La France, la francophonie et le reste du monde

Prix littéraire ? prix de géographie des origines ? l’Organisation internationale de la Francophonie, qui organise le prix des Cinq continents de la francophonie, tient à préciser pour chacun son pays d’origine, qu’il soit auteur en lice ou juré… ce qui donne des étiquettes assez cocasses. Parmi les finalistes, la France est représentée par cinq auteurs, le reste du monde par cinq aussi (deux Canada, un Afrique, un Haïti, un Liban). Quant au jury, notons la présence remarquée de Hong-Kong et de Maurice et de deux France et demie seulement…

Liste des dix finalistes du Prix des Cinq continents de la francophonie 2009 (résultats annoncés le 28 septembre à Paris, prix remis le 24 octobre à Beyrouth).

Stéphane Audeguy (France), Nous autres, Gallimard Jean Barbe (Canada), Le travail de l’huitre, LeméacKossi Efoui (Togo), Solo d’un revenant, SeuilFrançoise Henry (France), Juste avant l’hiver, GrassetFabrice Humbert (France), L’origine de la violence, Le PassageYanick Lahens (Haïti), La couleur de l’aube, Sabine WespieserCatherine Mavrikakis (Canada-Québec), Le ciel de Bay City, HéliotropeMarie-Sabine Roger (France), La tête en friche, Le Rouergue.Jean-Louis Serrano (France), La Beauté du Poulpe, Feuille BleueRamy Khalil Zein (Liban), Les ruines du ciel, ArléaLe jury du Prix 2009, présidé par Lise Bissonnette (Canada-Québec), réunit Monique Ilboudo (Burkina-Faso), Paula Jacques (France-Égypte), Vénus Khoury-Ghata (Liban), Pascale Kramer (Suisse), Jean-Marie Gustave Le Clézio (Maurice), Henri Lopes (Congo), René de Obaldia (Hong-Kong), Leïla Sebbar (Algérie), Denis Tillinac (France), Lyonel Trouillot (Haïti). Hubert Haddad (Franco-Tunisien), lauréat du prix 2008, est membre du jury 2009.

Vu d’Umlazi… (Durban)

 » Umlazi est le plus grand township de la province du Kwazulu Natal, il est situé près de la ville portuaire de Durban. C’est aussi le second plus grand township en Afrique du sud après Soweto. Une population approchant le million d’habitants y vit aujourd’hui. A Umlazi, on trouve des pauvres mais aussi des gens riches voire très très riches. Phumulani Dube, 30 ans, fait parti de ceux qui ont réussi. Il a grandit dans ce township et est aujourd’hui ce qu’on appelle un « black diamond »  »

La suite à découvrir sur le blog vu d’Afrique du Sud d’Asmaa Botmi… Chroniques d’Afrique.

Le Ventoux par la face molle

Les coureurs du Tour de France n’auront guère le loisir, en cette étape du Ventoux, de lire Méli-vélo, l’abécédaire amoureux du vélo, de Paul Fournel (Points Seuil).

Il écrit comme on  » pédale dans l’huile  » (voir l’expression), c’est-à-dire avec une jolie vélocité !

Citons-le à l’entrée  » Ventoux  » :

 » Le Ventoux n’a pas d’en-soi. Il est le plus grand révélateur de vous-même. Il vous restitue simplement votre fatigue et votre peur. Il sait tout de votre forme et de votre capacité au bonheur cycliste. C’est vous-même que vous escaladez. Si vous n’avez pas envie de savoir, restez au pied. « 

Notice qu’il conclut par cette citation de Francis Huger, chroniquant le Tour en 1965 pour France-Soir (Huger, auteur remarqué des Fadas de la pétanque) :

 » Poulidor avale le Ventoux avec la voracité d’un cannibale engloutissant le mollet d’un archevêque. « 

Nos amis Papous souhaitent la même hyperbole grandiloquente aux acteurs du Tour 2009. Mais la fin est déjà écrite : le méli-vélo du mollet en laissera plus d’un mol, tant le Ventoux n’a rien d’un mou.

Soldats-Marrons

Dans le cadre des scènes d’été créoles, la conteuse Mimi Barthélémy nous invite à un spectacle au Cabaret sauvage (Paris, La Villette), ce dimanche à 16h30 :

 » Soldats-Marrons est une évocation de l’histoire d’Haïti jusqu’à son indépendance. A travers les jeux, les yeux, les souvenirs d’école et de vacances de la petite fille qu’elle a été, Mimi Barthélémy conte, danse, chante et célèbre l’esprit rebelle qui anime les enfants d’Haïti ainsi que la victoire de leurs ancêtres sur les maîtres de l’époque.  » C’est gratuit.

Site de Mimi Barthélémy.

Avignon, Angéline et Angélica (lé gayar !)

