L’Armistice, la Mémoire et les Poilus

L’Armistice du 11 novembre 1918 est plus que jamais l’occasion d’un  » devoir de mémoire « .

A 11h ce jour-là, les Alliés et l’Allemagne signent un armistice qui marque la fin de la Première guerre mondiale (9 millions de morts, dont 1,3 pour la France). L’Allemagne restitue l’Alsace et la Lorraine à la France. Voilà pour l’Histoire. Et la mémoire ?

C’était écrit : plus le temps passe, plus les poilus de la Grande Guerre disparaissent. lls ne sont plus que 2 aujourd’hui : Louis de Cazenave et Lazare Ponticelli, nés respectivement le 16 octobre et le 7 décembre 1897. Alors que le Haut conseil de la mémoire combattante avait décidé d’organiser des obsèques nationales pour la mort du Der des ders, ils ont dit tout deux  » NON « . Non à cette cérémonie. Ils refusent les honneurs. Ils l’ont dit au Monde :  » De la fumisterie ! «  pour Louis de Cazenave, qui vit dans son village de Haute-Loire. Depuis le Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), Lazare Ponticelli est tout aussi catégorique : « Je refuse ces obsèques nationales. Ce n’est pas juste d’attendre le dernier poilu. C’est un affront fait à tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu’ils méritaient. « 

A l’instar des derniers poilus, des historiens pensent aussi qu’il y a trop de commémorations. Il y a une semaine, l’association des Amis du Mémorial d’Alsace-Moselle (AMAM) organisait un colloque sur les « embarras de mémoire »… au mémorial à Schirmeck :
 » La multiplication des journées de commémoration dans la société française est l’illustration d’une mémoire devenue otage des lobbyings au détriment d’une identité collective « , ont estimé des historiens lors de ce colloque.

Selon les historiens, la France aurait la mémoire  » embarrassée « . Les poilus , eux, ont une excellente mémoire. Il ne réclament aucun mémorial. Ils ne sont nullement concernés par le plan Alzheimer 2008-2012, en cours d’élaboration. Pour le Haut conseil de la mémoire combattante, c’est assez embarassant.

A lire : Tardi. tardi.1194784753.jpg

A découvrir : le site Ders des Ders .

Chamoiseau, entretien (2)

A l’occasion de la sortie de son dernier livre, Un dimanche au cachot (Gallimard), Patrick Chamoiseau nous répondait, dans un précédent entretien [Papalagui, 18/10/07],sur la genèse du roman [critique : Papalagui, 9/10/07 ].

Question suivante :

– Un dimanche au cachot n’est-il pas le roman d’un trou noir ? J’ai eu l’impression d’un écrivain en train d’explorer la richesse d’un trou noir, comme une ancienne étoile dont la masse s’est effondrée en elle-même ?

– Ce qui m’a toujours amusé (lorsque je regarde les chroniques littéraires ou les émissions littéraires)… le chroniqueur va dire :  » alors c’est quoi l’histoire du roman ? « … comme si l’histoire du roman pouvait déterminer ce qu’est le roman.

Un roman c’est pas une histoire. Un roman c’est un événement esthétique, artistique. C’est une exploration de l’impossible. Je dirais… c’est un surgissement langagier, c’est un surgissement, enfin tous les termes sont possibles.

En tout cas, c’est un événement esthétique qui ne peut pas se résumer par une histoire. La narration, la fiction narrative telle qu’on la connaissait au XIXe siècle n’a pratiquement plus d’intérêt. Donc ce qui constitue un roman c’est peut-être le prétexte de l’histoire.

Ici le prétexte c’est une jeune fille dans un cachot. mais ce qui constitue l’événement littéraire ou l’environnement esthétique, que ça suppose comment on peut organiser une conscience, témoigner d’une aventure humaine, témoigner d’un courage, témoigner d’une résistance lorsque l’individu disparaît complètement dilué dans une obscurité totale,l’obscurité du cachot.

Et quand on regarde bien, chaque fois que nous avons à réorganiser notre vie, à organiser notre identité, à organiser notre résistance, nous sommes toujours au départ dans un cachot, une sorte de cachot psychique, un cachot culturel, un cachot identitaire, les cachots sont très ouverts (sic), un cachot politique aussi, ça existe largement.

Et le point du départ du cachot est toujours le point de départ de la résistance et le point de départ de la réhumanisation. Je crois que s’il fallait donner une définition de la littérature, je dirais (il y en a plusieurs de possible) : je pense qu’un texte littéraire intéressant est ce qui nous permet de nous humaniser un petit peu, légèrement plus.

