Michel).

Avant le ciel, Dante et les épices, deux ou trois choses à préciser d’emblée :

1. Mengestu n’a rien à voir avec le sinistre Mengistu, colonel dicateur, surnommé le « négus rouge », auteur de la « Terreur rouge » de 1977 à 1991 et des massacres qui s’en sont suivis, demandeur d’asile au Zimbabwe, condamné , en janvier 2007, à la prison à vie pour génocide par la Haute cour fédérale d’Ethiopie. 

2. Mengestu n’a rien à voir avec Kenenisa Bekele, champion olympique du 10 000m aux derniers Jeux Olympiques d’Athènes en 2004.

3. Mengestu n’est pas de la famille du roi de rois.

4. Mengestu ne milite pas dans le mouvement rastafari. 

Non Dinaw Mengestu a écrit un seul roman, mais quel roman ! Il a 29 ans, l’élégance tranquille d’un coureur de fond. Il vit à New-York où il profite d’un poste à l’université pour animer des ateliers d’écriture. Des séances de creative writing qu’on devine très efficaces, si l’on en juge par la subtilité avec laquelle Mengestu décrit les sentiments de ses personnages. Ce Mengestu c’est du Stefan Zweig…La pitié dangereuse

Les belles choses que porte le ciel raconte la vie d’un épicier éthiopien à Washington, de son épicerie minable, de ses amis kenyan et congolais, de son quartier qui bouge et devient blanc et cher, de sa relation toute platonique avec Judith, récente propriétaire, blanche, universitaire et critique sur l’histoire américaine (« Elle ne l’a peut-être jamais dit, mais je crois que pour elle une centaine de vers et une poignée de romans sauvaient le pays tout entier », p.214).

Construit en chapitres alternés, le roman est traversé par la figure de Naomi, 9 ans, fille de Judith, Naomi, 11 ans. C’est un grand plaisir de lecteur que de voir évoluer cette relation entre un père de substitution et une petite fille métisse, intelligente et autoritaire, qui aime qu’on lui raconte des histoires.

Les frères Karamazov 

Extrait Les belles choses que porte le ciel, p.143 (Sepha l’épicier fait la lecture des Frères Karamazov à Naomi) :

J’avais davantage de clients, en ce temps-là, et je considérais chaque interruption de lecture comme une attaque contre ma vie privée. Lorsque quelqu’un que je ne connaissais pas entrait dans le magasin, Naomi marquait l’endroit où je m’étais arrêté, pour que je puisse suivre des yeux cette personne dans les rayons. Elle me prenait le livre des mains, posait le doigt exactement sur le mot ou la phrase que je venais de lire et le gardait collé à la page jusqu’à ce que je reprenne. Une fois, j’ai fait attendre plus d’une minute un homme qui s’était présenté au comptoir avec un simple rouleau de papier hygiénique sous le bras, tandis que je finissais de lire une page que je venais juste de commencer. 

Roman de la double culture, entre Amérique et Ethiopie, Les belles choses que porte le ciel, est le roman de la nostalgie dans l’exil. Sepha et ses amis n’en finissent pas de s’intégrer dans cette Amérique qui les acceptent tout juste comme porteurs de valise, réceptionniste ou, au mieux, épicier.

 

Cet aussi un livre à l’humour ravageur, finement dosé, juste pour faire supporter le trop-plein d’émotions. Exemple de cet humour en forme d’aphorisme, p. 51 : « Il y a déjà trop d’heures dans une journée ; s’inquiéter pour l’une d’elles en particulier n’a pas de sens. »

Extrait Les belles choses que porte le ciel, p.16 :

Jusque-là, nous avions réussi à citer plus de trente coups d’Etat différents ayant eu lieu en Afrique. C’est devenu un jeu, entre nous. On cite un dictateur, et puis il faut deviner l’année et le pays. Ça fait plus d’un an qu’on joue à ça. Nous avons étendu notre domaine de jeu et inclus les coups ratés, les rébellions, les insurrections mineures, les chefs de guerillas et les acronymes du plus grand nombre de groupes rebelles qu’on puisse trouver -SPLA, TPLF, LLA, UNITA, tous ceux qui ont pris un fusil au nom de la révolution. Plus on en nomme, plus on en trouve ; les noms, les dates et les annès se multiplient aussi vite qu’on peut les mémoriser, si bien que parfois on se demande, à moitié sérieusement, si nous ne serions pas plus ou moins responsables de cet état de fait.

