La Terre est bleue
comme une orange, dit le poète
jusqu’à plus soif
الأرض زرقاء
مثل برتقالة، قال الشاعر
حتى الثمالة
Pour Lise.
La Terre est bleue
comme une orange, dit le poète
jusqu’à plus soif
Pour Lise.
Pour Haydar.
Entre deux langues, les métaphores jouent avec génie. L’exemple est édifiant : il prend en compte l’origine du mot arabe pour désigner le « dictionnaire », al-qâmûs (القاموس).
« Quand les savants d’Orient avaient découvert les dictionnaires grecs, eux dont la langue était restée jusqu’alors essentiellement orale, ils les avaient comparés à ce qu’ils connaissaient le mieux : les mers. Les gros volumes leur avaient semblé un océan, de mots, de sons, de sens, de saveurs, de savoirs, raconte Sophie Chérer en introduction de son beau livre, Renommer (éditions L’École des loisirs). C’est pourquoi, poursuit-elle, le premier auteur connu d’un dictionnaire arabe écrit, Al-Firouzabadi, avait intitulé son ouvrage au XIVe siècle de notre ère, d’après un mot transcrit du grec okeanos : Al uqyanus al-muhrit, littéralement « l’océan qui entoure tout ». Adapté, simplifié, uqyanus est devenu aujourd’hui al qâmûs, le dictionnaire. »
C’est ainsi que la vastitude de la connaissance prit la dimension d’un océan.
Posologie du haïku
À petite dose
Intensément
Cet automne, les premières fleurs sur mon balcon
portent le nom de « pensées ».
Ce sont des fleurs en un pot suspendu.
[ En arabe, les « suspendues » ou mu’allaqat sont des poèmes anté-islamiques ]
Ainsi avec ces pensées suspendues, la poésie est aux portes de chez moi.
Pour éviter une polémique bizarre (politicienne, idéologique, populiste) sur l’enseignement de l’arabe en France, comment départager une ministre de l’éducation nationale qui a évoqué l’enseignement de l’arabe et du portugais dans les classes primaires (voir le JDD du jour) et une députée d’un bord politique opposé qui y voit – pour ce qui concerne la seule langue arabe – le risque de « renforcer » le communautarisme ? Elle l’écrit sur son site ou sur le site de son parti (nom de code LR), dans une interview au site Boulevard Voltaire, proche d’un actuel maire de Béziers.
Une fausse polémique aux relents très idéologiques prompte à déclencher des flux d’indignations, telle celle de Pierre-Louis Reymond dans La Croix du 02/06/16 : « La langue arabe, langue « communautaire », un contresens lourd de conséquences… ».
Bref, pour éviter l’indigestion d’un gloubi-boulga étouffe-chrétien, on pourrait rappeler à la députée de l’opposition de droite les propos d’un confrère député, Jean-François Copé, alors président du groupe les Républicains à l’Assemblée (alors UMP) quand en septembre 2009 (Slate, 11/09/09), il se déclarait : « favorable à l’enseignement de l’arabe dans le Secondaire » en précisant justement : « L’arabe est ainsi peu à peu assimilé à une langue essentiellement identitaire ou religieuse dont l’apprentissage serait un réflexe communautariste [sic]. Pourtant, (…) il est légitime pour des parents de souhaiter que leurs enfants apprennent la langue d’origine de leur famille.»
Jean-François Copé vient donc – involontairement – à la rescousse de Najat Vallaud-Belkacem, actuelle ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche dont les propos ne concernent cependant que l’intégration de langues jusqu’alors à statut spécifique (pour maintenir le lien culturel des enfants avec les pays d’origine de leurs parents immigrés) au tronc commun de l’enseignement primaire. Il ne s’agit pas encore de l’enseignement secondaire ou supérieur où l’enseignement de l’arabe est notoirement insuffisant comme le soulignent des tribunes d’universitaires : « La France doit redécouvrir la langue arabe » (Orient XXI, 07/01/15) ou des enquêtes journalistiques : « L’arabe au ban de l’école » (Le Monde, 18/06/15).
