Version Outre-mer n°7


Eclaté l’Outre-mer ? Trois espaces distincts accueilleront les visiteurs du Salon : l’un est loué par le Ministère de l’Outre-mer, un autre regroupe les éditeurs océaniens (loué par les gouvernements polynésiens et calédoniens), d’autres enfin s’affichent sous leur propre bannière : Ibis Rouge et Orphie.

N’ayons pas peur des mots (suite). Sur le stand France Télévisions, outre « Juifs et Noirs en miroir », samedi 15 à 18h, nous organiserons le débat « Enseigner l’histoire de l’esclavage et la Shoah », dimanche 16 à midi, avec Eric Mesnard, professeur d’histoire-géographie, nouveau membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage, auteur avec Aude Désiré d’Enseigner l’histoire des traites et de l’esclavage, et Sophie Ernst, philosophe de l’éducation, auteur du livre (à paraître) : Quand les mémoires déstabilisent l’école : commémorations négatives et enseignements difficiles.

Par ailleurs, le CNL propose la rencontre « La Shoah dans la littérature contemporaine israélienne », dimanche 16 mars à 13h30.

Quels seront les mots de la rencontre ? Les deux écrivains sénégalais Ken Bugul et Boubacar Boris Diop nous donnent rendez-vous dans le cadre de la Biennale des littératures d’Afrique noire, aujourd’hui à 20h30, à Saint-Médard en Jalles (Gironde).

Le mot du jour : « indigo ». L’île de Marie-Galante a envoûté Michèle Gazier, ancienne critique à Télérama, qui signe avec Un soupçon d’indigo (Le Seuil) un suspense intimiste réussi.

Le mot du mois : « en ligne », selon le tout nouveau site FranceTerme , du ministère de la Culture et de la Communication, consacré aux termes recommandés au Journal officiel de la République française.

Version outre-mer n°6

Ibis Rouge, l’éditeur de Matoury (Guyane), vient au Salon du livre avec un auteur cubain, Pedro Pérez Sarduy, pour un roman publié en français en 2007, Les Bonnes de La Havane. « Oubliez Jean Genet » nous conseille la préface. On y reviendra.

Orphie, l’éditeur réunionnais annonce pour aujourd’hui un nouveau livre de l’historien réunionnais Daniel Vaxelaire : Ile Maurice en 200 questions réponses. Et un nouveau venu de Guyane, qui répond au nom de plume de Nic Pero avec le livre Corvus Corone au pays des noirs marron.

Mots de passe. La Semaine de la langue française est placée, à partir du 14 mars, sous le signe des dix mots de la « rencontre » (lancement hier au ministère de la Culture et de la Communication) : Apprivoiser, Boussole, Jubilatoire, Palabre, Passerelle, Rhizome, S’attabler, Tact, Toi, Visage.

« Métisserie » est le joli mot, inventé par Alain Rey pour qualifier la créolisation de la langue française depuis le Moyen Âge.

Son essai, L’Amour du français, est publié chez Denoël. Sous-titre : « Contre les puristes et autres censeurs de la langue ».

Un dernier mot : A l’unanimité, Le Club des Cinq a distingué hier à l’issue de l’une des émissions les plus courues de la place de Paris-sur-Mer, le roman de Patrick Chamoiseau, Un Dimanche au cachot (Gallimard). Diffusion sur RFO-Radio en fin de semaine aux heures habituelles.

 

Version outre-mer n°5

Il est des mots polémiques. Pour voir, essayez le mot « Israël », invité du 28e Salon du livre de Paris, du 14 au 19 mars.

« Boycott », ont répondu le Liban, l’Egypte, l’Algérie, le Maroc. Pas le boycott des J.O. de Pékin mais du Salon de Paris.

Auront-ils des mots ? ces lecteurs professionnels réunis aujourd’hui par Dominique Roederer, directeur de la rédaction Radio de RFO. Pour Paris-sur-Mer, cinq romans passés au crible de la critique : Coupeurs de têtes, de Abdou Mambo Baco (Orphie), Le Discours profane, de Miguel Duplan (Éditions des Équateurs), Un Dimanche au cachot, de Patrick Chamoiseau (Gallimard), Un rêve d’éternité, de Jean-Claude Fignolé (Sabine Wespieser), Le Témoin des Salomon, de Marc de Gouvenain (Au Vent des îles). C’est l’une des émissions les plus courues de la place de Paris. On l’entend outre-mer et on l’écoute en ligne en fin de semaine.

N’ayons pas peur des mots : « Juifs et Noirs en miroir », est l’une des rencontres organisées au Salon du livre, samedi à 18h, stand France Télévisions.

