C’était un 22 août : à Bois-Caïman (Saint-Domingue), le premier soulèvement d’esclaves

Le symbole : 

Pour le coordinateur de L’insurrection des esclaves de Saint-Domingue (Karthala, 2000), l’anthropologue haïtien Laënnec Hurbon,  » l‘insurrection réussie de la nuit du 22 au 23 août 1791 des esclaves à Saint- Domingue est un événement inouï, sans précédent dans l’histoire universelle. Un événement qui ouvre en même temps la voie à la chaîne des abolitions de l’esclavage au XIXe siècle. »

Selon Wikipédia, la cérémonie du Bois-Caïman est considérée en Haïti comme l’acte fondateur de la révolution et de la guerre d’indépendance : c’est le premier grand soulèvement collectif de Haïti contre l’esclavage, l’équivalent de la prise de la Bastille pour la France.

Pour Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO, «  En décidant de proclamer le 23 août de chaque année Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, l’UNESCO a voulu rendre hommage au combat inlassable des esclaves pour leur libération. L’insurrection qu’a connue l’île de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti et République Dominicaine) dans la nuit du 22 au 23 août 1791 a ébranlé de façon radicale et irréversible le système esclavagiste, et a été à l’origine du processus d’abolition de la traite négrière transatlantique.  »

Les faits :


Boukman y organisa une cérémonie vaudoue pour un grand nombre d’esclaves, la nuit du 14 août 1791. Il ordonna alors le soulèvement général. 

 » Ce soulèvement eu lieu la nuit du 22 août où les esclaves de cinq habitations brûlèrent et massacrèrent les blancs, y compris femmes et enfants. Pendant une dizaine de jours, la plaine du Nord fut en flammes. On décompta près de 1000 blancs assassinés, 161 sucreries et 1200 caféières brûlées. « 

Malgré la riposte, la révolte ne fut pas vaincue. D’autres chefs succédèrent à Boukman : ses lieutenants Jean-François et Biassou, ainsi que Toussaint qui ne s’appellait pas encore Louverture. 

Les conséquences :

Selon l’historien Oruno D. Lara, cette insurrection générale « inaugure un triple processus de destruction : du système esclavagiste, de la traite négrière et du système colonial. » 

Renaissance, Régénération et Ressassement par Glissant et Chamoiseau

Le cyclone Dean qui n’a pas fini de faire des dégâts -aujourd’hui en Amérique continentale- a causé la destruction des bananeraies antillaises, le premier employeur privé de Martinique et de Guadeloupe. Douze mille personnes seraient directement concernées. A la veille du voyage du Premier ministre et d’un comité d’experts pour évaluer les dégâts du cyclone Dean aux Antilles, les écrivains Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau ont adressé une lettre ouverte intitulée « Renaître, aprézan ! », aux présidents des Conseils régional et général et à tous les élus de la Martinique.

On peut lire l’intégralité sur les sites Gens de la Caraïbe : http://www.gensdelacaraibe.org/ et Potomitan : http://www.potomitan.info/matinik/aprezan.php, et dans Le Monde daté 25-26 août 2007.

 Cette lettre ouverte se termine ainsi : 

Extrait : 

 » C’est au nom de ces milliers emplois, toutes ces désespérances, qu’il faudrait oser l’aprézan décisif : penser, imaginer, se projeter, désirer un futur. Quitte à être massivement subventionnés, quitte à recevoir des tombereaux de secours bienveillants, pourquoi les affecter au seul réamorçage du cycle de la dépendance ? Pourquoi ne pas en faire le souffle d’une renaissance en les affectant à une restructuration déterminante ? Pourquoi ne pas préciser un aprézan à court, à moyen et long terme pour s’éloigner de l’agriculture pesticide pour une agriculture raisonnée, raisonnable, ouvrant à une agriculture totalement biologique ? Pourquoi ne pas définir un aprézan d’apurement des sols et de reconversion qui, en moins de vingt ans, rapprocherait la Martinique de cette fameuse globalité biologique (Martinique bleue, Martinique pure, Terre de régénération et de santé, Terre de nature et de beauté…) que nous ne cessons de proposer depuis une décennie et que d’autres auprès de nous envisagent déjà ?   1000 km2 cela peut se saisir, se ressaisir, cela peut se nettoyer, se maîtriser, se soumettre à une volonté claire, une intention globale qui nous ferait renaître et surtout naître au monde. Aprézan. »   23-02, 9 ko, 165x226Rappelons que par le passé Glissant, Chamoiseau (avec Delver et Juminer) avait voulu mobiliser pour la « Martinique, premier pays biologique du monde ».Extrait :

