L’explorateur, le photographe et le missionnaire

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C’est un livre qui arrête le regard… L’imagerie coloniale a une telle prégnance dans les esprits… Or, là… le traitement des images, leur choix tout d’abord, mais leur colorisation, leur composition, leur mise en cadre sur fond de carte d’Afrique du XIXe siècle, l’impression de  » By ship only  » sur une carte (postale) de Tombouctou… tout concourt à restaurer notre regard.

Opération réussie que celle entreprise par Gwenaëlle Trolez avec les éditions Magellan et Cie . L’auteur, artiste céramiste de son métier nous dit son site , a entrepris plus qu’un patchwork, un véritable tissage des images -les photos du fonds Edmond Fortier (le photographe). Le livre de Gwenaëlle Trolez met en regard en une série de doubles pages, une photo retravaillée et un extrait d’un texte  » humaniste  » précise-t-elle, c’est-à-dire non raciste, comme le discours colonial de l’époque l’était souvent.

Exemple extrait d’Esquisses sénégalaises (1853, éd. Karthala , 1998) de David Boilat (le missionnaire) :

 » Tous les peuples du Sénégal offrent l’hospitalité aux voyageurs avec une grande cordialité. Blanc ou Noir, connu ou inconnu, qui va chez eux, peut entrer librement dans la première case qu’il rencontre : on le salue, on lui demande son nom et celui de sa famille, on le fait manger et on lui donne son lit : on l’entretient pendant ses repas et après. Enfin, lorsqu’il veut partir, il fait ses adieux comme s’il quittait ses meilleurs amis et n’a rien à payer. « 

Cette série est précédée d’un large extrait d’un livre d’Ernest Noirot (l’explorateur), A travers le Fouta-Diallon et le Bambouc. Extrait intitulé  » Une ambassade peulhe au pays des Français  » qui raconte le voyage de quatre découvreurs africains de la France.

 » Partout, ils ont été l’objet de la plus grande déférence. Du reste, s’ils n’ont pas exactement saisi l’emploi de toutes les choses qu’ils ont vues, du moins ils faisaient leur possible pour comprendre et ne tarissaient pas en questions de toute sorte. « 

Texte publié par Flammarion en 1890 !

L’ennui, le banal, la bêtise et le vulgaire

L’ennui aux XIXe et XXe siècles sera le thème d’un colloque international à l’université Paris 1 Sorbonne les 29, 30 novembre et 1er décembre. Le Centre de recherches en histoire du XIXe siècle propose, entre autres, des questions alléchantes : Entre ennui et fatigue : la nostalgie pendant la colonisation de l’Algérie 1830-1851 ; L’ennui à l’atelier et à l’usine : Discours ouvriers sur « ces jours [qui] passent, immenses » ; L’ennui dans les gares ; L’ennui dans les grands ensembles ; Le coaching en entreprise. Une professionnalisation des stratégies d’évitement de l’ennui ; etc.

Le banal ou plutôt Le culte du banal est le titre d’un livre de François Jost. Sous-titré : De Duchamp à la télé-réalité, il est publié par les éditions du CNRS, qui nous écrivent en forme de résumé :

 » La télé-réalité est-elle devenue la réalité ? Et les ultimes avatars de l’art contemporain le degré zéro de la banalité ? Ou plutôt, entre l’un et l’autre, n’y a-t-il pas eu toujours ambiguïté ? Duchamp, Warhol ou Perec, icones de la modernité, n’ont-ils pas été les chantres de l’ordinaire, du quotidien, du banal ? Et n’est-ce pas Barthes en son temps qui a mis à mort la notion d’auteur ? Comment le culte du banal qui fut, jadis, à la pointe du combat contre l’institution s’est-il dilué dans nos petits écrans ? « 

Autre éditeur à s’intéresser à l’envers du décor, Stock publie deux essais dont les auteurs sont réunis le 27 novembre à la Villa Gillet autour de l’affirmation sans ambages :  » Bêtise et vulgarité : symptômes du monde moderne « .

