Chantez le  » Y « , ô alphabêtes de tous pays… Yo !

Extrait de Chambres d’écho (Rougerie, 2008), ce poème d’Yvon Le Men (Lannion, Bretagne), cet admirable Y, écouté la première fois, pour ma part, dans un jardin de Port-au-Prince, haute capitale des lettres, des arts et de la culture, dont l’écho mériterait de se répandre à travers le vaste monde :

Un jour le Y

têtu comme un Turc

s’aperçut

qu’il était le seul immigré

dans l’alphabet

il frappa au volet du Z

pour lui demander

d’où il venait

un Z pressé comme un zèbre

ne l’écouta pas

un Z fainéant comme un Zéro

s’endormit

mais le Z zentil comme Zorro

lui dit

de poser la question au X

qui était derrière lui

le X compta sur ses pattes

et dit

x1 + x2 = x3

x3 + x4 = x7 (bis)

quel casse-tête

que ce quat’pattes

soupira le Y très nul en maths

allons chez le W

et demandons-lui où il est né

chez les Walkmen

qui boivent du whisky

et tirent de la Winchester

dans les westerns pendant les week-ends

mais qu’est-ce que c’est que

cet alphabet français plein d’anglais

se dit le Y stupéfait

démarrons l’alpha

ne restons pas bêta

allons jusqu’au A

qui lui dit

c’est comme ça depuis autrefois

nous sommes venus de chez toi

par l’Italie jusqu’ici

avec beaucoup d’amis

de tous les pays

beaucoup d’immigrés

beaucoup d’étrangers

qui ont donné des lettres à notre alphabet

alors le Y

écarta les bras

allongea la jambe

remercia le A

réveilla le Z

les alphabêtes

firent la fête

avec tous les I

à minuit.

Léonora Miano, Les aubes écarlates  » Sankofa cry « 

Le roman :

Léonora Miano, Les aubes écarlates  » Sankofa cry « , éditions Plon

L’exergue :

Dans le souvenir de ceux qui soufflent sur ces pages, et dans l’espérance des fraternités.

L’épigraphe :

Voici que j’ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple […] et je vous installerai sur votre sol. Ézéchiel, 12-14

Or, comprenez, je ne vous donnerai pas quittance de vous-mêmes. Aimé Césaire, La Tragédie du roi Christophe.

L’incipit :

Exhalaisons

Peut-être nous entendras-tu, toi dont la conscience ne cesse de remuer l’intangible. Tu pressens, plus que tu ne saurais l’expliquer, que le sens des choses est également au-delà du visible. Alors peut-être entends-tu. Si tel est le cas, ne crains pas de comprendre, de rapporter notre propos.

Thème : les traites négrières

L‘auteur s’explique sur son site :
 » Les aubes écarlates est l’élément central de la Suite africaine de Léonora Miano, trilogie qui comprend les romans L’intérieur de la nuit et Contours du jour qui vient. Ce texte est central par sa position au sein de l’ensemble — dont il est le deuxième récit —, mais aussi par son propos.

Alors que la traite négrière est simplement évoquée dans les textes précédents, qui tracent un parallèle entre les formes actuelles du trafic humain en Afrique subsaharienne et les razzias opérées dans le cadre du commerce triangulaire, ou qui rappellent le mépris de certains Africains pour les populations issues de l’esclavage colonial, Les aubes écarlates est imprégné de la signification de ce crime pour le continent africain.  »

La critique est à venir.

À l’Ouest, toujours plus à l’Ouest…

Pour la rentrée littéraire, le choix est difficile. Soit aller vers l’Ouest, jusqu’à Ouessant et son Salon du livre insulaire, du 19 au 23 août, avec en invité, un archipel encore plus à l’Ouest : Saint-Pierre et Miquelon ; soit prolonger encore et encore plus à l’Ouest, direction le Pacifique, où la Nouvelle-Calédonie ouvre son SILO (ô grain magique ! conterait Taos Amrouche), le Salon du livre océanien, à Poindimié, du 2 au 7 septembre.

Choix difficile ou grand chelem littéraire ?

Sur le lynchage, lire Joël Michel

Vu l’exposition Without Sanctuary, des cartes postales de lynchages aux Etats-Unis au début du siècle précédent. Exposition à vous glacer le sang, absolument essentielle, dans le cadre des rencontres photographiques d’Arles (jusqu’au 13 septembre). Les sourires du public sudiste, l’endimanchement des spectateurs, leur vengeance raciste mais horriblement pudique (on recouvrait le sexe des pendus), la vente de cartes postales, la photographie comme véhicule de la barbarie, la justice dite populaire (la loi de Lynch), la vengeance d’une collectivité, la horde humaine fière de ses valeurs, une honte américaine dans un siècle qui a fait du chemin depuis.

Sur ce sujet à recommander, un essai remarquable, signé Joël Simon, Les lynchages aux Etats-Unis, publié en 2008 aux éditions de La Table Ronde.

