Il y a 150 ans Lincoln mettait fin à l’esclavage aux États-Unis

Il y a tout juste 150 ans, le 1er janvier 1863, Abraham Lincoln, Président des États-Unis, signe la « Proclamation d’émancipation ». C’est le premier pas vers l’abolition de l’esclavage. Est déclaré libre tout esclave résidant sur le territoire de la Confédération sudiste qui n’est pas sous contrôle de l’Union.

À cette occasion, les éditions Michel Lafon publient le livre de Doris Kearns Goodwin, Abraham Lincoln, l’homme qui rêva l’Amérique, traduit par Catherine Makarius.

Le film de Steven Spielberg sort sur les écrans français le 30 janvier.

Lire dans le New York Times l’article d’Eric Foner, professeur d’histoire à l’université de Columbia, et auteur de The Fiery Trial : Abraham Lincoln and American Slavery.

En 2013, que notre vie soit poésie…

Alors que nous reviennent en mémoire ces mots du poète mexicain, Javier Sicilia, lorsqu’il apprend, le 28 mars 2011, la mort de son fils, torturé puis assassiné dans son pays gangrené par la violence liée au trafic de drogue : « Je ne peux plus écrire de poésie, la poésie n’existe plus en moi »,

alors que l’intraitable beauté du monde a été invoquée par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dans leur éloge à Obama après sa première élection (publié par Galaade, 2009),

alors que l’ardeur du poème semble plus que jamais nécessaire,

alors qu’Yvon Le Men écrit dans son recueil, Sous le plafond des phrases (éditions Bruno Doucey) à paraître le 17 janvier 2013 :

« dans ce bar de Port-au-Prince

 

soudain

au milieu d’un vers

une larme tombe

malgré elle

de la joue droite du slameur

 

c’est mon meilleur ami qui pleure

à travers moi

c’est avec lui que j’ai écrit ce slam

il a été tué par une balle perdue

à la sortie de l’aéroport

il y a un mois

il y a toujours

(…)

alors que la poésie a toujours d’autres Printemps à vivre, malgré la crise économique ou les errements des politiques culturelles à court terme,

alors qu’Adonis nous rappelait déjà en 1999 dans Vers un sens à venir  (revue Mémoire du XXIème siècle, No 1 – Complexité et quête du sens, Éditions du Rocher, Monaco) qu’« il faut œuvrer pour que la vie humaine, au-delà des races, langues et pays, puisse être vécue comme si elle était poésie »,

alors que sort en ce début d’année 2013 ce titre du même Adonis, Le livre II (al-Kitâb), « Hier Le lieu Aujourd’hui » (Seuil),

alors que commence une nouvelle année,

souhaitons-nous qu’en toute langue, tout lieu, tout geste, toute forme,

notre vie soit poésie.

 

L’un des meilleurs livres de l’année : Congo, une histoire, du Belge David Van Reybrouck

Il est rare qu’un livre sur un pays d’Afrique reçoive autant d’éloges par la critique comme par les lecteurs, à l’aune du livre phénomène, Ebène de Ryszard Kapuscinski, publié il y a dix ans. 
Récompensé du prix Médicis essai et du prix du meilleur livre de l’année, dans la catégorie « essai », Congo, une histoire (Actes Sud, traduction remarquable du néerlandais par Isabelle Rosselin) est fascinant tant par sa narration, captivante et encyclopédique, que par la démarche de son auteur, le Belge flamand David Van Reybrouck, qui a passé six ans de sa vie à explorer le pays, où il a recueilli 500 témoignages.
Avec Olivier Badin, pour les images, nous l’avons rencontré à Bruxelles dans son atelier de travail de Cureghem, quartier d’Anderlecht, entouré de ses livres, de ses notes de travail et des pièces à conviction qui expliquent sa passion pour ce pays.

Pour le mensuel Lire, Congo, une histoire, est le meilleur livre de l’année 2012 dans la catégorie Histoire. Il est Prix Médicis essai 2012, prix du meilleur livre étranger 2012 (essai).

