Aux Ateliers Varan, un café en plans-séquences

Le plan séquence en questions-illustrations : durée, signification dans le film, effet de réalité, sa justification. Bref, Les Dimanches de Varan n’ont pas déçu et Corinne Bopp nous a enchantés de proposer « cette figure virtuose et séduisante de l’inscription du temps dans le cinéma ».

C’est toujours 5€ l’entrée – café croissants inclus – pour voir et penser le cinéma à l’œuvre.

Une pensée qui prend la forme d’une poussée dans le documentaire « Le Jour du pain« , de Sergeï Dvortsevoy. La poussée d’un wagon par des villageois dans un paysage de neige, une poussée collective dans le champ de la caméra qui nous suspend à leurs épaules pendant une temps d’une durée exceptionnelle, dans le même cadrage, un plan-séquence dont le génie est de faire éprouver au spectateur un fardeau aussi pesant que le quotidien de ces habitants. Trois semaines d’entraînement ont été nécessaires à l’opérateur pour filmer à l’épaule ce plan-séquence d’un quinzaine de minutes.

De très belles questions ont suivi, posées par des spectateurs avertis : le plan-séquence de Dvortsevoy fait-il décrocher le spectateur (alors que la loco trop lourde pour un ballast usé a été elle-même décrochée), pourquoi les femmes poussent plus que les hommes ? qu’est-ce qu’un film d’action ? que dit la chute de ce plan-séquence sur la misère et la solitude d’un village reculé, situé à seulement 80 km de Saint-Petersbourg ?

Dans « Voir ce que devient l’ombre« , de Matthieu Chatellier, l’artiste Fred Deux livre son témoignage d’enfant sur une rafle sous l’Occupation, tout en peignant. Le plan-séquence laisse la parole de remémoration se déployer dans le reflet de la feuille peinte.

Un extrait de « Famille« , de Christophe Loizillon montre un homme âgé se faisant laver par une soignante attentive. Pour le spectateur, le face à face est éprouvant mais la scène restaure une dignité par ce dialogue entre une homme dépendant et une femme douce.

Puis Corinne Bopp convoque une interview de Jean Rouch, fondateur des Ateliers Varan, né il y a 100 ans, un Jean Rouch qui raconte avec sa précision habituelle le tournage d’un plan-séquence heureux comme du « ciné-transe ». Dans « Les tambours d’avant« , le cinéaste anthropologue en état de grâce capte une scène de possession où dialoguent les hommes et les dieux à propos de la pluie absente depuis trois années. Film visible sur internet ou aux « Rencontres du cinéma documentaire« , du 11 au 17 octobre 2017, au cinéma Le Méliès, à Montreuil (manifestation organisée par Périphérie et sa déléguée générale Corinne Bopp).

Bref, 5€ pour réfléchir deux secondes à la portée d’un plan séquence dans la démarche d’un cinéaste, ce n’est pas cher.

À partir de la semaine prochaine, Les Dimanches de Varan programment pour deux séances Daniel Deshays et « Les silences de cinéma ». Quelques douceurs en perspective par un maître du son.

Mourir en exil à demi-vie

Mourir en exil à demi-vie

brûlée de l’intérieur

d’une flamme infinie

pour Homs pour Alep

tombée dans l’abîme du ciel

cheveux courts, parole libre

ton visage est un charbon de fleurs

dans la blessure d’une mémoire

dans un silence assourdissant

ô femme de Syrie, ô Fadwa

Salam à toi.

Que faire de nos pleurs

sinon des brandons de poèmes ;

‘dors mon petit’, dit ton chant dans la berceuse d’un dessin animé ;

‘uni uni uni le peuple syrien est uni’, scandait ta voix dans la rue, il y a six ans sinon six siècles ;

‘nous sommes les fantômes de ceux qui étaient là-bas’, lâchait ton souffle de poète cet été quand la maladie te rongeait.

‘J’ai hurlé contre les balles’… transformer la peine en poème ?

Mourir en exil à demi-vie

lignes rouges au cœur

quand se répandent laideur et douleur

loin du pays natal

et des crimes de guerre

d’un bourreau toujours en vie

mais

notre solidarité

notre compassion

sont sans limite.

 

In memoriam.