Amour, le retour

© Pascal Colrat

La scène du Tarmac à la Villette (Nord-Est de Paris) reprend, du 1er au 19 avril, Amour, créée à l’Agora d’Evry, en banlieue parisienne, les 27 et 28 septembre 2007. Ce texte de la romancière haïtienne Marie Vieux-Chauvet est adapté par le dramaturge bénino-guadeloupéen José Pliya, mis en scène par le Lillois Vincent Goethals, assisté du Martiniquais José Exilis.

Amour est la première partie de la trilogie Amour, colère et folie, un véritable joyau de la littérature haïtienne. Cette critique de la bourgeoisie dont l’héroïne (dans Amour) est issue de l’aristocratie a été écrite sous le régime du dictateur François Duvalier.

La suite : Papalagui du 24/09/07.

Une critique (Odile Quirot , Le Nouvel Observateur, 27 mars-2 avril), qui a vu Amour sur la scène de L’Artchipel à Basse-Terre (Guadeloupe) :  » Ce beau projet évite le tête-à-tête exclusif qui entache trop souvent les rapports artistiques entre la métropole et les Antilles. José Pliya croit -qui lui en donnerait tort?- que la meilleure réponse au repli identitaire est celle de l’aventure commune des poètes, des artistes. Et aussi d’une audience reconquise à force d’ouverture à l’autre, ainsi lors de ces soirs où de jeunes tageurs expriment en direct sur de large toiles la vision que leur a inspiré le spectacle en cours. »

Les Indes en lecture intégrale

Assisté à la Bibliothèque Robert-Desnos de Montreuil, banlieue Est de Paris, à une belle lecture par la comédienne Sophie Bourel – rythmée par le créole de la voix haïtienne de Clorinde Zéphyr – de l’intégralité des Indes, long poème d’Edouard Glissant, parmi ses tout premiers (1956), où s’amarrent les mémoires d’une époque fabuleuse et cataclysmique, la Découverte des Indes en Caraïbe, et d’une époque de catastrophes, la Traite.

Glissant donne rendez-vous aux Parisiens le 30 mai à l’Espace Agnès B. pour le dernier séminaire de l’année de l’Institut du Tout-Monde , avec l’intitulé : Philosophie du Tout-Monde ; et le 31 mai à la Halle Saint-Pierre pour une série de lectures…

Martine et l’orthographe

« Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.

Les gamins se sont certainement perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.

Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! A ce moment, le chien se mit à aboyer. »

Ce texte est la dictée qui a été proposée à vingt ans d’intervalle à un échantillon d’élèves de fin de CM2, en 1987 et en 2007. Le Monde se fait l’écho d’une « note d’alerte » émanant des services statistiques du ministère de l’éducation : le niveau en orthographe baisse !

Sur une dictée de 85 mots, la proportion d’élèves faisant plus de 15 erreurs, qui était de 26 % en 1987, est passée à 46 % en 2007.

« Le soir tombè. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.

Les gamins se sont certainaiment perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.

Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vu ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! A ce moment, le chien se mit à aboyer. »

Ce sont principalement les erreurs grammaticales qui ont augmenté, passant de 7 en moyenne en 1987 à 11 en 2007. Ainsi, alors que 87 % des élèves écrivaient correctement « tombait » dans la phrase « le soir tombait », ils ne sont plus que 63 % en 2007. Alors que 61 % des élèves orthographiaient correctement le mot « certainement » en 1987, ils ne sont plus que 50 % en 2007. En revanche, sur des conjugaisons difficiles pour les élèves de CM2, comme l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir, le pourcentage de réussite n’évolue pratiquement pas : en 1987, seulement 32 % des élèves, écrivaient correctement « vus » dans la phrase « elle les a peut-être vus » ; en 2007, ils sont 29 %. »

Quelles leçons tirer ? Ce texte ne fait pas 85 mots mais 67, et que comprendre à ce raisonnement incohérent qui fait dire à maman :

 » Les gamins se sont certainement perdus « 

et juste après :

 » S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison « .

Ce Petit Poucet new look est correct, orthographiquement parlant (si l’on peut dire), mais assez incohérent quant au raisonnement maternel, non ? Comment envisager qu’ils seront fatigués alors qu’on les imagine perdus ? A moins de les considérer comme simplement  » égarés « , l’une des acceptions possibles de perdus, mais exagérée, n’est-ce pas ?

