Mon pays est un palimpseste

« Mon pays est une perle discrète
Telle des traces dans le sable
Mon pays est une perle discrète
Telle des murmures des vagues
Sous un bruissement vespéral
Mon pays est un palimpseste
Où s’usent mes yeux insomniaques
Pour traquer la mémoire. »

Ousmane Moussa Diagana, poète Mauritanien, Notules de rêves pour une symphonie amoureuse (1994).

Lire l’article sur Jeuneafrique.com

Ici on accouche des êtres de parole

La poésie nous aide à nous tenir debout. La poésie dans les lycées de Paris ou du 9-3 aide les adolescents à se tenir debout. La poésie se dit et « se propage comme une onde » dans le Tout-Monde comme à la ronde, quand elle est prise au sérieux, pas comme exercice, aérobic plastique pour l’épate ou effets de style pour soirées bourgeoises. C’est du sérieux comme on le voit ici dans ce reportage mis en ligne ce jour par Africultures.

Des bribes de poèmes dans la bouche, c’est un oxygène, un sens ressenti, sans doute approché. L’important n’est pas de comprendre d’emblée. On est loin de l’explication de texte. Il ne s’agit pas d’expliquer. On sent bien que l’essentiel est ailleurs : dans la quête d’un « moi disant ». Oui c’est ce « je » en phase avec le monde qui naît dans ces ateliers mis en place par Sylvie Glissant, la veuve du poète, sous la bannière de l’Institut du Tout-monde. Ici on accouche des êtres de parole. Du moins, c’est une gestation. On imagine qu’il faudrait plus de temps, plus de comédiens de la trempe de Sophie Bourel dans les classes, plus d’artistes engagés comme Federica Matta.
Car celui qui dit au profond du texte est dans le monde, pas à côté. Il se sent à sa place. Il l’a trouvée sa place. Pas besoin de démonstration, explication, détours didactiques, pédagogiques, explicatifs.

le geste en classe(c) Africultures

Dans leurs tâtonnements, les élèves sont aux prises avec une langue, de Glissant, de Césaire, prise directe sans l’explication suffocante, sans « l’asphyxiante culture », selon le titre de l’essai de Jean Dubuffet. Prise directe comme les doigts dans la prise. Ça les électrifie cette poésie. Elle n’est pas infuse mais prise d’assaut. Comme butin de l’esprit. Tout est là dans ces séquences tournées par Anne Bocandé avec son équipe d’Africultures, dont Glissant est l’un des viatiques porteurs, comme on dit d’un gros porteur, celui dont on peut s’échapper mais auquel on revient comme source et nourriture.
Suivre ces ateliers, avec toute la volonté tenace d’une comédienne pour qui c’est essentiel, c’est forcément un gros enjeu. Voir cette scène où elle mime un O géant. À moins que ce soit une grenade ou un fruit ?
On le devine cet enjeu : se déployer à l’âge où existe la tendance au repli. À l’identitaire repli. Ici tout est ouverture, comme ce O qu’elle mime avec résolution. Elle leur dit : « Le son ouvre l’imaginaire, le son ouvre le sens. » Les poèmes qu’elle leur met en bouche ne sont pas à goûter comme friandises. Ils sont plats de résistance. Ils sont aussi des « armes miraculeuses » pour plus tard, comme disait Césaire de la poésie.

Sophie Bourel est capable de leur faire dire du Frantz Fanon comme du Friedrich Hölderlin. Que leur apporte-t-elle ? Adultes, ils le diront. Ici c’est le corps qui parle. Le corps travaille. Comme c’est la langue des poètes qui passe par le corps. Le corps langue. La bouche, le souffle. Ça respire, transpire. Ça dit haut le mot. Car on se tient droit les deux pieds enracinés, ce qui n’est pas rien pour ces fils et filles de migrants, pour beaucoup. On le devine. Ils sont ici et d’ailleurs. Dans ce mêlement du monde. Ils sont cette créolisation du monde en marche.