Prochaine question : La question ne serait-elle pas alors, non pas  » D’où je viens ?  » mais  » De quel cachot je suis originaire ? « 

Haïti : rentrée littéraire (suite)

A en juger par un rapide revue de presse des journaux haïtiens, la rentrée littéraire bat son plein de ce côté-ci de la Caraïbe [Papalagui, 5/11/07].

A se demander s’il restera quelque curiosité littéraire pour le festival Etonnants voyageurs (1er au 4/12/07).

Frankétienne est qualifié de  » colosse de la littérature haïtienne  » par Le Nouvelliste . Ecrivain sans modèle, si ce n’est lui-même, ou à la rigueur Edouard Glissant comme compagnon de route (l’un théoricien de la Poétique, l’autre praticien), Frankétienne rencontre les élèves enthousiastes du lycée Toussaint Louverture pour leur parler de Mots d’ailes en infini d’abîme, sa dernière  » spirale « , un genre apparenté au surréalisme.  » C’est une réflexion sur la manière d’écrire, le social, la politique. Il faut le lire aussi comme une révolte. C’est une oeuvre subversive et succulente. « , conclut le quotidien.

A lire un extrait de ce dernier ouvrage sur le site de La République mondiale des Lettres, revue électronique de recherche en écriture.

L’agence Alterpresse est tout aussi séduite par  » le colosse « , avec ce titre à l’appui : « L’écrivain Frankétienne propose une révolution culturelle par l’éducation « .

A côté des 45 titres publiés, explique l’article, il a peint 6 000 tableaux, joué 12 pièces. Mais sa principale besogne demeure l’écriture. Rejetant toute forme de petitesse, d’étroitesse, de médiocrité del’esprit humain, Frankétienne invite les élèves à s’efforcer de sortir de l’ordinaire et de penser « grand » à la manière de Dieu, en laissant transparaître en eux le souffle de l’esprit, innovateur et créatif.

Par ailleurs les écrivains se font chroniqueurs littéraires. Exemple avec Lyonel Trouillot, dans un article du Matin. L’auteur de Thérèse en mille morceaux et Bicentenaire (Actes Sud) «  aurait préféré une vraie rentrée, avec des ouvrages de plusieurs éditions et un peu plus de concertation entre toutes les personnes et institutions concernées par cette chaîne du livre. Il nous apprend la réédition par Les Presses nationales d’Haïti de Bamboola Bamboche de Jean-Claude Charles, un texte et un auteur peu connu. Mais on peut faire confiance à Trouillot comme critique littéraire. Il a du nez  :

 » Avec aussi une conscience aigue du social, le droit à la révolte et l’interpellation du politique. Il y a quelque chose d’insoutenable et d’admirable devant la prise de risque d’une écriture qui semble n’avoir peur de rien.

Bamboola Bamboche, c’est un journaliste envoyé en reportage (Charles a beaucoup travaillé dans le journalisme en tant que reporter, producteur et envoyé spécial). Tout y passe : coup d’état en gestation ; l’amour ; les amours ; rencontres fortuites ; la mémoire, encore elle, qui se réveille. Bamboola Bam coche, c’est aussi un bar, et le bar est le lieu-centre duquel tout se déploie :

« C’était – entrant dans le bar -, un fleuve traversé de courants contraires, coulée d’histoires, flux de sentiments et de passion, voyage à travers une trame de voix, vies à vif et lieux en mouvement, images végétales (imaginez des lianes, connexions multiples, complexes, prolifération à l’infini), images animales (imaginez un zèbre, un homme rayé noir et blanc au galop rapide comme un zèbre), c’était pour moi la levée d’une Histoire sur laquelle pesait, pèse encore, un black-out total, un amont, à travers la jungle de la parole du maître, sur quoi je suis revenu, entrant dans ce bar, à minuit. »

Autre écrivain-chroniqueur littéraire, moins connu que le précédent, mais tout aussi attachant, Pierre Clitandre , qui raconte dans Le Nouvelliste  » le retour au pays natal  » d’écrivains haîtiens  » du dehors « , comme on dit à Port-au-Prince :