Mot du jour : « japonais ». Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer était le roman qui a fait connaître Dany Laferrière, en 1985. L’écrivain montréalais, qui a grandi à Petit-Goâve (Haïti), récidive dans la provoc. foutraque avec Je suis un écrivain japonais. Pour passer une heure avec Dany Laferrière, il suffit d’écouter Éclectik , émission de France-Inter, diffusée le 8 mars, et disponible à l’écoute.

Renversant, le devisement du monde selon Marc de Gouvenain

Marc de Gouvenain est un marcheur au long cours. On savait qu’il avait connu, visité, revisité, vécu en Ethiopie, au Yemen, en Suède. Pays dont il traduit des écrivains. Pensez le suédois… c’est pas courant. Ainsi Stieg Larsson, auteur de la trilogie Millénium, qu’il a aussi édité pour Actes Sud.

Un million de lecteurs français en sont les victimes consentantes.Bref, Marc a imprimé sa marque de touche à tout sur quelques territoires du monde ou de l’édition (domaine scandinave, collection Antipodes avec Alexis Wright ou Alan Duff, quelle étoffe, celle des guerriers !).

Donc, il nous donne rendez-vous du côté de Saint-Rémy-de-Provence. A la sortie, on vérifie que Van Gogh est passé par là. En témoigne (ci-dessus) la reproduction d’un tableau sur le bord de la route. Le Rocher des Deux Trous (ci-dessous) présente un beau découpage du ciel des Alpilles. Les Alpilles, ça émoustille les papilles et la curiosité du piéton amateur.

 

Quand il accompagne, il sait marcher à la mesure de son entourage. Il sait aussi rester assis à regarder un paysage. C’est son côté contemplatif. Il a beau avoir quadrillé la Terre, il contemple aussi le mont Gaussier. Belle vue sur la vallée, une profondeur de champ, une hauteur de vue, en contrebas Saint-Rémy, son clocher, etc.

Nous mènerait-il en balade ?

Et puis, ce marcheur au long cours quand il a trop parcouru, ou plutôt quand il sent bien le paysage, ses insectes alentour, une atmosphère, que la piste a une présence, que les bois ont quelque chose… il s’arrête net. Net comme une balle stoppée net. Il fait volte-face et apprécie le paysage qu’il a laissé derrière lui, sur cette longue trace de marcheur. Il donne au paysage l’impression que c’est le paysage qui l’observe. Cette façon de se retourner sur ses pas, c’est un peu une façon de considérer le paysage, son influence directe, partout.

Un lien le tient au paysage

 

Quand on lira son Témoin des Salomon, publié Au Vent des îles, éditions polynésiennes de réputation [Papalagui,10/09/07 et 26/08/07 ] on devra admettre qu’il est lié aux paysages. Il le savoure. Il sait trouver son chemin à l’instinct, tel l’animal dans la sente. Ainsi à décrire les Barbares, les gens d’Attila que son héroïne (Francine) aime fréquenter (p. 48) :

 » Des stèles comme de gros ongles de grès presque noirs, rongés par le temps, gravées de bandes sinueuses, de cercles, de points, parfois de figurations humaines ou animales. Là une tête d’homme, une main, la ramure d’un cerf, le groin d’un sanglier. Ces sont les pierres des morts, les autels du vent. Quand sur cette plaine souffle la tempête, l’air n’est plus qu’un brouhaha de couinements et d’appels, de brames et de chants louant les troupeaux de doux mufles à crinières. Puis la pluie vient, elle n’est jamais bien loin, et lave tous ces dialogues pour en nourrir herbe et rivières, ces rivières insaisissables qui un jour atteignent le plan des hommes, et ainsi la nuit murmurent quand elles se croient seules. « 

 » L’œil à l’envers « 

Arrivés au Rocher des Deux Trous, Marc s’approche du précipice et se couche sur le dos, la tête dépasse dans le vide à se guillotiner les cervicales. Et ce qui arrive alors est saisissant. Il l’a même écrit p 205-206. Francine passe une semaine en Hongrie. On lit :