… créer dans un monde qui oblige les peintres à tuer les poètes

« Travaille, travailleur.
Fondeur du Creusot, devant toi,
Il y a un fondeur d’Essen,
Tue-le.
Mineur de Saxe, devant toi,
Il y a un mineur de Lens,
Tue-le.
Docker du Havre, devant toi,
Il y a un docker de Brême,
Tue-le.
Poète de Berlin, devant toi,
Il y a un poète de Paris,
Tue et tue, tue-le, tuez-vous,
Travaille, travailleur. »

Extrait de Tu vas te battre, poème de Marcel Martinet publié dans Les Temps maudits, en 1917. Réédité chez Agone en 2004.


Dans son livre Le tableau papou de Port-Vila (Cherche-Midi), Didier Daeninckx (avec Joe G. Pinelli) dialogue avec Olivier Faivrier, auteur d’un article sur la poésie pacifiste liée au Chemin des Dames. Il lui décode le poème Travaille, travailleur… en citant une source allemande digne de foi, qui précise que deux vers (concernant un poète français) sont de la main du peintre allemand Heinz von Furlau, sujet de la quête de l’auteur de polars mémoriels, de l’Océanie aux Chemins des Dames.
«En fait von Furlau commandait plusieurs pièces d’artillerie qui pilonnaient le secteur du Bois-des-Buttes et la route de Pontavert, à environ trois kilomètres de Craonne. Un an et demi plus tôt, le 17 mars 1916, au même endroit, un éclat d’obus avait transpercé le casque d’un soldat français qui s’appelait Guillaume Apollinaire. Heinz von Furlau n’a jamais pu se défaire de l’idée qu’il était en quelque sorte responsable… On a la copie d’une lettre à sa sœur Magda où il lui confie : « À quoi bon continuer à créer dans un monde qui oblige les peintres à tuer les poètes ? » (« Wozu noch langer künstlerrisch schaffen in einer Welt, die Maler zwingt, Poeten umzubringen. »)

Le seul plaisir des mots

Plein soleil
Une terrasse
Face au parc
Un serveur
Langue soignée
Accent inconnu
Sa diction brocante
Le seul plaisir des mots
Une distinction, un souci de soi
Chemise blanche impeccable
Pratique une langue dorée
Roule des r tout en élégance tout en éloquence
Ponctue des phrases courtes
Salamalecs enjoués
Les femmes s’arrêtent
Le bisent.
Là, il boit son café
Fume sa cigarette
Plein soleil
Puis reprend son service.
Paris tranquille
Un dimanche
aux Buttes-Chaumont

À Paris, la voix des poètes syriens emprisonnés

Les poètes syriens sont bien vivants. Sauf les morts bien entendu. Ou les poètes en prison.
Les poètes vivants – lorsqu’ils se rencontrent – parlent de haricots blancs. Ils rient aux blagues de l’un d’entre eux. Ils parlent d’araignées, de points cardinaux, de sosies, de pays sans patrie qu’est la Syrie aujourd’hui, de faim, de feux de mots.
Les poètes syriens lorsqu’ils se rencontrent parlent de poésie et de poètes emprisonnés. Ils sont nombreux les poètes syriens, en exil ou en prison. Les poètes prisonniers envoient des poèmes à leurs amis poètes en exil et ces poèmes sont lus en public, en arabe et en français grâce à la traduction de Dima Abdallah, comme ce samedi 3 mai, à Paris, à l’Institut des Cultures d’Islam, un centre culturel de la mairie de Paris situé dans le quartier de la Goutte d’Or. Une soirée dédiée aux poètes Nadhem Hammadi, Ajwad Amer, Wael Saad Eddine, Nasser Boundouq.

« On va lire leur poésie jusqu’à leur libération, a annoncé Hala Mohammad, à qui l’Institut avait donné carte blanche, samedi 3 mai. On espère la liberté pour tous les poètes et pour tous les Syriens. »
La poétesse syrienne aura encore carte blanche samedi 10 mai et samedi 14 juin. Jamel Oubechou, président de l’Institut, ancien conseiller culturel près l’Ambassade de France en Syrie (2002-2006), l’a souligné en présentant la soirée, justement intitulée « Réfugiés en poésie » : « Pour que les Syriens soit reconnus pleinement humains, nous devons leur donner la parole. »

Moins célèbres qu’Adonis, les poètes présents à La Goutte d’Or ce soir-là ont fait salle comble. Le plafond semblait bas tant leur parole est belle et forte, elle remplit l’espace. Lectures en français par Hala Omran et Wissam Arbache.

