Pépin primé

Ernest Pépin, auteur du roman Le soleil pleurait (Vents d’ailleurs) a été récompensé par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer du prix Robert Delavignette.

L’auteur guadeloupéen prend des accents de conteur épique et grand jouisseur-culbuteur de mots pour raconter une histoire d’Haïti quand Régina, une belle mulâtresse, est kidnappée un beau matin à cause de son teint clair : « Sur cette terre sans mercis où les mythes tiennent lieu d’explications, la lutte pour la survie exige des talents hors du commun·! »

Sur Papalagui, (20/03/11) lire la critique et visionner le reportage au Salon du livre de Paris.

 

Meilleurs vœux 2012 (Patrick Chamoiseau)

…inventez-vous des dieux qui vous laissent libres, des rêves qui vous élèvent, des peurs qui enseignent l’exigence, des peuples et des amis qui vous donnent l’exemple et le courage, parlez aux fleurs, aux rivières et aux vents comme si c’était vous-mêmes, regardez les hommes comme de petits soleils, ayez des émotions et des admirations, laissez-vous emporter par la bonté et le désir d’offrir, aimez ce qui est vivant qui rit, qui pleure, qui chante et chantez avec eux, ne soyez pas tendre avec votre corps, soyez bienveillant avec tout le monde, ne vous apitoyez jamais sur vous-mêmes, prenez la douleur comme un signe de vie, les ennuis comme l’écume de l’action, les larmes ne servent qu’à nettoyer les yeux et utilisez-les pour dégager votre cœur, dites-vous que personne ne peut rien pour vous, que personne n’est la cause de vos manques et souffrances, que vous êtes seul à décider si vous êtes du manger pour la mort ou manger pour la vie, créez-vous une richesse qui n’a rien à voir avec les biens de ce monde, faites battre votre cœur et votre esprit, aimez la solitude comme on va vers les autres, conservez le silence comme on prend la parole, tombez quand il le faut mais ne restez jamais à terre, changez tous les jours et restez ce que vous êtes dans ce changement qui va, cherchez chaque jour quelque chose à apprécier, quelque chose à célébrer, quelque chose à construire, là où il n’y a pas d’hommes soyez des hommes, là où il y a des hommes soyez des frères, là où il y a des frères soyez des pairs, soyez dans rien pour être dans tout, là où l’on prie écoutez ce qui monte, là où on ne prie pas voyez ce qui se fait, là où on aime aimez plus que tout le monde, là où on n’aime pas chérissez la beauté, gardez un œil sur vous, un œil qui doit vous trouver beau ! Faites de manière impeccable ce que vous pouvez faire, et ça vous le pouvez !… Et, je vous le dis, sacrés morpions : la mort n’aime pas ces manières-là !…

Adresse de Balthazar Bodules-Jules aux jeunes Drogués de Saint-Joseph
, extrait de Biblique des Derniers gestes, éditions Gallimard, 2003.

La poésie de la vie (Edgar Morin en Martinique)

Lu sur le site Inter-entreprises.com, du Conseil Régional de la Martinique un compte-rendu d’une conférence d’Edgar Morin, prononcée mardi 27 décembre. Le sociologue de la complexité (Science avec conscience, 1982) invité par Patrick Chamoiseau, dans le cadre des travaux du Grand Saint-Pierre, a évoqué la nécessité « d’entrer dans poésie de la vie » :