Belinda Cannone écrit La bêtise s’améliore et son éditeur :  » Nous avons tous constaté que bien des gens dont nous respectons l’intelligence s’en servent… bêtement. Camus ne disait-il pas qu’il y a deux sortes d’intelligences, l’intelligence intelligente et l’intelligence bête ? Cette dernière produit une pensée uniformisée dont nous voyons les traces partout. Mais il n’est pas si facile de décrire ce phénomène de conformisme dans sa version actuelle.  »

Limite vulgaire est le titre du livre écrit par Hélène Sirven et Philippe Trétiak, présenté ainsi par leur éditeur :

 » Le spectre de la vulgarité hante le monde. Chaque jour elle étend son pouvoir. Virus moderne, elle contamine et se répand. Médias, sexe, politique, comportements sociaux, art, pub et mode… Tout semble céder à la provocation, à l’outrance, à la confusion, au trash. Plus c’est laid, plus c’est direct, plus c’est violent, plus ça marche. Mieux, ça court. Est-il un jour où l’on ne se répugne pas soi-même d’être de ce monde-là ? Sommes-nous tous condamnés à la vulgarité ?

Philippe Trétiack est grand reporter au magazine Elle et écrivain.

Hélène Sirven est maître de conférences à l’université Paris-I, spécialiste en anthropologie exotique et contemporaine.

L’ennui, le banal, la bêtise, le vulgaire, vus par des universitaires, c’est passionnant ! comme si les déclinologues en économie (Nicolas Baverez, Le France qui tombe, Perrin, 2004) avaient fait des émules.

Nicolas Kurtovitch, chronique 1

Après l’entretien que nous a accordé Nicolas Kurtovitch [Papalagui, 13/11/07], il y a une semaine, voici sa première chronique de Wellington (Nouvelle-Zélande).


Aujourd’hui, dimanche 18 novembre, le soleil est de la partie, pas de nuages, peu de vent, une température supportable. A 9 heures, ce matin, les tout jeunes s’initient au cricket, à 11 heures, au même endroit, ce sont les plus âgés, c’est du sérieux, ça hurle dès l’élimination d’un adversaire. En tant que sport je ne peux m’empêcher de penser qu’il doit être extrêmement frustrant de jouer au cricket, on ne fait rien la plupart du temps, on est en pantalon et en plus il faut porter un pull ! Je reconnais : je ne suis pas Anglais, je n’y comprends pas grand-chose, il faudrait relire Un pur espion de John Le Carré, il en parle merveilleusement bien et pendant quelques minutes j’ai cru ressentir l’essence de ce jeu.

Un pur espion

Les Wellingtoniens attachent beaucoup d’importance au temps, et ils m’en font un rapide commentaire chaque jour, chaque fois que j’en rencontre un. C’est vrai qu’il est changeant, ce temps, soleil, vent très fort, pluie, soleil, et ainsi de suite au cours d’une même journée. Ceci étant ça ne me perturbe pas et même me réjouit, je ne suis pas venu par ici pour avoir un temps tranquille de bord de plage. Les plages il y en a mais ce sera pour janvier, je ne vais pas y aller seul, et bronzer sous le vent ne marchera pas. On m’a dit qu’en janvier ce sera idéal, tant mieux Nicole m’aura rejoint, certainement. Avec nos amis du « Bruit des hommes » -une superbe compagnie de théâtre de Lagarde, à côté de Toulon- metteurs en scène de La Commande, nous parlerons théâtre et de la possibilité de venir jouer La Commande ici, à Wellington. Une discussion très intéressante et précise avec Michel Legras, Ambassadeur de France, un homme extrêmement sympathique, sensible aux interrogations artistiques, au théâtre en particulier et très favorable au développement des échanges culturels et artistiques entre la Nouvelle Calédonie et la Nouvelle Zélande, une discussion donc qui me laisse beaucoup d’espoir de voir sous peu la compagnie Kalachakra venir jouer par ici.

En un mois je n’ai pas une seule fois entendu parler à la radio ou à la télévision, ni lu dans aucun journal quoi que ce soit à propos de la Nouvelle Calédonie, et comme je ne suis pas accro à la lecture de journaux sur le web, je suis déconnecté de l’actualité calédonienne. Je pourrais facilement m’y reconnecter mais je ne le souhaite pas pour le moment, mes chantiers occupent suffisamment mon esprit pour éviter trop de dispersion, d’autant que les « affaires » néo-zélandaises sont nombreuses, et la lecture des affaires du monde m’intéresse.