Sur l’incroyable succès du livre, lire l’article et l’interview de Guy Duplat, dans La Libre Belgique, du 13 janvier 2011. En France, le succès du livre est certain : 42 000 exemplaires pour un livre de 709 pages. Dans la liste des meilleures ventes en France, Livres-Hebdo, Congo, une histoire est classé 24e.

Lire la critique de la journaliste africaniste Colette Braeckman « Combinant les outils du roman, du journalisme, de la recherche historique, recourant à la poésie, s’attardant sur l’anecdote et le « petit fait vrai », Van Reybrouck a réussi un ouvrage démesuré, ou plutôt un ouvrage à la mesure du Congo, un pays qui, hors des frontières de la Belgique (et encore…) est souvent méconnu et injustement nié, jusque dans son droit à l’existence à l’intérieur de ses frontières ! »

Lire l’entretien de David Van Reybrouck à la même Colette Braeckman : « Sur le plan méthodologique je n’ai ni filmé ni enregistré ; il me semblait que les gens allaient plus loin, me donnaient plus à l’occasion d’une simple conversation, surtout ceux qui n’ont pas l’habitude d’être interviewés…. J’ai gardé tous mes carnets de note. Il m’est aussi arrivé de passer toute une après midi avec quelqu’un, et de ne noter qu’une ligne ou deux. C’est ce que j’appelle le « slow journalism » le journalisme lent…
J’aime cette façon d’être avec les gens, de boire un verre, de bavarder avec les gens…Au Congo il m’arrive de passer cinq heures avec quelqu’un et à la fin il dit « quoi, tu pars déjà… » »

Consulter le site de David Van Reybrouck et la notice Wikipédia.

Le bonheur de Laurent Hasse et l’énigme du sphinx marcheur

Le documentaire de Laurent Hasse est infiniment contemplatif, infiniment mélancolique, infiniment attachant. Après un accident de voiture, il perd l’usage de l’odorat mais surtout constate que le coma ne l’a pas laissé sans jambes. En plein hiver, il décide d’éprouver sa marche, du sud au nord de la France, des Pyrénées à la Mer du Nord, une marche pour rencontrer l’Autre, celui qu’il croise au bord de la route.
De ces deux désirs (la marche et l’Autre) nait un film dont la forme ne surprend pas quand alternent paysages et entretiens.
Les paysages sont magnifiques, vidés d’humains, autochtones ou touristes, plans fixes à la solitude renforcée par un cadrage photographique ; lors des entretiens de gens de hasard, Laurent Hasse leur pose la question, mais pas de but en blanc : « C’est quoi pour vous le bonheur ? » Question qu’il n’élude pas pour lui-même, et que le commentaire off enfonce un peu trop dans les graves…

Sa démarche nous renvoie à… la mythologie grecque et à la légende du Sphinx, protecteur de Thèbes, qui pose à chaque visiteur la même question : « Quel est l’être qui marche sur quatre pattes au matin, sur deux à midi et sur trois le soir ? ». Sans réponse juste le visiteur est dévoré. Œdipe trouve la réponse et entre dans Thèbes.
Étant posée cette question du bonheur, pour bac philo ou pour dictionnaire, définissant — expéditif —  « l’état de plénitude  », le nomade du bonheur n’obtient pas que des réponses convenues, qu’elles soient personnelles, souvent émues et émouvantes, philosophiques, auto-examinatrices ou embarrassées. On pense un instant à la France filmée par Raymond Depardon dans Journal de France, mais pas que…

Le principal attrait du film, Le bonheur… terre promise (production La Bascule), provient de ces instants d’avant la réponse, quand chacun plonge au-dedans de soi à la recherche d’une réponse. On devine que le sphinx sur sa ligne de vie tracée en France-Profonde est le premier à leur poser la question. Le montage de Matthieu Augustin a l’intelligence de laisser planer cet instant, cette recherche visible, cette « incertain », mot qui revient à plusieurs reprises.
Ainsi, ce boulanger taiseux, interviewé en plein travail de la pâte :
— Le bonheur, c’est quoi pour vous ?
— Je ne sais pas.
— Quand vos enfants vous posent la question, que leur répondez-vous ?
— Je ne sais pas. Je leur dis de regarder le paysage.
S’ensuit un plan de petites montagnes entaillées d’une brume de coton, plan qu’on aimerait contempler quelque temps, aussi longtemps que dure ce petit film magnifique.

