La Chronique culture n°5 du 21 octobre 2011

La chronique n°5 (France Ô, InfoSoir, 18h30, 21/10/11) évoque trois événements culturels 1. La FIAC avec Beaux-Arts magazine et trois œuvres dont les prix sont respectivement 5 millions d’euros (Basquiat, galerie Tornabuoni), 22 000 euros (Kantor, galerie Mogazzino) et 0,75 euro (Jarrar, galerie Polaris) :

 

Pour voir le timbre de Khaked Jarrar exposé, visionner le reportage de Marie Berrurier :
Découvrez FIAC 2001 : le marché de l’art de connait pas la crise ! sur Culturebox !

2. L’essai de Jean-Pierre Filiu, La Révolution arabe, Dix leçons sur le soulèvement démocratique (Fayard). Une analyse historique, politique, documentée et fine de « l’intifada démocratique ».

 

3. L’ouverture d’une nouvelle librairie au Quartier latin, 15 rue Victore-Cousin, Paris Ve, la librairie Orphie (outre-mer, francophonie, voyage, tourisme, jeunesse, sciences-humaines). Site des éditions Orphie. Première rencontre littéraire avec Matthieu Renault, auteur de Frantz Fanon, De l’anticolonialisme à la critique postcoloniale (éditions Amsterdam), le 8 novembre 2011, 18h.

L’article de Livres-hebdo, 12/10/11 :

« L’ordre et la morale », de Mathieu Kassovitz, interdit de salles à Nouméa ?

Après le refus de l’unique exploitant de salles de cinéma en Nouvelle Calédonie de diffuser leur film, « L’ordre et la morale » (sur une prise d’otages meurtrière en 1988 à Ouvéa, vue par Philippe Legorjus, ancien patron du GIGN) le réalisateur et comédien, Mathieu Kassovitz et le producteur, Nord Ouest Films, ont décidé de « reporter » l’avant-première qui devait se dérouler le 29 octobre à Ouvéa et le 30 octobre au centre Jean Marie Tjibaou à Nouméa.

Dans un communiqué, le producteur et le réalisateur ont expliqué que « l’unique exploitant de salles de cinéma en Nouvelle Calédonie [la société Hickson] ne souhaite plus à ce jour diffuser le film, estimant que celui-ci « attise les rancoeurs » et « affaiblit les forces du consensus ». Le film devait sortir dans sa salle à Nouméa le 16 novembre prochain, comme partout en France.

Nous ne comprenons pas une telle décision qui remet en cause la diffusion du film au sein de la population calédonienne dans son ensemble.

Le film n’a pas été fait dans un objectif polémique, nous nous sommes attachés à ne pas suivre un point de vue partisan mais au contraire à respecter la réalité et la douleur des parties en présence.

Le film a été montré à de nombreux officiels kanak et caldoches, (…)  Nous pensons que ce film est utile et contribuera au devoir de mémoire.

Le report de l’avant-première est donc une décision que nous avons prise, nécessaire afin de dédramatiser la situation et de résoudre intelligemment cette problématique dans le dialogue et le respect des positions de chacun et surtout en évitant toute conséquence indésirable. »

 

[Papalagui s’étonne qu’un tel monopole, dans son anachronisme pesant,  puisse encore faire la pluie (surtout la pluie) et le beau temps sur le cinéma en salles dans un pays de puissante culture comme la Nouvelle-Calédonie. Si l’information était avérée — et comment ne le serait-elle pas ? —, elle devrait susciter quelques réactions parmi les figures intellectuelles du Caillou. On ne peut que souligner la dignité de l’attitude de Mathieu Kassovitz.]

Par curiosité, voir la programmation en cours du cinéma Hickson de Nouméa.

Selon Wikipédia, parmi ses « infrastructures culturelles, on compte « 12 salles de cinéma au sein du multiplexe CinéCity, en bordure du port et du centre-ville, soit un bâtiment de 5 niveaux comprenant un espace de jeux d’arcade, de restauration et la billetterie au rez-de-chaussée, les salles dans les trois premiers étages et enfin les bureaux de la société Hickson qui gère ce cinéma au dernier étage. Toutes les autres salles (celles du Rex, du City, l’autre cinéma Hickson à Nouméa, du Plaza et du Liberty) ont toutes été démolies ou reconverties. Le choix des films reste généralement limité et retardé vis-à-vis des sorties internationales et françaises ».

