Elokans

Elokans a un an. Bon anniversaire ! Cette newsletter culturelle antillaise se présente sous la forme d’un agenda mensuel riche en événements, petits ou grands, de la scène créole.  » Elokans a été lancé en novembre 2006 comme un petit défi de diffusion socio-culturelle « , écrit Véronique Larose dans son dernier numéro, de novembre 2007. Un numéro de 31 pages. Pour recevoir Elokans : espwa@hotmail.fr.

Un SILO de livres océaniens

Le SILO a ouvert à Hienghène, Province Nord de Nouvelle-Calédonie. Un silo est un réservoir à céréales. On dit mettre en silo par exemple. Ce Salon international du livre océanien a de quoi nous enchanter… et d’être un beau réservoir à livres, échanges, lectures… Coetzee, le prix Nobel notamment, avec les auteurs du Caillou, du Fenua et des Nouvelles-Galles du Sud.

Ce qu’en disent Les Nouvelles calédoniennes (Anne-Sophie Douet) :

Ils viennent de Maré, d’Australie, du Samoa ou de Tahiti. Couchent sur le papier romans, nouvelles ou poèmes fortement imprégnés d’insularité. (…)

C’est l’un des rares événements d’envergure internationale organisé en Brousse, qui plus est dans le Nord. Déwé Gorodey, vice-présidente du gouvernement chargée de la culture, l’a voulu ainsi. Les deux premières éditions du Silo (Salon international du livre océanien), en 2003 et 2005, ont trouvé leur public et créé du lien entre auteurs francophones du Pacifique et lecteurs. Cette année, seul le décor change. Exit Poindimié, bonjour Hienghène. L’essentiel du salon se déroulera dans la salle omnisport de la commune, tandis que le Centre culturel accueillera, lui, les animations en soirée (projections de films, contes, théâtre…).

Les auteurs présents sur le salon incarnent tous la littérature contemporaine océanienne, celle dont l’écrivain Anne Bihan dit qu’elle est « marquée par la question de la place de l’autre ». Solange Paillandi, responsable des animations à
la bibliothèque Bernheim, s’est chargée d’inviter les auteurs. Pour une pointure connue internationalement comme John Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, elle a dû compter sur le carnet d’adresses d’une universitaire, Sonia Faessel. C’est par son truchement que l’auteur de Disgrâce a pu être contacté.

DisgrâceSolange Paillandi s’en réjouit, elle qui reste marquée par « l’ambiance, les mots lourds, chargés d’histoire » du Sud-africain. A la suite de John Coetzee, une trentaine d’auteurs investiront le salon. Parmi eux, plusieurs ne sont pas des nouveaux venus. Philippe Mc Laren par exemple. Depuis son dernier passage au Silo, l’auteur aborigène a publié, une traduction française d’Utopia, aux éditions calédoniennes Traversées.

 

C’est là un autre temps fort du salon. Permettre des rencontres entre auteurs et éditeurs d’horizons divers, qui débouchent, parfois, sur des collaborations. Anne Bihan, de tous les Silo depuis 2003, y a, elle, gagné une nouvelle amitié. Elle a gardé contact avec
la Tahitienne Chantal Spitz, rencontrée à Poindimié. D’autres, tels
Claudine Jacques ou Claude Maillaud, profitent du salon pour présenter leur dernier-né. « Le Silo, c’est un tremplin utile, reconnaît le second, auteur d’un Guide de la faune marine dangereuse d’Océanie tout juste sorti de l’imprimerie. Mais j’apprécie aussi les rencontres avec les collègues. J’attends particulièrement de rencontrer Shane Maloney, un auteur de polar australien », s’impatiente l’écrivain. Des auteurs enthousiastes, donc. Mais le public
? Anne Bihan se souvient d’une « belle surprise la première année. Les gens étaient là, ils feuilletaient les livres. On sentait une vraie attente. » Et pour conquérir de nouveaux curieux, le Silo 2007 a mis l’accent sur l’oralité, avec ce thème, « Haute voix ». Le 3 novembre, Paul Wamo, parrain du concours du slam organisé récemment, donnera de la voix dans les grottes de Lindéralique. Puis ce sera le tour du lauréat du concours, Laurent Ottogalli. Après eux, « tous ceux qui souhaitent prendre le micro et improviser un slam sont les bienvenus », indique Solange Paillandi. Dans le même esprit, des comédiens des compagnies Les Quidams et Les Enfants Migrateurs se lanceront dans des lectures de textes. Un autre moment d’oralité sera assuré par Hassane Kouyaté, conteur africain descendant d’une famille de griots.
En laissant, ainsi, une grande place « au slam, à la déclamation », les organisateurs entendent attirer un public plus jeune, pour mieux le sensibiliser ensuite à la chose écrite. « Même si l’on tient à nos littéraires purs », sourit Solange Paillandi.