Lire l’entretien de Laurent Hasse dans Criticat.com.

Hautement recommandé : Les Habitants, film très habité

Synopsis : « Une femme qui sur les conseils d’une statue de Saint François se prive de nourriture pour plaire au Seigneur. Un enfant qui fasciné par la guerre civile au Congo se déguise en Noir et se fait appeler Lumumba. Un facteur des plus indiscrets, un garde chasse myope et stérile, un boucher à l’appétit sexuel débordant qui ne manque pas d’imagination pour capturer ses proies. Voici quelques éléments d’une comédie des plus insolites sur la vie des habitants d’un lotissement perdu, dans le nord de l’Europe. »

La bande-annonce donne une idée précise de ces personnages :

Les Habitants qui ressort sur les écrans ce 26 décembre, vingt ans après sa première sortie, est un film néerlandais d’Alex van Warlerdam, auteur de peu de films, mais qui vous laissent une marque. Ce film est une comédie burlesque et absurde hautement maîtrisée dans sa forme et ses tableaux, qui tient à Jacques Tati pour l’angoisse et le mutisme relatif des personnages dans un décor pastel des années 60 et à Luis Buñuel pour le surréalisme, le sexe et son pendant religieux, sa raillerie de l’ordre bourgeois.

Alex van Warlerdam, le réalisateur qui interprète le rôle du facteur voyeur Plagge nous donne quelques clés… lui qui « a habité dans cette sorte de rue, la première d’un quartier neuf » :

« Dans ‘Les Habitants’, j’avais un contenu comme moteur. Je voulais vraiment raconter quelque chose sur la panne entre hommes et femmes sur le plan sexuel, et les conséquences possibles de cette panne. De nos jours, on fait appel à un travailleur social, les gens se réunissent en petits groupes de discussion, ce qui n’existait pas du tout en 1960. Cela se mettait à suppurer, le mariage échouait mais les conjoints restaient ensemble. Cette période est donc un très bon alibi pour raconter une histoire aussi décortiquée que possible. »

Alex van Warlerdam a véritablement créé un film atypique, qui tient, comme son auteur, du théâtre. Ce quartier-ville est posé en plein désert humain comme un décor de cinéma dont on verrait le hors-champ, rôle joué par une forêt aux arbres touffus, au havre dévolu à un lac minuscule. Dans l’une des premières scènes, le facteur s’arrête près du lac, en tire une bouilloire attachée à une corde. Elle ne lui sert nullement à préparer un thé mais à faire de la vapeur quand il l’a posée sur un feu de bois. Cette vapeur lui permet d’ouvrir les lettres avant distribution. Le facteur voyeur est ainsi au courant des secrets des habitants.

Au sortir de la forêt, surpris par le garde-chasse, le voyeur n’est pas désarçonné. Il répond qu’il est allé rendre visite à William le lapin, qui est stérile. En l’occurrence, il révèle ainsi au garde-chasse (qui ne décode en rien l’allusion) le secret qu’il appendra par la lettre que le facteur ne lui remettra qu’à l’adresse indiquée sur l’enveloppe. Absurde et burlesque, la scène et le film.