Un site consacré aux débuts du cinéma en Nouvelle-Calédonie, retrace la généalogie de la famille Hickson depuis l’arrivée d’un ancien jockey australien en 1895.

Le groupe Facebook « marre du monopole de hickson » est « inactif ».

Octobre noir, une BD pour prendre date

Dans Octobre noir, Didier Daeninckx au scénario et Mako au dessin retracent avec talent l’atmosphère poisseuse, pluvieuse et sanglante du 17 octobre 1961 à Paris, entre l’ambiance rock des tremplins du Golf-Drouot et de l’Olympia, et la manifestation des ouvriers Algériens venus de la banlieue de Paris, leur ratonnade boulevard Bonne-Nouvelle, et la litanie des disparus, matraqués puis jetés dans la Seine ou renvoyés illico en Algérie.

À l’heure d’un appel à la reconnaissance officielle de la tragédie, et d’une inscription de la date dans le récit national, une bande dessinée des éditions Ad libris apporte son éclairage sensible et douloureux [à noter l’erreur de la page Wikipédia intitulée 1961 qui évoque un « Massacre d’indépendantistes algériens lors d’une manifestation à Paris »].

La BD bénéficie d’une préface de Benjamin Stora. « Pourquoi un tel déferlement de brutalités policières à l’encontre des manifestants algériens, alors que six mois plus tard à peine vont être signés les accords d’Évian conduisant à l’indépendance de l’Algérie ? interroge l’historien. Pourquoi la direction de la Fédération de France du FLN a t-elle donné la consigne d’une manifestation pacifique ? N’y a-t-il pas eu de sa part sous-estimation ou tout simplement incompréhension des intentions du gouvernement français ? »

Dans le rappel du contexte politique de l’époque, l’universitaire de Paris 13 (voir le site de Benjamin Stora) prolonge l’analyse de Gilles Manceron dans La triple occultation d’un massacre (La Découverte) (cf. Papalagui, 14/10/10).

Dans la préface d’Octobre noir, Benjamin Stora écrit : « La nuit du 17 octobre s’est longtemps enfoncée dans les eaux boueuses de la mémoire française. Recouverte par l’autre nuit de Maurice Papon, celle du métro Charonne de février 1962. (…) Et puis les amnisties des crimes de la guerre d’Algérie sont arrivées très vite, contenues dans les accords d’Évian signés en mars 1962. (…) Les amnisties successives (quatre après 1962) consolideront le silence. »

L’intérêt de la BD Octobre noir est aussi dans cet accompagnement par l’analyse historique et mémorielle (par ailleurs, lire l’article de Pierre Nora, « La question coloniale, une histoire politisée », Le Monde, 15/10/11). Un livre qui rappelle en sa fin, la belle harangue de l’écrivain Kateb Yacine au peuple de la Commune : « Peuple français, tu as tout vu oui tout vu de tes propres yeux et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant vas-tu te taire ? ».

La BD est complétée par un article de Didier Daeninckx, qui fait retour sur sa jeunesse, publié une première fois dans la presse algérienne à l’occasion du 25e anniversaire de la répression, contre une « amnésie volontaire, organisée », pour rappeler que des « dizaines de lignes [sont] à remplir pour rendre leur identité à chacune des victimes, afin que l’oubli ne soit plus possible. » (Médiapart l’inscrit dans une série intitulée 17 écrivains se souviennent).

Les éditeurs concluent la BD par la liste établie par l’historien Jean-Luc Einaudi, auteur de La Bataille de Paris (Le Seuil) : « Morts et disparus à Paris et dans la région parisienne ».

Débat avec les auteurs à l’Institut du monde arabe (IMA) de Paris, le 27/10/11 à 18h30.

 

Boualem Sansal, prix de la paix de la foire du livre de Francfort

L’écrivain algérien francophone Boualem Sansal a obtenu dimanche le prix de la paix de la foire du livre de Francfort, en Allemagne, selon l’AFP.

M. Sansal, 62 ans, a reçu le prix pour sa critique du régime d’Alger et son lutte pour « la liberté de parole, de culture et de religion » dans son pays, a déclaré le président de la foire, Gottfried Honnefelder.

