Deux mots des parlers d’outre-mer font leur entrée au Petit Larousse illustré 2020 : banga et tata… ainsi définis :
BANGA
n.m.
Mayotte. 1. Anc. Case en torchis où dormait l’adolescent
jusqu’à son mariage.
2.
Mod. Case en tôle, sans eau ni
électricité.
TATA
interj. (Surtout dans le langage enfantin).
Fam. 1. Louisiane. Merci. 2. Nouvelle-Calédonie. Au revoir. • Fam. Nouvelle-Calédonie. Geste de la main que l’on fait pour dire bonjour ou au revoir : Le matin, je fais toujours un petit tata au voisin.
À chaque heure solitaire, à chaque phrase que tu couches sur le papier, tu regagnes un morceau de ta vie. Il n’y a jamais eu un homme qui soit aussi facilement heureux. À savoir, en écrivant sans cesse. Et jamais il n’y en a eu un qui se soit interdit ce bonheur avec autant d’opiniâtreté et de façon si absurde.
Écris jusqu’à ce que tes yeux se ferment ou que le crayon te tombe de la main, écris sans hésiter un instant, sans t’interroger sur le pourquoi et le comment, écris en puisant dans la réserve de vie inutilisée, devenue entre-temps si profuse qu’elle se fige en toi en de puissants massifs montagneux, écris sans te soucier de l’adjoindre aux centaines d’échafaudages et de grilles déjà en place, au risque que ça ne tienne pas debout, au risque que ça tombe en morceaux l’instant d’après, écris parce que tu respires encore et parce que ton cœur, qui est peut-être déjà malade, bat encore, écris jusqu’à ce que tu aies pu aplanir quelque peu les énormes montagne de ta vie car un peuple entier de géants n’aurait plus le temps de les aplanir totalement, écris jusqu’à ce que tes yeux se ferment pour toujours, écris jusqu’à l’asphyxie.
Elias Canetti, Le livre contre la mort, Albin Michel, trad. de l’allemand par Bernard Kreiss, page 147.
« Humboldt a révolutionné notre conception de la nature il a inventé le concept de toile du vivant. Il disait que la terre était un organisme vivant dans lequel tout était interconnecté. Et il a été un des premiers à avertir du changement climatique provoqué par l’homme. »
Andrea Wulf, biographe de Alexander von Humboldt (1769 – 1859), dans le film docu-fiction Humboldt et la redécouverte de la nature,de Tilman Remme (Allemagne, 2018, 55 min), diffusion Arte.
Son livre : L’invention de la nature, Les aventures d’Alexander von Humboldt, traduit de l’anglais par Florence Hertz, Les Editions Noir sur Blanc.
« Toutes les fois que tu liras, même vite, même tout bas, passant, le nom que voilà, tu me ressusciteras. »
Dominique Noguez (1942-2019), dans les derniers mots de son livre Projet d’épitaphe (éditions du Sandre, 2016).
« C’est des poèmes que j’ai commencé par écrire, enfant. Puis je n’ai jamais vraiment cessé, glissant des épigrammes, des élégies, des chansons ou des proses poétiques dans mes livres – et en gardant d’autres sous le coude pour un hypothétique recueil. En voici des échantillons, certains à forme fixe. Il y a une griserie à suivre une forme fixe, presque aussi grande qu’à trouver une image inattendue. Ce petit opus se termine par un essai d’épitaphe, dernière étape avant ce qu’il y a de plus beau en poésie : le silence. »
Cent ans après sa mort, il n’est pas exagéré de dire que l’époque a besoin de Segalen. L’époque… elle souffre de ses va-t-en-guerre, de ses prédateurs carbonés, de ses fins de moi difficiles. De son uniformité sous des apparences de chic et choc, hype et in. De son monolinguisme, de ses tyrannies à grande et petite échelle, de sa quête de sens, alors que Segalen lui avait trouvé un sens : un Orient de beauté, à la fois continental chinois et archipélique polynésien.
De nombreux événements, rencontres, colloques, publications, sont prévus en ce printemps 2019 pour commémorer le centenaire du médecin, poète, voyageur, mort mystérieusement le 21 mai 1919, dans la forêt de Huelgoat en Bretagne.
Parmi eux une nouvelle édition , le 17 avril, de Victor Segalen, aux Cahiers de L’Herne, et la parution en édition de poche, le 9 mai, du livre de Jean-Luc Coatalem, Mes pas vont ailleurs, prix Femina Essai 2017.
Victor Segalen fera son entrée dans la Bibliothèque de la Pléiade dans une édition par Gallimard du premier tome de ses œuvres programmée pour fin 2019 – début 2020.
Sans attendre la date du centenaire, le 21 mai, l’Espace culturel André Chedid à Issy-lès-Moulineaux célèbre Segalen avec fastes par des expositions (début 7 mai), conférences, film, musique.
Poète, médecin, aventurier, chantre de la diversité, mort à 41 ans dans une forêt de Bretagne, il avait traversé la Polynésie et la Chine au point d’en laisser des livres majeurs.
Les « Immémoriaux » dédié « aux Maoris des temps oubliés » donne la parole aux Polynésiens ; « Stèles », un recueil de poésie « chinois » tant il est près d’une culture dont il avait appris la langue ; « Essai sur l’exotisme », livre posthume essai sur l’altérité, un éloge du Divers avant-gardiste, tel l’avait reconnu Édouard Glissant (« Introduction à une poétique du Divers », 1995), avant même l’urgence environnementale actuelle, lorsqu’il écrivait, en 1878 : « Le divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté. »
Un Divers avec D majuscule, défini ainsi, le 2 octobre 1918, puis publié dans son livre posthume Essai sur l’exotisme :
« Je conviens d’appeler « Divers » tout ce qui jusqu’à aujourd’hui fut appelé étranger, insolite, inattendu, surprenant, mystérieux, amoureux, surhumain, héroïque et divin même, tout ce qui est Autre… »
Écouter un extrait de l’Essai sur l’exotisme via le Bâteau-atelier de Titouan Lamazou
Le centenaire de la mort de Victor Segalen sera commémoré à l’École des filles de Huelgoat, du 30 mai au 2 juin, sous le titre « Victor Segalen dans son dernier décor », avec deux académiciens, François Cheng et Erik Orsenna, en quatre journées d’hommage au médecin, sinologue, poète, mort le 21 mai 1919, à quelques pas de l’École.
Chaque année, depuis sept ans, lors du week-end de l’Ascension, l’association des amis de l’Ecole des filles organise dans l’espace d’art, l’Ecole des filles, des Rencontres Victor Segalen : « Cette démarche s’inscrit dans le projet culturel et éducatif de cette ancienne école communale de jeunes filles, construite en 1910, réhabilitée en espace d’art. »
Consulter le programme Segalen à l’Espace Andrée Chedid d’Issy-les-Moulineaux et les hommages à Huelgoat.