obsession monochrome

Ces deux photos n’illustrent pas un goût maniaque pour le rangement, mais la démarche de l’artiste sud-coréenne Jeong Mee Yoon. Sa fille Seowoo aime le rose.

Depuis, Jeong Mee photographie les enfants et leur couleur dans leur chambre. Elle expose son travail à la gallerie Jenkins Johnson de New-York jusqu’au 26 avril, comme le raconte Bonnie Yochelson dans le New York Times du 24 février, repris dans le supplément hebdomadaire du Monde de ce week-end. George Perec , grand amateur d’inventaires en tout genre n’aurait pas renié ce travail de l’obsession monochrome…

Nimrod lauréat de deux prix

Le prix Benjamin Fondane a été remis aujourd’hui, à l’Institut culturel roumain de Paris, à Nimrod, poète, essayiste, romancier, auteur de trois livres publiés en ce mois de mars : Le Bal des princes, La Nouvelle Chose française, Rosa Parks : Non à la discrimination raciale.

Ce prix est décerné le jour de la célébration de la lutte contre la discrimination raciale et le lendemain de la Jounée internationale de la francophonie, ce qui fait de Nimrod un poète très célébré. Il est également le poète lauréat du prix Edouard Glissant 2008.

Le prix Fondane distingue chaque année un écrivain francophone dont la langue maternelle n’est pas le français. Les deux premiers lauréats furent le tchèque Petr Kral (2006) et le tunisien Abdelwahab Meddeb (2007).

Benjamin Fondane (1898-1944), dont l’œuvre essentielle, influencée par la pensée existentielle, fut écrite en français, est mort à Auschwitz. Il a notamment écrit Baudelaire ou l’expérience du gouffre (éditions Complexe, 1999).

Salon du livre : – 8%

Avec 165 300 visiteurs en six jours, la fréquentation du Salon du livre de Paris, qui s’est terminé le 19 mars, a baissé de 8 % par rapport à l’an dernier, a annoncé le Syndicat national de l’édition (SNE). Les entrées payantes (35 000) ont accusé une baisse de 17 %.

Version outre-mer n° 14

Autant de monde que l’an dernier mais achats en baisse, telles étaient les estimations de la fréquentation et du chiffre d’affaires des éditeurs exposants, hier à la fin de la nocturne. Aujourd’hui dernier jour du Salon.

 « Chân Dàng », c’est-à-dire « engagé sous contrat » en vietnamien, est le titre d’un roman de l’écrivain calédonien Jean Vanmaï, publié en 1980. Imaginez sa tête quand il a découvert aujourd’hui le livre d’un compatriote publié par Dualpha, qui se présentent comme « éditions non-conformistes » et portant le même titre, « Chân Dàng ». « Plagiat ! », s’est-il écrié en français, scandalisé.

Teahupoo, livre sur le surf polynésien, déjà vendu à 7000 exemplaires sera prochainement traduit en japonais. Son éditeur, Au Vent des îles, annonce la sortie prochaine d’un Va’a (pirogue polynésienne) dans la catégorie « Beaux livres ».

L’écrivain haïtien Gary Victor a été récompensé du prix littéraire des Caraïbes 2008 pour son roman Les Cloches de la Brésilienne. Ce prix devrait consoler son éditeur, Vent d’ailleurs, qui n’a pas supporté la fausse alerte à la bombe de dimanche : à l’heure dite, il a dû bazarder les agapes prévues pour 300 invités !

 « Que la critique ait l’intelligence du cœur », mot entendu dans un débat au Salon, de Joseph Macé-Scaron, directeur du Magazine littéraire, dont le dernier numéro (nouvelle formule) publie un portrait de Toni Morrison signé Léonora Miano.

En 2009, l’invité du Salon du livre sera le Mexique. A lire donc, Carlos Fuentes, Octavio Paz (Prix Nobel) et l’auteur libertaire de polars Paco Ignacio TAIBO II. On connaît un écrivain franco-togolais qui a du nez : Sami Tchak vient de sortir au Mercure de France, Filles de Mexico.

 

Version outre-mer n° 13

Mardi c’est nocturne. Ouverture du Salon jusqu’à 22h.

Combien ça coûte ? Pour le stand du Pacifique, la seule location du stand coûte 16 760 €. Avec une baisse de 30% des ventes, ça fait cher payée la participation. Sur le bilan, on y revient demain, dernier jour du Salon.

Koffi Kwahulé est un écrivain, dramaturge et comédien né en Côte d’Ivoire, lauréat 2006 du Prix Ahmadou Kourouma pour son très beau roman Babyface (Gallimard, Continents noirs). En résidence dans le quartier parisien cosmopolite de la Goutte d’Or, son écriture est fêtée pendant les deux mois d’avril et de mai. C’est mérité, très largement mérité, entre colloque, théâtre et concerts de jazz. Le must : il anime avec les femmes du quartier (en foulard ou pas) un atelier d’écriture sur le thème de la joie. Ça ne s’invente pas et c’est présenté au public le 10 avril au Lavoir Moderne Parisien… Un conseil : réservez !

Un atelier d’écriture collective sur les nouvelles formes d’écriture est animé par Arnaud Cathrine au Salon à 17h30.

Version outre-mer n° 12

Dimanche : alerte à la bombe et évacuation pour une heure du Salon du livre. 

Lundi : journée professionnelle (mardi on se rattrapera avec la nocturne).

Les scolaires du 9-3 en profitent : à 9 h 30 ils rencontrent l’écrivain israélien Aharon Appelfeld.