 » Les conditions générales des Antilles, de la Guyane et de la Caraïbe (des îles, ou des espaces facilement nettoyables, aisément transformables) font que la valeur ajoutée que nous pouvons envisager résulterait d’une production à caractère biologique, dont la demande grandit irrésistiblement sur le marché mondial. Il nous faut occuper ce créneau. C’est pourquoi, depuis quelque temps déjà, certains d’entre nous ont proposé de mettre en place, en Martinique, le projet global d’une économie centrée sur des produits biologiques diversifiés et de conquérir sur le marché mondial le label irréfutable « Martinique, pays à production biologique », ou « Martinique, premier pays biologique du monde ». Nous appelons les Guadeloupéens, les Guyanais et les Martiniquais à considérer la nécessité d’une telle orientation même si, dans chacun de ces pays, un projet de cette nature peut passer par des voies différentes, par exemple un accomplissement technologique en Guyane. « 

Ce texte, intitulé  » Manifeste pour refonder les DOM  » avait été publié dans Le Monde le 21 janvier 2000…  

Comme le temps passe, comme le temps presse… 

Papalagui (le blog) a un an !

Papalagui(le blog) fête son 1er anniversaire. Un bilan chiffré nous apprend que, depuis le 20 août 2006, vous avez consulté (vu ? lu ? appris par cœur ? reproduit ? affiché dans votre case ?) 5 000 pages tout rond…

 Rappelons pour ceux qui prendraient le film en cours de route, que Papalagui est un blog de littérature monde (osons le monde), de littérature ultrapériphérique (soyons ultra !). Le mot a été emprunté à Erich Scheurmann, auteur dans les années 1920 d’un récit de voyage « à l’envers », celui d’un chef samoan venu rendre visite aux Européens (Dominique Roudière, traductrice, Présence Image 2001, Pocket éditeurs 2004). La question de l’Autre et de l’étranger est donc au centre de ce livre qui décrit les travers des  » Papalaguis « . La question du récit et de la parole aussi. Qui parle ? Qui écrit ? Qui raconte ? Quelle est sa vision du monde ? Quel est son regard porté sur l’Autre ? Donc sur lui-même…

Comme l’analyse Valérie Martin-Pérez, Papalagui (le livre) est une fiction déguisée en récit de voyage. 

[http://www.serieslitteraires.org/publication/article.php3?id_article=591]

 » Ces propos, que l’on prête à un habitant des mers du Sud, ont bien pour vocation de faire réfléchir les lecteurs européens de notre époque moderne, sans doute un peu à la façon des Lettres Persanes au XVIIIème siècle. Le miroir est plus efficace quand il est teinté d’exotisme, et il est aisé de remettre ainsi en cause des comportements qui sont, sommes toutes bien relatifs. »

Papalagui (le blog) aime faire bouger les lignes (les mises en ligne de l’Internet comme les lignes de démarcations entre les diverses assignations). Reprenons la belle formule d’Abourahman A. Waberi, qui veut « déjouer les attendus » [voir note du 30 mai 2007].