Le titre du roman est emprunté à Dante, l‘Enfer :

Par un perthuis rond je vis apparaître

Les belles choses que porte le ciel

Nous avançâmes, et une fois encore, vîmes les étoiles.

Du Petit Robert au Grand Izzo, épisode 3

Résumé des épisodes précédents :

Une citation de Jean-Claude Izzo illustrant le mot ” REBEU “ nouveau mot entrant dans Le Petit Robert 2008, a provoqué l’ire de deux syndicats de policiers. L’un a annoncé “engager une action en justice” pour « outrage ».  L’autre organisation syndicale a déclaré que “Le Petit Robert n’est pas une fiction, c’est un instrument éducatif”. La ministre de l’Intérieur a “déploré la sélection de cette phrase”. Le Petit Robert a répondu que ses “choix ne sauraient être dictés par des pressions extérieures”. Sur le Net, les réactions sont diverses, offusquées à moqueuses.

Episode 3 :

1. L’enquête suit son cours…

Le livre Total Kheops a été repéré sur les étagères d’une grande bibliothèque publique de Paris, assez loin des usuels et autres dictionnaires. Ainsi le rapprochement entre l’auteur de Total Kheops et du Robert serait délibéré. Le hasard n’y est pour rien.

Dans cette bibliohèque, la cote du roman est 840 « 19 » IZZO 2 le place au rayon « littérature ». En l’ouvrant page 56, tout lecteur même distrait peut parcourir l’étendue d’un dialogue entre un flic (Fabio Montale) et un « rebeu » qui s’appelle Rachid. L’un est quelque peu ironique et paternaliste, l’autre n’est pas rassuré…

Extrait Total Kheops p.56 :

Je peux tout Rachid, je suis flic. T’as pas oublié, dis ? Je laissai courir sa main dans son dos. Si je te mets la main au cul, là, dans la poche arrière, qu’est-ce que je trouve ?
Il se dégagea vivement. Énervé. Je savais qu’il n’avait rien. Je voulais juste en être sûr.
—J’ai rien. J’touch’pas à ces trucs.
—Je sais. T’es un pauve petit rebeu qu’un connard de flic fait chier. C’est ça ?
—Pas dit ça.
—T’en penses pas moins. Surveille bien ma tire, Rachid.

Verdict : Alors que Rachid lui-même « n’a pas dit ça », Le Robert, lui, l’a écrit.

2. Une revue de presse… serait assez limitée… On relève bien dans un quotidien du soir, un article de Laurent Greilsamer, assez « couillu », mais c’est à peu près tout. L’auteur écrit en substance :

 » … Les policiers saisissent la justice. C’est touchant et comique. Qu’ils laissent les rebeus tranquilles ! Ils sont en train de gâcher leur entrée dans le dictionnaire. Qu’ils laissent aussi reposer Izzo en paix, et la littérature avec. Une citation n’est pas une définition, et les lecteurs de dictionnaires sont à même d’apprécier et d’évaluer ce qu’il faut en penser. « 

3. On croyait le dictionnaire proche du sacré. Objet patrimonial qui atteste de l’évolution du monde par ses entrées et ses entrants, à chaque édition largement commentés, voire controversés. Or le dico parle d’or. Jusqu’à récemment c’est du journal dont on avait toute confiance. La formule « c’est écrit dans le journal » disait tout. Aujourd’hui que la chose imprimée n’a plus la même cote d’amour, c’est « vu à la télé » qui provoque la certification collective.

Dernier refuge de l’oracle, le dico, comme un talisman.