Paris, résidence et fatwa

L’écrivaine bengladeshi Taslima Nasreen, en exil permanent en raison des menaces des fondamentalistes musulmans indiens, devrait être hébergée par la Ville de Paris, dans une résidence d’artistes, le couvent des Récollets dans le Xe arrondissement, à partir du 1er février. La Ville va prendre le loyer à sa charge pendant une durée déterminée.

Taslima Nasreen avait demandé à Bertrand Delanoë de bénéficier de sa protection au titre de la « citoyenne d’honneur de la Ville » qu’elle avait récemment obtenu.

Libé, inventaire littéraire

En feuilletant Libération du jour, je relève l’inventaire impressionnant des livres et des auteurs cités, transformant le journal en catalogue de références, en bibliothèque à lire ou à redécouvrir, fin de semaine oblige :

Gilles Dostaler, Bernard Maris, Capitalisme et pulsion de mort : Freud et Keynes, Albin Michel ;

Ma Thanegi, Tiane Doane na Champsak (trad. Isabelle Bouan), Birmanie, voyage intérieur, éd. Le Bec en l’air ;

suivis d’une liste de titres de bandes dessinées, en lice pour le Prix BD 2009 des lecteurs de Libération (le Festival d’Angoulême se tient à la fin du mois) :

Guillaume Bianco, Billy Brouillard, Le Don de trouble vue, Soleil ;

Boulet, Notes T.1 : Born to Be a Larve, Delcourt ;

Emile Bravo, Le Journal d’un ingénue, Dupuis ;

Jean-Yves Ferri, De Gaulle à la plage, Dargaud ;

Manfredi-Frisenda, Esprit du vent T.5 : « La Bête », Mosquito ;

Mezzo-Pirus, Le Roi des mouches, T.2 : « L’origine du monde », Drugstore ;

Tony Millionaire, Sock Monkey : « Oncle Gabby », Rackham ;

Dash Shaw, Bottomless Belly Button, Çà et là ;

Thouron-Aranega, Casiers judiciaires, Dargaud ;

Bastien Yvès, Le Goût du chlore, Casterman.

Dans l’enquête bilan d’une année d’interdiction de fumer dans les cafés, bars et restaurants, Yann Saint-Sernin cite une serveuse, au Ritz, du bar… Hemingway :  » Quand même, pour l’Hemingway, eu égard à la tradition du lieu, il pourrait y avoir une dérogation !  » ;

Laurence Pernoud, qui vient de mourir à 90 ans, est l’auteur de J’attends un enfant et J’élève mon enfant, traduits dans 40 langues (!) ;

Dans la rubrique  » Week-end « , les livres sont en tête d’affiche, et les auteurs ont tapis rouge, les morts comme les vivants :

Un Barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras est adapté au cinéma par Rithy Panh, avec Isabelle Hupert, sortie le 7 janvier. Entretien où le cinéaste assure : « L’utopie de Mme Donnadieu et la manière dont sa fille lui a donné forme dans le Barrage a transformé la vie des paysans (cambodgiens). » ;

Dans sa chronique hebdomadaire, l’écrivain espagnol Vicente Molina Foix, auteur de La Communion des athlètes, La femme sans tête, retrace la vie et l’exil en Espagne et à Londres du romancier cubain Guillermo Cabrera Infante, auteur de la trilogie Trois tristes tigres, La Havane pour un infante défunt et La Nymphe inconstante :  » Il vécut presque quarante années sans jamais perdre sa résidence imaginaire à La Havane, écrit VMF, cette ville réelle devenue, grâce à ses romans, un des territoires de fiction les plus fascinants du XXe siècle.  » ;

Christophe Ayad rend compte du « meilleur du journalisme américain sur les conflits en Afghanistan et en Irak, avec deux essais. Celui de Dexter Filkins, La Guerre sans fin (Albin Michel) : « Il ne juge rien, se contente de raconter avec un talent exceptionnel cette occupation surréaliste, qui détruit occupants comme occupés (…) » et celui de Lawrence  Wright, La Guerre cachée (Robert Laffont), qui « peut se lire comme un long polar se terminant par les attentats du 11 Septembre ».