 

En matière de  » littérature monde « ,les lignes à bouger sont les frontières qui délimitent symboliquement les centres et les périphéries… A l’ère d’Internet, l’apparente porosité des lignes n’est pas la panacée à la  » lecture monde « . Le départ récent de Maryse Condé de sa Guadeloupe natale montre qu’en littérature aussi  » nul n’est prophète dans son pays « … et que les auteurs vivent douloureusement leur position d’intellectuels ultrapériphériques.

Victoire, les saveurs et les mots

Comme l’écrit Ananda Devi dans son dernier roman, Indian Tango,que publie Gallimard ce 30 août (c’est son héroïne qui s’exprime) :  » Il est clair que je vis toujours dans l’illusion du lecteur extérieur, ce  » tu  » irréel : il m’est impossible de n’écrire que pour moi. Mon récit ne peut se faire sans échos, sans résonance. Comme j’ai besoin de cet invisible autre ! « (p. 61). C’est un roman traversé de part en part (y compris au sein même de la narratrice) par la question de l’Autre, de l’étranger. Nous y reviendrons.

Final de compte, si les mots nous manquent, allons voir du côté de Kara Walker, artiste américaine que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris expose jusqu’au 9 septembre (Mon Ennemi, Mon Frère, Mon Bourreau, Mon Amour).Très belle expo, dérangeante derrière l’apparente simplicité de ces panoramas en noir et blanc représentant des fantasmes, clichés, représentations historiques du racisme en Afro-Amérique…

« Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, explique Kara Walker,on la revit, on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira  » tu n’e pas d’ici « , il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme. » 

Haïti, Cap-Vert, Samoa : le podium de la fuite des cerveaux

PMA ayant eu les plus forts taux d´émigration en 2000  (Pourcentage d´émigrants qualifiés par rapport au nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire dans le pays d´origine)

Selon le Rapport CNUCED 2007 sur les pays les moins avancés, qui a pour thème le savoir, l´apprentissage technologique et l´innovation au service du développement , cinq PMA (Haïti, Cap-Vert, Samoa, Gambie et Somalie) ont perdu ces dernières années plus de la moitié de leurs spécialistes de formation universitaire qui sont partis pour des pays industrialisés à la recherche de meilleures conditions de travail et de vie. Dans sept autres PMA, plus du tiers du personnel qualifié a quitté le pays.

Le graphique montre les PMA ayant eu les plus forts taux d’émigration en 2000 (Pourcentage d´émigrants qualifiés par rapport au nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire dans le pays d´origine. Ainsi dans le cas d’Haïti, plus de 80% des universitaires sont partis).

http://www.unctad.org/Templates/Webflyer.asp?docID=8580&intItemID=1397&lang=2 

Haïti, Cap-Vert, Samoa, trois îles, trois continents…

Question d’époque : l’autodafé c’est démodé ? (2)

Rumeurs de haine 

On sait que l’écrivaine bangladaise Taslima Nasreen vit depuis la publication de son premier roman, Lajja (édité en français par Stock en 1994), sous la menace d’une fatwa. Le premier ministre du Bangladesh (une femme) l’a même traitée de « pornographe » lors de la sortie de son livre, Enfance, au féminin (Stock, 1999). Sa tête a été mise a prix. Ses livres sont interdits dans son pays. Faut dire qu’elle est athée. Lajja (La Honte en français) a pour dédicace : « Aux peuples du sous-continent indien. Que la religion ait pour nom humanisme. »

Après un exil en Suède, elle vit principalement à Calcutta. Jeudi dernier, nous rapporte Françoise Chipaux, du Monde, alors que Taslima Nasreen participait à une rencontre organisée par le club de la presse d’Hyderabad pour le lancement d’un de ses livres en telugu, une des langues importantes de l’Andhra Pradesh, elle s’est faite agressée par des fondamentalistes musulmans. La télévision locale montre qu’on lui envoie des fleurs pas vraiment pour la féliciter. Elle est protégée par des organisateurs de la manifestation.  Voir le reportage de la chaine locale, Headlines : http://fr.youtube.com/watch?v=0p-T5vG4yl4

Taslima Nasreen est visiblement choquée. Un représentant d’un parti musulman annonce doctement devant la caméra que « l’amnistie dont elle bénéficiait en Inde est caduque ».

