Recommandé : Bagdad-Jérusalem à la lisière de l’incendie en français – עִבְרִית – العربية

Il nous avait presque habitué à ses beaux livres de poésie bilingues, français-arabe, aux jolis textes en miroir, dont la typographie fine et vocalisée donnait un avant-goût de la lecture. Ainsi pour Maram Al-Masri (Par la fontaine de ma bouche), Moncef Ouhaibi (Que toute chose se taise) ou la très belle anthologie des poètes Voix vives de la Méditerranée aux multilinguisme assumé. Avec Bagdad-Jérusalem à la lisière de l’incendie, de Salah Al Hamdani et Ronny Someck, l’édition devient chez Bruno Doucey trilingue : hébreu – français – arabe, encadrée par la traduction de Michel Eckhard Elial pour les textes en hébreu, Isabelle Lagny et Salah Al Hamdani pour les textes en arabe. Le recueil paraîtra le 14 juin. Voir le blog de Salah Al Hamdani : « بغداد ـ القدس، على حافة الحريق« et le blog de Romy Someck, auteur traduit en 39 langues.

Le mot de l’éditeur : « C’est par une poignée de main qu’est né le projet de ce livre : celle qu’ont échangée deux poètes – l’un arabe, l’autre juif – nés la même année, 1951, dans la même ville, Bagdad. Salah Al Hamdani et Ronny Someck n’ont pas seulement voulu faire un livre ensemble : ils ont voulu le faire avec moi, éditeur qui définis volontiers le poème comme le lieu de l’hospitalité. Par ce recueil écrit à deux voix et publié en trois langues – l’arabe, le français, l’hébreu – c’est toute la poésie qui révèle sa capacité à tisser des liens entre les êtres et les cultures. »

« Mon pays m’envahit » (le coup de colère des galeristes Monnin en Haïti)

Fondée en 1956, la galerie Monnin à Port-au-Prince, est l’un des plus importantes de la capitale haïtienne. Elle a représenté ou continue de représenter des artistes de renommée internationale : Préfète Duffaut, André Pierre, Carlo Jean-Jacques, Manés Descollines, Saint-Louis Blaise, etc.
Michel Monnin et sa fille Gaël disent leur colère, dans un texte intitulé dans Le Nouvelliste « Petit à petit mon pays m’envahit », dont voici les premières lignes : 
« Moi, Galerie Monnin, 19, rue Lamarre, Pétion-Ville, n’ai-je pas le droit de me considérer comme l’héritage commun d’une nation créative? Ne suis-je pas devenue au fil du temps une perle de patrimoine culturel? Et voilà que mon passé au 382 du boulevard Jean-Jacques Dessalines, où je vivais coincée entre la boulangerie Vénus et le Dépression-Bar, me rattrape, me dépasse, me fracasse…..
En 1980, j’ai fui Port-Fatras, Port-no-Parking et la dépression qui me menaçait pour me réfugier à Pétion-Ville, petite ville dortoir sans circulation et brouhaha ! Mais aujourd’hui je me retrouve confrontée aux mêmes problèmes, avec l’insécurité en sus ! Dois-je fermer mes portes à tout jamais ou continuer à vivre stressée dans mon pays qui s’engloutit sous le poids de la démographie, la démagogie, l’anarchie, la misère et les inondations ? Comment survivre dans ce chaos qui risque de se convertir en k-o avant la limite du douzième round « 

 

Charles Pennequin est vivant. Absolument vivant. C’est-à-dire dans la merde.