 » Le monticule de Sarosvalak, à mi-parcours environ, et que certains disent être un gigantesque tumulus, l’endroit peut-être sous lequel serait enterré Attila, fut un de ces endroits où, sur un rocher du sommet, je m’allongeai pour renverser la tête et contempler différemment le paysage; une véritable technique que, bien longtemps auparavant, ‘avais découverte, allongée pour une sieste sur un muret et que j’avais depuis lors baptisée  » l’œil à l’envers « . Dans la vie courante, celle où l’on se déplace en bipède évolué, les deux pieds par terre et la tête en l’air, l’oeil capte en effet un paysage essentiellement fait de terre. La ligne d’horizon est très haute dans le champ visuel et le ciel au-dessus n’occupe en bande qu’un quart de l’image, auquel on s’attache pe. Mais quand je l’allongeais, confortablement si possible, afin de basculer la tête en arrière comme chez le coiffeur, la proportion était inversée : l’image devenait aux trois quarts ciel (…) Je voyais avec netteté, mais ce que je voyais était autre. Cela devenait un monde proche de celui que peignit Altdorfer autour de la bataille d’Alexandre, un monde d’air et d’immensité. « 

 

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Dans ce tableau, le regard se perd et les ciels nous écrasent, nous simples mortels. En revanche, à suivre la méthode de Marc de Gouvenain (sur le dos, la tête en bas), le paysage nous est redistribué, redonné. C’est comme une seconde chance de mieux le voir. Une manière proprement renversante. Et c’est là que Le Témoin des Salomon nous enchante. Pas dans le style. La phrase ne surprend pas, alors que le tissage des récits est proprement vertigineux. Cette coexistence d’une phrase simple – certains pourraient dire scolaire – et d’une imbrication des récits en fait un livre très singulier et captivant. Marc de Gouvenain opère un renversement, pas seulement de perspective, mais du monde. Tel un Marco Polo des temps modernes, l’écrivain procède à son devisement du monde par un renversement de perspectives.

 

 

Le Témoin des Salomon décrit la fin d’une quête : Francine raconte Frédéric son ancien amant, au fil des témoins qui la font bifurquer à la surface de la Terre.

Extrait p. 15 :  » L’histoire que maintenant je commence à raconter est celle d’un naufrage. Le mien. Celui d’une femme seule dans une chambre d’hôtel, sur une île à l’autre bout du monde, aux antipodes, région dont les habitants sont censés évolués la tête en bas. Je m’appelle Deux-Yeux quand je pense à lui, à l’homme qui m’a donné ce surnom il y a très longtemps. « 

Alors le puzzle des récits se distribue : il y a le temps des voyages de Frédéric, le temps du voyage de Francine aux Salomon, l etemps du récit parisienet européen de Francine, le temps du récit des Huns imginé par Francine, le journal de Francine imaginé par le  » Témoin des Salomon « .

Extrait p. 90 :  » Mais pourquoi donc étais-je venue dans ce lointain du monde ? « 

p. 92 : Solomon Airlines… Solomon… Seule au monde !

p. 101 :  » Il existe toujours un ailleurs possible « 

p. 107 :  » mon cher et fidèle univers mental « 

p. 129 :  » Frédéric oui. Je lui est dit que parcourir le monde était ce qu’il pouvait faire de plus beau pour moi. « 

 

Cahier d’un non retour (Véronique Tadjo)

A Véronique Tadjo, qui a grandi en Côte d’Ivoire, Bernard Magnier demande dans Le Courrier de l’Unesco,  » Femmes entre deux rives  » (disponible gratuitement en ligne), comment elle vit la crise que traverse son pays…

 » Pendant longtemps, j’ai voyagé le cœur et l’esprit tranquilles en me disant que je pouvais rentrer chez moi quand je le souhaitais. Les choses ont changé avec la crise ivoirienne. J’ai eu l’impression que la porte s’était brusquement refermée et que je me retrouvais dehors. J’avais du mal à comprendre ce qui se passait, comment on en était arrivé là. Je me suis sentie aliénée, comme s’il fallait tout reprendre à zéro.

Je crois que l’exil commence quand il est impossible de retourner dans le pays que vous avez quitté, quand le chemin du retour devient douloureux. Mais d’une certaine façon, je pense que beaucoup d’Ivoiriens ont ressenti la même chose. L’idée d’un changement irrémédiable. Le sentiment que rien ne sera plus comme avant.  »

Outre Véronique Tadjo, on lira dans ce même numéro : Doris Lessing (prix Nobel 2007), Spôjmaï Zariâb, Michal Govrin, Kiran Desai, María Medrano.