Extrait du Sosie, d’Aref Hamza, qui vit en Turquie : « À présent ils tuent mon quarantième sosie et je vivrai seul. Extrait de Victimes : « Les mots ne sont pas les seuls victimes des explosions. » Du Roi des points cardinaux : « Tes quatre fils que tu as nommés les Rois des points cardinaux, nous venons de les enterrer. » Ou encore : « Depuis deux jours tu vis avec ta rage de dents, tu n’es alors plus seul. » Ou : « Lorsque tu dors auprès de moi, cela vaut un état tout entier. »
« J’ai abreuvé cette vie même si elle s’est perdue.»

Entre les différentes lectures des poètes présents, Hala Mohammad a lu des poèmes envoyés depuis une prison de Syrie. Tels Nazim Hamadi, poète arrêté le 10 décembre 2013, Nasser Bunduq, arrêté à Damas le 17 février 2014, ou cet autre poète : « J’ai rêvé de tes yeux dans la chambre de la mort. J’ai rangé mon rêve. J’ai rêvé de tes yeux. Je les ai écrits. Et j’ai sombré. »

La poétesse Khouloud Sageiar a lu ses poèmes :
« La mer est immobile. Je suis ce qui reste des écumes du départ. »
Ou encore : « Les poèmes que tu ne dis pas s’effondrent. Seules tes blessures ne pourrissent pas. »
« Il pleut des faire-part de décès. le terre est en feu. »
« Si tu parviens à leur échapper, tu ne pourras échapper à toi-même. Ils t’ont métamorphosé en araignée. »

Lukman Derky a réussi à faire rire l’assistance ou à l’émouvoir :
« Ô Syrie comme tu me ressembles. La différence c’est que j’ai appris à mes enfants les cris et les haricots et que tu leur a appris le silence et la faim. »
Et son poème intitulé Noirceur :
« Nous sommes ceux qui furent tués dans toutes les guerres. Les guerres nous ont épuisés.»

À un fonctionnaire d’une ambassade occidentale qui lui refuse un visa :
« Je ne te veux pas ô liberté. Je ne suis qu’un visiteur. Je visite ta liberté. La liberté est à ceux qui la font et non au visiteur. »

Dara Al Abdallah, était en 5e année d’études de médecine quand il choisit l’exil pour l’Allemagne : « Pourquoi faut-il que les outils de mort soient beaux ? »

Yasser Khangar, réside dans le Golan. Il est interdit par Israël de quitter le pays : « Une enfant s’est échappée des gouffres de la mort. » Voir une de ses lectures en arabe sur You Tube

Monzer Masri, interdit de sortie de Syrie : « Comment quand on part sans revenir ? On revient ? »
Écouter un de ses poèmes lu en arabe sur lyrikline. Lire la poésie de Monzer Masri sur le blog d’Annie Bannie.

Dans Médiapart lire un poème de Nazîh Abou Afach, Ô temps étroit, ô vaste terre.

Lire un poème de Hala Mohammad et sa biographie dans L’Orient littéraire.

Lire son interview sur le site d’Arte à l’occasion du festival de littérature de Berlin en 2013.

Déjà en juillet 2011, Nouri Al Jarrah, poète syrien résidant à Londres nous avait ému lors de sa lecture de ses propres poèmes, en arabe, puis en traduction française, du haut du Mont Saint-Clair, à Sète lors du festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée.

Instant de noir

Pour James, Pascale & Manes Descollines

Quartier de la Muette
Un appartement bourgeois
Ici l’art est chez soi
Parmi les layettes

Un Soulages première époque
Brou de noix, goudron,
Traits épais, quel choc
Vie dense, noir de fumée, noir d’ivoire

Carré au cœur
Ange tutélaire de petites toiles
L’une est un moulin noir

Entre deux averses
Une clarté
Forte et vive entre les cumulus

Noirs, gris, blancs, quelle liesse
Vers l’horizon
Un soleil entre dans la pièce
Et le noir nous embrase.

