Je vais créer un dieu autre

خدايى دوباه خواهم ساخت
و هر غروب
براى تماشايش
به ساحل خواهم رفت

Je vais créer un dieu autre
Et à chaque couchant
J’irai au bord de la mer
L’admirer.

Roja Chamankar (روجا چمنکار ), Je ressemble à une chambre noire, Éditions Bruno Doucey, bilingue traduit du persan (Iran) par Farideh Rava.

Poésie en couleurs pour temps de classe

« Quelle naïveté ! » pourraient s’écrier certains esprits chagrins à feuilleter rapidement ce cahier d’écolier imprimé, Donne tes couleurs à l’école (à partir de 7 ans). Des poèmes qui glorifient la diversité, mot fleure bon la décennie 2000. Mais ces poèmes nous touchent au cœur dans leur candeur sur papier en lignes sages, à la calligraphie scolaire, lettres en pleins et déliés.

cahier poésie

Les éditions Rue du monde ont une constance dans la mise en forme littéraire, illustrée et graphique des valeurs de l’humain, une constance qui force l’admiration pour décliner poétiquement : « l’autre m’enrichit par la différence ». Cette ligne de vie s’entoure de la signature des incontournables fers de lance du vivre ensemble que sont Alain Serres (l’éditeur même), Jean-Pierre Siméon ou Francis Combes comme les anciens et célèbres Atahualpa ou Walt Witman dont un extrait de Feuilles d’herbe est proposé.

Pour ne citer qu’un poème, voici le premier, à la sobre efficacité. Il est signé Yves Pinguilly :

Je ne suis pas

Picasso n’était pas espagnol

il était peintre

Jacques Prévert n’était pas français

il était poète

Mozart n’était ni allemand ni autrichien

il était musicien

Charlie Chaplin n’était pas anglais

il était artiste de cinéma

Malala n’est pas pakistanaise

elle est prix Nobel de la paix

Et moi, je ne suis pas étranger

je suis ton voisin.

 

« Arrachez le bonheur aux jours à venir ! » (Maïakovski)

Maïakovski, dans son petit livre de 1926 Comment écrire des vers déconseillait cette formulation pour dire le « fracas explosif de la révolution » :

Héros, errants des océans, albatros,

Hôtes des banquets tonitruants,

Tribus d’aigles, marins et marins,

Pour vous le rubis des mots d’un chant de feu.

signé Vladimir Kirillov (1889-1943), poète prolétarien. Et bien Maïakovski avait tort. Mais le poète russe avait raison de simplifier ses propres vers pour aboutir à un cri :

« Arrachez le bonheur aux jours à venir ! »

Maïakovski, Comment écrire des vers, Adaptation de Philippe Blanchon, La Nerthe, 2014

Mahmoud Darwich (13 mars 1941 – 9 août 2008)

بعد سبع سنوات على رحيله لا يزال محمود درويش حيا في حضرة الغياب

Sept ans après sa disparition, Mahmoud Darwich est toujours une « présence dans l’absence ».

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© Ernest Pignon Ernest

Ne pourrais-tu éteindre une lune ?

Ne pourrais-tu éteindre une seule lune que je m’endorme ?
Que je m’endorme, un moment, sur tes genoux et que se réveillent les mots
Pour louer les vagues de ce blé qui croît entre les nervures du marbre ?

Tu m’échappes, gazelle apeurée qui danse autour de moi et danse
Et je ne parviens pas à rattraper un cœur qui mord tes mains et crie : Reste
Que je sache de quel vent se lèvent sur moi ces nuées de colombes

Ne pourrais-tu éteindre une seule lune que je vois
La vanité de la gazelle assyrienne qui poignarde son chasseur, d’une lune ?
Je te cherche mais ne trouve pas le chemin. Où est Sumer
en moi… et où est le pays de Shâm ?

Je me suis souvenu que je t’avais oubliée. Danse donc au firmament des mots.

1986

Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite et autres poèmes, traduit de l’arabe par Elias Sanbar, Gallimard, Poésie

Autre traduction par Abdellatif Laâbi, site art moderne.

Sur la religion, Adonis persiste et signe

Pour Adonis, religion et démocratie sont incompatibles, en particulier dans les pays arabes, ce qui fonde son raisonnement pour renvoyer dos à dos Bachar el-Assad et ses opposants. Une vision contestée par de nombreux intellectuels syriens en exil, dont la poète Maram al-Masri, rencontrée également à Sète (Hérault) en bord de Méditerranée.

Reportage à Sète aux festival « Voix vives de Méditerranée en Méditerranée ».

Voir les développements sur le site Culturebox.

écrire c’est vivre sur le bord d’une falaise

Extrait du recueil de poésie bilingue « Le Rapt », de Maram al-Masri, Éditions Bruno Doucey.

