« À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir » (Réné Char), cité ce jour par Georges Didi-Huberman au Théâtre des idées, au festival d’Avignon.
Catégorie / Fragments
Écrans : qui va payer l’addiction ?

En France, on dénombre en moyenne 6,3 écrans par foyer, selon Médiamétrie. Et lorsque le chef de foyer a entre 25 et 49 ans, le nombre moyen d’écrans à la maison atteint 8,9.
Au Japon, les écrans sont partout.
Dans le monde entier, les « digital-natives » sont accros aux écrans dès leur plus jeune âge. Leur cerveau risque un « burn-out », craignent les spécialistes du comportement (Le Nouvel-Obs).
Qui va payer l’addiction ?
Hubert Haddad : une parole poétique, un atelier d’écriture
« La plupart d’entre nous, écrivains et artistes, ne sommes que des témoins sortis accidentellement du rang : tout le monde possède les mêmes pouvoirs potentiels d’expression, le même imaginaire. Il n’y a pas d’humanité hors de l’espace du langage : un moment privilégié consiste à faire surgir une parole poétique de la part d’enfants en difficulté, d’adultes emprisonnés ou psychiatrisés : c’est là une richesse que rien ne peut venir diminuer. »
Hubert Haddad. Dernier ouvrage paru : Le peintre d’éventails, édité par Zulma où l’on apprécie les ateliers d’écriture à base de photos choisies, de mots choisis dans une liste et d’expressions à intégrer dans un texte.

Le collasophe a encore frappé…

Si ça vous tente, collasophie et poétrie enlève le bas…
Georges Didi-Huberman : pouvoir n’est pas puissance
A pu constater que le premier séminaire de l’année de Georges Didi-Huberman (« Peuples en larmes, peuples en armes ») aujourd’hui à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), était pas mal du tout, dans une forte affluence, belle écoute, joli déroulé d’allers-retours entre photos des pleureurs Hmong de Philip Blenkinsop (ici Rencontre au cœur de la jungle laotienne ©Philip Blenkinsop/VU)
et de philo avec cette belle question-hypothèse : « comment celui qui se lamente peut trouver une ressource pour le transformer en puissance d’agir ». En référence, Georges Didi-Huberman convoque Hegel (« Les choses vivantes ont le privilège de la douleur »), Nietzsche (« La prodigieuse capacité artistique du monde a son analogon dans la prodigieuse douleur originaire ») et Heidegger (« Le pouvoir du désir est cela « grâce » à quoi quelque chose a proprement pouvoir d’être »).

À lire son dernier essai : Peuples exposés, peuples figurants. L’Œil de l’histoire, 4, 2012, 2012, 288 p. (éd. de Minuit) : « On s’interroge, dans ce livre, sur la façon dont les peuples sont représentés : question indissolublement esthétique et politique. Les peuples aujourd’hui semblent exposés plus qu’ils ne l’ont jamais été. Ils sont, en réalité, sous-exposés dans l’ombre de leurs mises sous censure ou – pour un résultat d’invisibilité équivalent – sur-exposés dans la lumière artificielle de leurs mises en spectacle. Bref ils sont, comme trop souvent, exposés à disparaître. »
À consulter, sa première chronique Aperçues (1), sur le site de Médiapart.
Juifs / Noirs en miroir

« Art Spiegelman débute en 1992 sa collaboration avec The New Yorker, dont la rédactrice en chef est Tina Brown. Certaines de ses couvertures provoquent des polémiques, telle celle publiée dans le numéro de la Saint-Valentin (février 1993) et représentant le baiser entre un Juif hassidique et une jeune femme noire « en écho aux émeutes raciales de Crown Heigths en 1991 entre les communautés juive et noire de New York à la suite d’une rumeur alléguant que des Juifs recourent aux services de prostituées noires » (Blog de Véronique Chemla).
[Dessin extrait de Les Dessous du New-Yorker, Les couvertures auxquelles vous avez échappé (sous la direction de Françoise Mouly, La Martinière)]
À rapprocher d’un essai stimulant, publié en 2011 :

« Dans Causes communes. Des Juifs et des Noirs (Stock), la sociologue Nicole Lapierre croise histoire, anthropologie, philosophie et poétique pour une analyse vivifiante de deux mémoires tragiques (…) En plaçant sa démarche et son lecteur sous les lumières de Césaire, Fanon, Glissant ou encore Memmi, Nicole Lapierre accomplit donc un travail salvateur dont le premier mérite est de nous élever au-dessus de ce médiocre mais, non moins dangereux vacarme médiatique (…) La littérature qui fournit à Nicole Lapierre un des plus beaux exemples de dialogue mémoriel à travers le couple formé par les romanciers Simone et André Schwarz-Bart. Alors qu’il est encore inconnu, André Schwarz-Bart est présent à Rome au deuxième congrès des écrivains et artistes noirs que les éditions Présence Africaine organisent en 1959. Ceci par amitié, pour Édouard Glissant notamment. » (Eddy Banaré, Lectures.revues.org).
Le fort de Comolli rend fier
Le mot du jour : cluster (Syto Cavé / Alain Blondel)
Alain Blondel, Cluster, huile sur toile. Signée, datée « 2010 » et titrée au dos. 100 x 51 cm
Cluster, le mot du jour, « grappe, groupe, ensemble », disons « agrégat » en français, titre d’une série de toiles d’Alain Blondel, qui aime aussi travailler dans l’écho amical du poète et dramaturge haïtien Syto Cavé, rencontrés tout deux aujourd’hui dans l’atelier du peintre, à Paris. Ces deux-là constituent un beau cluster d’amitiés et de créations, Syto aimant les villes où l’ont s’attache, Alain aimant la proximité de l’ailleurs.
Le poète venait d’émouvoir les quelques trop rares spectateurs du Dansoir, à Paris toujours, où il avait lu l’avant-veille, un extrait d’une belle poésie du mot du macadam et de la belle amour (forcément humaine, hein Lyonel ?), poésie-qui-ne-s’auto-célèbre-en-rien, extraite d’un livre récent, publié par Roger Tavernier chez Zellige, Une rose rouge entre les doigts :
« L’Artibonite est un fleuve… L’Artibonite est une chanson à mort… Il est fleuves comme des villes auxquels un chant redonne une âme : Paris, Syracuse, Port-Salut. »

Les mots de Syto sont comme une Artibonite d’aphorismes que dynamite un phrasé de rocs et de pluies. Son dernier recueil (Une rose rouge…) est bien dans l’esprit « cluster », un agrégat de textes anciens ou récents, un phrasé rocailleux mais plein d’amour, plein de couleur : « Le ciel était tout bleu et ma mangue houlait rouge. Elle faisait flot de lune et roulis d’un grand air, et me venait au cœur, et me prenait au nez, ronde et brune, dansait rouge sur la dune, et me tapait aux yeux, et me brûlait le corps jusqu’à me faire sauter ! Le ciel était tout bleu, mais le sol se fit rouge. Je me suis cassé les os, à cause de la lune, à cause d’un mango, à cause des mamelles de Madame Lopez. » (Voisin-voisine, Une rose rouge… p. 49)
Le mot d’un jour prochain, qui sait : houler.
Souffrant du dos…
A son patient qui souffre du dos, le médecin lui répond : je connais un excellent traitement… le mépris.
en 1679, les Antilles…
à consulter : gallica.bnf.fr