Ricky Maynard, Artiste, Aborigène, Tasmanien

Ricky MAYNARD | Vansittart Island 

© Ricky Maynard. Licensed by VISCOPY, Australia 

Ricky Maynard se présente :  » Photographe aborigène de Tasmanie « . Et l’image qu’il donne de son pays, l’un des six états d’Australie, est saisissante. Fruit de vingt ans de travail, sa très belle exposition est présentée dans le cadre de Photoquai, à l’ambassade d’Australie, à Paris, jusqu’au 11 janvier 2008.

Pour donner un  » portrait d’un terre lointaine « , Ricky Maynard a joué sur la coexistence de portraits et de paysages. Les portraits viennent de sa pratique de photographe documentaire. Que se soit en prison ou à Melbourne. Les paysages de son travail incessant sur la mémoire.

La photographie de l’île Vansittart (en haut) est accompagnée du texte suivant :

« Jusqu’en 1910, des hommes sont venus creuser sur les îles Vansittart et Tin Kettle pour chercher des squelettes. Ici nous les avons déplacés là où personne ne les trouvera. Au milieu de la nuit mon peuple a enlevé les corps de nos grands-mères et les a emmenés sur d’autres îles, nous avons planté des trèfles sur la terre retournée afin que le dernier lieu de repos de ces filles qui glissaient autrefois sur les rochers à la recherche de phoques reste un secret à jamais. »

Nous avons rencontré Ricky Maynard devant cette photo justement. Nous lui avons confié notre étonnement devant la question des Aborigènes qui auraient disparu de Tasmanie, en raison des massacres coloniaux.

Est-ce un mythe ? Réponse de Ricky Maynard : 

 » C’est la raison d’être de ce projet. Nous savons qui nous sommes et d’où nous venons et comment nous avons continué à faire vivre notre culture.

C’est l’une des raisons de l’initiation de ce projet. C’est notre interprétation de notre histoire, une version de l’histoire qui n’a jamais été racontée auparavant.

Jusque là notre système éducatif avait toujours présenté une version floue de notre histoire.

Ce projet vise essentiellement à rectifier cette fausse interprétation de notre histoire. « 

Courrier international du 31 octobre avec en couverture une photo de Ricky Maynard, extrait d’une série sur les gens âgés du peuple Wik (Cap York, Queensland) : Returning to places that name us (Retour aux lieux qui nous définissent) / Arthur, 2000. 

Keith Munro, Conservateur des programmes pour les peuples aborigènes et les insulaires du détroit de Torres, Musée d’Art contemporain (Sydney) :

 » Ricky Maynard considère la photographie de paysage comme un processus de redécouverte, une  » réévaluation d’où on se trouve (…) une façon d’aborder les questions d’identité, de lieu et de nation. (…) Il est bien décidé à ne pas présenter le peuple aborigène comme une victime. Il préfère mettre en question les préjugés de beaucoup d’Australiens non-aborigènes et questionner les idées reçues sur les événements historiques et les histoires partagées. Il aborde des éléments d’amnésie historique. « 

Photoquai (bref inventaire sans fin)

Photoquai est un ensemble d’une vingtaine d’expositions de photos du monde entier, présentées par le musée du Quai-Branly le long de la Seine, et dans une association avec une dizaine de lieux. Cette première « biennale des images du monde », présentée comme « le monde regarde le monde » veut développer une idée : comment les photographes non-occidentaux voient leur monde. Pour que le musée ne soit pas seulement le rassembleur des cultures du passé. L’inverse de l’exotisme, en somme. Et quelle somme ! Un inventaire serait troublant. Contentons-nous d’un échantillon, un bref inventaire non fini… L’expo se termine le 25 novembre.

