Comme deux ivrognes
ils se parlent en deux langues
et se soûlent de mots
مثل سِكّيرين
يتكلمان بلغتين اثنين
ويثملان بالكلمات
(merci S.)
Comme deux ivrognes
ils se parlent en deux langues
et se soûlent de mots
(merci S.)
Sur la vitre
la paisible lumière du soir
reflet d’été
Mourir en exil à demi-vie
brûlée de l’intérieur
d’une flamme infinie
pour Homs pour Alep
tombée dans l’abîme du ciel
cheveux courts, parole libre
ton visage est un charbon de fleurs
dans la blessure d’une mémoire
dans un silence assourdissant
ô femme de Syrie, ô Fadwa
Salam à toi.
Que faire de nos pleurs
sinon des brandons de poèmes ;
‘dors mon petit’, dit ton chant dans la berceuse d’un dessin animé ;
‘uni uni uni le peuple syrien est uni’, scandait ta voix dans la rue, il y a six ans sinon six siècles ;
‘nous sommes les fantômes de ceux qui étaient là-bas’, lâchait ton souffle de poète cet été quand la maladie te rongeait.
‘J’ai hurlé contre les balles’… transformer la peine en poème ?
Mourir en exil à demi-vie
lignes rouges au cœur
quand se répandent laideur et douleur
loin du pays natal
et des crimes de guerre
d’un bourreau toujours en vie
mais
notre solidarité
notre compassion
sont sans limite.
In memoriam.
Les temps sont rouges
haines rances et rassies
rêve de bleu
C’est un rêve
de buvard attendri
sous la pluie
Le pétunia fleurit, le jasmin languit
« C’est pas juste », se dit
l’abeille toute déconfite
[« Pétunia » est d’origine guarani
« jasmin » lui vient du persan
l’abeille est sans nationalité]
Je marche léger léger
comme évaporé
de mon corps, comme si j’avais rendez-vous avec un poème.
Mahmoud Darwich, trad. Elias Sanbar
Un métro d’été
vidé de ses foules opaques —
femme alanguie
Dans l’avant-jour
la lecture de la nuit
distraite par une odeur de pain chaud
Manger un mezzé
à Metz au bord de la Moselle
ça donne des ailes !