 » Dans un décor minutieusement paré de sculptures de Ludovic Booz, d’un diptyque de Jean Ménard Derenoncourt présentant des portraits de présidents haïtiens de Jean-Jacques Dessalines à René Préval, d’oeuvres d’Emile Ollivier, de Lazare et de Jean Frantz Nelson, les écrivains haïtiens ont visité la bibliothèque de Carrefour-Feuilles avec surprise et enthousiasme. Janine Tavernier, Jean Max Calvin venus de New York ont exprimé leur nostalgie et Nadève Ménard a fait découvrir la première romancière haïtienne, Cléante Valcin. La destinée de la Rentrée littéraire est joyeuse et rassurée. « 

Haïku d’automne

Le Haïku est un poème que les lettrés japonais ont rendu célèbre, sous la forme de trois vers de 5, 7 et 5 pieds (que la traduction ne respecte pas forcément). Or les saisons et leur observation sont propices à l’exaltation de la nature.

Exemple chez le peintre-poète Buson (1715-1783) :

Foulant les feuilles dorées du ginkgo
Le gamin tranquillement
Descend la montagne

Le ginkgo biloba, surnommé  » l’arbre aux 40 écus « , réputé pour sa résistance, peut d’ailleurs nous servir à créer un autre haïku :

Ginkgo 40 écus d’or

Or est sa couleur

Survivant d’Hiroshima

Ginkgo leaf (photo Cor Kwant)

Césaire, l’empreinte

Quel Césaire étrange et chenu apparaît dans le documentaire Aimé Césaire : Un nègre fondamental de la collection Empreintes de France 5 ! Ce 6e numéro (sur 120) est diffusé vendredi 9 novembre à 20h40, rediffusion le 11 à 9h45. Un Césaire comme un vieillard fraternel et fier. Exemple incarné de la parole du Victor Hugo des Misérables :  » C’était, on s’en souvient, un de ces vieillards antiques qui attendent la mort tout droits, que l’âge charge sans les faire plier, et que le chagrin même ne courbe pas.  »

François Fevre, l’auteur du film, est venu trop tard. Images connues d’un Aimé Césaire dignement et toujours costumé-cravaté, dans son bureau de l’ancienne mairie de Fort-de-France, dans son auto lors de sa ballade quotidienne, ou encore pendant son 94e anniversaire, le 26 juin dernier, fêté par la belle chanson griotte d’une admiratrice sénégalaise. Césaire public en somme. Mais pas de Césaire chez lui.

Images d’archives moins connues ou ignorées montrant Césaire jeune député entrant à l’Assemblée, faisant la leçon sur l’impossible devise Liberté, parité, fraternité, pour achever de convaincre un insensé que l’Egalité n’a pas de synonyme ou que la Liberté ne supporte pas l’épithète. Césaire discourant sur la négritude, soit doctement à en être incompréhensible, soit invité à Miami et jugeant -avec lucidité- lourd le mot carcan.

L’ensemble apparaît comme une réalisation patchwork, honnête, mise à l’épreuve par une personnalité sans tropisme pour les médias. On est forcément attendri. Et admiratif devant la trajectoire -commentaire dit par Anny Duperey- et la portée visionnaire des propos de l’auteur de Cahier d’un retour au pays natal,comme devant l’influence panafricaniste de ses idées lorsqu’il apparaît à la tribune du premier Congrès des écrivains et artistes noirs, réuni à la Sorbonne en 1956.

En revanche, ce qui souffre du traitement décousu de son itinéraire intellectuel et politique, c’est la densité de l’homme et de l’oeuvre poétique. Le Cahier est juste mentionné. Aucun extrait n’est lu (Pourquoi se passer de la belle prestation scénique de Jacques Martial ?). Pourtant la belle présence vocale de Jean-Michel Martial (lecteur des extraits de textes) fait à chaque fois tendre l’oreille, tant le ton est juste. De même François Fevre a préféré un extrait de La Tempête à La Tragédie du Roi Christophe. D’ailleurs le mot  » Haïti  » n’est pas mentionné, à aucun moment. Grande est l’absence des admirateurs de Césaire, Senghor n’est pas entendu, Sartre et Breton ne sont pas mentionnés.