Dans son récit Rumeurs de haine (ed. Philippe Rey et Points Seuil), Taslima Nasreen détaille les motifs de la fatwa. Par ailleurs, elle revient sur les propos erronés qu’un journal (The Statesman) lui avait prêté de « corriger le Coran » :

« Je n’ai jamais parlé de corriger le Coran, il n’en a jamais été question pour moi, puisque je ne suis pas croyante. Je considère qu’aucun livre religieux ne vaut pour notre époque. Je revendique depuis longtemps le rejet des lois d’origine religieuse, puisque l’ensemble des religions dénient tout droit aux femmes, et je demande l’instauration de lois dépourvues de toutes disciminations entres les femmes et les hommes » (p.255)

François Chipaux nous apprend dans l’article du Monde : « En mars 2007, le All India Ibtedad Council avait offert 500 000 roupies (10 000 euros) contre sa tête. Le président de ce groupe, Taqi Raza, avait affirmé que cette menace serait levée seulement après les excuses de l’écrivaine, la promesse qu’elle brûle ses livres et qu’elle quitte l’Inde. »

Tentative d’épuisement d’un cycliste parisien

Mon premier jour de Vélib’, le vélo parisien en quasi libre-service… 

Des cyclistes dans les rues, sur les pistes, les trottoirs, au passages dits « protégés », des vélos qui grillent les feux, des policiers contrôlent les papiers des bagnoles, pas les papiers des vélos, un touriste italien qui demande (en italien) comment s’appelle l’Arc-de-Triomphe, un taxi agacé des cyclistes qui tournent pas rond place de la Concorde (« C’est normal, ils n’ont pas prévu de rétroviseur »), un amateur de vélo qui cherche à en louer un, « une autre fois », des touristes anglophones qui essaient vainement de prendre un vélo pour rejoindre Beaubourg, une carte bancaire muette, des cyclistes pressés qui traversent comme une fusée la place de l’Alma, les voitures arrêtées aux feux les regardent comme on regarde passer le Tour de France, EPO en -, un couple, l’un qui dit « Tu t’es fait doubler ! », une belle conductrice de 4X4 qui s’excuse de traverser une piste cyclable, un couple qui demande si les vélos sont électriques, une enhardie qui vous apostrophe : « Faut appuyer sur les pédales ! ». 

Belle occasion de se replonger dans Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien (Christian Bourgois éditeur), où l’auteur sis place Saint-Sulpice, dresse l’inventaire de ce qu’il voit, entend, observe, et en fait un livre.

 

Extrait : 

« J’ai revu des autobus , des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes , des camions et des camionnettes , des vélos, des vélomoteurs , des vespas, des motos , un triporteur des postes , une moto-école, une auto-école, des élégantes , des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d’enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens , à pipes , à parapluies , à bedaines , des vieilles peaux , des vieux cons , des jeunes cons , des flaneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs . »

Retouvailles et petit bonheur d’une capitale circulante. Comme si tout circulait, les vélos, l’air, les mots, tout en libre-service…

Avec le haïku, le bonheur est dans le style

A l’invitation du dessinateur Kokor (auteur de l’affiche), le 2e salon Estival de Mers-les Bains, en baie de Somme, ce week-end, on pouvait participait à un atelier d’écriture de haïkus…

Pour ceux qui souhaiteraient profiter de leurs vacances à travailler leur style… conseillons l’atelier d’Aleph, « Géographies intérieures », prévu dans la semaine du 18 août sur l’île de Berder, en Bretagne. Le principe : « Faire émerger de ses souvenirs des paysages, des villes, des lieux traversés soit au cours de voyages, soit au cours de sa vie réelle ou imaginaire. Lieux du dehors, lieux du dedans : nous explorerons la notion de déplacement pour cartographier ces territoires qui sont ceux du voyageur confronté en permanence à ce va-et-vient du regard entre réalité du monde et regard intérieur. »

Un va-et-vient qui pourrait prendre la forme de haïkus…

Le Grand Robert le définit ainsi : « Poème classique japonais de trois vers (issu du haïkaï) dont le premier et le troisième sont pentasyllabiques, le deuxième heptasyllabique (5-7-5, soit 17 syllabes). 