Téléphonons à Martine…

Le quartier-monde de Koffi Kwahulé

Cette idée d’appeler la Goutte d’Or, un quartier-monde, sonne juste.

A l’origine, une rencontre entre un auteur et un théâtre. Un auteur dont la plume musicale confronte l’Homme à son animalité. Un théâtre animé par le souffle d’un quartier-monde. L’écriture respire alors au rythme de la Goutte d’Or : Koffi Kwahulé vit en résidence au Lavoir Moderne Parisien et écrit sur le thème de la Joie avec les acteurs de ce quartier.
Anima Kwahulé est le titre de ces deux mois de programmation (à partir du 5 avril) où se mêlent spectacles, concerts, lectures, colloque, expositions dans des chantiers d’écriture-jazz.
Si la programmation Anima Kwahulé est centrée sur l’écriture de Koffi, elle invite également à découvrir un essaim d’artistes engageants – écrivains, acteurs, musiciens – dont les impros et les textes entrent en résonance. D’où une carte blanche à Denis Lavant et Monique Blin sous le parrainage de Gabriel Garran. (Extrait du site du Lavoir moderne parisien,  » quartier-monde  » de Paris).

On y reviendra forcément.

Glissant : Les Entretiens de Baton Rouge

Entre 1990 et 1991, Edouard Glissant enseigne à l’Université de Baton Rouge, aux Etats-Unis. Il se prête alors à une série d’entretiens avec son collègue médiéviste Alexandre Leupin , professeur distingué au département d’études françaises à Louisiana State University.   » Il y expose sa pensée du tremblement, opposée aux pensées de système et évoque son histoire personnelle, son départ pour la France, ses études à la Sorbonne, sa participation aux luttes anti-coloniales et ses fréquentations des intellectuels « , résume son éditeur, Gallimard, qui publie au mois d’avril Les Entretiens de Baton Rouge.

Wheke, le calmar maori de Paris complètement plastiné

A défaut de frontières accueillantes, ministère des trois  » i  » oblige, la France se fait fort de bien conserver une tête naturalisée de guerrier maori au Museum de Rouen et de faire preuve de la meileure hospitalité possible pour Wheke [pronconcez Ouéké], nouveau calmar néozélandais de 6 mètres de longueur, tentacules compris, pensionnaire d’un autre Museum , celui de Paris. Après six ans de formol, le procédé de la plastination, lui a permis d’être à nouveau présentable…Wheke est donc naturalisé et plastiné, ce qui le rend doublement séduisant…

Chamoiseau premier séminaire de l’Institut du Tout-Monde

Patrick Chamoiseau animera la première séance du séminiaire de l’Institut du Tout-Monde (présidé par Edouard Glissant) en collaboration avec l’Université de Paris 8, vendredi 28 mars à 18h30, Maison de l’Amérique Latine.  » Mondialisation, mondialité, Pierre-monde  » est le titre de la conférence de l’auteur de Biblique… Détails des autres séances sur le site de l’Institut.

De plus, Patrick Chamoiseau sera présent au Forum des revues interculturelles, à Lyon, le 29 mars, à 14h pour une intervention :  » L’interculturel, discours et pratiques « , et le 4 avril, 19h, pour le  » Tremblement du monde « . Contact : La maison des passages .

Poésie 2 : Glaneuses, glaneurs hors de toutes brisées

Glaneuses, glaneurs hors de toutes brisées, comment remplacer la pub à la télé ?, se demande le poète.

Placer la poésie en prime time permanent,
Faire donner des flopées de haïkus en rafale,
User des OGM (Odes Générales Mogholes),
Faire fi de tout bois,
Pub(lier) à bon compte d’auteur,
Se lier aux lianes ligneuses des rhizomes horizontaux,
S’affairer en folles figures figées,
Appeler quelque limier en liminaires,
Filer sans ratures les muses en filatures,
Déjouer les attendus,
Bifurquer les sens en tous sens,

Faire tomber de biais sur les codes.

Pinocchio en plein cœur

Pommerat nous frappe en plein cœur avec son Pinocchio. Les enfants ne s’y trompent pas pour cette dernière représentation de la création à l’Odéon. Ils applaudissent à tout rompre ce spectacle où le style de Joël Pommerat s’exprime à plein régime : un narrateur, torse nu, micro main qui renforce sa voix, (sa parole est forte, tranchante et rapide et pleine d’humour) raconte la seule chose qui vaille : la vérité. Il raconte la genèse, la naissance et la vie du pantin Pinocchio. Et sa quête de la vraie vie, allant du mensonge à la vérité.