Mardi ce sera sortie théâtre

the Kreutzer

Season: Wed 14 – Sat 24 November (no show Sun/Mon)
Tickets: $18 full / $13 concession & $26 STAB season pass
Time: 7.30pm, plus 4pm matinee on Sun 18 & Sat 24 onlybook now!:
book@bats.co.nz Directed by Sara Brodie“But I say unto you; whosoever looketh on a woman and lust after her hath already committed adultery in his heart” – Matthew V, 28.A theatrical tour de force, the Kreutzer combines dance-theatre, live classical music and an interactive audio-visual feast.

A Man on a Train is hounded by a Quartet and the haunting presence of his dead Wife, into confessing all. We journey into his corrupt and jealous past, to examine the twisted way men and women perceive each other, with music to die for.the Kreutzer is based on The Kreutzer Sonata by Beethoven, which gave rise to a promptly censored story by Tolstoy (which had him labelled as a sexual moral pervert) that then inspired Leoš Janácek’s first string quartet.

Featuring: actor Tom McCrory (UK/NZ), pianist Catherine McKay (CAN/NZ), dancer Nina Baeyertz (GER/NZ), violinist Donald Armstrong (NZ) and the Nevine String Quartet (NZ) – members of the NZSO.

Design: Andrew Brettell (AV), Piet Asplet (LX), Kath Tyree (Costume).

www.thekreutzer.co.nz

Même plus peur !

Les enfants de Mayotte venus à la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand avaient trois  peurs :

1. Peur de tomber de la Tour Eiffel.

2. Peur des M’zougou (les Blancs);

3. Peur d’être pris pour des Anjouanais.

Après avoir vu la neige, ils n’ont plus peur de rien. Ils continuent d’écrire un carnet de voyage dont nous reparlerons.

Carnets d’Auvergne

La Biennale du carnet de voyage a lieu chaque année. « On aimait bien le mot biennale, alors on l’a gardé », nous dit un bénévole. Une parole à l’image de la manifestation organisée à Clermont-Ferrand, capitale de l’Auvergne. C’est bon enfant, on ne se prend pas au sérieux. Entre mode carnettiste et goûts salutaires pour la découverte de nouveaux horizons et surtout, maintenant que la planète mondialisée offre moins de recoins inconnus, pour se réchaffer le coeur et l’âme auprès des autres, lointains semblables/dissemblables.

Le carnet de voyage est d’abord l’herbier du monde, avec cette obsession de collecter puis de coller tous les objets, récits, photos, dessins recueillis dans un pays.

De nombreux carnettistes on un stand et sont à la recherche d’un éditeur. Ils déroulent au visiteur une passion, celle du voyage graphique, scripturaire et photographique. Pour ce chevronné qui a fait l’Inde comme d’autres empruntent la ligne B du RER hors les jours de grève, « c’est un carnet de vie le voyage, une manière de croquer le monde et l’autre en un tour de main » et aussi « une manière de fixer sa mémoire dans chacune des photos. »

Pour telle autre, ambassadrice de l’outremer (sans trait d’union) c’est l’affirmation que « l’outre-mer c’est multiculturel ».

Hors l’ombre portée de Titouan Lamazou dont les carnets nous donnent actuellement une exposition monumentale au musée de l’homme, à Paris, d’autres surprises nous sont heureusement offertes. Comme ce travail publié par les éditions Magellan et cie, L’exporateur, le photographe et le missionnaire. Un travail remarquable de Gwenaëlle Trolez qui utlise les techniques du carnet de voyage pour faire revivre sur un mode non raciste des photos coloniales de l’Afrique du XIXe siècle.

Olivier Adam, prix du roman France Télévisions

C’est donc au 5e tour de scrutin que les 25 jurés télespectateurs ont choisi l’un des 6 romans en compétition pour élire par 14 voix contre 11 à Christophe Donner, auteur de Un roi sans lendemain (Grasset), le livre d’Olivier Adam, A l’abri de rien, publié par L’Olivier, annonce faite par Olivier Barrot, président du jury de présélection. Au 4e tour avait été éliminé Indian Tango d’Ananda Devi, sans qu’on puisse dire qu’il s’est classé 3e, puisque en l’occurence, seul le 1er se voit décerner le prix du roman France Télévisions. Olivier Adam était 2e du Goncourt, derrière Gilles Leroy, auteur d’Alabama Song, roman éliminé assez tôt par les jurés télespectateurs.

