La Réunion : 183 livres vendus à Saint-Malo

Avec 183 livres vendus, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année 2010, l’association des professionnels du livre de La Réunion, La Réunion des livres, dresse un « bilan extrêmement positif » du 22e festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo (9 au 13 juin 2011).

Dans un communiqué, l’association résume ainsi son bilan : « Trois maisons d’édition réunionnaises étaient présentes : Epsilon éditions, Océan éditions et Orphie, huit auteurs et illustrateurs, 765 titres présentés, 183 livres vendus, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année 2010. »

La Réunion des livres est une association interprofessionnelle des métiers du livre à La Réunion qui a été créée en 2007. Elle regroupe des auteurs, des éditeurs, des libraires, des bibliothécaires, des documentalistes et des enseignants dans « l’objectif de faire la promotion du livre et de la lecture pour tous les publics à La Réunion ».

 

Bouquins solidaires… pour aller à la mer… en leporello

Communiqué de presse (dont on est forcément solidaire !)

Ce mercredi 24 août, 5 000 enfants en vacances avec le Secours populaire français ; chacun rentrera avec un livre de Rue du monde.

Sur la plage de Cabourg, 5 000 enfants oubliés des vacances vont vivre une journée de rêve, baignade, jeux, musique, nouveaux copains… leur seule journée de vacances, de dépaysement et de découvertes.

Les éditions Rue du monde sont associées depuis huit ans maintenant à cette initiative avec leur Été des bouquins solidaires. La vente de trois titres sortis en juin (pour deux livres vendus, un livre offert au Secours populaire) permet d’offrir un livre à chaque enfant.

Cette année ce seront 5 200 livres qui seront ainsi offerts, dont l’album Au même instant, sur la Terre... sorti à cette occasion.

Chacun pourra ainsi rentrer de cette journée exceptionnelle avec son livre, une autre manière de s’évader et de voyager encore, une autre occasion d’avoir quelque chose à raconter lors de la rentrée.

[Ce livre se déplie en accordéon, façon leporello :]

 

Une anthologie de poésie, Grand prix du livre insulaire d’Ouessant

À Ouessant, l’anthologie de poésie Outremer, trois océans en poésie, aux éditions Bruno Doucey a remporté le Grand prix du livre insulaire.

 

Présentation du livre lors de sa sortie, lors du Printemps des poètes :
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=33835

Découvrez L’anthologie « Outre-Mer, trois océans en poésie » à l’honneur du Printemps des poètes sur Culturebox !

Sur le Salon du livre insulaire (20 au 24 août) et autres friandises littéraires en terre bretonne, lire l’excellent Iles et Rias de Bretagne infos.

Voici l’ensemble du palmarès 2011 (Jean Métellus, président du jury) :

Grand prix du livre des îles du Ponant 2011
Christian Poslaniec et Bruno Doucey
Outremer, Trois océans en poésie
Éditions Bruno Doucey

Prix Beaux-livres
Matthieu Dorval et Chloé Batissou
Land’s end -Terres d’infini .2
Françoise Livinec Éditions

Prix essai, deux lauréats :
Mimerose P. Beaubrun
Nam Domi, le récit d’une initiation vodou
Editions Vents d’ailleurs
et
Louis Cozan
Un feu sur la mer, Mémoires d’un gardien de phare
Editions Les oiseaux en papier

Prix sciences, deux lauréats :
Christophe Serra Mallol
Nourriture, abondance et identité, Une socio-anthropologie de l’alimentation à Tahiti
Editions Au vent des îles
et
Teiki Huukena
Te Patutiki, Dictionnaire du tatouage polynésien des îles Marquises – Tome 1
Tiki Édition

Prix poésie
Jean-Luc Raharimanana
Les cauchemars du gecko
Editions Vents d’ailleurs

Prix Études littéraires
Jean-Michel Racault
Robinson & compagnie, Aspect de l’insularité politique de Thomas More à Michel Tournier
Éditions Petra

Mentions spéciales
Fred Theys
Les zazous…  1. L’initiation
Éditions Orphie
et
Elisabeth O’Sullivan, traduit de l’anglais (Irlande) par Hervé Jaouen
Lettres de la Grande Blasket
Édition-dialogues.fr

Prix polar
Raphaël Confiant
Citoyens au-dessus de tout soupçon
Caraïbéditions

Prix Littérature Jeunesse
1. Prix album
Laurence Coulombier et Modeste Madoré
Maki Catta
Éditions Océan

2. Prix roman
Corinne Champougny
Un cadavre dans les douves
Éditions du Petit pavé

 

Glissant, Jaurès, maîtres ès jeunesse, ès sagesse

Édouard Glissant écrivait dans L’intention poétique (1969) :
« Si la solution te paraît difficile, peut-être même impraticable, ne va pas crier tout à trac qu’elle est fausse. Ne te sers pas du réel pour justifier tes manques. Réalise plutôt tes rêves pour mériter ta réalité. ».
Nous le rappelions dans Papalagui (14/08/11).
Ce matin, Libération nous remet en mémoire le « Discours à la jeunesse » de Jean Jaurès, prononcé le 30 juillet 1903 au lycée d’Albi, par ailleurs disponible dans son intégralité dans L’Ours, l’Office universitaire de recherche socialiste. Lire cet extrait :
« Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. »

Adieu à Gil Courtemanche

L’écrivain et journaliste Gil Courtemanche est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi des suites d’un cancer, à l’âge de 68 ans, ont annoncé vendredi les Éditions du Boréal.