à 10h, stand de Radio-France, un débat affiche la question provocatrice : « 80 000 titres par an, l’édition française est-elle en train de se creuser une tombe de papier ? »

à 11h30, Les premiers auteurs de la nouvelle collection d’Actes Sud junior : Ceux qui ont dit « non ». Dont le brillant et très recommandable Nimrod avec Rosa Parks : Non à la discrimination raciale [et un prochain Victor Schœlcher, annoncé pour septembre].

Les 60 ans du manga ont été célébrés samedi par un colloque à la Maison de la culture du Japon. Ce colloque se poursuit aujourd’hui au Centre d’études et de recherches internationales, 56 rue Jacob à Paris. Thèmes : 1.La réception du manga en Europe, 2.Style et narration, 3.L’avenir du manga.

L’avenir du manga a de l’avenir. Sur le programme du Salon, à 14h30, on peut lire : L’avenir du manga ! L’auteur de Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière, s’est fait porter pâle.

Lors de la rencontre Enseigner l’histoire de l’esclavage et la Shoah, hier sur le stand de France Télévisions, on a appris la publication (probablement pour le 10 mai) du livre de Sophie Ernst, Quand les mémoires déstabilisent l’école.  

Version outre-mer n° 11

« Juifs et Noirs en miroir ». Entendues ces paroles sur le stand de France Télévisions, samedi entre 18h et 19h30, lors de la rencontre qui a réuni trois historiens et un cinéaste. Frédéric Régent, historien de la démographie (Guadeloupe) : « Parmi mes ancêtres je compte des colons juifs et des esclaves. » ; Patrick Weil, historien de la nationalité : « Le concept de crime contre l’humanité est bien de facto présent dans le décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage. » ; Pap Ndiaye, historien des minorités aux Etats-Unis : « Via Internet le discours antisémite sur la traite a influencé des groupes et des personnes en dehors des Etats-Unis, en particulier dans le monde caraïbe.» ; François Margolin, cinéaste : « En Afrique, plusieurs groupes ethniques qui se sentent discriminés se déclarent ʺ juifs ʺ. »

Jeune Afrique consacre un dossier de 10 pages à la littérature subsaharienne francophone, avec une bibliothèque idéale de 50 titres.

L’écrivain algérien de talent Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour Le village de l’Allemand. Son roman raconte l’histoire de deux frères d’origine algérienne, élevés dans une banlieue française par un oncle, qui vont découvrir le passé terrible de leur père. Officiellement ancien combattant du FLN, il était en réalité allemand, ancien officier SS réfugié en Algérie.

La romancière Véronique Ovaldé est lauréate du prix France-Culture/Télérama pour Et mon cœur transparent (L’Olivier).

Personne parle papou et pourtant…

Si les pays étaient représentés en fonction de leur importance linguistique, la Papouasie-Nouvelle-Guinée serait numéro 1, avec 823 langues, comme le montre ce planisphère. Seulement neuf pays parlent plus de 200 langues : Papousie-Nouvelle-Guinée 823 langues, Indonesie 726, Nigeria 505, Inde 387, Mexique 288, Cameroun 279, Australie 235, RDC Congo 218, Chine 201, Brésil 192, Etats-Unis 176, Philippines 169.

Source : Les limites des langues du linguiste suédois Mikael Parkvall, cité par le site Srange Maps.

En cherchant bien, la France atteint le score non négligeable de 75 langues parlées par ses résidents, dont les 28 langues kanak, selon le rapport Cerquiglini (1999).

Le Pacifique, papou ou kanak est très bavard, mais personne parle papou ou kanak ou africain ou européen.

Chamoiseau : les fraternités issues des imaginaires

Remue.net publie un entretien avec Patrick Chamoiseau, après la publication de Un dimanche au cachot (Gallimard), dont nous avons pratiqué ici un exercice d’admiration [Papalagui, 9/10/07]. Chantal Anglade est allée le rencontrer à Fort-de-France, accompagnée de Jean-Luc Vilus. Une rencontre-fleuve en deux parties : Sapiens découvre le monde et L’épique du psychisme.

Extrait de  » Sapiens découvre le monde  » :

 » Comment nous pourrons vivre ce monde, tout seul, en tant qu’individu ? Comment notre individuation nous permettra de construire de nouvelles solidarités ? Quel sera le ciment des sociétés multi transculturelles ? c’est cela notre problématique … Moi qui suis un écrivain à peau noire, je suis plus proche de n’importe quel écrivain blanc qui relève d’une créolisation historique, n’importe quel écrivain blanc de la Caraïbe que d’un écrivain africain, même si j’ai des solidarités énormes et évidentes avec l’Afrique. Et ce n’est pas parce que j’écris en Français que je suis un écrivain français ; je suis plus proche de n’importe quel anglophone ou hispanophone de la Caraïbe que d’un écrivain français ; Garcia Marques et Carpentier sont vraiment des frères. Aujourd’hui, tous les anciens marqueurs identitaires sont invalidés, nous entrons dans une complexité telle que les fraternités, que les terres natales, que les langues pourront se choisir et que pour trouver mon frère en littérature, il faut voir quelle est sa vision, sa compréhension du monde. Ce sont ces structures d’imaginaire qui vont créer les fraternités. Les anciennes anthologies littéraires ne marchent plus : on ne peut plus classer ni sur la peau (mettre tous ceux qui ont la peau noir ensemble dans un rayon négro-africain), ni sur la langue (mettre ensemble tout ce qui est écrit en Français, dans un rayon littérature française-littérature francophone) ; les nouvelles anthologies seront faites sur des structures imaginaires. «