Un peu ivre

Le pas léger

Dans le vent du printemps 

est un haïku de Ryökan, cité par Henri Brunel (Les Haïkus, éditions Librio), pour qui « le haïku est un poème très bref qui vise à exprimer l’évanescence des choses ». Les haïkus

On recommandera aussi le livre très stimulant de Philippe Costa, auteur de Petit manuel pour écrire des haïku (Philippe Picquier, 2000), pour qui l’un des modèles est celui de Bashô (1644-1694) :

Vieille mare –

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau.

 Petit manuel pour écrire des haïku et tous types de poésie

On ne saurait trop conseiller d’intégrer les haïkus dans un atelier d’écriture. C’est une forme épurée qui a au minimum le mérite d’enlever du gras à tous les styles…

Exemple, au printemps dernier… Le stage avait lieu près des Champs-Elysées. Après une petite sortie, chacun a rédigé un texte. Forme libre dans un premier temps, qui précédait l’injonction radicale :  » Ecrire « Dans la foule des Champs-Elysées… » sous forme de haïku ! « 

Je vous laisse juge des résultats : 

Françoise :

Aux Champs-Elysées

Bonnet, sweet, jean et baskets

Jeune homme en balade

Jian-Ping :

Tête au vent rêvant

Sans se presser dans Paris

Printemps en chantant

Monique :

Deux hommes, jeunes et grands

Pas léger, Champs-Elysées

Lumière de printemps

Et

Jeunesse et langueur

Bonnet blanc et coupes de glace

Soleil et lumière

Guillaume :

Deux jeunes amis

Avenue pleine de bruits

Cadavres exquis

Astride :

Deux acolytes

Discourent en badaudant

Avec le sourire

Eve :

Glace vanille

Pas léger, sourire charmant

Les Champs, le printemps. 

Bref, avec le haïku, le bonheur est dans le style !

Franska et Baiji, jolis noms si mignons

La plus connue c’était Franska. L’ourse slovène est morte après avoir été percutée par deux voitures, sur une autoroute au sud de Lourdes. Pas de miracle…

Le plus divin, c’était le  » baiji « . Les Chinois du fleuve Yangzi surnommaient ainsi leur dauphin d’eau douce. Des scientifiques de l’Institut de zoologie de Londres ont déclaré son espèce, vieille de vingt millions d’années  » éteinte « . La faute à la pollution du fleuve et de la pêche à l’explosif… Certains le vénéraient, mais cela n’a pas suffit. La dernière espèce de mammifère disparue était le tigre de Tasmanie, dans les années 30…

Exit Franska et Baiji. Exit toute la sauvagerie du monde, à peine contenue dans de si jolis petits noms, si mignons.

Reste Le Monde 2 dont le numéro de cette fin de semaine consacre une enquête à la question :  « A quoi pensent les animaux ? « 

Notre besoin de consolation est impossible a rassasier  Par-delà nature et culture Fables Les Animaux dénaturés

Reste aussi la possibilité de baptiser des petits humains du nom de Franska, Baiji…

Question d’époque : l’autodafé c’est démodé ?

Depestre, dont on parlait hier, a-t-il fait le voyage de Lagrasse ? Après tout, ce Banquet du Livre n’était qu’à une vingtaine de kilomètres de chez lui, un peu plus au sud, dans le même département de l’Aude, en pays cathare.