Le « monde s’achemine plutôt vers un progrès incertain (…) La mondialisation est un formidable accélérateur du phénomène. Que sera demain ? La réponse à cette question simple paraît d’autant complexe qu’elle doit mêler, doit « tisser ensemble » des éléments jusqu’alors pensés séparément. La crise actuelle est en effet multiforme : économique, mais aussi démographique, politique, psychologique…
D’où la nécessité de la métamorphose. Métamorphose de la pensée, de la communauté, du social, du vivre ensemble, de l’approche de l’environnement…
Le but ne peut plus être le bien-être, mais le bien-vivre. Ce bien-vivre nécessite de passer de la “prose de la vie”, c’est-à-dire se contenter d’effectuer ces tâches, ces actions, conduisant à occuper le temps et l’esprit, souvent sans y réfléchir, pour se concentrer sur la “poésie de la vie”, c’est-à-dire s’attacher en conscience à ce qui épanouit.
(…)
Selon Edgar Morin, pour la société, se mettre sur le chemin de la métamorphose, c’est s’éloigner des politiques d’exclusion pour privilégier celles “enveloppantes”, inclusives, qui crée l’attention à chacun et à tous.
Pour lui, le moteur est le principe d’espérance, cet espoir si puissant chez les jeunes, qui lève les peurs face au risque de la liberté. Il a été à l’œuvre dans le Printemps arabe…
Malheureusement, cette seule flamme n’est pas suffisante : il s’éteindra si elle n’est pas porté par une pensée. “S’il n’y a pas de pensée, les forces sociales ne sont pas capables de construire au-delà de la révolte » : c’est bien la démonstration qui en a été faire après les événements de 2009 aux Antilles-Guyane. »

Pour donner une idée des « relations de Relations » entre Edouard Glissant et Edgar Morin, citons Science avec conscience (Fayard, 1982) où Edgar Morin écrit :  « Le but de la recherche de méthode n’est pas de trouver un principe unitaire de toute connaissance, mais d’indiquer les émergences d’une pensée complexe, qui ne se réduit ni à la science, ni à la philosophie, mais qui permet leur intercommunication en opérant des boucles dialogiques. »

L’Outre-mer ? Un trucage post-colonial (Patrick Chamoiseau)

« Pour moi l’année des Outre-mer est une absurdité totale. D’abord je ne suis pas un « Ultramarin », et je refuse cette idée que l’on puisse mettre des peuples différents, avec tant de richesses, de potentialités, de pensées et de destins différents, dans un simple « Outre-mer ».
Par ailleurs, dans le mot Outre-mer, on installe la notion de centralité d’une métropole, c’est-à-dire l’irresponsabilité collective de tous ces pays qui ne peuvent pas décider et qui ne sont que des périphéries. Quand on met tout le monde dans le même sac, on nie la diversité de ces peuples, de ces nations et de ces visions du monde. Il faut donc absolument rejeter les termes d’Outre-mer et d’Ultramarin.
On voit bien que la situation est malsaine. Pourquoi les peuples dits d’Outre-mer ne sont-ils pas connus en France ? Car c’est cela l’idée. Les Français ne connaissent pas les peuples d’Outre-mer, donc on va les prendre comme à l’exposition coloniale et on va les agiter pour dire « voilà les peuples d’Outre-mer ». Pourquoi ne les voit-on pas ? C’est simplement parce qu’ils sont dans l’irresponsabilité collective. Et lorsqu’un peuple ne rayonne pas, qu’il n’est pas en relation avec le monde, qu’il ne dispose pas de sa souveraineté ou de sa pleine responsabilité dans les modalités de son destin, ce peuple est nécessairement invisible.

(…) L’idée de la relation de Glissant ne supporte pas ce type de rapport sous-ordonné où des peuples entiers sont dénués de toute responsabilité, de tout espace de souveraineté, et englobés dans des trucages postcoloniaux qui s’appellent Outre-mer.

(…) Nous sommes des pays, des peuples et des nations exactement comme Haïti, Cuba, Trinidad, la Jamaïque… Ce sont des entités singulières. Parler d’Outre-mer, cela n’a pas de sens. »

Extrait de l’interview réalisée par Philippe Triay, Martinique 1ère

Leonardo Padura, prix Carbet de la Caraïbe 2011

L’Homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura (éditions Métailié, traduction remarquable de René Solis et Elena Zayas) vient d’être récompensé à Cayenne (Guyane) du 22e Prix Carbet de la Caraïbe, présidé jusqu’à sa mort le 3 février dernier par Édouard Glissant.

Cette distinction s’ajoute aux trois autres reçues cette année, le Prix des librairies Initiales (en littérature étrangère), le Prix Roger Caillois (littérature latino-américaine), l’élection du Meilleur roman historique par le magazine Lire.

