Un prix pour Bibliothèques sans frontières en Haïti

Le Grand Prix culturel 2010 de la Fondation Louis D., d’un montant de 750 000 euros, a été attribué à Bibliothèque sans frontières, selon un communiqué à lire sur le site de l’ONG.

Après le séisme du 12 janvier 2010, l’association a articulé son action autour d’une aide d’urgence pour la reconstruction des structures de lecture publique, scolaire et universitaire, en affichant la parole de Dany laferrière : « Quand tout tombe, il reste la culture.»

Le programme Haïti de BSF : en coopération avec l’ambassade de France, le ministère haïtien de la culture et la MINUSTAH (ONU), BSF avait mis en place avant le séisme un programme d’appui à la création de près de 200 bibliothèques dans le pays et travaillait à la création d’une grande bibliothèque municipale à Port-au-Prince.

Après le séisme, BSF a lancé, en priorité, un projet présentant trois axes d’interventions et visant à atteindre le public le plus large possible, soit près de 200 000 personnes :

1) Éducation dans les camps de réfugiés où vivent plus d’un million de personnes :
animation, lecture, création de deux bibliothèques mobiles de rues et de six bibliothèques
containers ;

2) Renforcement des bibliothèques du pays ;

3) Littérature universitaire et ressources humaines : création de deux campus numériques de 50 postes informatiques pour les 30 000 étudiants de Port-au-Prince et création de la bibliothèque universitaire centrale de Port-au-Prince.

Le soutien de la Fondation Louis D. sera apporté au fur et à mesure du déroulement des interventions de BSF sur présentation des besoins spécifiques.

Le Prix sera remis sous la Coupole de l’Institut de France mercredi 9 juin 2010 à 15 heures
avec les autres Grands Prix scientifiques et culturels de Fondations de l’Institut de France.
Composition du Jury du Grand Prix culturel Louis D. 2010 :
– Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française
– M. Jean d’Ormesson, de l’Académie française
– M. Erik Orsenna, de l’Académie française
– M. Frédéric Vitoux, de l’Académie française
– M. Xavier North, délégué général à la langue française
– M. Alain Rouquié, écrivain et président de la Maison de l’Amérique latine

Empletté sans nombre

Incidemment, ai empletté sans nombre, comme dirait Verlaine, du côté de la librairie L’Atelier, rue du Jourdain :

Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres, de Marcel Bénabou, dans la collection La librairie du XXIe siècle, au Seuil, où l’auteur s’interroge sur ses rapports avec les livres ; qu’il se penche sur les raisons qui l’empêchent d’écrire, tout en lui interdisant de s’y dérober. Avec cette épigraphe, signée Julien Benda, extraite de La Jeunesse d’un clerc  : « Comprenant que la définition initiale de mon sujet, en même temps qu’elle devait être courte, devait être d’un potentiel tellement riche que toutes les pièces de l’œuvre n’en soient que les dépendances, je l’ai cherchée très longtemps ; le première phrase de Belphégor m’a demadé des années. »

Les animaux malades du consensus, de Gilles Châtelet, aux éditions Lignes. Cette édition établie par Catherine Paoletti présente les interventions, conférences et articles indéits ou introuvables, qui ont précédé l’essai de Gilles Châtelet (1944-1999) : Vivre et penser comme des porcs (1998).

Souvenirs désordonnés, de José Corti (éditions Corti), dont le principe : « J’ai toujours pensé qu’il faut faire comme si chaque jour qui passe « devait avoir d’éternels lendemains ».

Voyager vers des noms magnifiques, de Béatrice Commengé, aux éditions Finitude.

Me suis réjoui au vu de la note critique du libraire sur le polar de Martin Solares, Les minutes noires (Christian Bourgois) : « chaleur, corruption, violence… le quotidien d’un flic mexicain, et la magie de l’écrivain. »

Au marché de la Place des Fêtes, ai lu debout dans la lumière fraîche quelques poèmes de Céline Zins (par ailleurs traductrice d’un autre descendant d’Aztèques, Carlos Fuentes) brefs et limpides comme un bleu outremer, tendus comme un regard sur l’horizon, contenus dans Par l’alphabet du noir (éditions Christian Bourgois).