La France, la francophonie et le reste du monde

Prix littéraire ? prix de géographie des origines ? l’Organisation internationale de la Francophonie, qui organise le prix des Cinq continents de la francophonie, tient à préciser pour chacun son pays d’origine, qu’il soit auteur en lice ou juré… ce qui donne des étiquettes assez cocasses. Parmi les finalistes, la France est représentée par cinq auteurs, le reste du monde par cinq aussi (deux Canada, un Afrique, un Haïti, un Liban). Quant au jury, notons la présence remarquée de Hong-Kong et de Maurice et de deux France et demie seulement…

Liste des dix finalistes du Prix des Cinq continents de la francophonie 2009 (résultats annoncés le 28 septembre à Paris, prix remis le 24 octobre à Beyrouth).

Stéphane Audeguy (France), Nous autres, Gallimard Jean Barbe (Canada), Le travail de l’huitre, LeméacKossi Efoui (Togo), Solo d’un revenant, SeuilFrançoise Henry (France), Juste avant l’hiver, GrassetFabrice Humbert (France), L’origine de la violence, Le PassageYanick Lahens (Haïti), La couleur de l’aube, Sabine WespieserCatherine Mavrikakis (Canada-Québec), Le ciel de Bay City, HéliotropeMarie-Sabine Roger (France), La tête en friche, Le Rouergue.Jean-Louis Serrano (France), La Beauté du Poulpe, Feuille BleueRamy Khalil Zein (Liban), Les ruines du ciel, ArléaLe jury du Prix 2009, présidé par Lise Bissonnette (Canada-Québec), réunit Monique Ilboudo (Burkina-Faso), Paula Jacques (France-Égypte), Vénus Khoury-Ghata (Liban), Pascale Kramer (Suisse), Jean-Marie Gustave Le Clézio (Maurice), Henri Lopes (Congo), René de Obaldia (Hong-Kong), Leïla Sebbar (Algérie), Denis Tillinac (France), Lyonel Trouillot (Haïti). Hubert Haddad (Franco-Tunisien), lauréat du prix 2008, est membre du jury 2009.

Vu d’Umlazi… (Durban)

 » Umlazi est le plus grand township de la province du Kwazulu Natal, il est situé près de la ville portuaire de Durban. C’est aussi le second plus grand township en Afrique du sud après Soweto. Une population approchant le million d’habitants y vit aujourd’hui. A Umlazi, on trouve des pauvres mais aussi des gens riches voire très très riches. Phumulani Dube, 30 ans, fait parti de ceux qui ont réussi. Il a grandit dans ce township et est aujourd’hui ce qu’on appelle un « black diamond »  »

La suite à découvrir sur le blog vu d’Afrique du Sud d’Asmaa Botmi… Chroniques d’Afrique.

Le Ventoux par la face molle

Les coureurs du Tour de France n’auront guère le loisir, en cette étape du Ventoux, de lire Méli-vélo, l’abécédaire amoureux du vélo, de Paul Fournel (Points Seuil).

Il écrit comme on  » pédale dans l’huile  » (voir l’expression), c’est-à-dire avec une jolie vélocité !

Citons-le à l’entrée  » Ventoux  » :

 » Le Ventoux n’a pas d’en-soi. Il est le plus grand révélateur de vous-même. Il vous restitue simplement votre fatigue et votre peur. Il sait tout de votre forme et de votre capacité au bonheur cycliste. C’est vous-même que vous escaladez. Si vous n’avez pas envie de savoir, restez au pied. « 

Notice qu’il conclut par cette citation de Francis Huger, chroniquant le Tour en 1965 pour France-Soir (Huger, auteur remarqué des Fadas de la pétanque) :

 » Poulidor avale le Ventoux avec la voracité d’un cannibale engloutissant le mollet d’un archevêque. « 

Nos amis Papous souhaitent la même hyperbole grandiloquente aux acteurs du Tour 2009. Mais la fin est déjà écrite : le méli-vélo du mollet en laissera plus d’un mol, tant le Ventoux n’a rien d’un mou.

Soldats-Marrons

Dans le cadre des scènes d’été créoles, la conteuse Mimi Barthélémy nous invite à un spectacle au Cabaret sauvage (Paris, La Villette), ce dimanche à 16h30 :

 » Soldats-Marrons est une évocation de l’histoire d’Haïti jusqu’à son indépendance. A travers les jeux, les yeux, les souvenirs d’école et de vacances de la petite fille qu’elle a été, Mimi Barthélémy conte, danse, chante et célèbre l’esprit rebelle qui anime les enfants d’Haïti ainsi que la victoire de leurs ancêtres sur les maîtres de l’époque.  » C’est gratuit.

Site de Mimi Barthélémy.

Avignon, Angéline et Angélica (lé gayar !)

Avignon, entrée de la salle B de l’Espace Alya, où va se jouer Angéline et Angélica,  » une petite comédie cruelle », en français et en créole. La compagnie ThéâtreEnfance, venue de Saint-Paul (La Réunion) distribue un  » Petit lexique de créole réunionnais  » :

la kaz la maison

fénoir la nuit

GSM téléphone portable

in kalot (kalote) une claque

domoun (domoune) les gens

lo ki le derrière

zamal cannabis

krankréla cafard

babouk araignée

gazé fou, folle

moin moi

toué toi

kosa (kossa) qu’est-ce que, à quoi

koué quoi

akoz pourquoi

ganié / ginyé (guin-yé) recevoir, avoir

lé mol c’est nul

lé gayar c’est super