Malgré son empathie chaleureuse, François Fevre vient tard : l’homme et son oeuvre ne se réduisent pas à un vieillard fraternel et fier. Ce rebelle en poésie, ce grammairien de la politique dont Lilyan Kesteloot écrivait en 1962 (Aimé Césaire, collection Poètes d’aujourd’hui, chez Seghers) :

 » Je ne vois pas dans l’histoire de la littérature française une personnalité qui ait à ce point intégré les éléments aussi divers que la conscience raciale, la création artistique et l’action politique. Je ne vois pas de personnalité aussi puissamment unifiée et à la fois aussi complexe que celle de Césaire. Et c’est là, sans doute, que réside le secret de l’exceptionnelle densité d’une poésie qui s’est, à un degré extrême, chargée de toute la cohérence d’une vie d’homme. « 

Alabama song, le brio d’un écrivain

Alabama song

Il était le favori de François Nourissier. Gilles Leroy vient de remporter le prix Goncourt 2007 pour Alabama song (Mercure de France). Comme rarement un livre n’était autant présent sur les listes des prix littéraires de la rentrée. Cela fait de la place pour les autres candidats au Médicis et au Renaudot (remporté par un écrivain consacré mais pas sur la liste, Daniel Pennac, pour Chagrin d’école [Papalagui, 29/10/07]). Leroy est encore en lice pour le prix roman France Télévisions.

Alabama song est le portrait émouvant et tragique de Zelda Sayre, futur Mrs. Francis Scott Fitzgerald. Elle est fille du Juge, notable du Grand Sud, où courent les préjugés racistes en ce début de siècle, un  » cloaque de chic «  selon Zelda, héroïne magnifique, amoureuse malgré la souffrance de cet amour qu’elle endure… Scott  » sous l’emprise – l’empire – «  duquel elle sombrera.

Le mot qui vient à la lecture du roman : brio de l’auteur qui sait donner de l’épaisseur aux sentiments, comme un écrivain de talent, doué mais travailleur. Il alterne les chapitres où son personnage décrit ses états d’âme, ses tourments, la psychologie fine qu’elle a a des hommes et les chapitres où plus âgée elle se confie à chacun des nombreux psy. qui l’ont suivie  » Il a choisi les plus renommés des psychiatres. Ainsi restons-nous entre célébrités.  » :

 » Vous étiez trop jeune, docteur, vous ne pouvez pas vous imaginer, à nous voir décatis aujourd’hui et tombés dans l’oubli, comme nous étions célèbres, l’idole et moi – « son Idéale », disaient les chroniqueurs mondains.  »

Scott et son homosexualité progressivement révélée. Amour-haine aux liens savamment évoqués, composés d’un usage subtil des dialogues, descriptions, réminiscences, notations sur l’enfance, ses espoirs fous et sans vergogne :

 » Scott aimait sa roulure aristo, sa crottée à l’esprit cinglant, sa meilleure alliée sur la couverture des magazines. Scott, ce qu’il aimait et désirait, c’était sa Southern Belle. pas un travelo dans le miroir.  » 

et, vers la fin d’un roman qu’on sent porté par l’admiration et l’amour de son auteur pour son personnage, qui l’écrit en partie ce roman :

 » On dit que ma folie nous a séparés. Je sais que c’est juste l’inverse : notre folie nous unissait. C’est la lucidité qui sépare. « 

Goncourt à Paris, rentrée littéraire en Haïti

Gilles Leroy est le lauréat du Goncourt 2007 pour Alabama Song (Mercure de France). Au même moment, Haïti entreprend sa  » rentrée littéraire « . Une belle coïncidence qui ne surprendra en rien sur l’écart Nord/Sud quant à l’accès à la culture écrite. Ne dit-on pas  » A Paris, des parterres de livres ; à Bamako, des livres par terre (allusion aux  » librairies par terre « , improvisées à même le sol, et… au prix prohibitif du livre) ?

Pour le Goncourt, cinq écrivains étaient en lice : outre Gilles Leroy, Olivier Adam (A l’abri de rien, L’Olivier), Philippe Claudel (Le rapport de Brodeck, Stock), Clara Dupont-Monod (La passion selon Juette, Grasset), Michèle Lesbre (Le canapé rouge, Sabine Wespieser). 

L'Édition du jour

Le même jour, Haïti entreprend sa  » rentrée littéraire « , pour la deuxième année consécutive, rapporte le quotidien Le Nouvelliste du 31/10/07. C’est un événement récent et d’un autre enjeu que le Goncourt. Une dizaine d’écrivains sillonneront les quartiers de la capitale  » à la rencontre des générations « , selon le thème affiché cette année. Une quarantaine de titres sera distribuée dans les bibliothèques de quartier.