Etc.

Deux ans après, Césaire dans les écoles de Martinique

Ecoles, collèges, lycées de la Martinique commémoreront le décès d’Aimé Césaire le lundi 19 avril.
« Paroles dues à Aimé Césaire » se déroulera dans toutes les écoles et les établissements du second degré. La première heure de cours du lundi 19 avril sera ainsi consacrée à un exercice d’écriture libre, indique l’Académie.

Les élèves seront invités à rédiger un texte qui prendra la forme de leur choix, en s’appuyant sur des extraits d’œuvres d’Aimé Césaire. Les écrits seront affichés dans les écoles et établissements.

A l’occasion de ce deuxième anniversaire, un recueil reprenant une sélection des textes d’élèves de 2009 a été édité par l’académie.

Deux ans après sa mort :  » Aimé Césaire  » par Romuald Fonkoua (Perrin)

On a lu, on a aimé :

Deux ans après la mort de Césaire, le 17 avril 2008, voici une biographie présentée malencontreusement par l’éditeur comme la première, ce qui est quelque peu exagéré, voire faux. Le livre de ce professeur de lettres à l’université Marc Bloch de Strasbourg a choisi de s’attarder sur les moments forts de la vie politique ou de l’œuvre de l’auteur du Cahier du retour au pays natal en dévoilant les coulisses.

Le lecteur pourra consulter la fiche biographique de Césaire peu avant son entrée à l’Assemblée nationale (il sera député plusieurs décennies durant) ou les lectures différentes qu’ont fait les communistes et les surréalistes de son Discours sur le colonialisme.

Une biographie qui vaut par cette volonté de reconstituer les grandes batailles intellectuelles auxquelles a participé Césaire, le rôle de Présence africaine (Romuald Fonkoua est rédacteur en chef actuel de la Revue). Une personnalité « seule et splendide » comme titre le chapitre de conclusion, mais au cœur de la bagarre des idées.

De la Bombe ! cette BD…

A lire : la BD de Drandov et Alarcon qui nous emmène dans le Sud algérien dans les années 60 et plus tard en Polynésie. Après plus de deux cents essais nucléaires, des victimes irradiées, des cobayes humains, des paroles officielles rassurantes, un Pierre Messmer, ministre des Armées du Général de Gaulle, ridicule sous sa douche de décontamination dans le désert ou tout juste débarqué de l’avion en Polynésie pour interdire des « maisons closes » pour les 7 000 hommes de troupe.

C’est une fois de plus la preuve que la BD est un formidable attrape-tout, qui sait capter les questions les plus graves, les plus sensibles. La BD donne une forme émouvante à ces portraits d’appelés, d’engagés, de cégétiste arabophone (planche ci-dessous) ou de pilotes d’hélicoptères croyants qui, au nom de leur foi, cessent tout engagement dans le nucléaire.

Et puis, comment rester insensible à cette jeune femme de vingt ans, fille d’une victime de la bombe du désert, demandant que l’Etat reconnaisse que son père est « mort pour la France », qualité qui lui sera refusée…

Ce qu’en dit Benoît Cassel de Planète BD :

« Le propos de l’album est certes à charge contre les essais nucléaires, mais pas forcément contre le nucléaire. Il souligne surtout la dissonance de discours entre la sphère scientifique, militaire et politique, autour d’une problématique commune (la panique général lors de l’essai sous-terrain de mai 62, en est l’exemple le plus frappant). Une solide étape vers un travail de mémoire nécessaire. »

Moaïs et Maoris ne perdent pas la tête, Néfertiti et Loti non plus

Les habitants de l’île de Pâques ont dit « non » au voyage en Europe d’une de leur statue-tête. Consultés par référendum, les Pascuans ont rejeté l’expatriation d’un des mille moaïs par 789 « non » contre 94 « oui » (4 000 habitants, 1 500 inscrits, 900 suffrages exprimés.