Dans une recension des raisons qui ont conduit le jury a décerné à Leonardo Padura le prix, Patrick Chamoiseau écrit une véritable plaidoirie, pour admirer la « lucidité » d’une « voix de l’intérieur » qui n’a pas choisi « les possibles de l’exil « , « cette voix qui s’empare d’une des idéologies du XXème siècle, non pour en articuler une critique postérieure et facile, mais pour montrer combien elle a constitué le lieu même du plus beau des soleils et de la pire des ombres, et combien elle a façonné les faces contemporaines les plus visibles et les plus invisibles de notre Caraïbe :
cette dérive d’une belle générosité érigée en système de pensée, ou pensée de système, et à laquelle Edouard Glissant a opposé une poétique du tremblement et de la relation, se retrouve au cœur de ce roman, entre Staline et Trotski. »

Ce prix Carbet de la Caraïbe est pour Patrick Chamoiseau « une somptueuse occasion d’un salut à Cuba, au Cuba de nos plus beaux espoirs, au Cuba de nos justes et profondes inquiétudes, au grand Cuba de nos attentes, et de nos exigences, à ce Cuba qu’il nous appartient d’exhorter, de soutenir et de construire ensemble. »

 

Papalagui a évoqué précédemment la sélection du Prix Carbet de la Caraïbe, le Prix Roger Caillois, le prix des librairies Initiales, le critique dans le quotidien canadien Le Devoir, l’optimisme de Padura à la Foire du livre de Hanovre, une admiration personnelle, Les Brumes du passé, précédent roman de Padura. Sur le site des éditions Métailié, lire le portrait que lui a consacré Philippe Lançon.

Nous avions rencontré Leonardo Padura lors de son voyage à Paris pour la présentation de son roman L’Homme qui aimait les chiens :

 