 

Cette rentrée est maintenue, malgré le contexte : les conséquences du passage de la tempête tropicale Noël (48 morts, 15 disparus, 3 528 familles sinistrées selon l’agence Alterpresse). Le Nouvelliste du même jour titre  » Village de Dieu vit l’enfer après Noël « .  Village de Dieu est le nom d’un bidonville de Port-au-Prince (photo). Ses habitants oscillent entre l’abattement et la colère contre les autorités, à lire le reportage édifiant de Jean Max St Fleur et Victor Jean Junior.

Dans un autre article du quotidien, Marc Exavier, poète et directeur d’Actions pour la lecture (APOLECT), a révélé les résultats d’une enquête sur le livre et la lecture auprès de quelques groupes d’écoliers dans le pays. Selon l’auteur de Soleil Caillou Blessé,  » beaucoup de ces écoliers ne peuvent pas faire de différence entre le titre d’un ouvrage et le nom de son auteur « . Le poète fait le triste contat, rapporte Le Nouvelliste, que   » l’école haïtienne fabrique des illettrés « .

Rapido

Or d’automne, douce humidité

Au cinéma de quartier, près du canal

Scupteurs haïtiens vidéastés par Maxence Denis

 » La diversité dans l’unité « , dit André Eugène .

Langue créole, sous-titres anglais.

Anne Lescot, filmée, primée. 

 » Des Hommes et des Dieux « 

Tabous caribéens.

De l’autre côté du canal, un café.

Ambiance PMU affairé. Jeux de hasard.

Un acteur du Français (eh oui !) joue au Rapido.

Grille 104, grille 105, grille 106.

Chance 1, chance 2, chance 1, chance 2.

 » Restez maître du jeu, fixez vos limites « , intime l’écran vidéo.

Un homme en bleu, petite bosse sur le dos

vient jouer aux courses.

 » Je le joue non partant ! « , lance-t-il à la patronne.

Il ajoute (jeu de mots pour la cantonade, rieuse) :

 » Moi aussi je suis non partant « .

Clin d’oeil. Il reste (au café).

Une femme en rouge, petite bosse sur le dos,

vient à le croiser.

Lui est au comptoir, journal, café.

Elle glisse en fond de salle.

Un homme :  » J’ai 62 ans, il m’en reste 8 « .

62 + 8 = 70.

Le compte est bon.

Rapido.

Un Silo de livres océaniens (2)

 © Photo Xavier Heyraud, Les Nouvelles calédoniennes.

 » L’oralité ne s’oppose pas à l’écrit « , titrent Les Nouvelles calédoniennes à propos du Silo, le Salon du livre océanien qui continue son rassemblement extraordinaire à Hienghène, commune naguère de Jean-Marie Tjibaou et aujourd’hui de Daniel Fisdiepas. Au-delà du cliché oral/écrit, relayons l’enthousiasme évoqué par le quotidien sur le slam et la parole kanak…

 » Lors de l’ouverture du salon, Paul Poigoune (photo ci-contre), vice-président de la province Nord a terminé son intervention « en partageant un élément majeur du patrimoine kanak, qui, en soi, constitue une performance vocale de récit : les discours généalogiques », écrit l’envoyé spécial Xavier Heyraud.

« C’est avant tout un discours rituel qui raconte les migrations et les formations de nos entités interclaniques. Ces discours ont vocation à instaurer un devoir de mémoire, d’histoire. Avec une musicalité de récit et une gestuelle précise, le discours généalogique comporte, en dehors de son symbolisme identitaire et culturel, des formes ancestrales d’expressions artistiques et spectaculaires. Le récit généalogique est une vision du monde qui détermine le rôle des hommes et leur place dans l’organisation sociale kanak. Il décrit le mouvement d’un peuple libre, égalitaire, démocratique, qui se compose, décompose et redécompose en permanence. Apparemment, les jeunes générations ont trouvé le slam, un mode récital tout à fait à leur mesure pour dire leur compréhension du monde qui les entoure et exprimer leurs attentes. Nous avons la responsabilité de rappeler aux jeunes kanak les efforts considérables que nous fournissons pour sauver nos langues. Alors pourquoi pas à travers ces nouveaux modes d’expression ? »

Le salon du livre de Paris, en son édition de mars 2006, présentait en un très bel ensemble un stand océanien magnifique. Payé par les deux gouvernements, calédonien et polynésien, ce stand nous a révélé, entre autres surprises, un slameur de première, Paul Wamo. Sûr qu’à Hienghène, ce poète des îles Loyauté a dû faire des émules. De quoi resserer les liens entre îiens et terriens…

© Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie

Sûr de sa valeur, le site de référence des francophonies littéraires, Ile en île, lui a consacré une notice.