Une balade de nuit dans Paris

 

Attirés par les lumières du Louvre
ce sont des passants ordinaires
en surplomb d’une cour intérieure.

Derrière une vitre,
c’est comme un aquarium géant
de statues, blanches, vertes,
étonnantes présences
qui accrochent le regard.

Bascule un vertige,
un dialogue muet,
un figement de questions :
pourquoi faut-il que
la vie prenne des formes immobiles
tellement vivantes ?
pourquoi ce désir du sculpteur ?

Cour extérieure, devant les pyramides,
al-ahram ?
une femme jeune comme
figée par le froid d’avril
prend la pose mais
hésite à laisser tomber
son manteau…

Un photographe
essaie de sceller cet instant
elle, dans la lumière
lui, dans le désir.

Les passants ordinaires
glissent vaguement entre les regards
deviennent lucioles
parmi des pointillés d’existence nocturne
dans un tic-tac sans retour
et mesurent leur chance
de voler un laps de temps.

Ma nymphe, ma liberté ( حورِيَتِي، حُرِّيَّتِي , poème pour temps de guerre)

حورِيَتِي، حُرِّيَّتِي

Hūryatī, Hurryyatī (Ma nymphe, ma liberté)
Poème pour temps de guerre

la fleur de Guernica
le Chant des partisans
la révolution des Œillets

une goutte dans le désert
un rêve, un iceberg

le souffle de vie de l’éphémère
dans un haïku susurré

le vol d’un colibri et
le clin d’œil d’un cyclone

la bulle d’air d’un poisson lune
pris dans un caluroso abrazo

s’embrasser sous la pluie
dans la caresse d’un regard

l’ombre d’un Passeport palestinien
dans un reflet du passé

un capteur de rêves amérindien
en signe d’amicalité

chuchoter un Magnificat
dans un éclat de beauté

s’émerveiller de Feuilles d’herbes
et d’un paysage, ineffablement assoupi

vouloir la vertu des amulettes,
la puissance des talismans.

[avec Montesquieu, Hugo, Whitman, Darwich]

Mort de Tomas Tranströmer, Prix Nobel de littérature 2011

Sur une saillie rocheuse

on voit la fissure du mur des trolls.

Le rêve, un iceberg.

La Grande Énigme : 45 haïkus, Tomas Tranströmer, poète suédois, Prix Nobel de littérature, mort à l’âge de 83 ans. Édition française : Le Castor Astral (adaptation Jacques Outin), qui a réagi ainsi à la mort de son auteur : « C’est avec une profonde tristesse que Le Castor Astral éditeur a appris la disparition de Tomas Tranströmer, âgé de 83 ans, ce vendredi 27 mars 2015. La maison a eu la fierté de publier les livres de celui qui, traduit en plus de soixante langues, a reçu le prix Nobel de Littérature en 2011. De Baltiques (1989) à la parution de ses Œuvres complètes (1996), en passant par La Grande Énigme et Les souvenirs m’observent (2004), Tomas Tranströmer n’a eu de cesse d’imposer une poésie visionnaire marquée par une impressionnante richesse métaphorique. Grâce à lui et à son traducteur en langue française, Jacques Outin, nous n’oublierons jamais que « l’éveil est un saut en parachute hors du rêve ».

Maryse Condé et Alain Mabanckou sélectionnés pour le prix Man Booker International

Remis tous les deux ans à un auteur pour l’ensemble de son œuvre, le prix britannique Man Booker a dévoilé sa sélection de dix écrivains parmi lesquels la Guadeloupéenne Maryse Condé, le Franco-congolais Alain Mabanckou, la Libanaise Hoda Barakat et le Mozambicain Mia Couto.

La Man Booker Foundation a dévoilé le 24 mars à l’université de Cape Town, en Afrique du sud, sa sélection pour le Man Booker International Prize 2015. La 6e édition du prix britannique, décerné tous les deux ans à un romancier pour l’ensemble de son œuvre et doté de 60000£ (82000 €), sera annoncé le 19 mai au cours d’une cérémonie au Victoria and Albert Museum à Londres.

Deux francophones, la Guadeloupéenne Maryse Condé et le Congolais Alain Mabanckou figurent dans cette sélection qui compte huit autres auteurs: César Aura (Argentine), Hoda Barakat (Liban), Mia Couto (Mozambique), Amitav Ghosh (Inde), Fanny Howe (Etats-Unis), Ibrahim al-Koni (Lybie), László Krasznahorkai (Hongrie) et Marlenevan Niekerk (Afrique du sud). Aucun des dix auteurs n’avait été sélectionné précédemment. Et cinq pays apparaissent pour la première fois dans la sélection: la Libye, le Mozambique, la Hongrie, l’Afrique du sud et le Congo.

Lattès, éditeur des derniers livres de Maryse Condé, publiera le 8 avril Mets et merveilles, dans lequel l’auteure de Tituba sorcière évoque sa vie à travers la cuisine, celle de son enfance, celle des pays où elle a voyagé, celle du quotidien.

De son côté, Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, est publié au Seuil et en poche chez Points. Son dernier livre, Lumières de Pointe-Noire est paru en 2013 au Seuil et en 2014 en Points.

Le gagnant succédera à Lydia Davis, lauréate 2013, Philip Roth (2011), Alice Munro (2009), Chinua Achebe (2007) et Ismael Kadaré (2005).

Présidé par la romancière et universitaire Marina Warner, le jury du Man Booker International Prize se compose du romancier Nadeem Aslam, d’Elleke Boehmer, romancier, critique et professeur de littérature anglaise à Oxford, d’Edwin Franck, directeur éditorial des New York Review Classic series et de Wen-chin Ouyang, professeur d’arabe et de littérature comparée à l’université de Londres.

Source : Livres-Hebdo.

Pas de négociations avec le style

« Bla bla bla bla bla moi vrillé dessoudé banni je naquis tout nègre et tout bègue en territoire d’exil sous un ciel où des siècles de luttes contre la dérive et le systématique démembrement du courage contre les appels de la mort lente n’ont laissé que traces de banqueroute dans le publiques finances de notre sang arrière-goût de déveine sur la table dégarnie de nos langues même l’ombre de la gloire n’invita qu’au vertige de mots sonores Bla bla et voici rapines et voici flammes et voici leurres et voici peurs et voici pleurs et voici quotidiennes offenses à l’homme en nous… »

Ces lignes sans ponctuation aux répétitions scandées, alternant le « je » tonitruant de l’auteur narrateur et la grande drive de l’histoire qui culbute et charrie des peuples volontaires ou assignés à résidence, débutent Négociations, de Jean-Claude Charles, aux éditions Mémoire d’encrier, sises à Montréal, collection Poésie, premier jalon de la réédition intégrale de l’œuvre de l’écrivain haïtien mort à Paris en 2008 à l’âge de 58 ans (Papalagui, 07/05/2008), recueil préfacé par James Noël qui remercie son aîné « pour avoir ouvert la route à beaucoup d’entre [eux], afin de négocier leurs] vies en littérature. »

Un Brésil, trois écrivains

Trois écrivains brésiliens, trois exemples d’une littérature qui questionne le monde : Bernardo Carvalho, auteur de Reproduction (Métailié), Luiz Ruffato, auteur de À Lisbonne j’ai pensé à toi (Chandeigne) et coordinateur de l’anthologie Brésil 25 (Métailié)
Ana Maria Machado, auteur de La Mer ne déborde pas (Éditions des femmes).