Remis, le 22 mai 2010 à Saint-Malo, le prix Joseph Kessel, doté par la SCAM de 4 500 €, « consacre l’auteur d’une oeuvre de haute qualité littéraire écrite en langue française : voyage, biographie, récit ou essai. Le jury, présidé par Olivier Weber, et composé de Tahar Ben Jelloun, Pierre Haski, Michèle Kahn, Gilles Lapouge, Michel Le Bris, Patrick Rambaud, Jean-Christophe Rufin, André Velter et Jean-Marie Drot a présélectionné les ouvrages suivants :Florence Aubenas
Le quai de Ouistreham
Ed. de l’Olivier
Jacques Baudouin
Petit Mao
Jean-Claude Lattès
Patrick Besson
Mais le fleuve tuera l’homme blanc
Fayard
Jean-Luc Coatalem
Le dernier roi d’Angkor
Grasset
David Fauquemberg
Mal tiempo
Fayard
Vladimir Fédorovski
Le Roman de l’âme slave
Ed. du Rocher
Olivier Page
Dragon de coeur
Lucien Souny
Olivier Rolin
Bakou, derniers jours
Seuil
Lyonel Trouillot
Yanvalou pour Charlie
Actes Sud
Laurent Seksik
Les derniers jours de Stefan Zweig
Flammarion
Abdourahman A. Waberi
Passage des Larmes
JC Lattès
Auteur / Papalagui
Penser le zouk, marqueur d’identité
« Musique la plus récemment créée, donc moderne, le zouk subit les mêmes rejets qu’ont subi en leur temps la musique et la danse traditionnelles, le conte ou la figure du nègre marron », affirme Jean-Georges Chali, maître de conférences en littérature comparée à l’université des Antilles-Guyane pour lancer la première rencontre mensuelle d’une série de conférences pluridisciplinaires sur le thème « Penser le zouk », d’avril à novembre, à l’Atrium de Fort-de-France (Martinique).
Premier rendez-vous ce 9 avril : « La musique créole : un marqueur de l’identité » . A suivre, au rythme d’une conférence par mois : « Zouk et communication » (30 avril), « L’esthétique du zouk », « Le texte du zouk », « La femme et l’homme du zouk », « Ti-bwa, chacha et tanboudibas dans la zoukans ».
Lire l’article de Rodolf Étienne dans France-Antilles (08/04/2010)
» Il roulait son silence devant lui » (Jacques Ancet pour Henri Meschonnic)

” La poétique est le feu de joie qu’on fait avec la langue de bois “, écrivait Henri Meschonnic, disparu le 8 avril 2009. Paraît à cet occasion, un hommage de Jacques Ancet aux éditions Lettres vives, collection Terre de poésie :
« L’annonce de la disparition d’Henri Meschonnic, en avril 2009, m’a si profondément bouleversé, qu’un texte s’est mis à s’écrire, où ses mots se mêlaient aux miens, sa vie à la mienne. Et, pendant le mois et demi où je l’écrivais, Henri était là, à l’intérieur, dans toutes ces bribes de souvenirs qui revenaient de lui et, à l’extérieur, dans ce printemps qu’il ne pouvait plus voir, dans l’herbe qui poussait à vue d’oeil, dans les traînées jaunes de primevères, dans l’explosion blanche des poiriers, dans les visages … Lire la suite changeants de la montagne. Et, ce que je voyais alors, je le voyais autant par ses mots, par ses yeux que par les miens qui vivaient de toute sa force de parole, de toute sa force de vie. D’où ce titre qui, tout en évoquant le silence de sa disparition, tout en faisant signe vers le titre d’un de ses propres livres, Puisque je suis ce buisson, nous dit, comme il le disait toujours, que dans toute parole vraie c’est le silence qu’on entend. »
Extrait :
On le cherche dans le froissement de l’herbe, le frissonnement des feuillages, la face noire de la montagne. Si tous les mots l’ont quitté, c’est pour mieux rejoindre chaque bouche, y laisser leur semence de soleil et de rire. Il roulait son silence devant lui, sa boule de langage où se mêlent plissements hercyniens, décharges, crépuscules, douleur et cet imperceptible où il posait l’oreille. Il disait : je suis le bousier du temps. Je pousse mes millénaires devant moi, tous mes millénaires.
Un extrait qui fait penser à Césaire :
« J’habite de temps en temps une de mes plaies… je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets. »
« Son oeuvre, considérable, déborde l’érudition comme le cloisonnement entre les disciplines. L’expérience du poème était pour lui inséparable de la traduction de la Bible et d’une importante réflexion théorique sur le langage en général et le rythme en particulier. Son anthropologie historique du langage a valeur de fondation pour les Sciences Humaines et Sociales. » C’est ainsi que l’université de Strabourg présente Henri Meschonnic, à qui elle rend hommage avec l’aide de la Compagnie des Libes, le 22 avril, en une journée intitulée « Nous le passage « .
Kettly Mars, entretien Île en île
C’était le 11 janvier 2009. Kettly Mars accordait un entretien à Thomas C. Spear pour le site Île en île. Il est en ligne depuis peu, dans sa version vidéo comme dans sa version écrite (transcription Linda Brindeau). L’auteur de Saisons sauvages confirme son influence et son admiration pour Marie Vieux Chauvet, auteur d’Amour, colère et folie.
Au Salon du livre de Québec, critique amère…
Relevé dans Le Soleil, quotidien québécois, à propos de l’ouverture du Salon international du livre de Québec , du 7 au 11 avril où le Mexique est le pays invité d’honneur et Dany Laferrière, l’écrivain invité d’honneur, parmi plus de 900 dont les auteurs haïtiens Georges Castera, Gary Victor, Makenzy Orcel, Evelyne Trouillot, James Noël, Emmelie Prophète… ce qui a suscité chez le critique Didier Fessou, cet article au goût amer.
Extrait :
« De manière tout ce qu’il y a de plus honorifique, ce salon sera présidé par l’écrivain haïtien Dany Laferrière.
À lui ainsi qu’aux cinq invités d’honneur, j’ai soumis le questionnaire de Philip Roth. On trouve ce questionnaire dans son dernier roman, Exit le fantôme (Gallimard). Une douzaine de questions très pertinentes sur le métier d’écrivain. Des questions du genre : où trouvez-vous vos idées? comment savez-vous que le livre est terminé? quel est votre meilleur livre? comment choisissez-vous la première phrase?, etc.
Les invités d’honneur ont répondu et c’est captivant. Vous pourrez les lire à raison d’un par jour : Daniel Marchildon mercredi, Annie Groovie jeudi, Jean-Claude Germain vendredi, Ève de Castro samedi et Paul Ohl dimanche.
Dany Laferrière, lui, m’a fait poireauter un bout de temps avant de me faire dire qu’il déclinait l’invitation. Dommage pour lui, encore plus dommage pour ses lecteurs !
Je le soupçonne d’être fâché après moi parce que j’ai écrit le 12 mars que son dernier roman, L’énigme du retour, n’était pas une œuvre majeure. À moins qu’il n’ait pas digéré mon commentaire sur son compatriote Lyonel Trouillot : « Moins en demande que Dany Laferrière mais infiniment plus grave et plus profond.»
Ce n’est pas bien toléré, ces temps-ci, les journalistes qui osent faire leur métier… »
Ann Aji ak Ayiti
A signaler l’initiative de ce couple franco-haïtien, le blog Ann Aji ak Ayiti (Agir pour Haïti) « pour développer les solidarités après la catastrophe du 12 janvier 2010 » :
« En Haïti, l’Association Communautaire de Port-à-Piment (sud-ouest du pays) se met en place pour apporter une aide aux déplacés et impulser des projets de développement locaux sur une base collective. En France, l’association Ann aji ak AYITI – Agir avec Haïti apporte un appui logistique et financier à cette structure en construction et propose de partager les nouvelles concernant ces initiatives locales porteuses d’espoir. »
En Polynésie, le prix des mots
Chaque phrase de l’artiste Ben lui rapporte plusieurs milliers d’euros. Par exemple : « Je suis unique au monde » ou « A bas la société de consommation ». Elles sont considérées comme des « produits dérivés » des œuvres qu’il expose en galerie ou dans les musées.