Dans Le Village de l’Allemand, il compare nazisme et islamisme. Dans son tout dernier roman, Rue Darwin, il évoque son enfance et réactive « les zones sombres de sa mémoire, explique Grégoire Leménager sur Bibliobs, il s’est souvenu d’avoir d’abord grandi dans un étonnant phalanstère régi par une impératrice locale qui, à l’époque coloniale, tirait une partie de sa fortune d’un gigantesque lupanar. Et « ça n’est pas des choses qu’on raconte, évidemment. »

 

Haïti et Nantes en Guadeloupe

Au Moule (Guadeloupe), signalons la conférence sur Haïti, proposée à la Médiathèque de la commune aujourd’hui, à 18h, en présence de l’historienne d’art ex-conservatrice au Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH), Marie-Lucie Vendryes, actuellement en résidence à L’Artocarpe, les responsables de l’organisme Les Anneaux de la Mémoire (Nantes) ainsi que des artistes de la Guadeloupe dont les oeuvres accompagnent l’exposition d’Ayiti à Haïti, La Liberté conquise.

La Chronique culture n°4 : le 17 octobre 1961

La chronique n°4 (France Ô, InfoSoir, 18h30, 14/10/11) marque le cinquantenaire du 17 octobre 1961 en cinéma, livres, colloques, etc.

1. En cinéma, le documentaire Ici on noie les Algériens 17 octobre 1961 de Yasmina Adi revient sur la répression sanglante d’une manifestation pacifique d’Algériens à Paris quelques mois avant la fin de la guerre d’Algérie. Il sortira dans une trentaine de salles le 19 octobre.

A signaler la sortie d’Octobre à Paris de Jacques Panijel. Séances.

2. L’édition marque les 50 ans de cette ratonnade à plus d’un titre. Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx, grand polar politique, publié en 1984, Grand Prix de Littérature Policière (1985) fait l’objet par Futuropolis d’une réédition illustrée par Jeanne Puchol (voir son blog BD) :

© Puchol/Daeninckx/Futuropolis/Gallimard

Le 17 octobre des Algériens (La Découverte), de Marcel et Paulette Péju, est un texte inédit qui devait paraître à l’été 1962.

Il est complété par La triple occultation d’un massacre de Gilles Manceron, selon qui « trois facteurs ont contribué à la « dissimulation d’un massacre » : la négation et la dénaturation immédiates des faits de la part de l’État français, prolongées par son désir de le cacher ; la volonté de la gauche institutionnelle que la mémoire de la manifestation de Charonne contre l’OAS en février 1962 recouvre celle de ce drame ; et le souhait des premiers gouvernants de l’Algérie indépendante qu’on ne parle plus d’une mobilisation organisée par des responsables du FLN qui étaient, pour la plupart, devenus des opposants. Trois désirs d’oubli ont convergé. Ils ont additionné leurs effets pour fabriquer ce long silence. »

L’historien Gilles Manceron préface par ailleurs un recueil de textes, circulaires, notes de police, dans Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque, coordonné par l’association « Sortir du colonialisme », postface d’Henri Pouillot, Éd. Les petits matins, 128 p.

Avec La police parisienne et les Algériens (1944-1962) (Nouveau monde éditions), l’universitaire Emmanuel Blanchard remonte à 1944 et au « problème nord-africain », selon la terminologie policière, pour éclairer la répression dirigée par Maurice Papon, à l’époque préfet de police de la Seine (condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité pour son rôle sous l’Occupation, comme secrétaire de la préfecture de Gironde, dans la déportation des Juifs de Bordeaux).

Commémoration de ce cinquantenaire à Nanterre, ce vendredi avec le documentaire de Yasmina Adi en avant-première et un colloque ce samedi 15. Programme sur le site de la ville de Nanterre.

La Ligue des droits de l’homme et l’association Au nom de la mémoire organisent un colloque intitulé « Le 17 octobre 1961 : 50 ans après, la nécessaire reconnaissance » (avec les historiens Emmanuel Blanchard, Jean-Luc Einaudi, Gilles Manceron, Mohammed Harbi, Jim House, Neil MacMaster, Alain Ruscio, etc.), samedi 15 octobre de 13 h à 17 h, Assemblée nationale, salle Victor-Hugo, 101, rue de l’Université, Pari VIIe. Inscription obligatoire.

Voir aussi le site du quotidien L’Humanité.

Médiapart lance un appel pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961

Voir la programmation de France-Culture.

Le Collectif 17 octobre 61 demande « Vérité et justice », c’est-à-dire « que les plus hautes Autorités de la République reconnaissent les massacres commis par la Police Parisienne le 17 octobre 1961 et les jours suivants, comme un crime d’Etat« .

