En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français

En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français

En 2015, 17,7% des livres produits en France sont des traductions, un chiffre stable d’une année sur l’autre : sur 67 041 titres publiés, on en compte 11 847 traduits, selon l’étude annuelle de Livres-Hebdo.
Les langues les plus traduites sont l’anglais (58,1% des titres avec 6 879 ouvrages), le japonais (12,1% soit 1 432 titres), l’allemand (6,4% soit 754 titres). Le portugais et le chinois progressent avec une centaine de titres de chaque langue.
Parmi les langues les moins traduites : l’arabe, avec 74 livres traduits en 2015, contre 98 en 2014, dont seulement 15 romans, contre 26 en 2014.

L’art de la conversation tous azimuts entre Syriens, Libanais et Français…

L’art de la conversation tous azimuts entre Syriens, Libanais et Français lors des séances du samedi en « Échange linguistique » à l’INALCO (Paris). Ça part dans tous les sens et tchatche à tout va de tout et de rien en tandem, trio, quatuor, quintette. Ça se tricote des fils de langues et des passerelles. C’est un « Salon » improvisé, non pas au sens où on l’entendait dans les « salons littéraires » des siècles mondains. Une traversée où l’enjeu est tout autre. Quand on a passé dix ans dans les geôles syriennes, on a envie de se changer les idées, on se la raconte pas. On parle, c’est tout. Dans toutes qualités de langues.
« Échange linguistique تبادل لغوي », c’est le samedi à l’INALCO, autrement dit « Langues’O ». Ouvert à tous.

Se promener à Alep en 2015 avec Niroz Malek

nmVient de terminer le roman de Niroz Malek, Le promeneur d’Alep (Le Serpent à plumes), et recommande la lecture de ce livre écrit sur place, dans cette ville syrienne prise dans l’étau, parmi les vivants et les morts, entre la soldatesque rieuse gardienne de multiples barrages et les zombies errants, entre un enfant nu dans les rues qu’un « peuple aveugle » ne peut plus voir et un père accablé par les dessins morbides de sa fille, dans un appartement à l’électricité aléatoire mais à la bibliothèque fournie et un jardin public où les tombes ont remplacé les balançoires.

Sur le chemin de son café favori, Malek c’est Edgar Poe sous les bombes, en quête de lumières, admirateur de Chagall et d’une Nuit étoilée de Van Gogh, un nouvelliste hors pair, servi par un traducteur, auteur lui-même, Fawaz Hussain, qui vous emmène loin dans la nostalgie d’un temps révolu et la douce et trompeuse mélancolie des amours d’enfance.

André Miquel, La Fontaine à Bagdad, le 11 octobre à l’IMA

Miquel La Fontaine

André Miquel présentera sa traduction La Fontaine à Bagdad, fables arabes d’Ibn al-Muqaffa’ dans une édition illustrée par Baya à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, le 11 octobre 2015. Considéré comme l’un des plus grands arabisants actuels, ce professeur honoraire au Collège de France, ancien administrateur de la Bibliothèque de France, est le traducteur des deux plus grandes œuvres du monde arabo-musulman, Les Mille et une nuits dans la collection de Gallimard, 2005, traduit avec Jamel Eddine Bencheikh et Le Livre de Kalila et Dimna.

[Kalila et Dimna sont deux chacals vivant à la cour du lion, roi du pays. Si Kalila se satisfait de sa condition, Dimna en revanche aspire aux honneurs, quels que soient les moyens pour y parvenir. Chacun des deux justifie sa position en enchaînant des anecdotes, qui mettent en scène des hommes et des animaux, et délivrent des préceptes et des morales. C’est le thème d’une exposition à l’IMA jusqu’au 3/01/2016).

Ibn al-Muqaffa’ est un savant persan du VIIIe siècle, l’un des premiers traducteurs d’œuvres persanes et indiennes vers l’arabe (Al-Adab al-kabîr, soit Grand Adab), premier essai de formulation explicite du concept d’adab (dans la littérature arabe classique, concept qui définit à la fois l’éthique de l’homme de cour cultivé et la littérature en prose qui l’accompagne), et Kalîla wa Dimna, traduction et adaptation des Fables de Bidpaï, « une œuvre royale, pleine de sagesse et d’humour à destination des petits comme des grands ».

Rendez-vous le 11 octobre 2015, à 16h, salle du Haut Conseil, 9ème étage. Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Source : communiqué Orients éditions (Ysabel Saïah Baudis)

Vous avez des nouvelles d’Alep ?

– Vous avez des nouvelles d’Alep ?
– Oui, elle est vidée.
France-Culture, La Grande table, Caroline Broué, 2/10/2015.