Un visage avec poissons (petits piranhas blancs sur paupières) photographié par un Péruvien © Javier Silva, Photoquai 2007 ;

des photos de paysages vides de gens (Syrie, Jordanie) ;

des brouillards saoudiens ;

un Inuit, nommé Tikala, jouant au poirier photographié par la Finlandaise Tiina Itkonen (comment dit-on « poirier » en inuit ?) ;

un haïku persan (ci-dessous) © Arash Fayez Photoquai 2007 :

la fourmi aux ailes de géant du Cambodgien Mak Remissa ;

le portrait d’un rêve de passage du Chilien Pepe Guzman :

 © Pepe Guzman, Photoquai 2007.

Tête à fragmentation

Dessin de la tête maori momifiée et ornée de tatouages appartenant au Muséum de Rouen. | AP

Cette tête maorie est-elle un trophée ou un patrimoine ?, pourrait-on se demander à la lecture des étapes de  » l’affaire « . La presse a publié ce  » dessin de la tête maori momifiée et ornée de tatouages appartenant au Muséum de Rouen « , sous la signature  » AP « , c’est-à-dire Associated Press.

Rappelons les faits.

1. Une cérémonie de signature, mardi 23 octobre, entre le Muséum de Rouen et une délégation composée de l’Ambassadeur de Nouvelle-Zélande, Sarah Dennis, et de chefs maoris officialise la restitution d’une tête de guerrier maori,  » pour des raisons éthiques « , précise le maire de Rouen. La tête devait être restituée physiquement courant novembre.

2. La veille, la ministre de la culture avait demandé au Muséum et aux élus de surseoir à cette restitution, en raison du  » caractère inaliénable  » du patrimoine de la Nation et faute de l’avis d’une commission scientifique. L’Etat avait saisi le tribunal administratif.

3. Le tribunal administratif de Rouen a suspendu, mercredi 24 octobre, la décision de la ville de restituer à la Nouvelle-Zélande une tête maori. 

4. Officiellement, la Nouvelle-Zélande ne réagit pas, attendant la restitution.

5. Sur le plan intérieur, le débat sur la « circulation  » (et la  » vente « ) des oeuvres est rouvert (Le Monde, 25/10/07). Jacques Rigaud a reçu, le 23 octobre, une mission de la ministre de la culture : comment appliquer la loi du 4 janvier 2002 (loi Tasca sur l’inaliénabilité)  » en évitant (…) la circulation totale des oeuvres et le stockage définitif aboutissant à un accroissement mécanique de leur nombre « .

Quelles leçons tirées de cette triste affaire de la tête maorie ?

1. On n’imagine pas une tête de guerrier gaulois exhumée d’un musée d’Auckland…

2. On n’imagine pas un ambassadeur de France en Nouvelle-Zélande signer une quelconque restitution… car l’histoire de la colonisation du monde et de sa mondialisation n’a pas pris cette tournure.

3. La circulation des oeuvres et leur éventuelle vente a-t-elle à voir avec des restes humains naturalisés, issus d’un trafic éhonté, à moins que l’on adopte le principe :  » les trophées de guerre sont des trophées de guerre « , fussent-ils des fragments… Pour les Kiwis, il s’agirait plutôt de  » trésor du patrimoine maori « …

4. S’agit-il ici de trophée ou de patrimoine ? Du fragmnt de l’un, du fragment de l’autre ? A coup sûr un trophée lors du transfert, vol ?, trafic ?, de la tête au XIXe siècle… A coup sûr un élément du patrimoine de Nouvelle-Zélande. Un élément du patrimoine français ? On a du mal à l’envisager sous cet angle…

5. Rappelons-nous la tête que faisait les Maoris et leurs compatriotes All Blacks, lors du haka d’une récente Coupe du monde (photo Reuters):

5. Le dessin représentant la tête maorie est sacrément stylé ! Les historiens nous apprennent que les guerriers maoris portaient des tatouages représentant leur pouvoir et leur clan. A leur mort au champ d’honneur, ils étaient décapités, leur tête enterrée à part. Le musée Te Papa en sait beaucoup sur la question et nous, bien peu, vraiment bien peu.

Exhibiting Maori, A History of Colonial Cultures of Display

 6. Ce dessin de tête maorie rappelle la somme en deux volumes consacrée par Karl Von Steinen aux tatouages marquisiens, rééditée en 2006 par les éditions Le Motu. Des tatouages qui signifiaient l’équivalent d’une carte d’identité.