« Le projet de transfert d’un moaï à Paris, pour y être exposé du 26 avril au 9 mai au jardin des Tuileries, explique Le Monde, avait été lancé en 2008 par les fondations italienne Mare Nostrum et française Louis-Vuitton. Il visait à faire connaître la culture de l’île, en échange d’une contribution à la préservation de son patrimoine. »

Faut-il rapprocher ce mouvement populaire pascuan de la proposition de loi de Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime (Haute-Normandie) « visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories à la Nouvelle-Zélande » ?

« Aujourd’hui est un jour important pour moi, écrit la sénatrice sur son blog, en date du 1er avril. J’ai été auditionnée par Colette Le Moal, députée, rapporteur à l’Assemblée Nationale de la proposition de loi autorisant la restitution des têtes maories a la Nouvelle-Zélande. Colette, qui est comme moi centriste, a souhaité défendre  devant nos collègues députés en commission de la Culture le 7 avril, puis dans l’hémicycle le 29 avril prochain, ce sujet qui me tient particulièrement a cœur. J’espère que comme elle l’a annoncé, Valerie Fourneyron, notre maire, soutiendra la démarche.
Si, après le vote au Senat, le texte est voté comme semble le souhaiter notre ministre de la culture, et bien il ne restera plus qu’a envisager le rapatriement de l’ensemble des têtes maories que détiennent les musées en France dont celle du muséum de Rouen. Après des années d’attente, elles seront enfin inhumées dans le respect des traditions du peuple maori (600 000 personnes aujourd’hui) qui a toujours lutté face aux menaces pesant sur sa survie identitaire et culturelle. »

A l’heure où le Pavillon des Sessions, antenne pionnière du musée du Quai-Branly au Louvre, fête ses dix ans, les questions épineuses de la restitution d’objets d’art ont pris un aspect nouveau avec au Caire, une conférence internationale de deux jours sur la restitution des antiquités « volées ».

Le chef des Antiquités égyptiennes Zahi Hawass entend faire pression pour que soient restituées les antiquités égyptiennes volées, menaçant les musées de « rendre leurs vies misérables » s’ils refusaient d’accéder à sa demande.Au nombre des objets dont l’Egypte souhaite en priorité la restitution se trouve le buste de Néfertiti, actuellement exposé au Musée égyptien de Berlin, ainsi que la pierre de Rosette, qui se trouve au British Museum de Londres ou le zodiaque de Denderah, aujourd’hui au Louvre. La Grèce a réaffirmé sa demande de restitution des frises du Parthénon détenues par le British Museum.

On consultera avec profit le dossier pédagogique préparé par Claude Stéfani à l’occasion de l’exposition Andreas Dettloff à Rochefort en 2009.

Prix Joseph Kessel (sélection 2010)

Remis, le 22 mai 2010 à Saint-Malo, le prix Joseph Kessel, doté par la SCAM de 4 500 €, « consacre l’auteur d’une oeuvre de haute qualité littéraire écrite en langue française : voyage, biographie, récit ou essai. Le jury, présidé par Olivier Weber, et composé de Tahar Ben Jelloun, Pierre Haski, Michèle Kahn, Gilles Lapouge, Michel Le Bris, Patrick Rambaud, Jean-Christophe Rufin, André Velter et Jean-Marie Drot a présélectionné les ouvrages suivants :Florence Aubenas
Le quai de Ouistreham
Ed. de l’Olivier
Jacques Baudouin
Petit Mao
Jean-Claude Lattès
Patrick Besson
Mais le fleuve tuera l’homme blanc
Fayard
Jean-Luc Coatalem
Le dernier roi d’Angkor
Grasset
David Fauquemberg
Mal tiempo
Fayard
Vladimir Fédorovski
Le Roman de l’âme slave
Ed. du Rocher
Olivier Page
Dragon de coeur
Lucien Souny
Olivier Rolin
Bakou, derniers jours
Seuil
Lyonel Trouillot
Yanvalou pour Charlie
Actes Sud
Laurent Seksik
Les derniers jours de Stefan Zweig
Flammarion
Abdourahman A. Waberi
Passage des Larmes
JC Lattès