Avignon, entrée de la salle B de l’Espace Alya, où va se jouer Angéline et Angélica,  » une petite comédie cruelle », en français et en créole. La compagnie ThéâtreEnfance, venue de Saint-Paul (La Réunion) distribue un  » Petit lexique de créole réunionnais  » :

la kaz la maison

fénoir la nuit

GSM téléphone portable

in kalot (kalote) une claque

domoun (domoune) les gens

lo ki le derrière

zamal cannabis

krankréla cafard

babouk araignée

gazé fou, folle

moin moi

toué toi

kosa (kossa) qu’est-ce que, à quoi

koué quoi

akoz pourquoi

ganié / ginyé (guin-yé) recevoir, avoir

lé mol c’est nul

lé gayar c’est super

Yanomami, un regard

Très belle découverte, commentée sur le site de Télérama par Luc Desbenoit, du livre de la photographe Claudia Andujar sur les Yanomamis. Livre signé Claudia Andujar, Alvaro Machado, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues, édité par Maravl en 2007 : Yanomami, la danse des images.

Ses photographies (Brésil, symphonie humaine) sont exposées à la Maison de la photographie Robert Doisneau jusqu’au 2 août 2009.

Tête trophée, tête taboue, tête restituée

Une tête maorie arrivée en France en 1875 sera rendue prochainement à la Nouvelle-Zélande. Elle pourrait être inhumée selon les rites ancestraux des anciens guerriers polynésiens, probablement en 2010. Cette tête de guerrier immémorial, devenue tête-trophée pour cabinet de curiosités, oubliée comme une espèce de tabou dans un cul de basse-fosse muséographique à l’instar des quinze à vingt têtes maories conservées dans les musées français, sera donc res-ti-tu-ée 135 ans après son entrée en France…

Le gouvernement est d’accord, comme l’a exprimé le nouveau ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand. Le Sénat est d’accord à l’unanimité. Il vient d’examiner ce 29 juin la  » proposition de loi visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories et relative à la gestion des collections  » déposée par Catherine Morin-Desailly.

Cette tête de guerrier tatouée et momifiée fait partie des collections permanentes du Museum d’Histoire naturelle de Rouen, en Normandie, le second du genre en France. Elle avait suscitée une polémique en 2007 (Papalagui, Tête-à-tête) lorsque — malgré une cérémonie effective de restitution à la Nouvelle-Zélande —, le tribunal administratif (saisi par la ministre de la culture, Christine Albanel) avait jugé que la tête ne pouvait être cédée sans une procédure de déclassement. Le déclassement consiste à  » extraire  » une pièce du patrimoine national, celui des collections publiques.

Pièce de musée ou part du corps humain ? se demandait alors le New York Times.

L’intitulé de la proposition de loi, qui selon toute vraisemblance devrait être adoptée sans difficulté par l’Assemblée nationale, répond à cette question. La tête de Rouen ne serait pas seule concernée par cette restitution, comme le précise le rapport de Philippe Richter :

Une  » commission devra également formuler des recommandations et une doctrine générale sur le déclassement, afin d’éclairer les propriétaires et gestionnaires de collections dans leurs décisions, et remettre au Parlement un rapport dans un délai d’un an. Elle devra en particulier se pencher sur la question particulièrement sensible et complexe des restes humains. « 

F.F.I. (Frédéric Ferney sur Internet)

Frédéric Ferney est de retour… sur Internet version télé. Le Bateau libre est en ligne. Six numéros pour l’été. C’est un joli rendez-vous de l’intelligence, tant dans les entretiens que dans les chroniques, toutes nécessaires. A retenir notamment celle d’un autre Frédéric… Bonnaud, très convaincant avec Le pont, un effondrement, de Vitaliano Trevisan,  » pastiche  » nous explique-t-il d’Extinction de Thomas Bernhard, modèle du cahier d’un retour au pays natal, quand ledit pays est une oppression oppressante.

Glanés au passage, ces quelques mots d’un Gérard Genette, qu’on aimerait écouter sur la longueur tellement ces fragments littéraires naviguent au près, remontant le courant par grand vent.

A une question de F.F. sur sa gaîté dans Codicille (suite de Bardadrac), Genette cite Nietzsche tout à trac :  » L’essentiel n’est pas d’être drôle mais d’être gai. « 

Codille est au fond une  » autoblographie «  (mot-chimère), et dans la forme, un  » bricollage «  avec deux « l ».

Genette de préciser :  » mot-chimère est un mot-valise (mot que je n’aime pas, que vient faire la valise là dedans ? ), mot-chimère est plus parlant que mot-valise.

A l’entrée  » Mots-chimères  » de Codicille, p. 190 (Seuil, avril 2009), parmi les dizaines d’exemples, citons  » Oasif : Bédouin au repos « .

(Bateau libre n’est pas un mot-chimère.)