« Si tu passes la rivière », de Geneviève Damas, Prix des cinq continents de la Francophonie 2012

Le 11e Prix des cinq continents de la Francophonie a été attribué à Geneviève Damas pour son roman Si tu passes la Rivière (éditions Luce Wilquin). Le jury, présidé par Lyonel Trouillot (Haïti), réuni le 24 septembre au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie, a salué dans ce roman « un hommage à la vertu libératrice de l’écriture ».

Lu sur le site Le choix des libraires : Choix de Max Buvry de la librairie Vaux livres à Vaux -le-Pénil (son site), le 02/10/2011 :

« François Sorrente, «fils de la poussière et du vent», vit dans une ferme d’un côté de la rivière avec son père, sa soeur et ses frères. Illettré, ses seuls amis sont les cochons de la ferme, le dialogue n’est pas le fort de la famille, même seul avec les cochons, les mots lui manquent. La rivière marque une frontière, sur l’autre rive, zone interdite, une ferme brûlée. Personne ne doit franchir la rivière, pourtant Maryse, la soeur attentionnée, sans que François n’en connaisse les raisons, partira sans se retourner laissant la ferme sans femme, dans le silence et ses secrets. De ne pas pouvoir trouver les mots, François, lettre après lettre, courageux, entêté, apprendra à lire. Devenir «ami des mots» le transcendera, le transformera en un autre homme décidé à découvrir les secrets et drames de la famille. Un portrait attachant et émouvant d’un jeune homme qui aura le courage d’affronter son ignorance, forcer les portes du passé, s’extraire de sa condition, en espérant devenir maître de son futur et partir vers une nouvelle vie enfin choisie. »

 

“ Donner des yeux au langage ” (Octavio Paz)

Alain Freixe :
Le monde est. On ne le voit pas. On ne voit que du langage. On voit des mots. Regarder, c’est lire, épeler les choses. Si telle est la “ réalité ”, comment accéder au réel, comment éprouver la présence ? Arriverons-nous à la saisir ? La gardera-t-on ou nous échappera-t-elle toujours ? Octavio Paz disait qu’il fallait “ donner des yeux au langage ”, partagez-vous son approche de l’écriture poétique ?

Jacques Ancet :
J’ai beaucoup lu Octavio Paz et ses essais, surtout, m’ont beaucoup marqué. C’est lui qui nous dit, au début de son grand poème autobiographique Pasado en claro (regrettablement traduit par ce raide Mise au net) que “ voir le monde c’est l’épeler ”. Que percevoir c’est déjà nommer. Nous ne voyons pas les choses mais seulement leur nom. Alors, “ donner des yeux au langage ”, ce serait justement détruire ces “ mots qui sont mes yeux ” (Paz), qui me forcent à voir et donc m’empêchent de voir, pour, sur les ruines de la langue utilitaire et du sens institué, dans un langage qui ne me prendrait pas mes yeux mais me les donnerait, voir enfin. Ceci dit, j’ajouterais cette nuance importante : donner des yeux au langage, c’est lui donner une oreille. Car ce que je vois dans le poème (au sens large où il peut être roman, pièce de théâtre ou essai), en fait, je l’entends. À travers le passage silencieux d’une voix qui s’est mise à parler et qui, soudain, en sait bien plus que moi. À condition que mon encombrante identité se soit mise en veilleuse, pour que dans l’espace laissé libre par son retrait, autre chose puisse advenir. Cet autre qui est je (Rimbaud), ce “ latent compagnon qui en moi accomplit d’exister ” (Mallarmé) et avec lui le langage et le monde comme à l’état naissant. Le réel ? Je ne crois pas. Qui peut l’atteindre ? Mais en tout cas son pressentiment.

Extrait du Basilic n°41, mai 2012, gazette téléchargeable sur le site des éditions de L’Amourier, qui publient Comme si de rien, de Jacques Ancet.

