Trois écrivains brésiliens, trois exemples d’une littérature qui questionne le monde : Bernardo Carvalho, auteur de Reproduction (Métailié), Luiz Ruffato, auteur de À Lisbonne j’ai pensé à toi (Chandeigne) et coordinateur de l’anthologie Brésil 25 (Métailié)
Ana Maria Machado, auteur de La Mer ne déborde pas (Éditions des femmes).
Haïku 82
La brume pince et pique
les bourgeons lui font la nique
Explose le printemps.
Haïku 81
Dans la plage de ses pensées
Piéton patient
Il glane dix coquillages précieux.
Haïku 78
Pas de temps pour tout
Le jour se remplit, se remplit…
Souffle court, court, court…
Nathacha Appanah, une rencontre littéraire à Carolles (Manche, Normandie)
Haïku de printemps
هايكو الربيع
صدف على الشاطئ
أسير خفيفاً كأني إحدى القصائد
تحت الماء في السُّحُب اللانهائيّة الشكل
على البحر يفيض من الجسد
Coquillages sur la plage
Je marche léger comme un poème
Sous l’eau des nuages aux formes infinies
Sur la mer qui déborde du corps.
Bientôt les barbecues
Mot du jour : BARBECUE, mot d’origine taïno d’Haïti selon Le Robert, partenaire de La Semaine de la langue française (14-22 mars), un partenaire qui met l’accent sur « les mots qui voyagent ».
Pour Le Grand Robert « barbecue » est un mot qui vient de l’anglais de 1697, venu lui-même de l’espagnol du Mexique « barbacoa », qui lui-même l’a emprunté au haïtien.
Contrairement au Robert, le TLF (Trésor de la langue française) situe l’origine de « barbecue » chez les Arawaks, précisant « le terme est parvenu aux USA par les États du sud qui l’ont emprunté à l’hispano-américain « barbacoa » attesté, au sens de « dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air », en 1518 (…) d’origine arawak.» [Arawaks : famille linguistique qui compte parmi elle les Kali’na de Guyane et d’autres pays d’Amérique latine].
Dans un communiqué des éditions Le Robert, publié à l’occasion de la Semaine de la langue française, apprécions ces mignardises pour la langue :
« Les grands rendez-vous avec l’histoire ont laissé leur empreinte en français : l’arabe au Moyen Âge (alambic, alchimie, algèbre, chiffre, coton, élixir, zéro…), les langues d’Amérique au retour des voyages de découverte (cacao, maïs, tabac, tomate…), l’italien à la Renaissance (altesse, artisan, bandit, banque, courtisan…), l’arabe à nouveau au cours de la colonisation (barda, baroud, bled, clebs, flouze, guitoune…) et, plus récemment, l’anglais (biopic, blog, buzz, cougar, cupcake, selfie, sex toy…). »
Quelques origines inattendues : « crevette » est un mot qui vient du normand, « caviar », du turc, et « banane » du bantou.
Haïku 72
على شفاتها
اِنْعِكاس الابتسامة
خمر أحمر
Sur ses lèvres
le reflet d’un sourire
vin rouge
« On devrait interdire de se gausser de qui s’aventure dans une langue étrangère »
« On devrait interdire de se gausser de qui s’aventure dans une langue étrangère. Un matin, en sortant du métro, je me suis rendu compte que je m’étais trompé de station : à peu près la même couleur bleue, presque le même nom que la sienne, j’ai téléphoné de la rue et je lui ai dit : je presque arrive. Dans le même temps, je me suis douté que j’avais lâché une bêtise, car ma professeur m’a demandé de répéter ma phrase. Je presque arrive… c’était probablement le mot presque qui posait problème. Oui mais voilà au lieu de me signaler l’erreur, elle me l’a fait répéter, répéter, répéter, et là-dessus a éclater de rire, un rire en cascade, du coup j’ai raccroché. En me voyant sur le pas de sa porte, elle a eu une nouvelle crise, mais plus sa bouche essayait de la réprimer, plus tout son corps était convulsé de rire. Elle a fini par me dire qu’elle avait compris que j’arrivais petit à petit, d’abord le nez, puis une oreille, puis un genou, une plaisanterie que je n’ai pas trouvé tellement drôle. »
Ce texte de Chico Buarque est extrait de Budapest (Gallimard, 2005), traduit par Jacques Thériot, placé en ouverture du recueil de nouvelles Brésil 2000-2015, ouvrage présenté et coordonné par Luiz Ruffato pour les éditions Métailié, dans la collection Suites, en préfiguration du Salon du livre de Paris (20-23 mars 2015) où le Brésil est l’invité d’honneur.
Il est difficile d’être un dieu
À voir le film d’Alexeï Guerman, Il est difficile d’être un dieu, film russe sorti en 2013. C’est l’adaptation du roman du même nom d’Arcadi et Boris Strougatski paru en 1964.
Tellement atypique que le critique François Forestier, se demande si c’est un chef d’œuvre ou un délire ?
