« Le genou et l’orteil
ont aussi besoin de rire. »
nous dit Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu dans la collection « Poèmes pour grandir » au Cheyne Éditeur par Jean-Pierre Siméon.
« Le genou et l’orteil
ont aussi besoin de rire. »
nous dit Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu dans la collection « Poèmes pour grandir » au Cheyne Éditeur par Jean-Pierre Siméon.
La nuit bientôt.
Mais cette trouée dans l’azur…
Un soleil météore
semble zébrer les ciels pastels
en lacis de lumières mouchetées
Un pinceau géant, invisible et divin
fait-il de nous
des inclusions du paysage ?
mouches minuscules
– bientôt papillons de nuit –
pris dans la toison de couleurs évanescentes,
mille-feuille atmosphérique
qui repose à marée basse
sur la plage alanguie…
Goûter des yeux.
Au loin, un horizon dégagé.
Bientôt la nuit.
Alors le ciel
sera troué
d’étoiles — :
voûte
que des enfants malicieux
percent de leurs cerfs-volants…
Quelle échappée !
Enivrez-vous, de Charles Baudelaire (1821 – 1867)و est tiré du recueil Le Spleen de Paris édité en 1869. Il plaisait beaucoup au chanteur Serge Reggiani (1922 – 2004) qui le dit à Denis Glaser le 12 novembre 1968, où il est reçu dans l’émission télévisée « Discorama » :

Salah Al Hamdani,

En Syrie, où la dictature est une tradition familiale, les poètes sont la voix du vent qui déchire les consciences. Ainsi Mohammad al-Maghout (1934-2006), qui « de sa Syrie natale, a été celui qui a modernisé la poésie de langue arabe, en quelques recueils fulgurants publiés dans les années 1950 et 1960. Il connut la prison et l’exil, restant jusqu’au bout une conscience lucide et rétive, un homme farouchement indépendant. » Lire la suite dans Mediapart
A l’occasion de la réédition de son unique recueil de poèmes traduits en français, en 2013, le critique Salim Jay, dans un enregistrement vidéo, soulignait l’importance de la poésie de Mohammad al-Maghout. Selon lui, La joie n’est pas mon métier a des résonances contemporaines jusque dans le récit de Samar Yazbek, Feux croisés (Buchet Chastel, 2012, cf L’Orient littéraire, avril 2012 qui précède Les Portes du néant chez Stock en 2016) :
الحصار
دموعي زرقاءْ
من كثرةِ ما نظرت إلى السماء و بكيتْ
دموعي صفراءْ
من طولِ ما حلمتُ بالسنابلِ الذهبيّةِ
و بكيتْ
فليذهبِ القادةُ إلى الحروب
و العشّاقُ إلى الغابات
و العلماءُ إلى المختبرات
أمّا أنا
فسأبحثُ عن مسبحةٍ و كرسِّ عتيق
لأعودَ كما كنت،
حاجباً قديماً على باب الحزن
ما دامت كلُّ الكتبِ و الدساتير و الأديان
توْكّدُ أنّني لن أموتَ
إلاّ جائعاً أو سجيناً
Le blocus
Mes larmes sont bleues
tant j’ai regardé le ciel et pleuré
Mes larmes sont jaunes
tant j’ai rêvé des épis d’or
et pleuré
Que les chefs partent à la guerre
les amants aux forêts
les savants aux laboratoires
Quant à moi
je vais chercher un chapelet et une chaise ancienne
pour redevenir tel que j’étais
vieux chambellan à la porte de la tristesse
puisque tous les livres, les constitutions et les religions
assurent que je ne mourrai
qu’affamé ou prisonnier
Mohammad al-Maghout (Salamiyyé, Syrie, 1934 – Damas, 2006), « Le blocus », in La joie n’est pas mon métier, trad. Abdellatif Laâbi, La Différence, 1992, cité dans Anthologie de poésie arabe contemporaine, sélection Farouk Mardam-Bey, Édition bilingue, Actes Sud junior, IMA, 2007
Keïfa lahum an ya`idū
Bil-jannah fī as-samā’
Wa hum yulbisūna sawādā
`alā al-ardhi el-nisā’
Comment peuvent-ils promettre
Le paradis là-haut
Quand ils couvrent
Ici-bas les femmes de suie
Tahar Bekri
Au souvenir de Yunus Emre (1238-1320)
في حٓضْرٓة يونس إمْرِه
Édition bilingue, Elyzad (Tunis), 2012
La poésie se cache
Quelque part
Derrière la nuit des mots
Taha Muhammad Ali (1931-2011), Une migration sans fin, Galaade, 2012, trad. arabe (Palestine) Antoine Jockey
ما زلتُ حيّاً في خِضَمِّكِ (Mā zaltu hiyān fī ḫiḍamiki) : « Je demeure vivant dans ton immensité », Mahmoud Darwich, dans le poème Les leçons de Houriyya (تعاليم حوريَّة).
Il y a 40 ans, le 20 septembre 1975, disparaissait Saint-John Perse, à l’âge de 88 ans. Ce diplomate et poète français était né à Point-à-Pitre (Guadeloupe), lauréat du prix Nobel de littérature en 1960. Il était descendant de colons français établis aux Antilles depuis la fin du XVIIe siècle. Son œuvre a été au programme de l’agrégation.
