Voici des paroles véritablement fées.
« Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie ».
Incipit Haïku, Philippe Jaccottet, Fata Morgana, 1996.
Voici des paroles véritablement fées.
« Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie ».
Incipit Haïku, Philippe Jaccottet, Fata Morgana, 1996.
Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
enneigé ou brillant, mais jamais habité.
Où est le donateur, le guide, le gardien ?

Edouard Glissant nous quittait il y a dix ans, le 3 février 2011.
Les éditions La Découverte rééditent des textes d’intervention signés Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau dans un livre intitulé « Manifestes », où Chamoiseau revient dans un avant-propos sur « la capacité d’indignation » d’Edouard Glissant et sa « connaissance sensible ». Dans une postface Edwy Plenel écrit : « Associant indissolublement le Tout-Monde et le Tout-Vivant, la relation des humains entre eux et celles des humains à la nature, ces manifestes fondent un humanisme radical… »
Dans un entretien au Salon du livre de Paris, en 2010, un an avant sa mort, Edouard Glissant nous accordait un entretien à l’occasion de la sortie chez Galaade d’un livre de ses lectures, « La Terre, le feu, l’eau et les vents. Une anthologie de la poésie du Tout-monde ». Cet entretien d’une dizaine de minutes pour la chaîne de télévision France Ô, avait été mis en ligne par le site de France-Télévisons Culturebox.
⏩ Lien vers l’entretien filmé : https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/entretien-avec-edouard-glissant_3323831.html

La revue Francofonia a transcrit l’intégralité de cet entretien dans son numéro 63 de l’automne 2012 : https://www.jstor.org/stable/43017039?seq=1
Extrait des propos d’Edouard Glissant, mars 2010 :
« J’ai toujours adoré : « Voici le temps de nous séparer, moi pour mourir et vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur sort ? Nul ne le sait si ce n’est la divinité. » Cette phrase m’a toujours habitée. Elle est de Socrate. Bon… rapportée par Platon dans « L’Apologie de Socrate ». Et bien c’est dedans et ça a déclenché d’autres événements poétiques. I y a un poème précolombien qui est magnifique, exceptionnel, où l’auteur dit : « Il ne restera rien de nous… Nous ne serons pas une montagne… nous ne serons pas une montagne sacrée… Nous quitterons le monde nous aussi… » ça c’est une réponse à Socrate. »
Le nouvel an revient, et la bonne coutume :
Je m’en veux acquitter par un léger présent.
Tenez en voici un qui n’est guère pesant :
Car ce n’est qu’un quatrain, et tiré d’une plume.
(Jean Passerat, « À madame de Roissy », 1606)
En ce 10-Mai, journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition, relire et réapprendre ce poème magnifique, épitaphe sur la tombe du poète mais aussi voix vibrante d’humanités :
J’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence…
La suite sur Papalagui du 20 avril 2008.

« Si je m’éprenais de la femme au chignon en éventail, dans mon désir éperdu de la voir fût-ce au prix de ma vie, à l’instant de la séparation, jusque dans le tressaillement qui me ferait connaître la joie ou le regret, je composerais sûrement un poème dans cet esprit. Et j’ajouterais ces deux vers :
Might I look on thee in death
With bliss I would yield my breath.
(Et si en mourant il m’était donné de la voir, je cesserais avec joie de respirer.)
Heureusement, ayant déjà dépassé les limites de ce qu’on appelle l’amour ou la tendresse, j’aurais beau vouloir ressentir une telle douleur, je ne le pourrais pas. Mais je dois avouer que la poésie de cet instant fugitif est admirablement exprimer dans ces quelques vers. Même si ma relation avec le chignon en éventail n’est pas aussi cruelle, il est intéressant de la comparer à celle évoquée dans le poème. Peut-être même est-il plaisant d’appliquer le sens de ces vers à notre situation présente. Entre elle et moi, ce que chante le poème est devenu une réalité qui nous relie, par le fils tenu du karma. Le karma ne pèse pas quand le fil est aussi mince. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’un simple fil. C’est le fil de l’arc-en-ciel qui traverse le ciel, c’est le fil de la brume qui s’étire en longues traînées sur les prairies, c’est le fil de la toile d’araignée étincelant de rosée. Si on le veut, on peut le couper à l’instant, mais tant qu’on le regarde, il est d’une beauté merveilleuse. Et si par hasard il devenait aussi épais que la corde d’un puits pendant qu’on le regarde ? Non, ce danger n’existe pas. Je suis un artiste. Elle n’est pas une femme ordinaire. »
Sôseki (1867-1916), Oreiller d’herbe ou le Voyage poétique, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, éditions Philippe Picquier, 2015 (V. O. 1906), pp. 68 et 69
Un baiser
forcément éphémère
fracasse le temps
إنها قبلة
ستختفي بالضرورة
و ستحطم الزمان

Pour certains — ce n’est pas une loi.
À l’heure où le sommeil
est juste, quasiment sacré,
certains ne dorment pas.
Ils scrutent — et dans le plus
secret des pétales, ce n’est pas toi !
Pour certains — ce n’est pas un code :
à l’heure où toutes les lèvres
ont la sécheresse des dernières discordes —
certains ne boivent pas :
ils s’absorbent — le poing
fermé — dans les sables !
Pour certains, sans grimaces —
la vie est chèrement donnée.
Écrit à Berlin le 25 juin 1922 par Marina Tsvétaïéva (1892 – 1941) et publié dans Insomnie et autres poèmes, édition de Zéno Bianu, Gallimard, NRF poésie, 2015.
Marina Tsvétaïéva met fin à ses jours (par pendaison), à l’âge de 49 ans, le 31 août 1941 à Elabouga, en Tatarie.
… car même dans le dernier hoquet je resterai poète (décembre 1920)
Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,
Je connais ce mystère sourd-muet
Que dans la langue menteuse et noire
Des humains — on appelle la vie.
[Le ciel brûle, 1913]
Ma dernière cendre sera plus chaude que leurs vies
[Vivre dans le feu, Confessions]
Légère est ma démarche,
– Ma conscience est légère –
Légère est ma démarche,
Ma chanson est sonore –
Dieu m’a mise seule,
Au milieu du monde ;
– Tu n’est point femme mais oiseau,
Alors – vole et chante.
[Le ciel brûle]
Je sais qui je suis : Une danseuse de l’âme.
[Vivre dans le feu, Confessions]
A lire, le beau livre que lui a consacré Vénus Khoury-Ghata : Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga, Mercure de France
À l’examen
le zinzolin
a un rien
d’opalin