الكتابة
هي الموت امام من ينظر إليك بدون ان يتحرك
هي الغرق امام مركب يعبر بالقرب
الكتابة
هي ان تكون المركب التي تنقذ الغرقى
الكتابة
هي العيش على حافة هاوية

écrire c’est mourir devant une personne
qui te regarde sans bouger

c’est se noyer devant un bateau qui passe tout près
sans te voir

écrire
c’est être le bateau qui sauvera les noyés

écrire
c’est vivre sur le bord d’une falaise
et s’accrocher à un brin
d’herbe.

Bribes de poésie saignée à blanc

« Je suis née en vain c’est vrai
et ma bouche doit rester scellée.
(…)
Je ne suis pas le frêle saule
Je suis une Afghane
Il est donc logique que je parle en cri. »

Un poème signé Nadia Anjuman, morte en 2005 à l’âge de 25 ans sous les coups de son mari après avoir publié le recueil Gul-e-dodi (« Fleurs rouges sombres »), choisi et traduit par Leili Anvar, chercheuse et maître de conférences en langue et littérature persanes, qui a annoncé la préparation d’une anthologie de poèmes de femmes afghanes à paraître aux éditions Bruno Doucey.

Au premier congrès du GIS (Groupement d’intérêt scientifique) « Moyen-Orient et mondes musulmans » les mots « effondrement », « violence », « haine », « corruption », ne sont donc pas les seuls à résonner dans les 43 ateliers et les propos des dizaines de chercheurs. Il y a aussi ces bribes de poésie saignées à blanc où le persan côtoie l’arabe, le kabyle chante a capella à côté de l’indonésien et du grec…
Du poète syrien Golan Haji, traduit par Nathalie Bontemps, on retiendra : « Personne ne laisse de trace dans le miroir. »
Et de la poétesse berbère Farida Ait Ferroukh un superbe chant mystique de Kabylie intitulé Tizi.

Lire Le Monde, 08/07/15 : Afghanistan, toujours pas de femme à la Cour suprême.

Palmyre (تدمر) « Que faire d’un dieu qui ne chevauche pas l’imaginaire »

Le groupe djihadiste Daesh a diffusé samedi 4 juillet une vidéo montrant 25 soldats du régime syrien exécutés par des adolescents dans l’amphithéâtre de la cité antique de Palmyre.

« On y voit 25 soldats en uniforme vert et brun être tués à bout portant dans le théâtre devant un immense drapeau noir et blanc du groupe suspendus aux ruines. Les auteurs de l’exécution, habillés en tenue de camouflage, semblent être des adolescents, voire plus jeunes. » (Le Monde)

Ce massacre à théâtre ouvert, me fait penser à ce poète irakien Salah Al Hamdani, rencontré à Sète en 2012 lors du festival Voix Vives en Méditerranée (qui aura lieu pour la prochaine édition du 24 juillet au 1er août) :

للمرء المُستَأصَلِ من قِماطِهِ
المُتوَجِّه نحوَ الحِداد
ما نَفْعُهُ برَبٍ
لا يمتطي الخَيالَ
ولا يَفقَهُ بِدسائِسِ القَدَرِ
يُديرُ ظَهرَهُ لمديحِ مَواسمِ العَزاءِ ؟

بِينما لا يزالُ الشاّعِرُ يراوعُ مليشياتِ اللهِ
لكي بُهَرِّبَ الأحلامَ المَمْنوعَة

Pour l’homme extirpé des langes
qui s’achemine vers le deuil
que faire d’un dieu
qui ne chevauche pas l’imaginaire
ignore les manigances du destin
et tourne le dos aux saisons des louanges funèbres ?

Alors le poète contourne
les milices de Dieu
et s’évadent les rêves interdits

Salah Al Hamdani, poète irakien, traduit de l’arabe par l’auteur et Isabelle Lagny, publié dans le recueil trilingue, français, arabe, hébreu, des éditions Bruno Doucey (2012) Bagdad Jérusalem à la lisière de l’incendie, coécrit avec Ronny Someck.

Poète, quel sang coule dans ton poème ?

دم من هذا الذي يجري في قصيدتك أيها الشاعر
و في المتبقي من الزمن، شقيقي الذي شقَّ الغروبُ رأسه
دمه يقطرُ في ملابسي
دمُ من هذا ؟
وظهره الذي تقصَّفَ جهة الغربِ يقطرُ حمرةً وغروباً.
دمُ من هذا ؟
دمُ من هذا ؟couvpoesie

Poète, quel sang coule dans ton poème ?
Dans le temps qui reste, le couchant a fracassé la tête de mon frère,
son sang suinte de mes vêtements
Quel sang est-ce ?
Son dos brisé vers le couchant ruisselle de rouge et de couchant.

Quel sang est-ce ?
Quel sang ?

Extrait d’un poème du Syrien Nouri al-Jarrah, Sept jours, publié en édition bilingue par Europia, traduction Rania Samara, illustrations Youssef Abdelke et Assem al-Bacha, découvert lors d’une rencontre ce samedi à Paris organisée par Souria Houria (Syrie Liberté), intitulée : « Syrie, Egypte, Yémen, Révolution et contre-révolution dans le monde arabe » avec Fawwaz Traboulsi, professeur de sciences politiques à l’université américaine de Beyrouth