A l’abri de rien est le roman intérieur de Marie, mère de famille du Nord de la France. Sa situation personnelle la confronte quotidiennement avec l’ennui -du couple et de la famille. Sa situation géographique l’amène à considérer l’Autre comme une planche de salut possible. L’Autre, c’est-à-dire les Kosovars, ainsi nommés les étrangers par les gens du bourg. Ces étrangers sont réfugiés en instance de départ pour l’Angleterre. Mais essayer de donner un sens à sa vie en morceaux ne va pas de soi.

De cette réalité, Olivier Adam tire prétexte à dessiner le portrait d’une femme à la dérive, comme des  » millions d’hommes et de femmes, invisibles et noyés, d’existences imperceptibles et fondues « .

Plusieurs des jurés ont exprimé une identification possible à cette héroïne, anti-héroïne plutôt :  » J’étais comme morte, une momie qu’on baise dans la nuit froide. » Envie de « se dissoudre dans la route ».

Olivier Adam a écrit le roman de l’exil intérieur, de celle qui vit là, la mal-vie, l’ennui permanent. Ecriture sèche : « c’était ma vie », cet « amour conjugual planqué sous la graisse du quotidien ».

Le décor est fait du « gris de la mer », du « sombre de l’eau et du ciel mélangés », qui laisse entendre le « vacarme de la pluie ». Et l’accalmie est décrite comme un « ciel calmé, déchiré en lambeaux d’acier ». Quand le soleil brille, c’est : « la ville dégoulinait de partout et brillait comme un capot de coiture neuve. »

Beaucoup de ces observations sont faites à travers une vitre, face à la mer.

Exemples de critiques :

Pour : Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, 13/09/07

A l’abri de rien est écrit à la première personne du singulier féminin. Olivier Adam réussit l’impossible. Il se glisse dans la peau frigorifiée et la tête chavirée de cette suicidée de la société. Pendant 220 pages, pas une fausse note, pas le moindre artifice, pas trace de démagogie. «La graisse du quotidien et des emmerdes» n’est pas factice, elle imprègne vraiment les pages. La dépression, il l’exprime en connaisseur. La solidarité des damnés de la terre, on a l’impression de la toucher du doigt. Marie, c’est lui. J’ai lu dans «le Figaro» qu’on accusait méchamment Olivier Adam d’être «un romancier populiste». C’est bien vite oublier Carco, Guilloux ou Dabit, qui rêvait de vivre assez longtemps pour «assister au triomphe des éternels vaincus». Et c’est ajouter, aux malheurs de Marie, le vain mépris des gens heureux.

Pour : Stéphane Hoffmann, Le Figaro

A l’abri de rien n’est pas un roman social, ni un reportage sur les réfugiés de Sangatte. Dieu merci, Olivier Adam n’est ni Gilbert Cesbron ni Hervé Bazin. Il est bien plus fort que cela. Ce qui touche, ici, c’est la détresse d’une femme qui ne savait pas que rien ne dure, que les rêves s’envolent, et qui lâche prise. Elle raconte son histoire. «J’aime le lyrisme sec, la guitare voix, précise Olivier Adam. J’écris décharné, au plus près du nerf, en serrant tout. Je trouve la gorge serrée plus importante que les larmes. On me reproche les sentiments ? Et alors ? Nos vies sont animées par ça, je suis un sentimental.»

Contre : Josiane Savigneau, Le Monde

Mais qu’est-il arrivé à Olivier Adam ? Qu’est devenu l’observateur aigu et un peu distant des ratages de l’existence, des perdants, des personnes déplacées, celui de Poids léger, de Passer l’hiver, qui avait su faire de Falaises beaucoup plus qu’un catalogue du désespoir ? Aurait-il soudain basculé dans le camp de ceux qui croient que la bien-pensance peut tenir lieu de pensée ? On peine à le croire. Il traverse peut-être seulement une période d’incertitude.

(…)

On lui a bien dit d’emblée, « tu sais, ici, ce n’est pas un centre aéré pour les femmes au foyer qui s’emmerdent. Faut savoir dans quoi tu mets les pieds ». Dans quoi elle s’engage vraiment, elle est incapable de le penser. Mais Olivier Adam lui fait tenir un discours sur ces réfugiés et sur la société qui les malmène. C’est là que le roman bascule et que le lecteur a le sentiment que Marie parle faux. Il y a une sorte de confusion entre ce qu’un narrateur extérieur pourrait expliquer, interpréter, et le discours de ce personnage paumé, qu’on sait inapte à formuler de tels propos, à la première personne. On n’y croit plus. Et tout s’enlise dans les bons sentiments et les faux-semblants.

