Martin Luther King par Alain Foix

La biographie qu’Alain Foix consacre à Martin Luther King sort aujourd’hui dans la collection Folio biographies de Gallimard.

« Trop en avant, trop lucide, il voit loin, trop loin peut-être. Il a passé la ligne des couleurs. Son combat n’est plus seulement pour l’avancement de sa communauté car il a perçu la nécessité d’une pensée, d’une action solidaire, sociale et politique débordant les limites de la race. Il sort du rang, du cadre où l’a assigné la raison politique. » (p. 25).

À noter la représentation de la pièce d’Alain Foix, La dernière scène, le 19 octobre à 20h 30 à Canal 93, Bobigny.

In another country, figure de style « à la Française »

Dans une station balnéaire sud-coréenne, Anne (Isabelle Huppert) se balade, légère, ingénue, disponible aux autres. Aller baguenaudant « in another country », quand on est Française, ce pourrait être une figure de style. Et ça l’est, tant la manière qu’à le réalisateur coréen Hong Sang-soo de placer Anne dans dans trois situations différentes (on pense au Smoking No Smoking d’Alain Resnais), alors qu’elle rencontre à chaque fois les mêmes personnages, dans une série de variations, cette manière de filmer, dans l’improvisation apparente, dans le batifolage très aérien, est touchante, émouvante. Elle rend le spectateur captif comme un cerf-volant allant de la plage à la chambre de location, des mêmes rues de la cité à la tente d’un maître-nageur (Yu Junsang), dragueur patenté dans un anglais approximatif. Les deux d’ailleurs tâtonnent, hésitent et se rapprochent avec ces manières si pataudes qui rendent possible et inoubliable une rencontre de passage, entre un maître-nageur coréen et une Française, entre une actrice et un réalisateur, entre un film et un spectateur.

17 octobre 1961 – 17 octobre 2012

« François Hollande a officiellement reconnu mercredi au nom de la République la « sanglante répression » des manifestations d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris, rompant avec un silence de 51 ans de l’Etat sur les événements.

« Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes », a déclaré le Président de la République dans un court communiqué. » (AFP)

A cinq mois de la fin de la guerre d’Algérie, le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d’un des plus grands massacres de gens du peuple de l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d’Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de ce épisode majeur de la guerre d’Algérie sera occultée. (Le Monde, 17.10.11)

Le film de Yasmina Adi, Ici on noie les Algériens – 17 octobre 1961, dont nous avions parlé il y a un an [Papalagui, 14/10/11], sort lors de cette commémoration en DVD. Production Shellac.

Prix roman France Télévisions 2012 (sélection)

Choisis par des journalistes littéraires de France Télévisions, voici les six titres sélectionnés pour le prix roman France Télévisions :

Christine Angot, Une semaine de vacances (Flammarion)
Antoine Choplin, La nuit tombée (La fosse aux ours)
Maryse Condé, La vie sans fards (Lattès)
Patrick Deville, Peste et choléra (Le Seuil)
Jean Echenoz, 14 (Éditions de Minuit)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard).

Le prix sera décerné par un jury de vingt-et-un téléspectateurs le 5 décembre 2012.

La couche pirogue en folie court à jadis (Julienne Salvat)

« La couche pirogue en folie court à jadis
case navire ivre de fumeuses incandescences
elle perd le nord au long cours d’une odyssée de toile
qu’à l’envi balbutie l’enivrée
soumise au change de zombis enfants d’Hypnos rebelle
conflagrations d’hystérie marchande
mutineries carrousses et reniements sans façons
désespoirs mélasses et lamentations de pacotille
blues nègre qui prend le vent du sud profond. »

Julienne Salvat, Nuit cristal, L’Harmattan, 2012

Prix des libraires 2013 (1ère sélection)

Olivier Adam, Les lisières (Flammarion)
Metin Arditi, Prince d’orchestre (Actes Sud)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit)
Nathalie Démoulin, La grande bleue (Editions du Rouergue)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois),
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Eric Faye, Devenir immortel et puis mourir (Corti)
Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Yannick Grannec, La déesse des petites victoires (Anne Carrière)
Cécile Guilbert, Réanimation (Grasset)
Thierry Hesse, L’inconscience (L’Olivier)
Fabrice Humbert, Avant la chute (Le Passage)
Serge Joncour, L’amour sans le faire (Flammarion)
Fabienne Juhel, Les oubliés de la lande (Editions du Rouergue)
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet-Chastel)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Mathieu Larnaudie, Acharnement (Actes Sud)
Douna Loup, Les lignes de ta paume (Mercure de France)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser)
Hubert Mingarelli, Un repas en hiver (Stock)
Derek Munn, Mon cri de Tarzan (Leo Scheer)
Makenzy Orcel, Les Immortelles (Zulma)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

Avec Vassilis Alexakis, la langue française c’est pas du Grand-Guignol

Vassilis Alexakis vient d’être désigné lauréat du Prix de la langue française 2012. Doté de 10.000 euros, sa récompense sera remise lors de la Foire du livre de Brive, le
vendredi 9 novembre 2012.