Qui vive

Devant « le danger de vitrification esthétique qui menace la sensibilité entière », devant les amalgames éhontés des shows télévisés, devant les recours de plus en plus écrasés soit à un humanisme, soit à une divinité qui ont fait leurs preuves sanglantes, il faut remercier Annie Le Brun de rappeler, pour commencer, ce qui fait la grandeur du surréalisme : « avoir été au XXe siècle la seule tentative de repenser tout l’homme. » (Jean-Jacques Pauvert).

« Qui en effet oserait encore prétendre que la rupture des grands équilibres biologiques par l’anéantissement de certaines forêts d’Amérique du Sud ne va pas de pair avec l’inexistence pour la culture occidentale de certains peuples sauvages ? »

Annie Le Brun, Qui vive, Considérations actuelles sur l’inactualité du surréalisme, Ramsay – J.J. Pauvert, 1991.

Prix Femina 2012 (1ère sélection)

Gisèle Pineau figure dans la première sélection du prix Femina 2012 pour Cent vies et des poussières (Mercure de France), parmi dix-neuf romans français et onze romans étrangers.

Deux prochaines sélections seront établies les 8 et 19 octobre, avant le prix proclamé le 5 novembre.

19 romans français

Thierry Bestingel, Ils désertent (Fayard)
Jeanne Cordelier, Escalier F (Phébus)
Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville (Minuit)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil, prix du roman?Fnac)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L’Age d’homme)
Philippe Djian, « Oh !» (Gallimard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)
Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser éditeur)
Florence Noiville, L’attachement (Stock)
Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières (Mercure de France)
Nathalie Rheims, Laisser les cendres s’envoler (Léo Scheer)
Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset)
Antoine Senanque, Salut Marie (Grasset)
Anne Serre, Petite table, soit mise ! (Verdier)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

11 romans étrangers
Sébastien Barry, Du côté de Canaan (J.?Losfeld)
Michiel Heyns, La dactylographe de Mr James (P.?Rey)
Yan Lianke, Les quatre livres (P.?Picquier)
Antonio Lobo Antunes, La nébuleuse de l’insomnie (Bourgois)
Audur Ava Olafsdottir, L’embellie (Zulma)
Michael Ondaatje, La table des autres (L’Olivier)
Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer (Phébus)
José Luís Peixoto, Livro (Grasset)
Juan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent (Seuil)
Jeannette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier)
Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Grasset).

Source : Livres-hebdo.

Camille redouble pour le plaisir

Cette Camille a la grâce et l’élégance de nous faire croire à l’impossible : remonter le temps à l’âge de ses 16 ans. Va-t-elle alors succomber à ce garçon croisé en classe alors qu’elle sait que dans sa vie d’adulte il la quittera brutalement ? À la fois interprété et réalisé par Noémie Lvovsky, ce Camille redouble rend la nostalgie joyeuse, le temps passe et repasse comme une madeleine inépuisable, le tout sans effets spéciaux. Son talent de comédienne y est pour beaucoup. C’est joliment enlevé. Le cinéma français en altitude.

Renaudot 2012 (1ère sélection)

LE PRIX RENAUDOT 2012

13 romans sélectionnés:

– Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)

– Christophe Donner, À quoi jouent les hommes (Grasset)

– Florian Zeller, La Jouissance (Gallimard)

– Henri Lopes, Une enfant de Poto-Poto (Gallimard)

– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)

– Anne Berest, Les Patriarches (Grasset)

– Mohamed Boudjedra, Le parti des coïncidences (Alma)

– Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil)

– Agnès Desarthe, Une partie de chasse (L’Olivier)

– Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)

– Jean-Loup Trassard, L’homme des haies (Gallimard)

– Christian Authier, Une certaine fatigue (Stock)

– Aurélien Bellanger, La Théorie de l’information (Gallimard)

7 essais sélectionnés:

– François Bon, Autobiographie des objets (Seuil)

– Jean-Christian Petitfils, Le Frémissement de la grâce. Le roman du Grand Meaulnes (Fayard)

– Pierre Barillet, Bronia, dernier amour de Raymond Radiguet (La Tour verte)