Fawaz Baker, musicien. En concert à la Maison des cultures du monde, le 9 octobre et à l’Institut du monde arabe le 4 juin 2016 « Voix soufies d’Alep » avec son groupe Wajd.

Le Festival de l’imaginaire, de la Maison des cultures du monde s’ouvrira le 9 octobre avec « Musiques de l’exil » des artistes syriens Waed Bouhassoun, Ibrahim Keivo, Hamam Khairy et son ensemble.

Au policier qui m’a frappé à la frontière entre la Macédoine et la Grèce…

Notre identité meurtrière – هويتنا القاتلة

est le récit poème de Majd Adlik, présenté comme « activiste syrien », originaire de Douma, dans la banlieue de Damas, aujourd’hui réfugié politique, sur le site Médiapart qui publie son texte, le 26 août 2015. Fuyant la Syrie fin 2014, il est frappé par un policier à la frontière entre la Macédoine et la Grèce, il lui dédie son texte :

انت يا ايها الشرطي … يا من  ضربتني على الحدود المقدونية اليونانية

(« Au policier qui m’a frappé à la frontière entre la Macédoine et la Grèce… »)

Majd Adlik l’invite à laisser sa matraque, à lui donner la main et à faire le voyage retour vers la Syrie. Frontières, mer, raids aériens… il le place devant un dilemme :

« A toi de voir… Tu as le choix entre une mort par noyade, mais en un seul morceau. Ou une mort sous un baril, avec tes membres récoltés dans un drap avant d’être jetés dans une fosse commune, avec le risque qu’ils se mélangent à ceux du pilote qui a balancé le baril. Après une courte réflexion, tu opteraspour la noyade. Le froid est préférable à la fournaise. »

 

 

Ô Syrie, ô Syriens ! et nous lecteurs oisifs, que sont nos rêves devenus ?

Ô Syrie, ô Syriens ! et nous lecteurs oisifs, que sont nos rêves devenus ?

Plus de 70 migrants retrouvés morts dans un camion en Autriche.
C’est à Vienne, la capitale de ce pays d’Europe centrale, que réside Franz Ritter, musicologue orientaliste et insomniaque, héros du roman Boussole, empreint d’une nostalgie extraordinaire et d’un rêve d’Orient qui façonna des êtres et des vies, longues ou brèves, celles des orientalistes.
Leur désir d’Orient était le moteur d’une quête éperdue qui les consuma tout entier. Ils ont produit des œuvres, de la « carte postale » (le haïku du voyageur en Arabie) à la symphonie, de la traduction grandiose de registre universel (Ah les Nuits que Proust dévorait pour sa Recherche !) aux nuits d’extase dans un « désert glacé d’étoiles », nous raconte avec une empathie sans mesure Mathias Enard dans un roman emporté et encyclopédique. Pour l’auteur de Zone (2013),  roman méditerranéen à la longue phrase de 300 pages, prix du Livre Inter, l’Orient est un sentiment océanique.
Son héros ne se love pas dans sa love story orientale : il souffre d’insomnie et ses tourments nocturnes alimentent sa nostalgie. Pendant sa nuit viennoise il laisse travailler sa mémoire,  amoureux de Sarah (l’amour est un moteur puissant), elle aussi arabisante, une mémoire d’insomniaque qui se déploie comme une machine à remonter le temps, ce temps qui lui fuit entre les doigts comme le sable du désert.
Nous nous sentons plus que jamais « lecteur oisif », comme écrivait déjà Cervantès en préambule de son Quichotte, nous errons avec lui dans sa remémoration infinie, éperdue, qui carbure aux éclats de nostalgie.

Soudain un camion sur cette route. On croise ce camion qui remonte vers le Nord, nous qui partons vers l’Orient. Entouré d’« une terrible odeur de mort », immatriculé en Hongrie, le camion portait encore le logo d’une entreprise de volailles de Slovaquie.
« Parmi les 71 personnes, il y avait 59 hommes, huit femmes et quatre enfants, dont une fillette âgée d’un ou deux ans », a déclaré le porte-parole de la police, Hans Peter Doskozil. Il a précisé que des documents de voyage syriens avaient été retrouvés, et que le groupe étaient « probablement » constitué de réfugiés syriens.

Que peut la littérature devant un camion en bord d’autoroute chargé de cadavres de migrants, que deviennent nos rêves d’Orient ? L’Arabie n’a jamais été aussi malheureuse. Et que deviennent les rêves de ces migrants, ces rêves engloutis non pas en Méditerranée cette fois mais sur une autoroute autrichienne ?
Le magnifique roman de Mathias Enard est dédié (c’est son tout dernier mot après 378 pages, « Aux Syriens »). Après Calais, après cette autoroute autrichienne, comment peut-on laver sa langue de ce mot « beau comme un camion » ?