Karl_von_den_steinen_1

Des tatouages très vivaces au XIXe siècle, qui font partie du patrimoine marquisien, donc français.

7. Le directeur du centre culturel Tjibaou, Emmanuel Kasarherou, considére que les objets kanaks du musée du Quai-Branly, sont les  » ambassadeurs  » de la culture kanak…

8. Mais faut-il considérer les têtes momifiées comme des objets ? Dans son roman, Le Retour d’Ataï, publié aux éditions Verdier en 2002, Didier Daenincks, lance son héros, Gocéné, ancien Kanak exhibé lors de l’exposition coloniale de 1931, sur la trace de la tête de son aïeul, Ataï, héros de l’insurrection de 1878, dont la tête serait quelque part dans un musée français…

« L’île est cryptée, tatouée des motifs de l’univers » (Glissant, La Terre magnétique)

En révolte contre l’oubli, en révolte pour la mémoire, Edouard Glissant continue son travail poétique de tisser les imaginaires des peuples les uns aux autres. Dernière pierre à l’édifice de cet inlassable arpenteur des imaginaires : son dernier livre, La terre magnétique, Les errances de Rapa Nui, l’île de Pâques. Il est publié aux éditions du Seuil, dans la collection qu’il dirige lui-même, Peuples de l’eau, illustré par les dessins de son épouse Sylvie Séma (en librairie le 31 octobre 2007).

 » Les Peuples de l’eau parce qu’on ne peut les rejoindre que par la mer ou des rivières et je crois que la chose fondamentale de notre univers… c’est d’être un écrivain, un poète qui raboute son imaginaire à l’imaginaire de chacun de ces peuples.  » (Entretien avec Laure Adler sur TV5, le 14 février 2005, que le site Potomitan vient de transcrire).

Rabouter c’est  » réunir bout à bout « , mot qui convient parfaitement pour décrire l’arc entier du projet de La Boudeuse, trois-mâts dirigé par l’aventurier et explorateur Patrice Franceschi, initiateur d’une campagne d’expéditions autour du monde, à la découverte de huit « peuples de l’eau ». Après un périple de 1 063 jours autour du monde, il fait une halte à Paris. On le visite en s’inscrivant sur le site de la Boudeuse à partir de fin octobre, ou dès maintenant en allant sur place.

La terre magnétique est le troisième après celui de Gérard Chaliand, Aux confins de l’Eldorado, La Boudeuse en Amazonie et celui de Jean-Marie G. Le Clézio, Raga. Approche du continent invisible, tous deux publiés en 2006. En tout, douze titres sont prévus.

Extrait, p. 68-69 : 

 » Les personnages, ou les glyphes, ou les traces gravées des Rongo Rongo ne sont pas seulement énigmatiques, ils entretiennent avec d’autres formes de représentation dans le monde une adhésion secrète. Une de ces figures des Rongo Rongo, ces pales de bois gravées dont on ne sait si elles résument une écriture ou si elles recueillent un exemplaire d’esthétique, se retrouve sous des allures plus humanoïdes dans les pétroglyphes de Toro Muerto, aux environs d’Arequipa, au Pérou, la même forme qui se profile dans les créations emblématiques des pays dogon, et s’est stylisée sur les couvertures des éditions Présence africaine, la même qui s’éparpille et se rassemble dans les figurations de la diaspora africaine, en Haïti par exemple, dans les vévés tracés à la farine devant les temples et les autels vodous, la même encore qui paraît de temps en temps dans le scripturaire maya ou aztèque. Que veut cette forme ? Est-ce là un de ces universaux dont les catégories ont été inventées pour nous faire accepter les dissemblances dans le même, les différences dans le semblable ? Une femme qui prie, un homme qui lamente, un enfant qui s’étonne, les bras levés. (…)

Le monde était déjà là, dans Rapa Nui, par la grâce et le sacré de ces formes. Aujourd’hui, les mondes connus roulent avec la plus grande tranquilité, par la Relation et par le mélange, à travers la terre magnétique.  »

Ecrivains inouïs d’Haïti (3)

En Haïti, d’aucuns pratiquent la palabre littéraire comme un sport de combat, d’autres comme un marathon…

  • un festival littéraire labellisé Etonnants voyageurs est organisé par des écrivains français et haïtiens, du 1er au 4 décembre ;
  • un colloque international Jacques Roumain a donné rendez-vous au gratin des amateurs et spécialistes de l’auteur de Gouverneurs de la rosée, du 28 au 30 novembre.