PRIX CARBET 2011
DECLARATION DU JURY

Le roman que le jury du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde a décidé d’honorer cette année, illustre plusieurs des préoccupations de celui qui fut notre président durant plus de 20 ans, et auquel cette 22ème édition rend un hommage où le sentiment de l’irremplaçable et l’infinie reconnaissance, tiennent des places égales ;
Edouard Glissant aurait aimé entendre cette voix qui s’empare d’une des idéologies du XXème siècle, non pour en articuler une critique postérieure et facile, mais pour montrer combien elle a constitué le lieu même du plus beau des soleils et de la pire des ombres, et combien elle a façonné les faces contemporaines les plus visibles et les plus invisibles de notre Caraïbe :
cette dérive d’une belle générosité érigée en système de pensée, ou pensée de système, et à laquelle Edouard Glissant a opposé une poétique du tremblement et de la relation, se retrouve au cœur de ce roman, entre Staline et Trotski, leurs soldats et leurs chiens, ouverte en plein cœur du Cuba d’aujourd’hui, sur les défaites et les réalités humaines les plus sensibles, les plus tragiques, les plus irrémédiables et les plus rémanentes ;
Dès lors,
CONSIDERANT que sans haine ou autre acrimonie, le romancier a su dresser le compte de ces erreurs, de ces excès et absolus aveugles qui n’en finissaient pas de se durcir de mensonges en mensonges, d’aller aux trahisons et à la vilénie, de fréquenter la peur, et l’usure des illusions devenues mécaniques, jusqu’à constituer des perversions quasi inéluctables ;
CONSIDERANT qu’il a su affecter un talent des plus exceptionnels à la description d’un assassinat dont la force symbolique apparaît sans limites, éclaboussant toutes les îles, toutes les âmes, et tous les continents ; un assassinat où les bourreaux et les victimes, directes ou indirectes, relevaient des mêmes rêves et des mêmes mensonges, des même élévations et de l’abîme d’une même défaite qui nous concerne tous ;
CONSIDERANT qu’il a su conserver son lieu incontournable, et que c’est au plus quotidien de son île qu’il dissèque le grandiose mensonge, les paysages de ses lentes perversions, et qu’il installe tout cela dans le tragique indémêlable de ses personnages, nous démontrant ainsi que les rêves et les échecs, les stérilités et les brusques jaillissements, ont constitué des volontés, des ardeurs, des destins et des hommes, et que tout cela a fondé un pays, Cuba, une nation considérable, Cuba, tout autant chahuté par ce qui provient du fond de son histoire que par ce que lui ont asséné les vieux vents, les cyclones, les idéologies, tous ces cataclysmes qui sont d’une même violence ;
CONSIDERANT que la dénonciation des pensées de système est ici radicale, sans que jamais ne se voient désertés l’élégance du verbe, la pertinence des explorations existentielles, l’éclat de la métaphore, les détours très subtils du dévoilement qui ne se formule pas, et la beauté — la beauté littéraire, la beauté signifiante — qui terrasse un à un les chiens des certitudes et le troupeau des absolus ;
CONSIDERANT à quel point la grande Histoire rejoint l’intime, combien la grande espérance peuple les désespérances, et combien le crime sordide se nourrit d’une noble illusion, et combien tout cela transformé en système ne fleurit qu’en erreurs, petites fatalités, certitudes sans sortie et vérités empoisonnées ;
CONSIDERANT combien le brassage alterné des histoires, des époques et des lieux, se retrouvent à convoquer le monde dans la matière la plus déterminante de l’île, et combien la dérive d’un écrivain raté qui symbolise Cuba, se conjure, et se dépasse, dans l’ironie d’une narration tout à fait exemplaire ;
CONSIDERANT combien la réalité cubaine est soumise aux acuités d’une vigilance qui jamais ne renonce, et combien la critique de la soviétisation, des censures, des silences imposés, des empêchements, des manques et restrictions, ne déserte jamais une éthique élégante de la complexité, toute pleine de mesure et de délicatesse, tant et si bien que c’est juste la beauté implacable du refus qui souligne à jamais, et la condamne autant, l’irrecevable des renoncements ;
CONSIDERANT que cette voix provient de l’intérieur, qu’elle n’a pas choisi les possibles de l’exil, et que sa lucidité maintenue au cœur de Mantilla, dans une banlieue de la Havane, rejoint celles de Pedro Juan Gutierrez, de Wendy Guerra, Ena Lucian Portela, ou Nancy Morejon… ;
CONSIDERANT qu’il y a là comme un hommage rendu à des millions de morts, et à tout autant d’illusions, d’espoirs et de rêves échoués, et à toute une charge de souffrance et de sang, et cela sans qu’aucune aigreur ne porte atteinte à ce talent qui, par sa simple autorité, nous fait soleil et horizon, et nous laisse entrevoir le beau chant des possibles et la vigueur d’un devenir ;
CONSIDERANT ENFIN qu’il y a là une somptueuse occasion d’un salut à Cuba, au Cuba de nos plus beaux espoirs, au Cuba de nos justes et profondes inquiétudes, au grand Cuba de nos attentes, et de nos exigences, à ce Cuba qu’il nous appartient d’exhorter, de soutenir et de construire ensemble,
le jury
décerne
à la majorité des voix
le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde de l’année 2011 à

monsieur LEONARDO PADURA
pour son roman « L’HOMME QUI AIMAIT LES CHIENS »

Cayenne, le 18 décembre 2011.

L’Autre citoyen, une thèse par Syliane Larcher

L’Autre citoyen. Universalisme civique et exclusion sociale et politique au miroir des colonies post-esclavagistes de la Caraïbe française (Martinique, Guadeloupe, années 1840-années 1890).
Tel est le titre d’une thèse de doctorat en études politiques de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) que Syliane Larcher soutiendra le mardi 13 décembre 2011 à 14h au Collège de France, 3 rue d’Ulm, 75005, Paris.
Le jury est composé de Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France, Directeur d’études à l’EHESS (directeur de thèse), Etienne Balibar, Distinguished professor, University of California, Irvine & Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, Justin Daniel, Professeur de science politique, Université des Antilles et de la Guyane (pré-rapporteur), Laurent Dubois, Marcello Lotti Professor of Romance Studies & History, Duke University (pré-rapporteur), Serge Paugam, Directeur d’études en sociologie, EHESS, Patrick Weil, Directeur de recherches au CNRS, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

 

« Résumé :  Ce travail invite à reconsidérer de manière plus complexe la dynamique croisée entre question sociale, exclusion politique et « race » dans la construction de la citoyenneté française au XIXe siècle.

