World Peace… murmure en grand l’Américain Renda Writer

sf-renda-writer-world-peace-mural-tour-20160707L’artiste Renda Writer commence son périple mural World Peace à Boston le 4 juillet 2016 [(c) Kyle Willis].

Pour faire tomber les murs, les poètes convoquent la beauté même par avis de gros temps. Car le mur se porte bien : « En 1989, il y avait environ onze murs, barrières ou clôtures dressés, aujourd’hui, on en compte une cinquantaine », selon Courrier international, qui précisait en novembre 2014 que ce chiffre correspond à 8 000 kilomètres de murs bâtis en vingt-cinq ans. (cité par le blog Big Browser).

couv1253

La crise des migrants a donné du fil (barbelé) à retordre et du travail aux maçons de toutes obédiences. Fin 2015, Le Figaro titrait : « Face aux migrants, l’Europe se hérisse de murs »  après la décision prise par l’Autriche d’ériger une barrière à sa frontière avec la Slovénie. Or le monde a  connu en 2015 « des déplacements de populations sans précédent ». Selon le dernier Rapport statistique du HCR, quelque 65,3 millions de personnes, soit une personne sur 113, étaient déracinées par le conflit et la persécution à travers le monde en 2015. Soit la population de la France…

cari.b_1_q_0_p_0Loin de se résigner, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau dénonçaient déjà en 2007 l’existence des murs (de l’intérieur) dans un manifeste publié par les éditions Galaade : Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? Les deux écrivains martiniquais fustigeaient la création alors d’un « ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement »

Aujourd’hui, les artistes attaquent les murs de front. En France, Marie Thefictionist, a récemment réjoui les murs de la Maison de la poésie de son geste écrit infini, Action Writing :

Aux États-Unis, Renda Writer (sic) [cf son site] parcourt le pays de juillet à octobre pour mener son projet, le World Peace Mural Tour et créer cinq « World Peace » [Paix mondiale] en peintures murales dans cinq grandes villes américaines : Detroit, Philadelphie, Boston, Washington, New York.

01212_82QCqDrizBW_600x450Photo extraite de ce site de Détroit où se prépare la visite de l’artiste, le 17 juillet. Qu’on se le dise…

L’idée du World Peace Mural Tour est venue à Renda Writer d’une chanson de KRS-One, pionnier du rap politique aux Etats-Unis :

« If we really want world peace

and we want it right now

We must make up our minds to take it

Right now ! »

soit :

« Si nous voulons vraiment la paix mondiale

et nous la voulons maintenant

Nous devons nous décider à le prendre

Maintenant ! »

« L’artiste Renda Writer cherche « la paix mondiale » en peignant des murs tout autour du globe », titre le Miami Herald du 30/06/16.

 

Badin ? Badalov réunit Ottoman et Ottowoman…

IMG_2303IMG_2321

IMG_2325IMG_2305

Dans son exposition For the wall, for the world, au Palais de Tokyo (Paris), Babi Badalov, artiste azerbaïdjanais réfugié politique à Paris, nous présente son « journal intime de la vie quotidienne » : « J’écris peut-être de la poésie mais je ne me suis jamais considéré comme un poète. Ce que je fais consiste surtout pour moi en une succession d’erreurs grammaticales. » Ces erreurs sont en écho à « la confusion d’une vie nomade » où Babi Badalov opère par glissements de mots et de langues. Badalov conçoit cette installation comme un hommage au « multiculturalisme parisien ». Jusqu’au 11/09/2016.

Quelle Abeille a piqué Araki ?

arakiExposition Araki Nobuyoshi, Musée Guimet (Paris) jusqu’au 5 septembre 2016

« Ne t’est-il jamais arrivé de découvrir quelque chose de très beau, et, soudain, de souffrir très fort, et si vite que tu t’en aperçois à peine, parce que ce fragment de beauté que tu contemples, tu devrais le partager avec quelqu’un et qu’il n’y a que l’absence ? » Jacques Abeille, Les jardins statuaires, p. 365

Ce romancier surréaliste a écrit Les jardins statuaires comme premier épisode (de plusieurs centaines de pages quand même) du Cycle des contrées dont le ressort est une « attente des barbares », et où le thème de la création est considéré comme préexistant au créateur (l’œuvre contient son propre dessein, le créateur ne fait que l’accompagner).

Lire l’interview de Jacques Abeille dans Le Nouvel Observateur, 19/11/2011 et consulter le site des éditions Le Tripode

Esthétique de la galère par temps de grandes migrations

border crossing

L’empilement de valises de Tammam Azzam, artiste syrien en résidence à Vancouver, évoque immédiatement les totems géants des Amérindiens de la côte ouest du Canada. Ces sculptures de hauts lignages sont des pôles identitaires et généalogiques, racontant symboliquement la vie passée des Amérindiens de la Colombie britannique.

vancouver bc totem poles

Depuis son exil de Syrie, Tammam Azzam est connu pour les images géantes du Baiser, de Klimt, sur fond d’immeubles criblés d’impacts dans son pays natal (voir Papalagui, 08/06/15). C’est un artiste dont la matière première est le symbole.

klimt
Aujourd’hui, il a choisi de nommer son œuvre « Border crossing » ou « maaabar » en arabe (passage, traversée).
Comment ne pas voir dans le geste génial de l’empilement de ces valises plaines de fleurs l’érection de lignages multifamiliaux entre migrants à travers ce XXIe siècle ?