Contre : Alice Ferney, écrivain, Le Figaro, 30/08/07

À travers ce portrait de femme, Olivier Adam pourrait nous offrir un roman psychologique, réaliste et populiste. Hélas, il n’y réussit pas. Sans doute en fait-il trop, la voix chante faux. Bien sûr on croit parfois être ému. Pour tout dire, on s’y oblige : tant de tragique force la compassion. Le romancier est seul mis en cause : la matière de son texte et l’écriture font « fabriquées » (…)

Quand il frotte sa plume à l’actualité des sans-papiers, c’est un peu de Madame Royal contre Monsieur Sarkozy. C’est généreux et démagogique. Au fond, À l’abri de rien est un roman dans l’air du temps, peu écrit, peu senti, plein de bons plutôt que de vrais sentiments, à l’image de la quatrième de couverture qu’a rédigée son éditeur.

Notre avis : Cette lente dérive en folie est très maïtrisée. Marie va être emportée par la seule solution qu’elle a envisagée (aider les autres). Sa réalité, un moment parallèle à la réalité sociale, va se dissoudre dans la poisse. C’est glauque ? C’est une tragédie moderne : à la frontière infranchissable pour les Kossovars correspond la porosité des garde-fous personnels, qui n’offrent plus aucune protection dans ce monde. Les méchants sont tristement et strictement méchants. Risque de manichéisme. Certes c’est Marie qui voit les flics ainsi : « Ils les gazent un bon coup, ils les tabassent. » Mais pourrait-on dire cette curieuse impression qu’aucun effort littéraire ne leur est appliqué, alors que d’autres personnages secondaires (la famille de Marie) ont une belle présence ?

Cela pourrait donner une bonne pièce de théâtre, alors que l’on apprend qu’une adaptation du roman a été tourné pour la télévision. Diffusion sur France 3 prochainement de Maman est folle (sic). Le personnage de Marie est interprété par Isabelle Carré. Scénario, cosigné par Olivier Adam et Jean-Pierre Améris, également réalisateur.

Grève des haïkus

1.

En France grève des transports –

Endormi sur la grève,

File un transport amoureux.

2.

Cité par Le Grand Robert, Diderot, dans le Supplément au voyage de Bougainville, II :

 » Il n’y a qu’un moment, la jeune Taïtienne

s’abandonnait aux transports, aux

embrassements du jeune Taïtien ;

attendait avec impatience que sa mère

(autorisée par l’âge nubile) relevât

son voile,

et mit sa gorge à nu. « 

Nicolas Kurtovitch, NC vs NZ

En Nouvelle-Zélande, il n’y a pas que des All Blacks, des kiwis et des lecteurs d’Alan Duff (L’âme des guerriers, Actes Sud). Pour les écrivains, il est une résidence d’écriture convoitée : Randell Cottage . Nicolas Kurtovitch, écrivain calédonien est le septième lauréat de cette résidence d’écriture en Nouvelle-Zélande. C’est l’un des passeurs de culture(s) les plus dynamiques en langue française de ce côté-là de la planète. Il répond à quelques questions, histoire de faire connaissance. Après cet entretien, chaque dimanche, il nous livrera sa Chronique d’un écrivain en résidence en Nouvelle-Zélande. Pour en savoir plus, on ira visiter son site et son journal de résidence.

1. En guise de présentation, si tu devais conseiller un seul livre à un lecteur qui souhaiterait découvrir un Nicolas Kurtovitch qu’il n’aurait pas encore lu, ce serait lequel ?

Réponse au-delà d’un seul titre, dans la mesure où abordant plusieurs genres littéraires il m’est difficile d’avancer un seul titre alors j’en proposerai trois, couvrant l’ensemble de mes directions d’écriture.

Poésie : Le piéton du Dharma

Théâtre : La commande

Prose : Good night friend (roman)


Par lequel pourrait-il commencer ?

Pour commencer alors c’est Le piéton du Dharma, poésie, sans hésitation. [éditions Grain de sable, Nouméa, cf. site Bookin ].