La  » Semaine  » de Catalin Dorian Florescu, nous apprend que son premier roman à paraître en France, chez Liana Levi, a pour titre Le Masseur aveugle : « Je le dis clairement et en roulant le R : je suis l’Eurrrrrope. Je le revendique, même si je viens d’un pauvre trou perdu du continent, la Roumanie, et si je vis dans un riche trou perdu, la Suisse. »

Avec la disparition à 75 ans de Donald Westlake, auteur d’Adios Shéhérazade et du Couperet, disparaît, écrit Sabrina Champenois,  » une figure majeure du roman noir américain (…), capable de filer la farce comme le thriller, l’odyssée exotique comme la love story crève-coeur (…) Imagination délirante, goût illimité pour le rocambolesque, sens du tempo (du mélancolique à l’endiablé), amplitude stylistique caméléonesque, il aura maintenu tou ça de bout en bout. «  Pour François Guérif, qui publie Westlake en France depuis 1986, c’est  » le plus grand des auteurs de la deuxième génération du roman noir américain, celle qui a succédé à celle des Hammett, Chandler, Irish… « 

Rivages publie en février son prochain thriller Envoyez les couleurs.

Avec cette note en bas d’article :  » J.P. Manchette est l’auteur d’un essai intitulé :  » Notes sur l’usage du stéréotype chez Donald Westlake « , paru dans la revue Polar ;

Dans la rubrique  » Culture « , le poche de la semaine est Ralentir Spider, de Véronique Pittolo, aux éd. de l’attente (une exploration du monde des héros de BD et jeux vidéo) ;

Ce n’est pas un peplum… Les mémoires d’Hadrien, roman culte de Marguerite Yourcenar, en cours d’adaptation au cinéma par John Boorman, a trouvé son héros : Danie Craig, alias James Bond 007…

En revanche, Les chroniques de Narnia, succès de librairie dela fantaisy adolescente, n’aura pas d’adaptation au cinéma de son tome 3, faute de budget suffisant…

Dans la rubrique  » Voyages « , consarée à Tanger, c’est un florilège de titres et une ribambelle d’auteurs et d’artistes qui ont traversé  » ce paysage mental « , selon le mot de William Burroughs, qu’ils y soient nés ou qu’ils l’aient fréquentée en pélerinage littéraire :

Mohammed Choukri, Le Pain nu ; Jean Genet, enterré à 60 km au Sud ; on y retrouve Marguerite Yourcenar et un buste d’Hadrien, découvert par le gérant de l’époque de la librairie des Colonnes. Le libraire actuel, Simon-Pierre Hamelin   » se refuse à la voir sombrer en un cimetière littéraire « , écrit François Musseau, et publie une revue trimestrielle, Nedjma, du nom du roman de Kateb Yacine. S’ensuivent les évocations de Paul Bowles, Jack Kerouac, Mohammed Mrabet, Tennesse Williams, Truman Capote, Juan Goytisolo, etc.

Enfin, le portrait de la Der,  » Junior production « , qui revoit « l’année via des personnages décalés », fait la part belle, à travers le producteur Thomas Langmann, fils cadet de Claude Berri et Anne-Marie Rassam, au livre de Jean-Pierre Lavoignat et Christophe d’Yvoire, Mesrine, 30 ans de cavale au cinéma, éd. Sonatine.

Cuba, le secret attrait du pouvoir pour les ruines

Vu à la télé… ce documentaire, interdit à Cuba, de Florian Borchmeyer : La Havane, une vie dans les ruines (Arte nuevo de hacer ruinas). C’était sur Arte, chaîne franco-allemande, dans la nuit de jeudi à vendredi. Cinquante après l’avènement des Barbudos, le règne castriste n’a plus besoin de contre-exemples. Et pourtant, ce film illustre avec une certaine beauté tragique la douloureuse question de  » Comment vivre dans le chaos ?  » Sous nos yeux ébahis, évoluent cinq figures du désastre, cinq habitants qui survivent dans les ruines tristes et magnifiques de la capitale cubaine.

Le goût des ruines de nos chères études classiques en prend un coup. On songe au Chateaubirand du Génie du Christianisme : « Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence. »

A cette esthétique des ruines qui a baigné le XIXe siècle, manquait le documentaire poignant de Florian Borchmeyer. Dans La Havane d’aujourd’hui, il y a Totico, le plombier par qui seul tient encore l’immeuble où vivent une centaine de familles, et qui rêve de s’envoler comme un des pigeons qu’il élève ; Reinaldo, ancien veilleur de nuit d’un théâtre gigantesque où chanta Caruso, et où il s’est établi, seul spectre vivant dans les loges, alcôves incertaines ; Misleydis a plaqué son mari pour les décombres d’un hôtel de luxe, où elle écrit, couchée sur son lit ; Nicanor tente d’entretenir la maison de son père et d’oublier la révolution socialiste…