Un dimanche à la piscine à Kigali (2002), son premier roman, traduit en vingt-trois langues, lui a valu une reconnaissance internationale. Il a été porté à l’écran par Robert Favreau en 2006.

Dans leur communiqué, les éditions Boréal relèvent son « talent de communicateur, son regard lucide et acéré sur les dérives du monde et du tiers-monde [qui] ont vite imposé sa voix comme une “conscience” des laissés-pour-compte ».

« Je retiens de lui une personne qui semblait toujours seule […] mais qui était capable de grandes affections, de fortes émotions », se souvient l’écrivain Dany Laferrière, qui qualifie son collègue « d’un des meilleurs » du Québec.

« Ce qui va rester pour moi c’est son style limpide et transparent, cette élégance dans la forme qui faisait de lui un dandy », rapporte Radio-Canada.ca

« Je pense que les gens qui écrivent ont un devoir d’impudeur », confiait-il à Chantal Guy, qui l’interviewait pour La Presse, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, en mai dernier, Je ne veux pas mourir seul (Boréal).

« D’une fougue impétueuse, obstiné, parfois intraitable mais toujours brillant. Le journaliste, essayiste et écrivain Gil Courtemanche aura dit cent fois tout haut ce que plusieurs pensaient tout bas. », écrit Lisa-Marie Gervais dans Le Devoir.

Rencontré en 2004 à Bamako lors d’un festival Étonnants voyageurs, Gil nous avait fait l’impression d’un homme cinglant et sans concession dans ses jugements, attachant dans son amitié, en équilibre instable sur le monde. Sa chronique de l’époque dans Le Devoir en témoigne.

 

« Écrivains autochtones » de Polynésie

Avis aux amateurs :

Une lecture publique sera donnée par les écrivains autochtones de l’association Littérama’ohi le vendredi 19 août de 9h à 10h30 au marché de Pape’ete Mapuru a Paraita. Les textes seront lus par Rai Chaze, Isidore Hiro, Flora Devatine, Heinarii Grand, Aimeho Charousset, Marguerite Lai, Tuarii Tracqui, Vaihere Bordes et Chantal Spitz. Vous êtes tous invités à venir partager ce moment.

Réalise tes rêves pour mériter ta réalité (Edouard Glissant)

Chez Ariane, libraire du marché de la place des Fêtes, on tombe sur L’intention poétique d’Édouard Glissant, dans son édition d’origine, au Seuil en 1969, soit onze ans après son prix Renaudot pour La Lézarde, trois ans après son retour en Martinique où il vient de fonder l’Institut martiniquais d’études, ainsi que la revue Acoma.

C’est un essai sur Mallarmé et Saint-John Perse, comme sur « la planétarisation de la pensée », « le dire exotique », « la damnation de ce mot : métissage », etc.

L’intention poétique porte ces mots en 4e de couverture :

« Si la solution te paraît difficile, peut-être même impraticable, ne va pas crier tout à trac qu’elle est fausse. Ne te sers pas du réel pour justifier tes manques. Réalise plutôt tes rêves pour mériter ta réalité. »

Mafrouza 1, film emporté

Vu l’épisode 1 de Mafrouza, titré « Oh La nuit ! », documentaire extraordinaire d’Emmanuelle Demoris. Même écriture emportée que Mafrouza 5, vu auparavant. Emportée par la foule, dirait Piaf, emportée par des vies minuscules, grandies par le regard et l’écoute de la cinéaste. Même démarche dans le labyrinthe de ce quartier bidonville d’Alexandrie (Égypte), au plus près de ses habitants. Même caméra qui prend plaisir à se laisser guider par les corridors dès la première séquence. Les cours sont au fond des ruelles sans que la frontière ne soit visible. Lakous égyptiens à l’image des lakous de Port-au-Prince (Haïti) ou des Antilles françaises, patios déglingués mais chauffés à la chaleur humaine.

Dans Mafrouza 5, domine la figure d’Adel, de sa femme Ghada et de leur fille, Adel et son cahier de poèmes écrits pour son premier amour, domine la figure de cet homme dont la maison inondée envahit progressivement son espace mental. Abu Hosny écope sa maison inondée tel un Sisyphe condamné par Zeus à monter éternellement le même rocher sur la même montagne. Ce mafrouzote vit sa tragédie quotidienne jusqu’au mutisme… Om Bassiouni cuit son pain entre les gouttes de la pluie de l’hiver. Les Chenabou demandent protection à Saint-Georges.