2. Quels sont les livres qui t’environnent lors de cette résidence d’écriture ?
Sur ton site… tu cites notamment Alan Duff…

J’ai emporté avec moi plusieurs livres, mais pas une bibliothèque dans la mesure où j’ai le secret espoir de lire en anglais, des auteurs néozélandais parmi d’autres.

J’ai tout de même emporté deux livres d’Alan Duff, ses deux premiers, livres exemplaires dans le contexte océanien que tout le monde dans cette partie du monde devrait lire et que tout le monde dans l’ensemble monde devrait lire tant le rythme est formidable.

Deux romans de Jo Nesbo, deux livres de Charles Juliet, un livre d’Albert Jacquard, le dernier tome de Harry Potter, une sélection des poèmes de Han Chan, en anglais, une sélection de Ryokan, Buson, Basho, Tokuboku, Omar Khayyam dont je ne me sépare jamais, une petite anthologie de haïkus mais aussi de divers textes Zen, une étude sur Tchouang-Tseu par Jean-François Billeter, un Yi Jing par Cyrille Javary (au Ed. du Cerf)

Egalement 16 gigaoctets de musique dans mon ordinateur (le premier achat à Wellington ont été des « baffles » pour le portable).

Quelques DVD : Corto Maltese, Kurosawa,…Neil Young, Jimi Hendrix, Bob Dylan, R.Thompson, Joni Mitchell, Tim Buckley (le père de Jeff…) Michael Jordan

Je lirai Katherine Mansfield, Fiona Kindman, Patricia Grace, et quelques poètes néozélandais dont Owen Bullock.

3. Où es-tu ? Quelle est cette résidence d’écriture ? Où es-tu sur cette ligne NC/NZ ? Vois-tu le monde de la même façon en NZ qu’en NC ? Dirais-tu que l’imaginaire maori a une place singulière dans ta démarche ? Ou  » l’urbanité néo-zélandaise  » ?

Je suis à Wellington, Nouvelle Zélande, 41°17’ Sud et 174°47’ Est. Le quartier est Thorndon, la rue au 14 St Mary Street, la maison s’appelle : Randell Cottage, du nom de la famille qui l’a fait construire et l’a par la suite cédé à un « Trust », une association, dans le but d’en faire un lieu de résidence d’écrivain. En association avec l’Ambassade France , il a été mis en place cette résidence en échos à celle de Menton qui accueille chaque année depuis plus de vingt ans un écrivain néo-zélandais pour 5 à 6 mois. Cet écrivain dispose pour travailler du lieu où à séjourné Katherine Mansfield à Menton. La résidence du Randell cottage accueille chaque année un écrivain français pour 4 à 5 mois, il y eut avant moi : Nadine Ribault, Charles Juliet, Pierre Furlan, Dominique Mainard, Annie Saumont l’année dernière.

Il est un peu tôt pour dire si ce lieu modifie ma « vue du monde », mais les rencontres avec les écrivains, le public, les gens dans la rue, les façons d’être, les façons de réagir aux grandes questions internationales qui se multiplient, sont de beaucoup différentes des réactions qu’il peut y avoir en Nouvelle-Calédonie. C’est très intéressant, vivifiant, utile, incontournable est donc la vision de l’autre. Ceci étant il ne me semble pas être représentatif de la pensée néocalédonienne, pensée souvent conformiste dont le travail d’élaboration n’est pas très poussé faute de recherches, de confrontations volontairement acceptées, de lectures. Ceci n’engage que moi évidemment.

L’imaginaire maori, je ne le connais pas tant que cela, il m’intéresse au titre où l’imaginaire polynésien dans son ensemble me plait et m’intéresse beaucoup. Il y a là une immense histoire, une conception du monde et des origines. Prenons la réelle dimension suivante : le triangle polynésien est grosso modo équilatéral de 5000 km de côté, Hawaï, Pâques, Nouvelle Zélande Aotearoa, l’ensemble des habitants de toutes ces communautés se comprennent ! Une seule langue, on retrouve les dieux de façon similaire, les légendes se recoupent etc. etc. !