«Vivre dans une ruine est une tragédie, souligne l’écrivain Antonio José Ponte : on devient soi- même une ruine…» «Que s’est-il passé ? Pour quoi tout tombe en ruine ? Pourquoi cette ville, La Havane, est-elle à ce point dévastée alors qu’elle n’a jamais subi ni guerre ni désastre ? Quand toute une capitale tombe en ruine, que cela signifie-t-il ? Il y a un lien direct entre le pouvoir et les ruines : faire comprendre à chaque Cubain qu’il ne pourra rien changer. Qu’il n’y a rien d’autre à faire que de laisser les immeubles s’écrouler…»

Dans Letras Libres et l’article intitulé La Havane, ruines et Révolution, Bertrand de La Grange et Maite Rico citent eux aussi l’écrivain Antonio José Ponte et son livre non encore traduit en français, La fiesta vigilada (2007) [ » La fête en liberté surveillée « ], où il utilise l’oxymoron :  » la contructon de ruines « .

Ponte, qui confie son statut d’écrivain interdit de publication, est une figure attachante de cet ensemble d’humains survivants dans une ville qui vit dans le passé. Un écrivain que je découvre avec ce très beau documentaire, métaphore oppressante de beauté décatie… Seule traduction de Ponte disponible en français : Les nourritures lointaines, chez Deleatur (2000). (lire interview en espagnol par Mercedes Serna y Anna Solana sur le site Eldigoras.com.) Ponte, fasciné par les réflexions de George Simmel sur la vie des ruines, près de Rome…

 

Le documentaire de Florian Borchmeyer, La Havane, une vie dans les ruines, est rediffusé sur Arte, le 13 janvier 2009, à 3h…

Dix clics pour écrire (n°1 : Choisir une forme)

Bonne année 2009, quatre-vingts ans après Buster Keaton à New-York, posant pour une publicité de la MGM ! Que l’on prendra pour maître ès résolutions (Ça a commencé comme ça.) Avec un souhait : écrire.

Comment déclencher l’écriture ? Pas de recettes ici proposées, mais des clés, des clés pour rouvrir ses rêves, rouvrir la porte de son imaginaire, tout plaisir déployé, accéder à un monde personnel, mais resté enfoui, un monde personnel qui dans les mots d’enfants est à fleur de peau, à fleur d’être.

Le jeudi, ce sera atelier d’écriture pour tout le monde. Un jeu, dis ? Oui, un jeu d’écriture, gratuit, non comptable. Ecrire sans compter… favoriser l’écriture « déclencheuse »… l’écriture qui vient des textes qui nous aident, nous inspirent… des textes déclencheurs d’émotions, et à leur tour déclencheurs d’autres textes.

 » Ça a commencé comme ça. « , lance l’incipit de Céline dans son Voyage au bout de la nuit. L’air de rien, demandons : « Et vous, comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ? » Marie Leprieur nous répond, en atelier d’écriture, tout de go :

Hier c’était le 3 rue de Milan, Rungis ;
Aujourd’hui c’est le 5 avenue Hoche, Paris.
Entre temps une nuit agitée,
un métro ,
une douche,
une orange pressée,
un dîner familial,
une machine à laver
suivi du sèche-linge – l’un ne va pas sans l’autre,
un bus ,
un réveil sur France Info,
un petit coup de blush,
un ciel voilé,
et la découverte de visages inconnus.

Dans un second temps, elle consulte le Catalogue des formes… et choisit une forme, donc une contrainte. Georges Perec, le grand déclencheur, nous l’enseigne : « Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre. » En l’occurrence, pour faire simple, des  » rimes en é « .  Et ça change tout ! Donc, pour Marie Leprieur, ça a commencé comme ça :

Se réveiller
Mal réveillée
Se doucher
Mal réveillée
S’habiller
Mal réveillée
Déjeuner
Oh! toujours mal réveillée
Les dents se brosser
Mal réveillée
Se pomponner
Mal réveillée
Se chausser
Mal réveillée
Ton baiser
Ah! là c’est parfait !

Le Catalogue des formes ? On verra plus tard… avec Hubert Haddad, notamment, et de son Nouveau magasin d’écriture. Jeudi prochain, un deuxième clic, un deuxième déclic (il n’y a pas que les Hottentots qui parlent une langue à clics), que nous suggère le tout premier texte de Marie Leprieur : l’inventaire.

Nouvelle Nouvelle Guinée

A chacun sa Guinée. Du temps de l’esclavage, c’était une monnaie ou une toile servant pour le troc. Aujourd’hui, la Guinée est la corne d’abondance des géographes comme des historiens.