Et toujours ces chants de rues. Chants pour un mariage où le lendemain de la nuit de noces la mariée n’est pas épargnée par une destinée de mégère qui lui est proposée en accéléré. Chants d’une jeunesse ouverte sur le monde, malgré le labyrinthe apparent du bidonville.

Cet esprit joyeux renvoie à une autre quotidien contemporain, celui de la place Tahrir, lieu emblématique du Printemps égyptien. Sur le blog de Snony, ce témoignage : « En attendant que font les Égyptiens ? La fête. Dans tous les quartiers, on danse, on chante, on se raconte des blagues : trois activités quasi- identitaires qui n’ont jamais cessé sur la place, même au plus fort des combats. Témoignages de l’explosion créatrice qui a saisi tout le pays, les chansons et les clips video envahissent le net. »

Mafrouza est un chant de liberté.

Mafrouza, film héroïque

Recommandons le film Mafrouza, film sur ce quartier d’Alexandrie et sa population, documentaire de 12h21, découpé en cinq parties, visibles indépendamment. Filmés au plus près par Emmanuelle Demoris, les gens sont nus, ou plutôt leur vie, comme dans « La main du papillon », sur l’attente d’un accouchement, dans ce bidonville nécropole d’une ville mythique du bord de la Méditerranée. Domine l’absence d’idéologie dans le regard tendre de la cinéaste, les joutes chantées, l’abondance de récits du quotidien, même le rêve d’une famille de plusieurs dizaines d’enfants, qu’Adel emmènerait dans un autobus… à l’école, au travail.

Recommandées aussi à Paris les soirées spéciales du cinéma Saint-André des Arts qui invite chaque semaine l’équipe du film. Jean Gruault, producteur, l’a assuré très justement, lundi 8 août, entre gouaille anarchiste et goût pour l’aventure humaine : « Mafrouza est un film héroïque ». Détails des programmations sur le site du Saint-André des Arts.

Extrait sur le site de Shellac Distribution.

Sur la naissance de ce documentaire monumental, rencontre avec l’auteur Emmanuelle Demoris et avec le producteur Jean Gruault, dans Télérama : « Eblouie par la liberté d’esprit et par l’humanité solaire de ses habitants, Emmanuelle s’y rend à plusieurs reprises.  »

Jacques Mandelbaum écrit dans Le Monde, « C’est un éblouissant témoignage. Un tombeau poétique, une prophétie politique, un film d’amour. On pense, naturellement, à un pendant documentaire de l’œuvre du grand cinéaste égyptien Youssef Chahine. On pense, plus encore, à deux références contemporaines, dont Mafrouza partage la préoccupation morale, l’engagement sur le long terme, l’enjeu esthétique. La série cinématographique du Portugais Pedro Costa sur les laissés-pour-compte du bidonville de Fontainhas (Ossos, 1997 ; Dans la chambre de Vanda, 2000 ; En avant jeunesse !, 2006). Le monument du Chinois Wang Bing consacré à la perdition des ouvriers victimes du démantèlement d’un complexe industriel (A l’ouest des rails, 2003). A leur suite, Mafrouza imprime la vraie légende des parias de notre temps. »

Toujours dans Le Monde, lire l’interview d’Emmanuelle Demoris : « Les Egyptiens qui ont vu Mafrouza ont exprimé leur admiration pour les habitants de ce quartier informel, qui ont construit leur monde et leurs lois, sans rendre de comptes à une autorité. En dépit de la pauvreté et des difficultés quotidiennes (les rats, la montée des nappes phréatiques, etc.), ils s’organisaient comme ils voulaient. Lors du débat qui a suivi une projection, l’un des personnages du film, Adel, a même dit : « On pouvait être spontanés et libres. »

Pour Olivier Barlet, dans Africultures,  » L’enjeu est bien sûr de sortir de nos certitudes ataviques. Cette expérience cathartique (au sens où l’émotion engendrée construit un regard autonome) est saisissante et l’on comprend qu’Emmanuelle Demoris, qui a tourné seule et sans producteur, avec pour soutien financier une bourse de la Villa Médicis et une petite aide du CNRS, ait pu convaincre d’autres personnes de la pertinence et de l’importance de son travail, à commencer par son ami scénariste Jean Gruault (auteur de Jules et Jim et de La Chambre verte avec François Truffaut, de Mon oncle d’Amérique et de L’Amour à mort avec Alain Resnais), qui à 84 ans monte une société de production, les Films de la Villa, pour donner au film, avec le soutien de la région Ile-de-France et du Studio des Arts Contemporains du Fresnoy, les moyens nécessaires à son aboutissement, notamment le montage réalisé avec Claire Atherton.
Ce bidonville de Mafrouza, aujourd’hui détruit tandis que les habitants ont été relogés dans des HLM à 15 km de la ville, dans une zone à la fois désertique et industrielle, est comme tant d’autres endroits de la planète que le cinéma peut nous rendre proches s’il accepte d’en intégrer l’opacité pour en révéler l’énergie créatrice, c’est-à-dire de ne pas filtrer la réalité à l’aune de notre seule compassion ou compréhension : un lieu qui nous apprend à vivre le chaos du monde. »