Pourquoi Darwich est-il absent du Larousse et du Robert ?

Quel grand charroi de mots ce Robert,  » le dictionnaire aux 6000  » fautes « , titre Le Parisien du jour ! Encore un coup marketing d’Alain Rey, l’ancien patron dudit dico ? Avec le talent qu’on lui connaît, il réussit à prendre la langue française à contre-pied et les lecteurs du Parisien doivent en être tout hébétés ou tout esbaudis, c’est selon.

Chariot pourrait s’écrire charriot comme charrette avec deux   » r  » ;

Evénement se tolère en évènement ;

Compte-goutte peut s’écrire aussi au compte-gouttes ;

Quelle répartie ce lexicographe !

 » Un choix militant, dit-il, dans le sens où je suis pour une plus grande démocratisation de l’orthographe, trop raide.  »

Ce qui est nouveau ce ne sont pas ces alternatives (Jerricane/Jerrycan) mais que Le Parisien en parle. C’était déjà dans Le Grand Robert. C’est aussi dans le Petit, version 2009…

Les propos d’Alain Rey sont recueillis par une journaliste du nom de… Claudine Proust. Tout fout le camp !

En revanche, pourquoi Darwich est-il absent du Larousse et du Robert [il y entrera en 2013] ?

L’Enfant du peuple ancien : toute l’humanité lui appartient

L’enfant du peuple ancien d’Anouar Benmalek (2000) a été publié en Livre de Poche cette année. Ce roman d’aventure historique à haute portée politique, terriblement captivant, raconte un génocide oublié, celui des Aborigènes de Tasmanie, à travers la figure d’un enfant survivant, Tridadir,  » l’enfant du peuple ancien « .

L’argument en trois lignes :  » En 1918, dans l’Etat australien du Queensland, Kader assiste à l’agonie de Lislei, sa femme, et se souvient de Tridarir, leur fils adoptif. Ils se sont rencontrés alors qu’ils s’évadaient du bagne de Nouvelle-Calédonie sur un bateau avec Tridarir à son bord. L’enfant, dont les parents ont été tués par des chercheurs avides d’ossements à vendre aux musées, était le dernier Aborigène de Tasmanie.  »

Traduit en huit langues, il est en projet d’adaptation au cinéma.

Si l’on y revient aujourd’hui, c’est pour signaler l’entretien signé Nadia Agsous d’Anouar Benmalek, publié ce 24 septembre par Le Mague.

 » En écrivant ce livre, se souvient l’écrivain, à aucun moment je n’ai eu le sentiment que je m’éloignais de l’Algérie. Bien au contraire, j’avais la conviction que je participais en tant qu’Algérien à la grande aventure de l’Humanité. Le fait d’appartenir à tel ou tel pays ne doit pas constituer une entrave à l’expression de ma part d’Humanité. Je fais partie de plusieurs mondes. Et un écrivain n’est pas réduit au pays dont il est issu. Toute l’Humanité lui appartient.  »

Selon l’écrivain Mohamed Dib, L’Enfant du peuple ancien est un roman qui a permis de « sortir de la ghettoïsation de la littérature maghrébine ».

Son dernier roman Ô Maria, vient tout juste de sortir en version Livre de poche.

Anouard Benmalek a été de 1988 à 1991, Secrétaire général du Comité algérien contre la torture (CACT). En Algérie, en octobre 88, des jeunes ont manifesté pour réclamer des conditions de vie plus décentes. Ces événements ont causé des centaines de morts par balle et des actes de torture.

Voir le site de l’auteur, 20 ans après Octobre 88.

Portail des bibliothèques de 14 pays francophones

Consultez sur son écran les journaux de 14 bibiliothèques francophones ? Ce sera sera  bientôt possible, selon le site de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF).

Bibliothèque et Archives nationales du Québec a présenté au Congrès mondial des bibliothèques de l’information, réuni à Québec en août 2008, le prototype d’un portail du patrimoine des bibliothèques d’au moins 14 pays francophones. À travers ce portail, les bibliothèques du Québec, de France, de Belgique, de Suisse, du Luxembourg, d’Haïti, du Cambodge, de Madagascar, du Maroc, d’Égypte, du Sénégal, de Tunisie, du Mali et du Vietnam mettront en ligne différentes collections de journaux, de revues, de cartes et de livres.

La version finale du portail du Regroupement francophone des bibliothèques nationales numériques (RFBNN) sera mise à la disposition des usagers lors du XIIe Sommet de la Francophonie qui se tiendra dans la ville de Québec du 17 au 19 octobre 2008. Un prototype est déjà consultable sur le site du RFBNN. L’accent est mis sur les journaux. « 

 

Qui suis-je ? Un roman jeunesse sur les Aborigènes de la  » génération volée « 

Reçue aujourd’hui la traduction française d’un roman d’une jeune auteur australienne aborigène, Anita Heiss, Qui suis-je ? Journal de Mary Talence, Sydney 1937, traduit par Annie Coeroli-Green pour les éditions tahitiennes Au Vent des îles.