Les Habitants est une œuvre très maîtrisée, ce qui est confirmé par la démarche d’Alex van Warlerdam : « Je ne suis pas spécialement impressionné par l’utilisation de grues et par les plans compliqués en général, je le suis par les choses les plus simples. C’est là que j’essaie de trouver ma forme. Avec Marc Felperlaan, mon cameraman, j’ai travaillé neuf mois sur le story-board, ce qui se remarque très peu dans le film. On dirait que la caméra a été posée, et hop, on tourne. Mais avant cela on en a parlé très longtemps. »

Deux ou trois critiques :

« Sous l’apparence d’une suite de saynettes grotesques, de plus en plus violentes, Les Habitants est en fait un récit d’initiation fort noir, irrigué par un humour désespéré. » Thomas Sotinel, Le Monde

« À redécouvrir d’urgence », Gaîté-lyrique.net

« On ne remerciera jamais assez le distributeur et éditeur ED Distribution de défricher des cinématographies méconnues et difficilement visibles chez nous. » 1kult.com

Propos du réalisateur extraits d’un entretien publié sur le site français du film, ED Distribution.

Un conte des frères Grimm

Le valet avisé
Comme un maître a de la chance et comme sa maison est bien tenue lorsqu’il a un valet intelligent qui écoute, certes, ce que son maître lui dit, mais qui agit autrement, en suivant plutôt ce que lui dicte sa propre sagesse. Un jour, Hans, un garçon malin de cette espèce, fut envoyé par son maître à la recherche d’une vache qui s’était égarée. Il était parti depuis longtemps, et son maître se dit : « Ah, ce bon Hans est si dévoué qu’il ne craint aucune peine dans son travail ! »Mais comme il ne le voyait toujours pas revenir, le maître se mit à craindre qu’il ne lui soit arrivé quelque malheur, et il partit lui-même à sa recherche. Il dut le chercher longtemps, mais il aperçut finalement son valet qui courait çà et là dans un vaste champ.
– Eh bien, Hans, as-tu trouvé la vache que je t’ai envoyé chercher ? dit le maître.
– Non, maître, répondit Hans, je n’ai pas trouvé la vache, mais je ne l’ai pas cherchée non plus.
– Qu’as-tu donc cherché, Hans ?
– Quelque chose de mieux, et cette chose, j’ai réussi à la trouver.
– Qu’est-ce donc, Hans ?
– Trois merles, répondit le valet.
– Et où sont-ils ? demanda le maître.
– J’en vois un, j’entends le deuxième, et je poursuis le troisième, dit le valet avisé.
Que cela vous serve d’exemple : ne vous préoccupez pas de votre maître ni de ses ordres, mais faites plutôt ce qui vous passe par la tête et ce qui vous chante, et vous agirez alors aussi sagement que Hans le malin.

Extrait de Jacob et Wilhelm Grimm, Contes pour les enfants et la maison.
Édités et traduits par Natacha Rimasson-Fertin
Collection Merveilleux n°40, Éditions José Corti

Les 12 meilleurs documentaires de 2012 (selon Sens Critique)

Le réseau social de la culture, Sens Critique, publie la liste des douze meilleurs documentaires de l’année 2012, selon les internautes abonnés. Sur le podium : Les invisibles ; Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde ; Un monde sans humains ?

Lire la liste des 12 meilleurs documentaires de 2012.

Lire sur Écrans, site de Libération.fr, D’Allociné à SensCritique : la course aux étoiles par Christophe Alix, Didier Péron, Eric Loret.

 

« La Martinique aux Martiniquais » a 50 ans

« Ils se disaient « anti-colonialistes » et voulaient, à l’instar des pays du tiers-monde, « débarrasser » la Martinique de la tutelle française (…) Ils sont passés à l’acte en affichant officiellement leur existence dans un manifeste placardés sur les murs des églises, des gendarmeries ou des mairies de la Martinique, le 19 décembre 1962 : « La Martinique aux Martiniquais ».

Quelques semaines plus tard, ces militants de l’OJAM (Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique) seront arrêtés et quelques-uns d’entre jugés pour « complot contre l’État ».

Lire l’article d’Adam Kwateh de France-Antilles.