Cette thèse interroge l’apparente « contradiction » entre égalité civile et politique et mise en dehors du droit commun dont font l’objet les citoyens des colonies des Antilles françaises après l’abolition de l’esclavage. Abordé pour sa fonction heuristique, ce paradoxe est resitué à l’intérieur de l’économie générale de la citoyenneté française et au croisement de l’histoire des statuts juridiques des personnes dans l’empire colonial français durant le second XIXe siècle.

L’enquête retrace, dans le temps long, une généalogie conceptuelle de la citoyenneté française à partir de sa marge. Elle montre que l’égalité civile et politique des individus n’entraîne pas la pleine inclusion dans la cité : la communauté des citoyens ne s’achève pas avec l’octroi des droits. La mise à l’écart des citoyens anciens esclaves se fonde en effet sur l’évaluation politique et morale, à l’aune de l’idéal de coïncidence entre individu autonome libéral et citoyen moderne, des héritages sociaux et historiques des sociétés auxquelles ils appartiennent : l’universalisation des droits et la généralisation de la loi requièrent l’appartenance des individus à un même éthos social.

En d’autres termes, à l’aune même des principes modernes, l’altérisation des égaux repose sur l’assignation des individus aux héritages sociaux et historiques qui les ont façonnés. Elle opère en cela comme un mécanisme de racisation : l’exclusion procède d’une politisation des origines. Ainsi, la citoyenneté française ne fut pas toujours unitaire ni abstraite — autant pour inclure que pour exclure. Sa construction historique s’est articulée à une certaine modalité de la « race », celle-ci étant ici comprise non simplement en termes coloristes, mais en termes « civilisationnels », ou dirions-nous aujourd’hui, « culturels ».

Enfin, l’étude des conceptions sociales que les acteurs concernés au premier chef se font de leurs droits, de l’égalité mais aussi de l’idée républicaine, invite à envisager la citoyenneté, plus que comme un simple statut juridico-politique ou comme l’objet d’une imposition d’État, mais encore comme un processus social et historique polémique.

Mots clefs : colonies, esclavage, citoyenneté, individu autonome, question sociale, droit commun, constitution, assimilation, héritages, post-esclavage, état social, race. »

 

Frantz Fanon, le cinquantenaire du 6 décembre 2011

 

6 Décembre 2011 : cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon et des Damnés de la Terre, neuf ans après Peau noire, masques blancs, dont la supplique finale est restée célèbre : « Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ».

En deux mots :

Le Martiniquais Frantz Fanon s’engage à 18 ans contre le nazisme. Puis fait des études de psychiatrie. Ecrit Peau noire, masques blancs. Travaille 3 ans à l’hôpital de Blida en Algérie. S’engage au FLN. Devient Algérien. Ecrit Les Damnés de la Terre. Et meurt d’une leucémie aux Etats-Unis à l’âge de 36 ans.

De cette vie placée entre deux guerres dans les années 50, Fanon a développé une analyse du racisme : le racisme fait de l’homme un aliéné, qu’il soit colonisé ou colonisateur. Et une théorie de la violence : à la violence globale, s’oppose une violence légitime. Devenu ambassadeur d’une Algérie pas encore indépendante, il critique les bourgeoisies africaines au pouvoir. Après sa mort, Fanon est considéré aux Etats-Unis comme un auteur noir révolutionnaire, en France comme un auteur algérien tombé dans l’oubli, en Martinique, comme le 3e homme, à côté de Césaire et Glissant. Celui qui a fait du déplacement et du décentrement une philosophie de vie prônait la décolonisation de l’esprit et des savoirs.

Actualités Fanon :

France Culture rend hommage à Frantz Fanon, du lundi 5 au samedi 10 décembre.