Dans le cadre (ou plutôt hors-cadre) du Marché de la poésie, Charles Pennequin sera place Stalingrad à Paris, le 16 juin à 16h :
« Charles Pennequin est né le 15 novembre 1965 à Cambrai, dans le Nord de la France. A l’heure actuelle, il cherche à comprendre la vie. Charles Pennequin écrit un livre pour ça. Si au bout du livre on n’a rien compris, alors il faudra laisser tomber le livre par terre. Peut-être même le livre tombera par terre avant. Peut-être il n’y a rien à comprendre, pas une ligne. Ne lisez pas les lignes pour comprendre la vie. La vôtre de vie, ou la mienne. Souvent on dit ça. On dit : J’ai la vie mienne. Et je comprends rien. Charles Pennequin écrit un livre qui aide à rien comprendre au vivant.
Charles Pennequin est vivant.
Absolument vivant.
C’est-à-dire dans la merde.
Publication dans de nombreuses revues. Performances et concerts dans la France entière et un petit peu à côté. Vidéos à l’arrache. Écriture dans les blogs. Dessins sans regarder. Improvisations au dictaphone, au microphone, dans sa voiture, dans certains TGV. Quelques cris le long des deux voies. Petites chansons dans les carnets. Poèmes délabrés en public. Écriture sur les murs. Charles Pennequin écrit depuis qu’il est né. »

Recommandé : Une migration sans fin, bilingue arabe-français

Reçois à l’instant et recommande tout aussitôt le recueil du poète palestinien Taha Muhammad Ali que Galaade publie pour la première fois en français dans une belle traduction d’Antoine Jockey. Qui plus est : l’édition est bilingue, plaçant les textes arabes et leur traduction française en miroir, ligne à ligne. L’arabe vocalisé rend sa poésie très accessible.

Exemple avec l’incipit du premier poème, daté de juillet 1973, Abd El-Hadi lutte contre une superpuissance [exprimé en toute humilité, fī ḥayātihi / mā qara’ wa la kataba] :

Extrait du site de l’éditeur Galaade :

« Traduites pour la première fois en France, et publiées en édition bilingue par Galaade, ses poèmes, entre littérature et politique, à la simplicité trompeuse et à l’humour désarmant, ont profondément touché les lecteurs de par le monde. Non sans rappeler le poète turc Nazım Hikmet ou l’Israélien Yehuda Amichaï, l’humilité qui le caractérise autant que leur engagement discret mais constant placent l’œuvre de Taha Muhammad Ali, avec Mahmoud Darwich, parmi les voix indispensables à la compréhension de la conscience arabe et palestinienne contemporaines.

Né en 1931 dans le village de Saffuriya en Galilée, Taha Muhammad Ali est considéré comme l’un des poètes palestiniens majeurs de notre époque. Réfugié au Liban pendant la guerre de 1948, il retrouve, un an plus tard, son village détruit, et s’installe à Nazareth, qu’il n’a pas quitté jusqu’à sa disparition en octobre 2011.

« Libre de toute convention, [Taha Muhammad Ali] s’est forgé une langue extrêmement personnelle et indépendante, où se mêlent arabe classique et dialectal. Écrivant en vers non métriques et sans rimes, Taha use aussi d’un ton plus feutré que celui de la plupart de ses contemporains palestiniens. » – New York Review of Books. »

Taha Muhammad Ali dans sa boutique de souvenirs, Nazareth, années 1950 ; photographie de Adina Hoffman (My Happiness Bears No Relation to Happiness)

 

chronique Culture 1er juin 2012

[Sur France Ô, JT du 1er juin, à 08’08 »]

1. Et si le printemps arabe était aussi une révolution sexuelle ?

Le cinéaste égyptien Mohamed Diab nous propose un premier film épatant : Les femmes du bus 678 en salle depuis mercredi.

 

Trois femmes du Caire, en bus, au stade, dans la rue, trois agressions sexuelles. La chanteuse Boushra interprète une femme du peuple, la peur au ventre. Scène sans dialogue, promiscuité étouffante. Nelly Karim joue le rôle d’une femme qui va aller jusqu’au procès malgré la pression de sa famille. Nahed El Sebai interprète le rôle d’une femme libre qui, après un viol, organise des cours d’auto-défense. Quelle méthode contre le harcèlement ? le droit ou la vengeance ?