Son père qui l’a fait est pauvre, timide. Alors que lui n’aspire qu’à la richesse -de manière quelque peu arrogante, et à la beauté. Les séquences se succèdent en tableaux rapides, à peine séparés par un fondu au noir sonore. Comme dans son admirable Petit Chaperon rouge, la trame sonore raconte à elle seule l’histoire. Tantôt, elle accompagne, tantôt elle ponctue, tantôt elle est surreprésentée, magistralement. Le théâtre de Pommerat rendrait le sourire à un aveugle mélancolique.

Ceux qui ont des yeux y voient aussi des mannequins, des musiciens, des personnages masqués, une fée géante, une mer comme aucune scène ne la vue aussi bien démontée (Devos en serait baba), et toujours ce jeu avant scène/fond de scène où Pommerat fait naviguer ses acteurs entre des immenses voiles de tulle. Les voiles pour la vue, les hypersons pour l’ouïe séquencent au rythme de la parole du narrateur comme autant de claps de réalisateur. La vie croissante se déroule inexorablement. Les épisodes connus (le refus de l’école, la prison, la transformation en âne, les retrouvailles de Pinocchio avec son père dans le ventre de la baleine) deviennent autant d’épreuves vers la vraie vie, non pas celle illusoire du divertissement, qui l’a tenté un moment, mais celle qui métamorphose un pantin de bois en petit homme. La vie en vrai voilà le don, une beauté, une bonté d’âme, qui dit vrai, qui dit la vérité.
Pour Pinocchio-Pommerat, la vie est une épreuve de vérité.

Extrait du dossier de presse :

Qui donc est-il, ce Pinocchio dont rêve Joël Pommerat et qu’il destine d’abord aux enfants ? Un être effaré, naïf, ravi – donc plongé, ajoute-t-il, dans «un état profondément théâtral». Autour de Pinocchio, héros d’une fête musicale et douce, le
spectacle joue du contraste entre l’austérité sérieuse du réel et les prestiges de la fantasmagorie. Ce conte librement réinventé où l’imagination enfantine se mesure à la dureté des «grandes personnes» part «de la question de la paternité et de la pauvreté».
Peut-on s’acquitter d’une dette de vie ? Comment devient-on grand tout en restant libre ? Joël Pommerat ne sait pas si les enfants se formulent de telles questions. Mais depuis qu’il a créé pour eux un Petit Chaperon rouge, il aime les histoires où elles se posent et sait qu’elles peuvent les captiver.

Extrait du livret de présentation, texte signé Daneil Loayza :

« Mentir, bien entendu, est aussi un besoin enfantin : celui de faire l’épreuve de sa liberté, fut-elle illusoire. Mentir, pour Pinocchio, c’est encore une façon de se déraciner, d’échapper à son appartenance pour tenter de se définir que par soi-même, dans ses propres termes. Le mensonge est donc également, du moins à un certain âge, un signe de vitalité : il réclame de l’initiative, de l’imagination, un certain sesn de la transgression. S’il contribue à développer ces qualités, il peut ouvrir à une meilleur connaissance de soi [on l’appelle alors d’un autre nom : songe ou fiction, voire « histoire vraie « ]. (…) Pommerat a lié deux aliénations et deux besoins : richesse et mensonge. Dans son spectacle, l’un porte sur l’autre, l’une provoque l’autre. C’est que ces deux alinéations, au fond, ont une racine commune : l’aspiration à être plus et autre que soi-même, aspiration qui chez les enfants, oscillant entre être et avoir, s’appelle « grandir « . »

Equipe :

Pinocchio d’après Carlo Collodi, texte et mise en scène Joël Pommerat
scénographie : Eric Soyer
Lumière : Eric Soyer avec Renaud Fouquet
animaux, mannequins : Fabienne Killy
son : François Leymarie, Grégoire Leymarie, Yann Priest
musique : Antonin Leymarie

avec : Pierre-Yves Chapalain, Jean-Pierre Costanziello, Philippe Lehembre en alternance avec Daniel Dubois, Florence Perrin, Maya Vignando

Tournée :

Prochaines étapes de Pinocchio : Tours, Chambéry, Lyon, Douai, Rennes, Bordeaux, Martigues, Brétigny.