C’est une fiction sur un phénomène de masse qui a marqué de sa culpabilité l’Australie de la première moitié du XXe siècle : la génération volée, c’est-à-dire le placement dans des familles blanches d’enfants aborigènes « pour les éduquer par l’adoption ».

En Australie, ce roman publié en 2001, ést considéré comme un livre jeunesse. La 4e de couverture résume l’histoire ainsi :  » Mary a été emmenée au Foyer pour enfants aborigènes de Bomaderry alors qu’elle n’avait que cinq ans. Maintenant elle a dix ans et vit avec une famille blanche à Sydney. Elle ne peut pas s’intégrer et commence à se demander pourquoi. « 

Exit le Salon du livre de l’outre-mer

Dans trois semaines, Lire en fête, organisé par le ministère de la culture et de la communication, rassemblera 4 000 manifestations dans 150 pays. Enfin ! quatre mille moins une : la 15e édition du salon du livre de l’outre-mer n’aura pas lieu. Son secrétaire d’état, Yves Jégo, vient d’envoyer aujourd’hui même une lettre aux éditeurs qui confirme ce que l’on pressentait.

 » Dans le cadre de « Lire en Fête », le Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer organisait chaque année le Salon du livre de l’Outre-Mer, où éditeurs, auteurs, mais aussi artistes ultramarins se donnaient rendez-vous dans les salons et jardins de l’Hôtel de Montmorin à Paris.

Devant le succès de cette opération, qui chaque année, réunit plusieurs milliers de personnes, j’ai été contraint de décaler cette manifestation au Salon du livre de Paris à la porte de Versailles du 13 au 18 mars 2009.

Un Espace Outre-Mer d’envergure sera mis en place, où les éditeurs pourront présenter leur catalogue, organiser leurs rendez-vous professionnels et inviter leurs auteurs à promouvoir leurs livres lors de signatures et de rencontres littéraires. « 

 » Devant le succès de cette opération « , est paradoxalement la raison invoquée pour cette annulation. [ » Report pas annulation « , préfère rectifier le secrétariat d’état.]

Ce  » succès  » est-il la raison ? Ou serait-ce un argument spécieux ? Les salons et jardins de l’Hôtel de Montmorin seraient jugés incommodes pour recevoir le public. Et les 100 000 euros de budget, élevés… En 2007, quelque 4 000 visiteurs avaient fréquenté ses pelouses. En revanche, le nouvel emplacement de l’Outre-mer au Salon du livre de Paris en 2007 n’avait pas séduit les lecteurs. Il faut aussi préciser qu’en octobre, le Salon du livre de l’outre-mer était d’accès gratuit, ce qui n’est pas le cas pour le Salon de la porte de Versailles, en mars. Outre la différence d’échelle, l’état d’esprit n’est pas le même : les éditeurs d’outre-mer comme des auteurs peu connus semblaient apprécier de se retrouver entre eux. Pourquoi ne pas avoir maintenu les deux rendez-vous, en octobre et en mars ? Certains pourront toujours objecter que le Salon du livre de Paris, en mars, est le grand rendez-vous de l’année… on a quand même le sentiment que cette annulation à trois semaines de Lire en fête relève de l’improvisation.

Pour sa vingtième édition, Lire en fête, dont le site n’a pas effacé ce 22 septembre, le partenariat engagé avec l’Outre-mer,  met l’accent sur la littérature jeunesse. Forts de cette directive (à un mois du rendez-vous de Montreuil), certains éditeurs d’outre-mer avaient spécialement préparé leur rentrée… Certains avaient reçu leurs invitations au mois d’août…

Premières réactions :

Editions Lafontaine :  » Pour une fois, nous avions des auteurs invités et même une demande de spectacle de marionnettes. La littérature de jeunesse est la spécialité des éditions Lafontaine. C’est la faute à pas de chance ? C’était également un lieu ou beaucoup d’auteurs ultramarins pouvaient se rencontrer. « 

Editions Jasor :  » J’espère que cela n’annonce pas la disparition d’une manifestation de plus autour du livre. « 

Editions Desnel :  » L’annulation du salon du livre du Ministère de l’Outre-mer — espace de visibilité non négligeable de la production éditoriale de la rentrée littéraire pour les éditeurs de la France ultra-marine — nous est très préjudiciable à plusieurs titres. Cette année, ayant fait l’impasse sur des salons majeurs de la rentrée littéraire comme  » La Forêt des livres  » en Touraine du Sud et le Salon du livre de Nancy,  » Livre sur Place « , il ne nous reste plus rien à Paris, jusqu’à mars 2008 (autre que les médias) pour communiquer sur nos titres en nouveautés (…)

Pour l’avenir, si cette position du Secrétariat de l’Outre-mer se confirmait, c’est-à-dire faire l’impasse totalement sur le salon de l’hôtel Montmorin pour se consacrer au Salon du livre de Paris pour des raisons budgétaires, à notre avis cela ne serait nullement une solution économique des plus judicieuses, pour diverses raisons, car à la Porte de Versailles l’espace est payant et beaucoup moins important en termes de surface, de visibilité et de portée stratégique pour l’édition ultramarine.