Les femmes du bus 678 est réussi jusque dans les rôles masculins, du fiancé lâche au fiancé solidaire, en passant par le commissaire de police bourru mais plein d’humour…

Quelques jours avant la révolution de la place Tahrir l’agression sexuelle a été reconnue comme un délit.

À relier au contexte français avec ces deux propositions de loi sur le site du Sénat, l’une relative à la définition du harcèlement sexuel, l’autre au délit de harcèlement sexuel.

Proposition de loi relative à la définition du harcèlement sexuel
Texte de Mme Muguette DINI et plusieurs de ses collègues, déposé au Sénat le 24 mai 2012
Lire le dossier
Proposition de loi relative au délit de harcèlement sexuel
Texte de Mme Chantal JOUANNO et plusieurs de ses collègues, déposé au Sénat le 29 mai 2012
Lire le dossier

2.  120 lectrices de Elle ont récompensé du Grand prix des lectrices Elle dans la catégorie Document l’Américaine Helene Cooper pour son autobiographie La Maison de Sugar Beach publiée en français par Zoé, éditeur suisse.

Helene Cooper a grandi dans le milieu très privilégié des Congos, ces descendants d’esclaves américains affranchis  venus créer le Liberia au XIXe siècle. Dans son livre qui est une ode aux femmes du Libéria, elle raconte son enfance dorée, un coup d’Etat, le viol de sa mère, l’exil forcé aux Etats-Unis, son métier de journaliste. Aujourd’hui elle est correspondante du New-York Times à la Maison blanche. (Lire son portrait dans Libération, sa biographie dans le New-York Times).

3. Gregory Porter, sort un deuxième album Be good qui est un ravissement. Sa voix vient du blues et du gospel, une grande souplesse vocale dans un corps de près de 2 mètres…

Belle voix et belle chemise à jabot ! Gregory Porter est venu sur le tard au jazz, après avoir renoncé au football américain. Né à Los Angeles, il vit aujourd’hui à Brooklyn. Il aime le Brésil, l’Afrique, Nat King Cole, Billy Holiday.

Il sera demain à La Cigale à Paris. C’est complet mais d’autres dates sont prévues, le 9 juin à Blois, le 30 juin et le 19 juillet à Paris. Dans sa tournée des dates jusqu’en février 2013.

Au Vent des îles, un éditeur océanien à Saint-Malo

« Au Vent des îles, un éditeur océanien à Saint-Malo », titre de ce reportage-portrait (7’), réalisé par Christian Tortel pour Polynésie Première.
Le film est centré sur Christian Robert, fondateur de la maison d’édition Au Vent des îles, à la tête d’un « pack » d’ « écrivains autochtones » du Pacifique invités au festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo (mai 2012).
Le travail de vingt années de l’éditeur polynésien Au vent des îles est une belle illustration de la volonté du directeur du festival, Michel Le Bris : « C’est un regard autre sur le monde » dans un événement littéraire et documentaire qui entend pratiquer le « décentrement du monde et des images ».
Cette prise de parole littéraire par des auteurs du Sud, dans le flux des langues océaniennes, « apporte de l’air et d’autres manière de raconter », souligne Michel Le Bris, « cette espèce de réalisme magique issu de nos cultures respectives », note l’écrivain polynésien Moetai Brotherson après une rencontre avec l’écrivain haïtien Gary Victor et sa lecture de son roman cathédrale La Piste des sortilèges.
Autour de l’éditeur qui a installé sa maison d’édition à Papeete et réussi à publier nombre d’auteurs d’autres archipels (Nouvelle-Calédonie notamment), s’expriment trois intellectuelles du Pacifique, la Polynésienne Chantal Spitz, la Kanak Déwé Gorodé, l’auteur maorie néo-zélandaise Patricia Grace, premier écrivain au catalogue de Vent des îles avec cinq titres traduits.

Reportage de Christian Tortel. Images : Leïla Zellouma. Son : Bernard Blondeel. Montage : Gilles Dagneau. Mixage : Erick Zénati.