Écrivain grec de langue française, il publie L’enfant grec (Stock) qui met en scène la littérature dans les flâneries au jardin du Luxembourg. Parmi les héros du roman, les marionnettistes du théâtre de Guignol dont il nous dévoile les coulisses : « Les figurines à fil sont des princesses, Guignol est un paysan. Je le trouve en même temps plus vivant : il est aussi vivant que ma main. C’est une main qui parle. »

Le dernier descendant du théâtre de Guignol Jean-Guy Mourguet vient de mourir. Les gazettes nous apprennent avec l’AFP que « le créateur de Guignol, Laurent Mourguet, était un canut (ouvrier indépendant travaillant la soie) poussé à trouver des activités complémentaires pour nourrir sa famille alors que le travail sur métier à tisser est arrêté à la veille de la Révolution française. Reconverti en camelot, puis arracheur de dents, il attire les clients en utilisant des marionnettes représentant Arlequin ou Polichinelle. Puis il crée une nouvelle marionnette de canut, et c’est la naissance de Guignol, en 1808. 

Rapidement, Guignol, rejoint par sa femme Madelon et son compère, l’ivrogne Gnafron, connaissent le succès auprès du peuple pour lequel il prend fait et cause contre les autorités établies, à commencer par les gendarmes, les propriétaires et les concierges. »

Dans L’enfant grec, la fréquentation des marionnettes (à propos desquelles Jean Cocteau affirmait : « Il y a trop d’âmes en bois pour ne pas aimer les personnages en bois qui ont une âme »), Vassilis Alexakis vient à s’interroger (du moins son narrateur, mais on excusera le lecteur de les confondre) :

– Pourquoi écrivez-vous ? interroge-t-on aussi.

Est-ce une activité saugrenue, comme la cleptomanie ou le saut en parachute ? (…) J’ai découvert de bonne heure que la vie n’avait rien de plus beau à m’offrir que des mensonges. Je l’ai su grâce aux lectures que me faisait ma mère le soir. Je ne rêvais pas encore d’écrire; pour la bonne raison que je ne savais même pas lire, j’envisageais cependant de devenir un grand menteur. Je m’appliquais d’ailleurs à mentir le plus possible, ce qui me valait un certain succès. J’ai su très tôt en somme que la meilleure façon de raconter un événement était de l’inventer. »

L’enfant grec nous amène à relire le Théâtre de Guignol (qu’on n’a pas vraiment lu, mais vu, soyons net et honnête) :

GUIGNOL.

Oui, mais avec tous tes états… aujourd’hui, nous avons pas encore déjeuné… & v’là l’heure du dîner que s’avance.

GNAFRON.

Tiens ! (Il réfléchit.) Nous dînons !… Fais-toi dentiste.

GUIGNOL.

Est-ce que je connais la dentisterie ? te me prends pour une mâchoire.

GNAFRON.

T’as tout ce qu’il faut pour être dentiste… Faut un toupet d’aplomb, & être un bon menteur.

GUIGNOL.

Oh ! alors, ça te convient : t’as une dose de menterie que se porte bien.

GNAFRON.

Par exemple ! est-ce que je t’ai jamais dit un mensonge ?

GUIGNOL.

Allons ! pourquoi donc que te m’as dit l’autre jour que t’avais été au bois de Roche-Cardon chercher des nids, & que t’avais trouvé dans un nid dix œufs de lapin ? Est-ce que les lapins font des œufs ?

Nous lisons dans L’enfant grec, p. 78 : « »Gnafre » signifie cordonnier dans le jargon lyonnais.»

Que Vassilis Alexakis, tout récent lauréat du prix de la langue française, manifeste une telle maîtrise du patois lyonnais nous comble de joie.

Prix Médicis 2012 (2e sélection)

Les six romans français sélectionnés

Patrick Deville « Peste et choléra » (Seuil)
Philippe Djian « Oh ! » (Gallimard)
Leslie Kaplan « Millefeuille » (P.O.L.)
Emmanuelle Pireyre « Féerie générale » (L’Olivier)
Patrick Roegiers « Le Bonheur des Belges » (Grasset)
Abdellah Taïa « Infidèles » (Seuil)

Les six romans étrangers

Margaux Fragoso « Tigre, tigre » (Flammarion) Etats-Unis
Antonio Lobo Antunes « La Nébuleuse de l’insomnie » (Bourgois) Portugal
Salman Rushdie, Joseph Anton : une autobiographie (Plon)
Juan Gabriel Vasquez « Le Bruit des choses qui tombent » (Seuil) Colombie
Ferdinand von Schirach « Coupables » (Gallimard) Allemagne
Avraham B. Yehoshua « Rétrospective » (Grasset) Israël

Les six essais

François Bon, « Autobiographie des objets « (Seuil)
Jean Clair, « Hubris : la fabrique du monstre dans l’art moderne : homoncules, géants et acéphales » (Gallimard)
Ivan Alechine, « Oldies » (Galilée)
Rachel Polonsky, « La lanterne magique de Molotov : voyage à travers l’histoire de la Russie » (Denoël)
David Van Reybrouck, « Congo, une histoire » (Actes Sud)
André Tubeuf, « Dictionnaire amoureux de la musique » (Plon)Point final