– Jean-Michel Delacomptée, Passions. La princesse de Clèves (Arléa)

– Jean-Louis Gouraud, Le pérégrin émerveillé (Actes Sud)

– Emmanuel de Waresqueil, Entre deux rives (L’Iconoclaste)

– Franck Maubert, Le Dernier modèle (Mille et une nuits)


 

Prix Médicis 2012 (1ère sélection)

LE PRIX MEDICIS

14 romans français:

– Claude Arnaud, Brève saison au paradis (Grasset)

– Aurélien Bellanger, Théorie de l’information (Gallimard)

– Alain Blottière, Rêveurs (Gallimard)

– François Bon, Autobiographie des objets (Seuil)

– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)

– Philippe Djian, «Oh!…» (Gallimard)

– Lancelot Hamelin, Le Couvre-feu d’octobre («L’Arpenteur», Gallimard)

– Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)

– Leslie Kaplan, Millefeuille (POL)

– Emmanuelle Pireyre, Féerie générale (L’Olivier)

– Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde: fictions et réalités (Verdier)

– Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges (Grasset)

– Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil)

– Gary Victor, Maudite éducation (Philippe Rey)

8 romans étrangers:

– Margaux Fragoso, Tigre, tigre! (Flammarion)

– Vassili Golovanov, Espace et labyrinthes: récits (Verdier)

– António Lobo Antunes, La Nébuleuse de l’insomnie (Bourgois)

– Ferdinand von Schirach, Coupables (Gallimard)

– Gonçalo M. Tavares, Un Voyage en Inde (Viviane Hamy)

– Juan Gabriel Vasquez, Le Bruit des choses qui tombent (Seuil)

– Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Calmann-Lévy/Grasset)

– Alejandro Zambra, Personnages secondaires (L’Olivier)

Prix Wepler 2012 (sélection)

Douze titres figurent dans la sélection du prix Wepler 2012 :
La Blonde et le bunker, de Jakuta Alikavazovic (l’Olivier) ;
Zénith hôtel, de Oscar Coop-Phane (Finitude) ;
Escalier F, de Jeanne Cordelier (Phébus) ;
À l’abri du déclin du monde, François Cusset (P.O.L );
Démons me turlupinant, de Patrick Declerck (Gallimard) ;
Millefeuille, de Leslie Kaplan (P.O.L) ;
Fermer l’œil de la nuit, de Pauline Klein (Allia) ;
Mother, de Luc Lang (Stock) ;
Féérie générale, d’Emmanuelle Pireyre (l’Olivier) ;
Rose Envy, Dominique de Rivaz (Zoé) ;
Petite table, sois mise ! d’ Anne Serre (Verdier) ;
Congo, d’Éric Vuillard, Actes Sud.

Source : Livres Hebdo

Monsieur Lazhar, maître ès exil

Comment un immigré algérien vivant au Québec va chercher à s’intégrer par l’enseignement et une certaine idée de la langue française, malgré le traumatisme qui plane sur sa classe, le tout récent suicide de leur enseignante, in situ, tel est le thème de ce film du Québecois Philippe Falardeau, qui « considère que l’enseignement est un acte de résistance. Pour [lui], les enseignants font partie des héros modernes ».

Comme Bachir (monsieur Lazhar), Falardeau essaie de trouver la bonne distance entre les multiples questions que soulève une telle intrigue (l’intégration, l’exil, le droit des étrangers au travail, l’enseignement et ses normes, le rôle éducatif de deux types d’adultes (enseignants/parents) sur les élèves, parler du suicide en classe, dans quelles références littéraires puiser (Balzac ou le Canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière) ?

Lazare, premier ressuscité selon la tradition évangélique, trouve ici une belle résonance à l’heure de la rentrée scolaire… Film humaniste dans le fond, prévisible dans la forme, Monsieur Lazhar est servi par la belle interprétation de Fellag, dont l’exil personnel se déploie avec sensibilité dans le personnage de Bachir.