Mais autant je m’intéresse à l’imaginaire Maori autant je m’intéresse à l’imaginaire des Pakeha. Je m’intéresse à la Nouvelle Zélande en tant que communauté unique qui cherche à relever l’ensemble des défis qui lui sont obligés, dont l’usage d’une double langue officielle Anglais et Maori. Je m’intéresse à l’intégration des communautés maorie mais aussi pakeha à la société néozélandaise, qui semble vouloir aujourd’hui se construire tout autant autour de valeurs européennes que de valeurs océaniennes. Ce sont là les deux grands défis qui s’ajoutent au défi premier des colons : celui de créer une société juste et équitable, d’où les luttes syndicales importantes ici dès le XIXème siècle.

4. Tu as déjà bénéficié d’autres résidences d’écriture (en particulier théâtrale à Villeneuve-lès-Avignon avec Pierre Gope , ce qui a donné « Les Dieux sont borgnes »). Quel objectif as-tu avec cette résidence d’écriture ?

Trois objectifs :

Un roman, une pièce de théâtre, un recueil de poèmes. Ce dernier sera un recueil rassemblant des textes déjà écrits autour et à propos de la Nouvelle Zélande, certains lieux, certaines situations, déambulations…et des textes que j’écris en ce moment, que j’écrirai dans les semaines de résidence.

Le roman et la pièce de théâtre, j’y pense, je prends des notes à leurs sujets depuis le début de cette année-ci en projetant la résidence qui a débuté effectivement il y a trois semaines aujourd’hui.

Le Médicis à Jean Hatzfeld, le Femina à Eric Fottorino

 Le prix Femina  2007 a été attribué à Eric Fottorino pour Baisers de cinéma (Gallimard).    Le prix Médicis  2007 du roman a été attribué à Jean Hatzfeld pour La stratégie des antilopes (Seuil).

Le prix Femina 2007 du roman étranger a été attribué au Britannique Edward Saint Aubyn, pour Le goût de ma mère (Christian Bourgois). Et le Médicis étranger est allé à l’unanimité à l’Américain Daniel Mendelsohn pour Les disparus (Flammarion).
Le Femina et le Médicis de l’essai ont récompensé respectivement Gilles Lapouge pour L’encre du voyageur (Albin Michel) et l’Américaine Joan Didion pour L’année de la pensée magique (Grasset). Cécile Ladjali a reçu un  Femina spécial de la défense de la langue française pour Mauvaise langue (Seuil).  

Le Prix Goncourt des lycéens a été décerné à Philippe Claudel pour Le rapport de Brodeck paru aux éditions Stock. 

Dits du dimanche

Un dimanche se doit de commencer, café devant soi, avec la lecture des pages littéraires du JDD. Les signatures guident la lecture. Pivot puis Delorme. Delorme puis Pivot. Experts tous deux en exercices d’admiration autant qu’en critique. Prenez la page du jour. Pivot voit en Lapouge (L’encre du voyageur chez Albin Michel), écrivain voyageur, le talent de poser des mots sur des lieux connus, ce qui le distingue nettement du touriste :

 » Il est de plus en plus compliqué d’être un écrivain voyageur. Les multitudes de caméras, d’appareils photo, de banques de films et d’images, de télévisions ont rendu la planète minuscule. Sur des centaines de millions de clichés, le pittoresque et devenu un cliché. Seul le style permet de départager les artistes des touristes. « 

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Delorme exalte en Mailer, star américaine des lettres, qui vient de mourir à l’âge de 84 ans, cette ampleur qui fait la marque des grands. Elle cite Manuel Carcassonne qui l’avait rencontré en juillet pour Le Point et Le Magazine littéraire :

 » Ses deux détestations sont restées les mêmes : le plastique (à cause de la laideur) et la télévision (à cause du formatage).  »

On peut lire l’interview complète de Mailer par Carcassonne sur le site Le Point.fr :

 » Ecrire sur la vie en Amérique me passionne moins, d’autres ont pris la relève. J’ai perdu dans ma guerre au plastique, à la publicité, à la télévision. Qu’est-ce que la publicité d’ailleurs ? De la manipulation. (…)

Dans The Spooky Art, j’évoquais déjà le triomphe du plastique, matière inhumaine. L’abrutissement des jeunes par la télévision, mais surtout l’influence des coupures publicitaires : impossible d’avoir le sens de la narration quand un récit est sectionné, charcuté toutes les cinq minutes ! Voilà pourquoi nous avons de si pénibles lacunes dans notre système d’éducation. « 

Le style et la télé ne font décidément pas bon ménage. Bonnes lectures !