France Ô, page spéciale le 6 décembre, dans le journal de 18h30, avec Louis-Georges Tin. Interventions de Pierre Chaulet, Claude Lanzmann, Françoise Vergès, Magali Bessone, Matthieu Renault, Benjamin Stora.

Sur Radio Ô, Terres d’outre-mer de Tessa son émission spéciale du 5/12 (à podcaster) « Les masques et les damnés ».  Rediffusion d’un reportage à Alger et Paris de Tessa Grauman.

Documentaire Fanon :

« Frantz Fanon, un héritage sans frontière », documentaire de Antoine Lassaigne, Jérôme-Cécil Auffret et Frédéric Tyrode (production Beau Comme une Image et Martinique 1ère). Diffusion Martinique 1ère, mardi 6 décembre, 20h. À Paris, projection le 8 décembre, à 19h, à l’auditorium de l’Hôtel de ville.

Comprendre Fanon (rencontres) :

À Paris, le 7/12 à 18h30, au Centre Wallonie-Bruxelles, Fanon, quel héritage ? organisé par la Plate-forme Migrants citoyenneté européenne

À Alger, les 5 et 6 décembre : Colloque Frantz Fanon

En Martinique, Rencontre internationale organisée par le Cercle Frantz Fanon, du 6 au 9/12, avec Olivier Fanon, Alice Cherki, Samir Amin.

Lire Fanon :

Œuvres de Frantz Fanon, un volume qui réunit pour la première fois Peau noire, masques blancs / L’An V de la révolution algérienne / Les Damnés de la terre / Pour la révolution africaine. Très belle préface d’Achille Mbembe et beau texte de Magali Bessone.
La Découverte, 2011, 884 p.

Frantz Fanon, Une Vie de David Macey, Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christophe Jaquet et Marc Saint-Upéry, La Découverte, 2011, 598 p

Frantz Fanon. De l’anticolonialisme à la critique postcoloniale de Matthieu Renault
Éditions Amsterdam, 2011, 224 p.

Frantz Fanon, figure de dépassement. Regards croisés sur l’esclavage
Sous la direction de Christiane Chaulet Achour
Collection CTRF, Encrage, 2011, 146 p.

Frantz Fanon et les Antilles. L’empreinte d’une pensée d’André Lucrèce, Éditions Le Teneur, 2011, 166 p.

« Se souvenir de Fanon » : l’unité de la théorie et de la pratique,  (À propos du dossier « Frantz Fanon, 50 ans après… Une vie, une pensée de révolutionnaire », Contretemps, n° 10, juin 2011), Revue Mouvements.

Écouter Fanon : « Racisme et culture », Conférence de Frantz Fanon au Congrès international des écrivains et artistes noirs, à La Sorbonne le 20 septembre 1956 (durée 37min18s), accessible sur le site de l’INA :
http://www.ina.fr/video/ticket/PH909013001/65514/cab4c4404eb347f6f612064a64c4acd6
Le texte « Racisme et culture » est publié dans Pour la Révolution africaine (La Découverte). Photo [(c) Présence africaine] du Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, Paris, 1956 : Fanon est à la troisième rangée, deuxième en partant de la gauche.

Voir Fanon : « Orphelins de Fanon », exposition-hommage jusqu’au 29 janvier 2012, du sculpteur Mathieu Kleyebe Abonnenc à la Ferme du Buisson à Marne-la-Vallée.

Liens :

« Se souvenir de Fanon », revue Mouvements, à propos du numéro spécial de Contretemps.

Fondation Frantz Fanon

Frantz Fanon, la cause des peuples colonisés

Frantz Fanon international

La biographie de Fanon par Kathleen Gyssels sur le site littéraire Île en île

Guadeloupe, Martinique : deux ans après les événements de 2009, quelles questions ?

Dans la programmation de la magnifique Citéphilo de Lille, réunie à Lille du 8 au 29 novembre, notons cette table ronde  : « Guadeloupe, Martinique : deux ans après les événements de 2009, quelles questions ? », au Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République, le 26 novembre, à 18h30 à 21h30.