1. En Afrique, au lendemain du coup d’Etat en Guinée,  » Les militaires putschistes ont assis leur pouvoir mercredi, en paradant victorieux dans les rues de la capitale, Conakry, après s’être choisi un chef en la personne du capitaine Moussa Dadis Camara, nous signale la  » Check-list  » du Monde.  » Vive le nouveau chef « ,  » vive la nouvelle Guinée « , criaient notamment des milliers de Guinéens. Nombreux étaient ceux qui exprimaient leur  » joie «  qu’ » un grand changement «  soit arrivé, deux jours après l’annonce officielle du décès du général Conté, au pouvoir depuis 24 ans. « 

2. Aux antipodes de cette  » nouvelle Guinée « , l’ancienne Nouvelle-Guinée, dite PNG ou Papouasie-Nouvelle-Guinée, ne vit pas qu’un conte de Noël. Courrier international du 5 décembre donne écho à l’article de The National, signé Maivo Lafanama :  » Dans une région rurale de la province des Eastern Highlands, hauts plateaux du centre de l’île de Nouvelle-Guinée, les femmes, écœurées par les guerres tribales, ont décidé de tuer tous les petits garçons à la naissance afin de réduire le nombre d’hommes et de contraindre ces derniers à cesser les hostilités. Depuis plus de vingt ans, les affrontements tribaux sèment la mort et la destruction à Gimi, dans la région d’Okapa.  »

3. Dans le vaudou haïtien,  » est restaurée sur la base de la présence de la Guinée, l’Afrique mythique d’où viennent et retournent les esprits « . Ainsi nous l’apprend Laënnec Hurbon :  » les vaudouisants ont conçu un circuit des esprits. Ceux-ci, le plus souvent, viennent de la Guinée, puis descendent vers les eaux souterraines qui constituent un monde grouillant de toutes les activités humaines, mais bâti à l’inverse de la société humaine.  »

L’histoire ne nous dit pas encore ce que deviendront l’âme des enfants tués-nés de Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans quel vaudou mythique ils se réincarneront, dans quel loa, dans quelle Afrique nouvelle ils renaitront.

Ferney, Bateau libre

Depuis son exit forcé, éhonté, de l’antenne télé du service public, on n’avait plus de nouvelles de Frédéric Ferney, animateur d’une émission littéraire plus que décennale. Chassé sans égards, il réapparaît par blog interposé, et ouvre la fenêtre du Net. D’un écran l’autre, Bateau livre oblige, son blog prend le nom de Bateau libre. Le livre est libre, c’est sûr, le bateau ne l’a pas été.

Son premier billet daté de ce jour, est dédié à Madame de Lafayette, auteur de La Princesse de Clèves (sur la question du Président et de la Princesse, une fable qui date de 2006, sans compter les versions ultérieures, lire Rue89 en cliquant ici) :

 » La page est tournée, je continue le combat, car seul le combat existe.

Mon seul dessein sera de partager avec vous des émotions intimes. La haine de la littérature sévit un peu partout en France, pas seulement à la télévision. Il faut donc se battre.

Je dédie le premier numéro de ce blog à Madame de La Fayette, l’auteur du premier roman d’amour et d’analyse français, « La Princesse de Clèves », qui fait si peur à notre Président. Que cela puisse aujourd’hui paraître une provocation ou un acte de résistance en dit long sur nos renoncements. « 

 

On souhaite bienvenue à Frédéric Ferney dans la blogosphère littéraire.

Hebdromadaires ? dites-vous…

Ma mère me disait :  » Tu ne seras jamais sérieux.  » J’ai dit :  » Non, jamais.  » Elle disait :  » C’est grave.  » Et elle avait raison. Quand les boueux sont en grève, c’est les orduriers qui protestent. Jamais on n’a pu répondre aux questions des enfants. Pour m’amuser, je pose encore des questions enfantines. La petite guérite ronde, aux carrefours, où un flic dirige (c’est une façon de parler) la circulation, on l’appelle  » cocotte-minute  » parce qu’il y a un poulet dedans et qu’il siffle tout le temps. (Jacques Prévert)

L’exposition Jacques Prévert, Paris la Belle, à l’Hôtel de Ville de Paris est gratuite, ouverte jusqu’au 28 février 2009, mais fermée les dimanches et les jours fériés. Dans ces conditions, les dimanches et les jours fériés, lisons Prévert, version Hebdromadaires, ou non.