« Penser avec Jacques Roumain aujourd’hui » est l’intitulé de ces trois jours, organisés pendant cette année du centenaire, signale l’agence haïtienne indépendante Alterpresse. Les universitaires viendront de Belgique, Cuba, Canada, France, États-Unis d’Amérique, Pérou, Martinique, Sénégal, Cap vert.

Certains des participants vont enchaîner le colloque Jacques Roumain et le festival Etonnants voyageurs. Inouï, non ?

Ecrivains inouïs d’Haïti (2)

Pendant les préparatifs du festival Etonnants voyageurs Haïti (1er au 4 décembre)… les écrivains écrivent.

Louis-Philippe Dalembert sera en Haïti la semaine prochaine pour présenter un roman en créole. Son Ile du bout des rêves sort dans la collection de poche, Motifs, du Serpent à plumes. Il publie début novembre au Rocher, Histoires d’amour impossibles… ou presque.

Gary Victor sort en ce moment Treize nouvelles vaudou aux éditions canadiennes Mémoire d’encrier, et Claire de mambo, chez Vents d’ailleurs, présenté ainsi par l’éditeur :  » Ce roman trace un portrait sans complaisance de l’homme politique et aborde les relations entre le pouvoir et les sociétés secrètes en Haïti. « 

Le même éditeur qui avait fait connaître Kettly Mars en France publie son dernier roman, Kasalé,  » qui entraîne le lecteur, explique Vents d’ailleurs, aux frontières floues de la spiritualité vodou. « 

Après sa trilogie sur l’un des personnages clés de la révolution haïtienne (achevée en août dernier), Madison Smartt Bell parachève son travail avec la sortie annoncée pour la mi-novembre de Toussaint Louverture, une biographie (Actes Sud). 

Jean-Claude Fignolé relit les épreuves d’un roman qui sortira en janvier chez Sabine Wespieser, Une heure pour l’éternité. C’est la dernière heure du général Leclerc qui est racontée par lui-même, par son épouse Pauline et par sa suivante Oriana.

Etc.

Ecrivains inouïs d’Haïti (1)

Etonnants voyageurs réunit à Port-au-Prince (Haïti) une cinquantaine d’écrivains du 1er au 4 décembre 2007.

Nouvelle réjouissante à plus d’un titre. En cette année du centenaire (oublié) de l’écrivain Jacques Roumain (Gouverneurs de la rosée), seule la culture semble faire exister Haïti aux yeux du monde, comme nous le disait en une belle formule Magali Comeau-Denis, en Avignon, lorsqu’elle était venue, non pas comme ministre de la culture qu’elle était à ce moment, mais comme comédienne. Culture écrite, sculptée, découpée, peinte, chantée. Culture profane, bourgeoise, vaudou. Culture centrifuge certes, mais culture centripète également, qui semble absorber ses visiteurs. Naguère Malraux, aujourd’hui de nombreux intellectuels, à l’instar de l’Américain Madison Smartt Bell.

La marque de fabrique Etonnants voyageurs a imposé ses festivals depuis presque une vingtaine d’années. D’abord à Saint-Malo, puis dans l’alentour du monde. On retiendra Sarajevo pour le symbole, Bamako et les villes maliennes (de Gao et Tombouctou à Kayes ou encore au pays Dogon) pour le Sud.

Michel Le Bris a réussi à s’associer la quasi totalité des écrivains haïtiens pour cette première édition au Port-au-Prince. Ils viendront du Canada (Dany Laferrière notamment), des Etats-Unis (Edwige Danticat), de France (Jean Metellus mais pas René Depestre), de Suisse (Fabienne Pasquet). Autour de Lyonel Trouillot (président de l’association Etonnants voyageurs – Haïti, avec Dany Laferrière) une cohorte imposante d’auteurs, romanciers, poètes pourront échanger avec les écrivains étrangers. L’étonnant spiraliste Frankétienne sera bien sûr de la partie.

