Par quoi suis-je hanté ?
ose l’errant de seuil en seuil
entre abîme et horizon
Par quoi suis-je hanté ?
Par quoi suis-je hanté ?
ose l’errant de seuil en seuil
entre abîme et horizon
بماذا أنا مسكون ؟
يجرؤ التائه من بان الى باب
بين الهاوية والافق
Nous voulons plonger dans l’inconnu نحن نريد ان نغوص في قاع المجهول
نَحْنُ نُريدُ ان هذه النار تحرق عقولنا
ان نغوص في قاع الهاوية او الجحيم او السماء ما الفرق ؟
في قاع المجهول للعثور على الجديد
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !
Charles Baudelaire, mort il y a 150 ans.
Le poème en entier ici
« Charles Baudelaire, dandy paradoxal », L’Orient littéraire, octobre 2017 à propos du livre Baudelaire, de Marie-Christine Natta, chez Perrin.
Aux Ateliers Varan, un café en plans-séquences
Le plan séquence en questions-illustrations : durée, signification dans le film, effet de réalité, sa justification. Bref, Les Dimanches de Varan n’ont pas déçu et Corinne Bopp nous a enchantés de proposer « cette figure virtuose et séduisante de l’inscription du temps dans le cinéma ».
C’est toujours 5€ l’entrée – café croissants inclus – pour voir et penser le cinéma à l’œuvre.
Une pensée qui prend la forme d’une poussée dans le documentaire « Le Jour du pain« , de Sergeï Dvortsevoy. La poussée d’un wagon par des villageois dans un paysage de neige, une poussée collective dans le champ de la caméra qui nous suspend à leurs épaules pendant une temps d’une durée exceptionnelle, dans le même cadrage, un plan-séquence dont le génie est de faire éprouver au spectateur un fardeau aussi pesant que le quotidien de ces habitants. Trois semaines d’entraînement ont été nécessaires à l’opérateur pour filmer à l’épaule ce plan-séquence d’un quinzaine de minutes.
De très belles questions ont suivi, posées par des spectateurs avertis : le plan-séquence de Dvortsevoy fait-il décrocher le spectateur (alors que la loco trop lourde pour un ballast usé a été elle-même décrochée), pourquoi les femmes poussent plus que les hommes ? qu’est-ce qu’un film d’action ? que dit la chute de ce plan-séquence sur la misère et la solitude d’un village reculé, situé à seulement 80 km de Saint-Petersbourg ?
Dans « Voir ce que devient l’ombre« , de Matthieu Chatellier, l’artiste Fred Deux livre son témoignage d’enfant sur une rafle sous l’Occupation, tout en peignant. Le plan-séquence laisse la parole de remémoration se déployer dans le reflet de la feuille peinte.
Un extrait de « Famille« , de Christophe Loizillon montre un homme âgé se faisant laver par une soignante attentive. Pour le spectateur, le face à face est éprouvant mais la scène restaure une dignité par ce dialogue entre une homme dépendant et une femme douce.
Puis Corinne Bopp convoque une interview de Jean Rouch, fondateur des Ateliers Varan, né il y a 100 ans, un Jean Rouch qui raconte avec sa précision habituelle le tournage d’un plan-séquence heureux comme du « ciné-transe ». Dans « Les tambours d’avant« , le cinéaste anthropologue en état de grâce capte une scène de possession où dialoguent les hommes et les dieux à propos de la pluie absente depuis trois années. Film visible sur internet ou aux « Rencontres du cinéma documentaire« , du 11 au 17 octobre 2017, au cinéma Le Méliès, à Montreuil (manifestation organisée par Périphérie et sa déléguée générale Corinne Bopp).
Bref, 5€ pour réfléchir deux secondes à la portée d’un plan séquence dans la démarche d’un cinéaste, ce n’est pas cher.
À partir de la semaine prochaine, Les Dimanches de Varan programment pour deux séances Daniel Deshays et « Les silences de cinéma ». Quelques douceurs en perspective par un maître du son.
Dans le nid de la langue
Dans le nid de la langue
un son
patiente encore
في عُشِّ اللغةِ
صَوْتٌ
ما يزالُ صابِراً
Deux langues
نحن أغنياء باللغتين
Nous sommes riches de deux langues.
Merci S.
Comme deux ivrognes
Comme deux ivrognes
ils se parlent en deux langues
et se soûlent de mots
مثل سِكّيرين
يتكلمان بلغتين اثنين
ويثملان بالكلمات
(merci S.)
Sur la vitre
Sur la vitre
la paisible lumière du soir
reflet d’été
على الزُجاجِ
ضوء المساء الهادئ
انعكاسُ من الصيفِ
Mourir en exil à demi-vie
Mourir en exil à demi-vie
brûlée de l’intérieur
d’une flamme infinie
pour Homs pour Alep
tombée dans l’abîme du ciel
cheveux courts, parole libre
ton visage est un charbon de fleurs
dans la blessure d’une mémoire
dans un silence assourdissant
ô femme de Syrie, ô Fadwa
Salam à toi.
Que faire de nos pleurs
sinon des brandons de poèmes ;
‘dors mon petit’, dit ton chant dans la berceuse d’un dessin animé ;
‘uni uni uni le peuple syrien est uni’, scandait ta voix dans la rue, il y a six ans sinon six siècles ;
‘nous sommes les fantômes de ceux qui étaient là-bas’, lâchait ton souffle de poète cet été quand la maladie te rongeait.
‘J’ai hurlé contre les balles’… transformer la peine en poème ?
Mourir en exil à demi-vie
lignes rouges au cœur
quand se répandent laideur et douleur
loin du pays natal
et des crimes de guerre
d’un bourreau toujours en vie
mais
notre solidarité
notre compassion
sont sans limite.
In memoriam.
Les temps sont rouges
Les temps sont rouges
haines rances et rassies
rêve de bleu