Gatti

On connaissait – jusqu’à la saturation visuelle – les images clichés des grappes humaines accrochées sur les dunes du Sahara aux ridelles d’un camion ou entassées dans des coquilles de noix chargées comme des grenades en Méditerranée ou dans l’archipel des Comores.

radeau migrants
Avec Tammam Azzam, les grandes migrations deviennent des objets esthétiques, la grande aspiration des Temps modernes, un désir plus fort que tous les périls.

Consulter le site de la galerie Ayyam qui représente Tammam Azzam.

Des papillons, les ailes du désir

Fort d’Aubervilliers
J’ai rencontré
Une enfant, une liseuse
Des papillons plein les yeux
Elle était sur un mur…
Un mur qui se dépliait
Comme un livre leporello
Tout en accordéon de notes rouges
Se déployant dans l’alentour
Tout autour de la Terre
Bleue comme une orange
Sautillant de lignes en murs
Image rêvée
Désir d’envol
Sur des ailes de papillon.

Fort d’Aubervilliers
J’ai rencontré
Une enfant, une liseuse
Des papillons plein les yeux
Elle était sur un mur…

read dream jeff aerosolCréation au Fort d’Aubervilliers par Jef Aérosol (juillet 2014). (c) Photo Jean-Paul Etchegaray.

… Un mur qui se dépliait
Comme un livre leporello
Tout en accordéon de notes rouges
Se déployant dans l’alentour
Tout autour de la Terre
Bleue comme une orange
Sautillant de lignes en murs…

… Image rêvée
Désir d’envol…

écrit Lamartine en 1823 dans son poème Le papillon, publié Dans les Nouvelles méditations poétiques :

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté !
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté !

… Sur des ailes de papillon.

ou d’un ange qui tombe amoureux d’une trapéziste comme dans Les ailes du désir, film de Wim Wenders (1987)

 

Jorge Pineda, des Antilles à la Fiac

La FIAC, ou Foire d’art contemporain, c’est au Grand-Palais et Hors les murs jusqu’au 26 octobre 2014. Justement, sur les Berges de la Seine, dans le cadre de Slick attitude, dévolu aux artistes émergents, rencontre avec Jorge Pineda, de la République dominicaine.

La musique est extraite de l’album Dominican Republic Merengue (Haïti, Cuba, Îles Vierges, Bahamas, New-York 1949-1962), direction artistique Bruno Blum, édité par Frémeaux & Associés.

L’image de l’Autre, au Louvre

L’image de l’Autre, par Victor I. Stoichita, est un cycle de conférences et projections au Louvre, du 18 septembre au 16 octobre 2014. C’est aussi par le même auteur un livre au titre explicite : L’image de l’Autre, Noirs, Juifs, Musulmans et « Gitans » dans l’art occidental des Temps modernes (1453-1789), co-édité par Hazan et le musée du Louvre.

Le cycle est présenté ainsi :  » Le questionnement qui traverse ce cycle de conférences n’est pas directement l’Autre, mais le regard qu’on a posé sur lui. Approcher la rencontre sous l’angle du visible n’est pas une tâche facile, car l’Autre ne s’expose pas de bon gré au regard du Même. Face aux soustractions et aux dérobades de l’Autre, il a fallu, afin de pouvoir le représenter, le «dé-couvrir », le construire et parfois l’inventer. Questionner l’image de l’altérité à l’époque de la cristallisation du « canon visuel occidental » signifie reconsidérer les données majeures de ce canon : perspective, récit pictural, composition, culte des proportions du corps humain, de la beauté, de l’harmonie chromatique et de l’éclairage. Quelle est la place de l’Autre dans cet idéal ? Quels seront les enjeux de la cohabitation de la Norme avec l’émergence de l’Autre ? L’Autre, c’est sûr, se construit en marge. Mais de quelle manière et pour qui ? »

La lecture, un rêve éveillé ?

Après la visite de l’exposition rétrospective de Bill Viola au Grand Palais, lors de l’ultime journée et de sa séquence finale, intitulée « Dreamers », montrant des rêveurs dans leur lit d’eau les recouvrant complètement comme s’ils étaient lovés dans leur liquide amniotique, puis apercevant dans le métro et sa touffeur d’été une lectrice assise alors que d’autres voyageurs restaient debout, de nombreux touristes serrés et en sueur, elle, paisible et absorbée par sa lecture, les yeux ouverts, absolument pas agités de soubresauts, le regard calme, dans une quiétude absolue, je pense aussitôt – c’est là sa chance et sa vertu – que la lecture est un rêve éveillé.