Guaranis, drôles d’oiseaux

Nous venons de célébrer, il y a près d’un mois, le centenaire de Claude Lévi-Strauss, le célèbre anthropologue, l’un des derniers témoins de la vie des Indiens du Mato-Grosso brésilien. Visités, étudiés en 1935, et rendus célèbres en 1955 par Tristes tropiques (Plon, Terre humaine). Avec les Bororos, les Nambikwaras, les Caduveos, nous sentions, de manière aigüe, être en présence d’un moment de bascule. Cet instant, en déséquilibre sur le fil du temps, de vivre, par littérature ethnologique interposée, un moment unique, à l’interface d’un  » avant  » et d’un  » après « . D’où la tristesse infinie de ces  » Tropiques « .

Avec le film de fiction de Marco Bechis, La Terre des hommes rouges (Birdwatchers), ce sentiment aigu d’assister en spectateur au déséquilibre entre deux mondes, un monde du passé et un monde à venir, se double d’un combat pathétique, une guerilla sans happy-end, à armes inégales.

Ce film de fiction, où des Indiens Guaranis jouent leur propre rôle, épouse le point de vue des Indiens qui luttent contre un propriétaire terrien (un fazendero) dont la fille coule des jours heureux au bord de sa piscine (Maria, interprétée par Alicélia Batista Cabreira) et ce qui reste d’une tribu en bord de route, qui refuse de réintégrer sa  « réserve « . Ce groupe humain, contraint de jouer pour les touristes un rôle de sauvages, nus, flèches et carquois exhibés, entend résister à la pression d’une agriculture industrielle, qui confisque leurs terres. Combat qu’on sent perdu d’avance. D’un côté des pesticides qui pleuvent d’un avion jusque sur le campement des Indiens, des pistolets intimidants à la ceinture, une caravane où un solitaire dégingandé garde un champ chargé d’enjeu ; de l’autre un clan ravagé par les suicides de jeunes en forêt (filmés de manière réaliste), par l’alcool, le manque d’eau courante, le travail de braseiros occasionnels… auquel s’oppose le chef, Nadio (Ambròsio Vilhalva).

Le film nous propose un héros jeune, dont le destin s’affirme avec les difficultés : Oswaldo (Abrísio da Silva Pedro). Alors qu’il voit en rêve avant-coureur des événements dramatiques, alors qu’il sent la présence d’Angué, dieu présent en forêt, il sera initié par le chaman (Nelson Concianza) à la prière… La musique baroque qui ponctue les scènes donne une belle profondeur au film. Enfin, le cri vengeur d’Oswaldo déchire la forêt… Sur l’affiche du film, il a ce regard de guerrier de ceux qui luttent pour leur survie.

En lien avec le film, Survival International et le réalisateur Marco Bechis mettent en place un fonds spécial au profit des Guarani-Kaiowá, destiné à les aider à défendre leurs droits et à se réapproprier leurs terres ancestrales.

Moins de 100 livres par foyer, mais où ?

Côté pile, comme  » positif  » : en France, le nombre moyen de livres par foyer serait de 156 ; le temps moyen de lecture des livres serait de 38 minutes par jour.

Côté face, comme  » négatif  » : 39% des foyers possèdent plus de 100 livres, autrement dit : 6 ménages sur 10 possèdent moins de 100 livres ; et si la moyenne de lecture des livres est de 38′ par jour, cette occupation ne vient qu’en sixième position après regarder la télévision (3h07′), naviguer sur Internet (2h17′), écouter la radio (1h20′), voir ses amis ou sa famille (59′) ou écouter de la musique (54′).

Cette enquête  » Les Français et l’entertainment  » (sic) a été conduite par l’institut GfK. Le site Bibliofrance en donne quelques détails, mais pas tous…

Quels livres sont-ils lus ? Mais où ? Et comment ?

Moins de 100 livres par foyer pourrait paraître peu. Sauf si chacun a su composer sa bibliothèque idéale. Quant au 38′ de lecture quotidiennes, cela paraît -pour une moyenne- beaucoup, non ?

A noter que la dernière étude décennale sur les pratiques culturelles, actuellement en cours de dépouillement par les sociologues du ministère de la culture, devrait être publiée en mars 2009.

En attendant, méditons ce mot d’enfant :  » Où je suis quand je lis ? « , rapporté par Claude Ponti, auteur célèbre d’albums, interpellant son interviewer du Monde 2, Frédéric Potet, le 6 décembre dernier :  » Trouvez-moi un écrivain majeur, mature, reconnu -même moyen à la rigueur – qui soit capable de poser une telle question ! «