Pour les identités frontalières (Léonora Miano)

Tels des astres éteints parce que les trois héros noirs et français de Léonora Miano sont des soleils noirs barricadés dans leur environnement, leur intra-muros, préfère écrire la romancière franco-camerounaise. Ce troisième roman se déroule en Europe. Les deux premiers prenaient l’Afrique comme décor de tragédies, de blessures de l’enfance et violences répétées.Tels des astres éteints enferme Amok, Shrapnel et Amandla dans une identité de français noirs, trois tunnels identitaires.
Ce roman sur la conscience de la couleur est écrit au rythme du jazz, sans dialogue, pour souligner l’étouffement des personnalités qui ont choisit trois voies différentes : Amok l’universalisme, Shrapnel le lien Afrique-Amériques et Amandla le nationalisme noir. 
Ce dernier personnage originaire de Guyane semble avoir les préférences de l’auteur. Elle en dégage les contradictions, la vigueur et les faiblesses. Son héroïne épouse la cause de radicaux racistes. Léonora Miano place en épigraphe de Tels des astres éteints ces quatre mots « Pour les identités frontalières. »

Apprendre le français avec des contes antillais

Destiné aux écoles primaires, ce recueil de contes est publié par Hachette Education, qui le présente ainsi :

 » Texte intégral de quatre contes choisis pour leur intérêt littéraire et destinés à accompagner les élèves dans leur apprentissage de la lecture, de l’écriture et de la compréhension verbale. « 

La geste de compère Lapin, de Marie-Thérèse Lung-Fou ; L’accra de la richesse, de Patrick Chamoiseau ; Mamman d’lo et Ti-Coco, de Renée Maurin-Gotin , Tit Vanousse, de Thérèse Georgel.

Le bibliobus contes d’ailleurs, CM cycle 3 : les Antilles, notes Pascal Dupont, chez Hachette Education.

 

Poème 1 : Eloge de l’autre

Il est des résistants

organisés

en brigades d’interventions poétique

qui célèbrent l’éloge de l’autre,

tentative dérisoire, magnifique et gratuite,

de rêche droiture

dans le flux fou de l’obscène quotidien,

cascade cathodique d’images et de mots.

Il est des rescapés,

brise-lames

à l’ordre établi.

Leur style revêche

sculpte l’effluve du temps.

Il est des survivants

au mot en bataille,

griots de vieille sapience,

pointillés en souffrance tenaces.

Où travaillez-vous ? (Eloge de l’autre)

Jour J pour le Printemps des poètes, dont le thème est cette année  » Éloge de l’autre « . Ouverture de la quinzaine, ce soir au Théâtre Mogador . Pour l’occasion, citons Derek Walcott :

 » Dans les Caraïbes, j’ai une maison avec une vue extraordinaire. Mais pas quand j’écris. C’est mon seul conseil : n’écrivez jamais avec une fenêtre donnant sur la mer. Car vous finirez comme un de ces idiots qui se croient poètes parce qu’ils ont l’air inspiré. « 

telle est la réponse faite par le prix Nobel en 2004 à Didier Jacob, du Nouvel Observateur qui demande aux écrivains  » Non pas comment ils travaillent, mais où. C’est la question que j’ai souvent posée, depuis quelques années, en fin d’interview, aux écrivains que j’ai rencontrés. «  Les réponses d’une trentaine d’écrivains sont sur son site Rebuts de presse.

Culture alibi

Inquiétude dans l’audiovisuel public après la fin de la pub annoncée et l’incertitude budgétaire qui s’ensuit.

Inquiétude dans la culture après la baisse des subventions annoncées.

Dans le cas de l’audiovisuel public, la « no-pub » attitude serait garante de la qualité.

Dans le secteur culturel, un recentrage des aides vers les institutions culturelles nationales permetrait de rationaliser le secteur.

Dans l’audiovisuel public, on entend poindre le principe : no-pub = qualité. Or la qualité, nous dit-on, serait synonyme de télé populaire. Donc no-pub = télé populaire = qualité = culture populaire.

Ainsi par une curieuse coïncidence, on assimile la qualité (de la télé) à la culture. Mais en même temps on veut économiser la culture, au sens où la culture devrait aussi rendre des comptes.

L’apparition simultanée de l’interventionisme d’état en télé et de la rationalisation d’état dans la culture provoque une curieuse résonance. L’aspect  » financier  » unit, à première vue, ces deux projets. Soulignons un autre mot qui les réunit, le mot  » désengagement « . Dans les manifestations des professionnels de la culture ce 29 février, comme dans le « no-pub » audiovisuel. Dans le premier cas, les manifestants dénoncent un désengagement de l’état. Dans le second, il s’agirait de désengagement publicitaire.

Dans les deux cas, la culture sert d’alibi. En télé, la culture est l’alibi de la qualité. Dans le secteur culturel, l’argument de la culture rationalisée sert d’alibi à une politique culturelle qui se cherche. C’est curieux, vous ne trouvez pas, on ne parle plus d’exception culturelle ? On parle d’économie. C’est dans l’air du temps.