Malgré les 5 jours au Salon international du livre de Paris, en termes de résultats économiques, de visibilité et de couverture médiatique le but n’est pas atteint autant qu’il l’était rue Oudinot ! La faute au manque de fréquentation de la part des Domiens, dû à l’entrée payante et au côté élitiste de l’événement, perçu comme tel par les ultra-marins. « 

Des manifestations sont adossées à Lire en fête et au Salon du livre de l’outre-mer. Auront-elles lieu ? Pour sa part, le Salon de la Plume noire est maintenu pour sa 13e édition. Et les éditions Au Vent des îles de Papeete nous promettent un récit aborigène sur la  » génération volée « , disponible pour… Lire en fête.

Le phrasé de Bastard Battle

Un libraire par jour. Hier, arrêt à la librairie Texture, dont l’ouverture était signalée dans le billet du 18 août.

Avant-hier, librairie Les buveurs d’encre, 59 rue de Meaux, Paris XIXe. Belle librairie à la vitrine éclectique, de la BD à l’essai en sciences humaines et aux livres jeunessse. Remarquable pour ces petits formats d’éditeurs méconnus. Je m’arrête sur La mécanique raciste de Pierre Tevanian, aux éditions Dilecta, qui le présentent ainsi :  » Il souligne le caractère social et systémique du racisme français, et son enracinement dans notre culture : loin d’être naturel, le racisme est une production culturelle…  » Pierre Tevanian est professeur de philosophie à Drancy (Seine-Saint-Denis), et co-animateur du collectif Les mots sont importants .

Il y a une semaine, à la librairie L’Atelier, rue Jourdain, l’incipit de La Grande Garabagne de Michaux nous mettait sur la voie et dans la voix de la phrase parfaite. (l’ami Kossi Efoui, rencontré en son antre bohème mardi, préfère parler de la phrase habile, de celle qui tient toute seule.)

Aujourd’hui dimanche, retour à L’Atelier. Découverte là aussi de quelques pépites de première. Pour n’en citer qu’une, chaudement recommandée par les libraires, avec force bandeau explicite ceignant la couv., ce Bastard Battle, roman de Céline Minard, éditions Léo Scheer, collection Laureli, pour Laure Limongi.

Première phrase de Bastard Battle :

Le dix décembre mil quatre cens trente sept, les paysans entendirent un galop sourd monter dans les plaines et traverser les blés depuis Riaucourt à Treix, prendre environs tout autour comme troupeau, et plus lourd que bœufs, plus rapide que nuée, plus sombre, soulevant peu, marquant fort, un grondement de mâtin affamé, puis martelé, un roulement éclatant, un orage sous couvée, sec, craquant, gonflé, résonnant sur le donjon et par tous côtés, ce jour ils l’entendirent, et ce jour ils crurent au démon. « 

Ce  » prendre environs tout autour comme troupeau  » et ce  » mâtin affamé  » sont d’un malin ! Il sentent bon la chanson de geste savamment pastichée, dans l’intelligence du style et la mignardise de mots, pour sûr !

Haïti en bribes poétiques


James Noël est un jeune poète haïtien. Il vient d’écrire un poème intitulé Hannah, du nom de l’un des quatre cyclones qui viennent de frapper son pays. Sur son site, Cœuritoire, sa dernière note réunit des contributions de solidarité poétique :

« Faire le faisceau pour dire, pour pointer le doigt sur le malheur, ainsi tenterons-nous de l’exorciser ? Voici des pages qui tremblent sous l’effet des vents contraires, des pages à remplir, de pensées, de poèmes, des extraits de rage et de silences aussi, silences qui ne seront pas signés, par pudeur, devant l’ampleur, la gravité du drame. En attendant d’autres, se joignent à nous plusieurs voix issues de différents horizons, comme Ananda Dévi (Ile Maurice), Fatou Diome (Sénégal), Christian Condello (Canada), Edwige Danticat, Michèle Voltaire Marcelin, Louis Philippe Dalembert, James Fleurissaint (Haïti) et bien d’autres encore… »

 

Sélection du prix roman France Télévisions 2008

La sélection du prix roman France Télévisions réunit six ouvrages. A noter l’éclectisme de la sélection, de l’expérience littéraire de Mathias Enard, Zone (une phrase de 500 pages) au polar de Fred Vargas, Un lieu incertain, en tête des ventes de l’été…

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Zulma ; Mathias Enard, Zone, Actes Sud ; Annie Ernaux, Les années, Gallimard ; Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit, Julliard ; Christian Oster, Trois hommes seuls, Minuit ; Fred Vargas, Un lieu incertain, Viviane Hamy. Le point commun entre Blas de Roblès et Vargas ? Ils sont tous deux archéologues de métier.

Un jury de 25 télespectateurs se réunira le 7 novembre prochain pour élire l’un de ces titres.