Dans le métro
un petit homme à tête casquée de capuche
astique ses bouteilles plastiques
face à un lecteur du « Club des métiers bizarres »
Catégorie / Fragments
musique savante
“J’aime quand la musique savante devient populaire et quand la musique populaire devient savante.” Simon Ghraichy
Haïti : quel est le point commun entre le vaudou et Bach ?
#Haiti : quel est le point commun entre le vaudou et Bach ?
Une première réponse par Truman Capote…
« Pour finir, prenant une poignée de farine et de cendres, il se mit en devoir de tracer sur le sol un vèvè. Il existe des centaines de vèvès ; ce sont des dessins très compliqués et quelque peu surréalistes dont chaque détail a sa propre implication ; non seulement leur exécution nécessite la même sorte de mémoire abstraite que celle d’un pianiste capable de jouer par cœur tout un programme de Bach, mais il y faut encore une habileté technique, et un tour de main vraiment exceptionnels. » (1948)
Truman Capote, New York, Haïti, Tanger et autres lieux, trad. Jean Malignon, Folio, 2017.
Deux langues
نحن أغنياء باللغتين
Nous sommes riches de deux langues.
Merci S.
Fête nationale / العيد الوطني
في فرنسا هذا العيد الوطني، لمذا أفكر في سورية و أفكر فِي أصدقائي سوريين ؟
عندما أفكر منهم، أسمع :
« حرية، مساواة، أخوة »
« Liberté, égalité, fraternité », une devise méritée aussi par les Syriens qui combattent depuis six ans pour la justice et la liberté.
You are so dapper ! (*)
Au musée Dapper, j’ai rencontré Jacques Prévert avec…
un masque
deux statues
trois appuis-tête
quatre insignes royaux en or
une parure
une statuette
une douzaine d’expos un conte
un contemporain
un artiste contemporain
une lame de fond
six allers-retours
un peigne en corne et feuille d’or
un roi Glèlè du Bénin
une autre statuette
un charme qui sourit
le masque qu’on appelle cimier
deux Dogons bien droits
une princesse Bangwa une statue Janus trois
figures de reliquaire
une forme des figurines
une harpe
une statue-autel
un masque rieur
deux masques blancs deux masques noirs trois
figures fang
une figure kota, une figure mahongwe
deux statues soninke un amoureux
une statue dépareillée
des fibres de raphia, du velours, des pigments,
du bois
une pelote de fleur végétale
deux plumes
un visiteur âgé
un disque pectoral akan
un comptable deux aides-comptables un
homme du monde deux chirurgiens
trois végétariens un enfant courant partout
et s’arrêtant net sur…
une statuette
des têtes de reliquaire
un chef de village
une statuette barbue
une hache de parade
deux haches de combat
une harpe arquée
un collier un pendentif un bracelet
une amulette, une statuette, une herminette
un chasseur à l’affût
deux caryatides
trois rites de succession
un grand raffinement
une expédition décoloniale un cheval entier
une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la
française
deux pommes à l’anglaise
et…
cinq ou six statuettes
une brillante culture
des ressources symboliques
des arts plastiques
des arts oratoires
des arts funéraires
des pratiques initiatiques
un séna oui un séna comme une agora
un roi une princesse
mais dansant chantant
la princesse sœur de roi et mère de jumeaux
un masque de jour
un masque de nuit
des fétiches à gogo
un veau marengo
plusieurs malheurs
un grand bonheur
des statuettes jumelles
des fétiches siamois
une mosaïque de peuples
une célébration de la survie
un grand rêve d’agrandissement
des portraits divinatoires
des monarques puissants
des objets puissants
trois femmes puissantes
quatre danseurs masqués de têtes jumelles et
scarifiées
un Dogon millénaire
une statue-autel millénaire
des lignées de forces occultes
quatre couples de jumeaux
des ancêtres de l’humanité
un pilastre alien
un bras levé, un bras amputé, un bras disparu
deux bras tendus
et…
plusieurs statuettes
(*) en anglais « dapper » :
stylé, élégant, soigné, chic…
Les gros volumes leur avaient semblé un océan…
Entre deux langues, les métaphores jouent avec génie. L’exemple est édifiant : il prend en compte l’origine du mot arabe pour désigner le « dictionnaire », al-qâmûs (القاموس).
« Quand les savants d’Orient avaient découvert les dictionnaires grecs, eux dont la langue était restée jusqu’alors essentiellement orale, ils les avaient comparés à ce qu’ils connaissaient le mieux : les mers. Les gros volumes leur avaient semblé un océan, de mots, de sons, de sens, de saveurs, de savoirs, raconte Sophie Chérer en introduction de son beau livre, Renommer (éditions L’École des loisirs). C’est pourquoi, poursuit-elle, le premier auteur connu d’un dictionnaire arabe écrit, Al-Firouzabadi, avait intitulé son ouvrage au XIVe siècle de notre ère, d’après un mot transcrit du grec okeanos : Al uqyanus al-muhrit, littéralement « l’océan qui entoure tout ». Adapté, simplifié, uqyanus est devenu aujourd’hui al qâmûs, le dictionnaire. »
C’est ainsi que la vastitude de la connaissance prit la dimension d’un océan.
De quel poème rêves-tu ?
« Je voudrais enfoncer en chaque mot la douleur de ces hommes vivants sous les griffes d’un siècle qui bâcle ses espérances et qui entretient avec l’avenir des relations de panique », Sony Labou Tansi en ouverture de la préface de Antoine m’a vendu son destin (théâtre de La Colline, 21/02 au 18/03/2017)
Dans l’hyper, hyperéclairé, hyperclean…
Dans l’hyper,
hyperéclairé,
hyperclean,
un ado a du mal
à déchiffrer
le prix du sel.
Il chuchote
sa demande
si bas qu’il faut
la deviner.
A l’annonce du prix
(78 centimes),
il saisit le sel et
disparaît vers la caisse.
Bon-courage-bonne-année !
Un cri traverse la ligne :
Bon-courage-bonne-année !
Ligne 2 du métro
Une femme
Démarche claudicante
Pliée en deux
Pieds nus,
Pieds luxés,
Un bonnet de laine épaisse sur ses yeux masqués
Un gobelet de vieux carton à la main
Bon-courage-bonne-année !
C’est un Quasimodo surgi de la foule —
La surprise passée, ce n’est plus un cri
C’est un chant profond qui enveloppe la ligne
On détourne le regard / on donne une pièce
Bon-courage-bonne-année !
Une voix lyrique
Vous harponne
Puissante et belle
Griffe d’émotion…
La vie est un opéra
Et la mendiante
Soliste en survie
Chante misère, Oui !
La femme sauvage du métro,
Est une gueuse magnifique
Une voix au grain magique
Qui jouit de sa beauté
entourée d’un chœur muet qui se laisse traverser
— subjugué
Bon-courage-bonne-année !