Présentée ainsi :

« Poursuite de la réflexion publique sur le sens et la nouveauté des mouvements qui ont soulevé la Guadeloupe puis la Martinique, de janvier à mars 2009. Réflexion qui n’est d’ailleurs pas close là-bas ; en témoignent notamment les textes produits par des acteurs de ces événements dans « Guadeloupe – Martinique, janvier-mars 2009 : la révolte méprisée » numéro spécial de la revue Les Temps modernes (janvier-avril 2011, n°662-663), et La liste des courses, film de Gilles Elie-Dit-Cosaque, également sorti au printemps 2011. »

  • Jean Bourgault
    Coordinateur du numéro 662-663 des Temps modernes, professeur de lettres supérieures au Lycée Jeanne d’Arc à Rouen, membre du Groupe d’Études Sartriennes, du comité de rédaction des Études sartriennes et des Temps modernes, co-animateur de l’équipe ITEM-Sartre (CNRS-ENS UME 8132)
  • Gérard Delver
    Directeur des Affaires culturelles de la ville de Basse-Terre (Guadeloupe), président de l’Association Tout-Monde, secrétaire général de l’Institut du Monde Caribbéen, musicien et comédien (« L’Incroyable destinée de Monsieur Byennémé »), signataire du Manifeste pour les produits de haute nécessité, contributeur au numéro 662-663 des Temps modernes (« Lettre de sous mon tamarinier »)
  • Gilles Elie Dit Cosaque
    Cinéaste et photographe,
    Auteur, notamment, de Ma grena’ et moi (2004), Outre-mer, Outre-tombe (2006) et Zétwal (2008) [Production La Maison Garage]
  • Présentation: Jacques Lemière
    Institut de sociologie et d’anthropologie CLERSE (UMR 8019 CNRS) université Lille 1
  • projection de La liste des courses, film de Gilles Elie Dit Cosaque (2011, 52’, couleur) à 18h30.

 

Grâce à Le Clézio, Haïti entre pour la première fois au Louvre

Une statuette grecque du IIIe millénaire avant JC, des peintures historiques, des gravures révolutionnaires, des objets vaudou d’Haïti et des tableaux tel Le Serment des ancêtres en cours de restauration, des nattes du Vanuatu, des ex-voto mexicains, ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais un musée imaginé par Jean-Marie G. Le Clézio, grand invité du Louvre pendant trois mois pour un cycle de conférences, de rencontres et une exposition « Les musées sont des mondes », du 3 novembre 2011 au 6 février 2012 (voir la programmation).

A l’aune de Malraux et d’André Breton, Le Clézio écrit dans le livre catalogue son opposition à la « hiérarchie des cultures », en invitant le visiteur à « faire un pas de côté » pour regarder l’artisanat autant que l’art.

Un rôle d’iconoclaste qui convient à ce « fantaisiste » comme le reconnaît joliment le titre de son dernier livre, Histoire du pied et autres fantaisies (Gallimard). Grâce à Le Clézio, Haïti entre pour la première fois au Louvre. Le parcours qu’il propose commence par Haïti, dont les œuvres d’Hector Hyppolite  [lire l’article d’André Breton] et se poursuit par l’Afrique, le Mexique et le Vanuatu. Le pied étant cette partie du corps « souvent négligée » qui nous mène à l’aventure, à travers le monde, dans le métro, dans un musée…

Choc esthétique

Volonté manifeste de faire se correspondre l’ancien et le contemporain, ce qui est considéré comme de l’art premier et l’art à base de récupération. Autre très belle performance muséographique par celui qui ne prétend pas avoir de compétence particulière dans ce domaine : la présence de deux superbes automobiles low-riders avec leurs propriétaires, des familles de Chicanos de Los Angeles, emblèmes d’une culture urbaine métissée, objets roulant customisés, capitonnés, bichonnés, magnifiés, qui à eux seuls vont attirer quantité de curieux… Cette « Orgullo mexicano » trois fois primée dans un concours de beauté pourrait rendre jaloux quelques conservateurs ! Un véritable choc esthétique.