Voir le programme du Maghreb des films (16 au 25 octobre 2011 à Paris).

L’AMAL, Association pour la mémoire algérienne, commémore le 17 octobre à l’esplanade de la Défense, lundi à 17h30.

L’histoire coloniale de la France et de l’Algérie sera marquée ce 17 octobre par une soirée à Paris, autour de Frantz Fanon, mort il y a 50 ans, année de la parution des Damnés de la terre, au Duc des Lombards, un célèbre club de jazz qui recevra le musicien martiniquais Jacques Coursil et le rappeur Rocé, lui-même né à Bab El-Oueb, pour une émission de la radio TSF Jazz à 19h.

3. En musique, parmi l’actualité du festival Banlieues tropicales, dans l’Essonne, signalons le concert du groupe guadeloupéen Soft… une « anomalie » dans le paysage musical antillais, qui se produit ce vendredi 14 à Sainte-Geneviève des bois, et ce samedi 15 à Palaiseau.

Glissant et Marchand au Salon de la revue

Au Salon de la revue ce week-end à Paris, du 14 au 16 octobre, 14 rencontres sont programmées dans la salle Édouard Glissant (1928-2011), dont « Comment définir le postcolonial sans tomber dans une pensée binaire distinguant trop schématiquement d’un côté la colonisation et de l’autre l’après-colonisation ? », samedi à 16h30.

L’autre salle est baptisée Jean-José Marchand, critique d’art (1920-2011) et propose 16 tables rondes, dont « Qu’est-ce que l’actualité pour une revue ? », samedi à 14h30. Dans son blog, nous pouvons lire son dernier billet, du 30/08/11, « Vous avez-dit culture ? ».

Pour le producteur des entretiens Les Archives du XXe siècle, pour la télévision : « La culture vraie demeure le fait d’avoir une expérience vécue des œuvres (…) Ce n’est pas en faisant la queue dans les musées ou en écoutant les commentateurs qu’on se cultivera, c’est en imposant silence aux bruits du forum, des télévisions, et en écoutant au plus profond de soi-même. »

Le Salon de la revue est à l’Espace d’animation des Blancs-Manteaux 48, rue Vieille-du-Temple, Paris 4e.

Il me faut toutes les langues

Il me faut tout, le langage du Mineiro, du Brésilien, du Portugais, il me faut le latin, peut-être aussi la langue des Esquimaux et des Tartares. Nous avons besoin de mots nouveaux ! (João Guimarães Rosa)

De mon point de vue d’écrivain, « j’écris en présence de toutes les langues du monde », même si je n’en connais qu’une seule. (…) le multilinguisme relève non seulement d’une situation, mais aussi d’une sensibilité nouvelle, liée à ma fréquentation d’une poétique de la mondialité. (Édouard Glissant)

Depuis quelques années, un nouveau domaine de la linguistique s’est développé, que l’on appelle la typologie linguistique. Son but, tel que je le comprends, consiste précisément à rechercher les universaux des langues humaines à travers l’observation fine de leurs différences. (Alexandre François, spécialiste des langues mélanésiennes)

[Dans ma jeunesse,  j’ai] baigné dans une marinade de langues. (Hélène Cixous)

(Je le regrette infiniment, mais il est absolument impossible d’expliquer le mot saudade à qui n’est pas de notre langue.) (José Eduardo Agualusa)

Alors, il [le leader suprême] parlait en vociférant. Il parlait sans arrêt. Il parlait et déparlait, les yeux fermés, les bras pleins de geste, la gorge ouverte à la bégaudine des ombres et du vent. Et sa bouche foufouneuse se dévulvait pour éjaculer de temps en temps des flammes joyeuses qui léchaient les toitures et les murs de la ville. Les arabesques multicolores, les rabadaises démagogiques, les souvirames vertigineuses, les maniguettes poivrées et les philorianes explosives doudoulunaient d’ivresse euphorique les habitants des bidonvilles. Repus de la vapeur des mythes, les fornicons n’avaient guère besoin de manger pour vivre dans l’allégresse d’un carnaval perpétuel. Frankétienne, L’Oiseau schizophone.

J’ai écrit en français, parce que je ne connais pas le sango ! (Vassilis Alexakis)

Lire, c’est ingérer une langue peut-être ennemie. (Claro)