Selon Lyonel Trouillot, ce festival devrait permettre d’esquisser « un espace commun de citoyenneté », dans un pays dominé par les « petits particularismes », où il n’existe pas de « haïtianité » (ou « construction d’un vivre-ensemble »). L’auteur de Bicentenaire et plus récemment de L’amour avant que j’oublie se donne le double objectif d’une « rencontre d’écrivains » et que « la jeunesse haïtienne ait accès aux livres des écrivains invités ».

Parmi ces invités, Russell Banks, Luis Sepulveda, Jamaïca Kincaid, Alain Mabanckou. Mais pas Robert Stone. Une demi-douzaine d’écrivains guadeloupéens (dont Maryse Condé) mais pas de martiniquais du groupe de la créolité/créolisation, excepté Roland Brival, fidèle de la caravane Etonnants voyageurs.

Conseil de lecture aux voyageurs (1) :

Tête-à-tête

Pour la première fois un musée français a décidé de restituer une tête tatouée d’un guerrier maori à la Nouvelle-Zélande. La cérémonie s’est déroulée au muséum de Rouen à la mi-journée. D’autres musées européens ou américains ont déjà fait ce geste, en réponse à une demande néo-zélandaise. 

La tête sera physiquement restituée en novembre… à moins que le tribunal administratif s’y oppose.

Madame Christine Albanel - mai 2007La ministre de la culture française, Christine Albanel, estime que les collections du muséum de Rouen sont  » protégées par un régime juridique particulier, destiné à garantir l’intégrité du patrimoine de la Nation qui est en principe inaliénable  » et une restitution de pièce doit donc être soumise à  » l’avis d’une commission scientifique, dont le rôle est de vérifier qu’il n’est pas porté une atteinte injustifiée au patrimoine national « .  

Le maire, Pierre Albertini (ex-UDF) rétorque que la tête de guerrier n’est pas juridiquement une  » pièce de collection « , mais fait partie  » de restes humains qui répondent à la loi de bioéthique et ne font donc pas l’objet d’un droit patrimonial quelconque « .  

Cette restitution en rappelle une autre…

Le 29 avril 2002, a eu lieu, dans les locaux de l’ambassade d’Afrique du Sud en France, une cérémonie de restitution des restes de la dépouille de Saartjie Baartman, surnommée la Vénus hottentote.Le communiqué conjoint du ministère français des Affaires étrangères, du ministère français de la recherche et de l’ambassade d’Afrique du Sud annonçait l’événement en ces termes :  » Par la loi du 6 mars 2002, la France a décidé de remettre à la République d’Afrique du Sud la dépouille de Saartjie Baartman, décédée à Paris en décembre 1815 et dont les restes ont été conservés jusqu’à ce jour au Muséum national d’histoire naturelle (…) Cette restitution témoigne de la volonté de la France et de la République d’Afrique du Sud de rendre sa dignité à Saartjie Baartman et de faire en sorte que sa dépouille puisse reposer en paix en Afrique du Sud… (l’inhumation eu lieu le 9 août en présence du président Thabo Mbeki près du petit village de Hankey dans l’Eastern Cape).

On voit mal comment aujourd’hui les têtes de guerriers maoris encore présentes dans les musées français ne retourneraient pas dans leur pays d’origine. Ces têtes ont été l’objet de trafic au XIXe siècle. Symboles de la toute puissance d’un chef, elles étaient décapitées, puis naturalisées (momifiées). Rapportées comme trophées par des Européens, elles ont ensuite été l’objet d’un trafic odieux. Certains esclaves ont même été tatoués puis décapités. Leurs têtes ont alimentées ce trafic…

A noter que la dépouille de Saartjie Baartman, était dans les réserves du Musée de l’Homme. Un musée décidément voué à la beauté paradoxale du monde…  

Aujourd’hui dans ce musée de l’Homme, une exposition d’autres têtes prend des allures d’immense carnet de voyage. Titouan Lamazou, le navigateur-dessinateur y expose le fruit de six années de quête de la femme à travers le monde. Ces visages sont magnifiques, dessinés, photographiés, cadrés, retouchés pour le cadre, infographiés. Zoé Zoé, Femmes du monde, a pour exergue cette parole de Victor Segalen :  » Ne nous flattons pas d’assimiler les moeurs, les races, les nations, les autres ; mais au contraire, réjouissons-nous de ne le pouvoir jamais, nous réservant ainsi la perdurabilité du plaisir de sentir le divers. «