Pour départager la ministre et la députée, rappelons la sagesse d’un lettré musulman du IXe siècle né dans l’Irak des Abbassides, Ibn-Qutayba, fervent partisan de la circulation des langues et des savoirs lorsqu’il déclarait en faveur de la transmission des connaissances : « زَكَاةُ العِلْمِ نَشْرُهُ » autrement écrit : « zakātu l ‘ilmi nachruhu », autrement dit : « Il faut savoir payer l’impôt de son savoir ». (Blog J’apprends l’arabe, 19/08/11).
De l’autobiographie dans la littérature arabe, avec pour la figure majeure Taha Hussein, auteur du Livre des jours (1926) et de deux livres récents : À cœur ouvert, d’Abdo Wazen, traduit de l’arabe (Liban) par Madona Ayoub, Sindbad/Actes Sud) et Hors les voiles, de Youmna Elid, traduit de l’arabe par Leila Khatib Touma (L’Harmattan).
Voir la critique de ces « deux beaux récits de l’intime », selon Najwa Barakat dans sa chronique hebdomadaire du journal La Croix, 03/06/2016

Salah Al Hamdani,

En Syrie, où la dictature est une tradition familiale, les poètes sont la voix du vent qui déchire les consciences. Ainsi Mohammad al-Maghout (1934-2006), qui « de sa Syrie natale, a été celui qui a modernisé la poésie de langue arabe, en quelques recueils fulgurants publiés dans les années 1950 et 1960. Il connut la prison et l’exil, restant jusqu’au bout une conscience lucide et rétive, un homme farouchement indépendant. » Lire la suite dans Mediapart
A l’occasion de la réédition de son unique recueil de poèmes traduits en français, en 2013, le critique Salim Jay, dans un enregistrement vidéo, soulignait l’importance de la poésie de Mohammad al-Maghout. Selon lui, La joie n’est pas mon métier a des résonances contemporaines jusque dans le récit de Samar Yazbek, Feux croisés (Buchet Chastel, 2012, cf L’Orient littéraire, avril 2012 qui précède Les Portes du néant chez Stock en 2016) :
الحصار
دموعي زرقاءْ
من كثرةِ ما نظرت إلى السماء و بكيتْ
دموعي صفراءْ
من طولِ ما حلمتُ بالسنابلِ الذهبيّةِ
و بكيتْ
فليذهبِ القادةُ إلى الحروب
و العشّاقُ إلى الغابات
و العلماءُ إلى المختبرات
أمّا أنا
فسأبحثُ عن مسبحةٍ و كرسِّ عتيق
لأعودَ كما كنت،
حاجباً قديماً على باب الحزن
ما دامت كلُّ الكتبِ و الدساتير و الأديان
توْكّدُ أنّني لن أموتَ
إلاّ جائعاً أو سجيناً
Le blocus
Mes larmes sont bleues
tant j’ai regardé le ciel et pleuré
Mes larmes sont jaunes
tant j’ai rêvé des épis d’or
et pleuré
Que les chefs partent à la guerre
les amants aux forêts
les savants aux laboratoires
Quant à moi
je vais chercher un chapelet et une chaise ancienne
pour redevenir tel que j’étais
vieux chambellan à la porte de la tristesse
puisque tous les livres, les constitutions et les religions
assurent que je ne mourrai
qu’affamé ou prisonnier
Mohammad al-Maghout (Salamiyyé, Syrie, 1934 – Damas, 2006), « Le blocus », in La joie n’est pas mon métier, trad. Abdellatif Laâbi, La Différence, 1992, cité dans Anthologie de poésie arabe contemporaine, sélection Farouk Mardam-Bey, Édition bilingue, Actes Sud junior, IMA, 2007
Keïfa lahum an ya`idū
Bil-jannah fī as-samā’
Wa hum yulbisūna sawādā
`alā al-ardhi el-nisā’
Comment peuvent-ils promettre
Le paradis là-haut
Quand ils couvrent
Ici-bas les femmes de suie
Tahar Bekri
Au souvenir de Yunus Emre (1238-1320)
في حٓضْرٓة يونس إمْرِه
Édition bilingue, Elyzad (Tunis), 2012