Penser le zouk, marqueur d’identité

« Musique la plus récemment créée, donc moderne, le zouk subit les mêmes rejets qu’ont subi en leur temps la musique et la danse traditionnelles, le conte ou la figure du nègre marron », affirme Jean-Georges Chali, maître de conférences en littérature comparée à l’université des Antilles-Guyane pour lancer la première rencontre mensuelle d’une série de conférences pluridisciplinaires sur le thème « Penser le zouk », d’avril à novembre, à l’Atrium de Fort-de-France (Martinique).

Premier rendez-vous ce 9 avril : « La musique créole : un marqueur de l’identité » . A suivre, au rythme d’une conférence par mois : « Zouk et communication » (30 avril), « L’esthétique du zouk », « Le texte du zouk », « La femme et l’homme du zouk », « Ti-bwa, chacha et tanboudibas dans la zoukans ».

Lire l’article de Rodolf Étienne dans France-Antilles (08/04/2010)

 » Il roulait son silence devant lui  » (Jacques Ancet pour Henri Meschonnic)

” La poétique est le feu de joie qu’on fait avec la langue de bois “, écrivait Henri Meschonnic, disparu le 8 avril 2009. Paraît à cet occasion, un hommage de Jacques Ancet aux éditions Lettres vives, collection Terre de poésie :

« L’annonce de la disparition d’Henri Meschonnic, en avril 2009, m’a si profondément bouleversé, qu’un texte s’est mis à s’écrire, où ses mots se mêlaient aux miens, sa vie à la mienne. Et, pendant le mois et demi où je l’écrivais, Henri était là, à l’intérieur, dans toutes ces bribes de souvenirs qui revenaient de lui et, à l’extérieur, dans ce printemps qu’il ne pouvait plus voir, dans l’herbe qui poussait à vue d’oeil, dans les traînées jaunes de primevères, dans l’explosion blanche des poiriers, dans les visages … Lire la suite changeants de la montagne. Et, ce que je voyais alors, je le voyais autant par ses mots, par ses yeux que par les miens qui vivaient de toute sa force de parole, de toute sa force de vie. D’où ce titre qui, tout en évoquant le silence de sa disparition, tout en faisant signe vers le titre d’un de ses propres livres, Puisque je suis ce buisson, nous dit, comme il le disait toujours, que dans toute parole vraie c’est le silence qu’on entend. »

Extrait :

On le cherche dans le froissement de l’herbe, le frissonnement des feuillages, la face noire de la montagne. Si tous les mots l’ont quitté, c’est pour mieux rejoindre chaque bouche, y laisser leur semence de soleil et de rire. Il roulait son silence devant lui, sa boule de langage où se mêlent plissements hercyniens, décharges, crépuscules, douleur et cet imperceptible où il posait l’oreille. Il disait : je suis le bousier du temps. Je pousse mes millénaires devant moi, tous mes millénaires.

Un extrait qui fait penser à Césaire :

« J’habite de temps en temps une de mes plaies… je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets. »

« Son oeuvre, considérable, déborde l’érudition comme le cloisonnement entre les disciplines. L’expérience du poème était pour lui inséparable de la traduction de la Bible et d’une importante réflexion théorique sur le langage en général et le rythme en particulier. Son anthropologie historique du langage a valeur de fondation pour les Sciences Humaines et Sociales. » C’est ainsi que l’université de Strabourg présente Henri Meschonnic, à qui elle rend hommage avec l’aide de la Compagnie des Libes, le 22 avril, en une journée intitulée « Nous le passage « .