Merveille de la guerre… le comble du malheur, le comble du bonheur

Je reçois par la poste un petit bonheur d’édition, Merveille de la guerre, poème de Guillaume Apollinaire, extrait d’« Obus couleur de lune », lui-même inclus dans Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), édité à Rochefort par Les Petites allées, éditions typographiques artisanales. Le titre est de couleur rouge sang. Le reste est imprimé au plomb sur 12 pages (oui un livre de douze pages !). Du plomb pour la guerre… Mais point de calembour, Dieu gît dans les détails, c’est bien connu. Qu’on range nos émotions avec précision comme en typographie on range les casses bien alignées dans un casier en bois.

Le livre – livret conviendrait mieux –  se présente sous la forme d’un petit format posté. Vous l’achetez avec son enveloppe en beau papier vergé. Le tout sous cellophane. Nathalie Rodriguez, éditeur-imprimeur, a écrit sur un marque-page (eh oui !) : « … une enveloppe assortie permet de le conserver ou de l’envoyer à qui vous voudrez. Le tout pèse 28 grammes et coûte 7,50 €. »

[Première précision de contexte (première digression) : j’étais à peine revenu de la première édition du Salon du livre océanien de Rochefort, de cette entreprise qui réunit il y a quelques jours quelques figures des lettres du Pacifique, de l’Australien Philipp McLaren au Néo-Zélandais Witi Ihimaera, en passant par les amis français de Calédonie et de Polynésie. Le trait d’union entre Rochefort et Océanie a du sens. D’ailleurs Les Petites allées, qui ne sont pas que fondues du plomb, en avait profité pour publier le livre éponyme de ce jumelage littéraire, Rochefort-Océanie justement. Sans parler (digression dans la digression) du seul poème en bichelamar qui ait jamais été édité en France, mais ça c’est une autre histoire.

Donc, j’étais à peine revenu de Rochefort et d’une soirée de poésie inouïe dans la bibliothèque du Musée de la Marine, enveloppés que nous étions par 25 000 volumes traitant qui de la pharmacopée qui des mœurs insulaires des peuples du Pacifique fréquentés au XVIIIe siècle par les explorateurs Lesson, natifs rochefortais. À Paris, je vais visiter l’exposition formidable de Jean-Pierre Guéno, Entre les lignes et les tranchées au Musée des lettres et manuscrits (deuxième digression, mais quelle digression tant l’expo remue tripes et méninges avec la lecture des lettres de deux prêtres-fantassins, Joseph et Loys Roux et leurs photographies (voir l’affiche ci-dessous), de deux généraux, Duplessis et Galliéni, d’un soldat amoureux, de peintres, d’écrivains, des rapports de tranchées du capitaine Charles de Gaulle). Et de quelques belles trouvailles iconoclastes, comme ces ordres de mobilisation pour les hommes d’une part, pour les chevaux et mulets d’autre part, imprimés en… 1904, soit dix ans avant le début officiel de la Grande Guerre.]

Dans ce contexte, que peut représenter Merveille de la guerre ? Un concentré dense comme un trou noir : la Grande guerre en micro-format. C’est vrai que dans le genre, les éditions Bruno Doucey nous ont gratifié il y a peu du recueil En pleine figure, Haïkus de la guerre de 14-18, une anthologie établie par Dominique Chipot, que l’éditeur présentait comme « la fulgurance du fragment face au désastre de la guerre » [Papalagui, 11/11/13].

Merveille de la guerre est un poème d’Apollinaire, figure majeure qui n’est pas absente de l’exposition Entre les lignes et les tranchées. Mais l’édition par Les Petites allées réussit à apporter sa pierre à l’édifice. D’abord, le coup de cœur de l’éditeur est dit en quelques mots simples : « Guillaume Apollinaire est mort de la grippe espagnole comme beaucoup des combattants de la Grande Guerre : le virus, comme l’armée, aimait les hommes jeunes et forts. Nous aimons Apollinaire et les millions d’hommes broyés entre 1914 et 1918, mais détestons la guerre, la mort, et la grippe espagnole. »

Voici le début de Merveille de la guerre :

Que c’est beau ces fusées qui illuminent la nuit
Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour regarder
Ce sont des dames qui dansent avec leurs regards pour yeux bras et cœurs

J’ai reconnu ton sourire et ta vivacité

C’est aussi l’apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices dont les chevelures sont devenues des comètes
Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps et à toutes les races
Elles accouchent brusquement d’enfants qui n’ont que le temps de mourir

etc.