Depestre, dont la critique a vanté « l’érotisme solaire » lors de son Renaudot pour Hadriana dans tous mes rêves. C’était en 1988. Il n’aurait pas fait tache : Jean-Michel Mariou, l’organisateur, a eu la bonne idée d’inscrire cette année le Banquet sous l’égide de Pascal Quignard et de son livre (à paraître), La Nuit sexuelle, mais c’est une idée qui n’a pas plu à tous… 

Ainsi, les éditions Verdier nous ont appris que  » dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 août, des inconnus ont pénétré par effraction dans l’abbaye. Ils ont saccagé la librairie en répandant un mélange de gas-oil et d’huile de vidange sur tous les ouvrages.Le SRPJ de Carcassonne, arrivé sur place dans la matinée, a procédé aux premières constatations. À cette heure, cet acte n’a toujours pas été revendiqué.Cette importante librairie de plus de douze mille volumes est organisée chaque année, le temps de la manifestation, en partenariat avec la librairie toulousaine Ombres Blanches. »

C’est bien connu : depuis l’Inquisition les intégristes de tout poil n’aiment pas les nuits sexuelles.

A l’heure où le baril de brut, qui avait battu son record historique à 78,77 dollars mercredi dernier à New-York, on comprend que des culs-bénits aient préféré l’huile de vidange (c’est plus économique) au bon vieil autodafé (c’est carrément daté). 

A moins qu’ils ne soient très vigilants sur les conséquences de leurs actes, comme le fait remarquer Serge Bonnery, du journal L’Indépendant dans son commentaire… http://www.lindependant.com/articles/2007/08/10/20070810-FAITS-DU-JOUR-De-l-39-huile-de-vidange-deversee-sur-les-10-000-ouvrages-de-la-librairie-ephemere-Dans-la-nuit-de-mercredi-a-jeudi-des-individus-ont-saccage-les-ouvrages-de-la-librairie-temporaire-installee-a-La.php5

 

René Depestre : la littérature-monde ? peut mieux faire !

 René Depestre, 81 ans, écrivain et poète, né à Jacmel (Sud d’Haïti), vivant à Lézignan-Corbières (pays cathare, Sud de la France), déjà signalé ici pour son prix de poèsie récompensant La Rage de vivre (Seghers, Bruno Doucey), décerné à Saint-Malo, lors du dernier festival Etonnants voyageurs, est interviewé dans Le Nouvel observateur du jour par Jean-Michel Djian.

Extrait : 

«Pourquoi être obligé de nommer ce qui se vit naturellement depuis que l’homme existe ?» La francophonie ? «Un tarmac sophistiqué, une sorte d’aéroport moderne. Froid.» Silence embarrassé tant il doit à la langue française. «Je reste sur ma faim quand je vois mes amis défendre cette idée de littérature-monde. On peut faire mieux : embrasser tous les arts dans cet affranchissement. Comment croyez-vous que les Africains et leurs descendants s’en sont sortis ? En dansant leur histoire, pardi ! En la mettant en musique ! Il faut s’inspirer d’Apollinaire quand il a sorti son manifeste. Nous avons tous besoin d’une perception nouvelle du monde que seuls les poètes, ensemble, peuvent traduire artistiquement. Il y a une place pour un puissant cri de ralliement.» Le voilà, lui, le combattant estampillé des libertés, en train de se révolter contre l’utilisation abusive d’expressions qui «remplissent le vide». Comme par hasard, la «Non-assistance à poètes en danger» est le titre de son avant-dernier ouvrage… La décision de commémorer l’esclavage ? «Une blague. Regardez ce qui se passe chez moi, en Haïti. On en est encore à apprendre ce qu’est la démocratie ! La jeunesse n’apprend plus rien des anciens. La mémoire végète. Comment voulez-vous dans ces conditions en finir avec les clichés ? C’est- à-dire avec la couleur de la peau, l’identité, si personne n’ose dire que c’est un passé qui nous étouffe. Ce sont les vivants que l’on cherche, pas les morts !»