« Saint-John Perse a édifié, à l’écart des milieux littéraires, une œuvre poétique monumentale par la noblesse de son ambition et la splendeur de son langage. Indifférente à toute transcendance, elle exprime pourtant, à travers le foisonnement de ses images, l’ampleur de ses visions et la grandeur de ses mythes, une persistante nostalgie du sacré.
Véritable inventaire du monde, son œuvre en traduit la beauté luxuriante dans une langue riche en vocables rares et en métaphores étranges et précieuses. Dans la forme du verset claudélien et de la litanie, elle s’élève spontanément au ton de l’épopée. » (Le Grand Robert).
Voyons comment Perse est enseigné aujourd’hui. Par exemple dans une classe de première du lycée Montebello à Lille, sous l’autorité de Sylvain Dournel :
Vents, I-1
C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !
Flairant la pourpre, le cilice, flairant l’ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,
Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d’athlètes, de poètes,
C’étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,
Sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses…
Et d’éventer l’usure et la sécheresse au coeur des hommes investis,
Voici qu’ils produisaient ce goût de paille et d’aromates, sur toutes places de nos villes,
Comme au soulèvement des grandes dalles publiques. Et le coeur nous levait
Aux bouches mortes des Offices. Et le dieu refluait des grands ouvrages de l’esprit.
Car tout un siècle s’ébruitait dans la sécheresse de sa paille, parmi d’étranges désinences : à bout de cosses, de siliques, à bout de choses frémissantes
comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l’autre hiver, portant livrée de l’année morte;
Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite –
Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d’amour et de violence où le désir encore va chanter.
» Ô toi, désir, qui vas chanter… » Et ne voilà-t-il pas déjà toute ma page elle-même bruissante,
Comme ce grand arbre de magie sous sa pouillerie d’hiver : vain de son lot d’icônes, de fétiches,
Berçant dépouilles et spectres de locustes; léguant, liant au vent du ciel filiales d’ailes et d’essaims, lais et relais du plus haut verbe –
Ha ! très grand arbre du langage peuplé d’oracles, de maximes et murmurant murmure d’aveugle-né dans les quinconces du savoir
Saint-John Perse, Vents, Gallimard.
Comment lire les poèmes de Saint-John Perse ? (Colette Camelin, L’information littéraire, 2006/3 (Vol. 58), pp 23-27, Les Belles lettres, Cairn.Info.
Au Japon, des ateliers d’écriture initient à la poésie de Saint-John Perse.
Croyez-moi sur parole, j’ouvre au hasard ce gros livre de 1 252 pages, à la finesse de papier bible, ce Sony Labou Tansi, Poèmes, édition critique, coordonné par Claire Riffard et Nicolas Martin-Granel, en collaboration avec Cécile Gahungu, « la première édition critique d’un des plus grands poètes du XXe siècle », cinquième ouvrage de la collection « Planète libre » (« qui entend réserver aux auteurs majeurs de la francophonie un traitement égal à celui accordé aux grands corpus français : une édition critique exigeante », critique c’est-à-dire accompagné de textes, de commentaires, d’analyses, de critique en somme…) après ceux consacrés à L.S. Senghor, J.J. Rabearivelo, A. Césaire, A. Memmi, édité par l’Item (Institut des textes et manuscrits modernes) – CNRS, donc le voici ouvert presque en son milieu, et là je lis, extrait de « L’Autre rive du quotidien » :
Premier janvier 75
Je brosse mon petit titre
De mammifère —
Et quel mammifère…
Je m’appuie tout contre
Mon petit cœur de poète
Mais quel poète —
L’Afrique a vendu sont monde
À
Trente deniers —
Blasphémateur
Pas par méchanceté — Oh Messieurs
Par un simple petit tour de passe-passe —
Quel poète
Forgeron des points cardinaux
Ramasseur d’anus
Fer à scier l’horizon
Et — j’ai sucé la mamelle flambante
Des étoiles —
Et ça s’appelait vivre de coups fourrés —
On foutait le monde par terre
On réparait les Dieux
Mais moi — je me rappelle
J’ai dit Joyeux Noël aux gens
Avec toutes mes fuites
Fuite de sang
Fuite de cerveau
Fuite de sexe
Courbatures
J’ai dormi
Sur le seul mot de la langue
que j’ai trouvé têtu : OH !
J’étais moi le OH ! le plus OH ! du monde
Germé de la viande
Et l’orgueil était vaniteux —
et là je fais une pause pour dire que je lis çà et que je suis page 582, et que je n’ai pas fini de lire SLT (1947-1995), mort il y a tout juste vingt ans, qu’on a envie de distribuer à la terre entière, que les heureux éditeurs de ce monument présentent ainsi : « Au commencement, donc, le poème. À la source du fleuve Sony, le poète, « car pour moi, on n’est écrivain qu’à condition d’être poète ».
Oui, donc je suis au bord, sur la rive de ce « flux torrentiel » de « notre béant trésor océanique ».
Au-delà du poète et de l’homme de théâtre, divers amis de SLT nous donnent rendez-vous lors d’événements préparés pour le vingtième anniversaire de sa disparition. A lire sur le site de l’ITEM, sur le site de la Maison de la poésie, etc.