Le reste vous prend crescendo dans cette tenaille de beauté et d’effroi, alliant l’éphémère de la grâce et la certitude de la fin. Inutile de publier l’intégralité du texte ici. Il est sur Internet, par exemple sur le site Un jour un poème. Mais sur le web, on peut glaner ce reportage des confrères de France 3 Atlantique, qui dit tout le savoir-faire d’une édition artisanale au plomb. Diffusé en octobre 2013, et qui prend justement pour exemple la composition et l’impression de Merveille de la guerre :

 

Merveille de la guerre : titre par antiphrase, que le TLF définit ainsi : « Figure par laquelle, par crainte, scrupule ou ironie, on emploie un mot, un nom propre, une phrase, une locution, avec l’intention d’exprimer le contraire de ce que l’on a dit. »

[On se souvient (troisième digression), toujours dans Calligrammes, de cette métaphore exemplaire de la démarche poétique, de la démarche surréaliste : « Ta langue, le poisson rouge dans le bocal de ta voix. »]

Monique Jutrin a consacré une belle étude à Apollinaire (Que Vlo-Ve ? Série 1 No 5 janvier 1975 pages 27-42 Calligrammes :  Une Poésie « engagée »?) Extrait :

« Fondé en poésie », Apollinaire a pour tâche de célébrer tout ce qui existe, il a charge de réalité. Même si la guerre est horrible, il se doit de la réciter, donc de la créer. Et, chantée, la guerre devient « belle », parce qu’écrite, « calligraphiée », devenue calligramme, bel écrit et beau chant : Calligrammes est le récit de cette transmutation réciproque des valeurs de la guerre et de la poésie. C’est un art poétique qui se redéfinit à tout instant. Art poétique fait de mouvements antithétiques, synthèse entre passé et avenir, mort et renaissance, lyrisme et ironie.

Elle cite l’essayiste Pierre-Marcel Adéma, qui dans Guillaume Apollinaire 1e mal-aimé. (La Table ronde, 1968) souligne : « L’aspect essentiel des Calligrammes, mise à part l’utilisation des dessins-poèmes, c’est l’expression lyrique de la guerre. Chanter les « merveilles de la guerre » sans tomber dans le poncif cocardier, est une gageure que seul a su réussir Apollinaire. […] Dans sa pitié de l’homme qu’il exprime de façon si poignante […] jaillit le cri fraternel du poète au soldat. « 

Ailleurs, certains se demandent si la guerre est une fête. Cette question pour un examen de BTS inclut le poème Merveille de la guerre à côté du parallèle établi par Roger Caillois entre L’Homme et le sacréet le théâtre de la guerre dans Candide, de Voltaire.

Sur Apollinaire, on lira avec profit le passage que lui consacre François Bon dans Voleurs de feu, une anthologie, Hatier, 1996, épuisée, mais repris dans remue.net.

Encore ce mot d’Apollinaire, sur la nécessité du poème, cité Par Monique Jutrin : « Rien ne vient donc sur terre, n’apparaît aux yeux des hommes s’il n’a d’abord été imaginé par un poète. L’amour même, c’est la poésie naturelle de la vie, l’instinct naturel qui nous pousse à créer de la vie, à reproduire. Je te dis cela pour te montrer que je n’exerce pas le métier de poète pour avoir l’air de faire quelque chose et de ne rien faire en réalité. Je sais que ceux qui se livrent au travail de la poésie font quelque chose d’essentiel, de primordial, de nécessaire avant toute chose, quelque chose enfin de divin, » (Lettre à Lou du 18 janvier 1915.)

Et bien sûr, on enverra soi-même le poème dans la version des Petites allées, une merveille d’édition, tout simplement. Imaginez… Au lieu d’envoyer une lettre d’amour (qui écrit encore des lettres d’amour ?), au lieu d’envoyer un courriel, de textoter quelques mots (les SMS sans émoticônes supportent mal la métaphore ou le second degré), envoyer un livre de 28 grammes…

Car l’amour est léger même en poste restante.