L’exposition la plus importante qui lui ait été jamais consacrée est présentée au Musée d’art contemporain de Lyon jusqu’au 11 juillet.
Depuis 1997, l’achat de mots clés sur Internet a lancé une forme de publicité. Concrètement, vous achetez un mot clé comme « libellule » et quand l’internaute tape « libellule » dans son moteur de recherche votre publicité apparaît.
Cette marchandisation des mots n’est pas du goût de tous. Elle est même une pomme de discorde au sein de la famille Tamatoa, en Polynésie. L’enjeu: le nom de baptême d’un navire à grande vitesse, entre Papeete et Bora-Bora. Prochain départ mercredi 7 avril à 10h, arrivée prévue (après escales à Huahine et Raiatea) à 17h15, comme l’indique le tableau horaire sur le site de la compagnie Raromatai ferry.
Le King Tamatoa tient son nom du roi Tamatoa, huit lignées… plus tôt. L’un d’entre eux, Tamatoa Ura, a accueilli les révoltés de la Bounty en 1789 à Tubuai…

L’un des descendants réclamait à l’armateur 300 millions Fcfp (2,5 millions d’euros) pour l’utilisation du nom de son ancêtre.
« Nous ne demandons rien » a réagi Philippe Estall qui a exhibé sa généalogie sur une dizaine de pages où s’aligne une trentaine de générations. Très officiellement, il a offert à la direction du Raromatai ferry, l’histoire des rois Tamatoa, de ceux « qui ont régné dans la dignité et l’intérêt de leur peuple ».
« Nous sommes fiers de voir le nom de notre famille sur ce beau bateau qui va régner sur les îles sous le vent, comme notre ancêtre » précise l’homme qui s’amuse que Tautu Tauotaha ose prétendre commercialiser le nom des Tamatoa pour son seul profit. « Le nom est tombé dans le domaine public ! Il devrait le savoir ! ».
« L’affaire est close », conclut Tahiti press qui fait la part des mots.
Du courage

Le Socrate pour les enfants à partir de 10 ans, signé Brigitte Labbé et Pierre-François Dupont-Beurier (Illustrations Jean-Pierre Joblin) pour la collection Goûters philo des éditions Milan, nous propose dans la belle biographie du père de la philo grecque l’exemple d’une discussion philosophique sur le courage. Qu’est-ce que le courage ? Refuser un combat pour ruser et finalement gagner est-ce du courage ? Faut-il éprouver la peur pour être courageux ? Qui est le plus courageux, entre celui qui a conscience du danger et celui qui n’en a pas conscience ?

Coïncidence… sort le livre de Cynthia Fleury, La Fin du courage (Fayard).
Cynthia Fleury est docteur en philosophie, Présidente d’Europanova, et développe une recherche au CNRS sur les platoniciens de Perse et les platoniciens de la Renaissance. Elle avait publié en 2005, Pathologies de la démocratie (voir son intervention sur le déshonneur des élites en avril 2009).
On lira dans Next, supplément de Libération son interview (propos recueillis par Cécile Daumas), intitulée « Savoir dire non ». Qu’un mensuel sur la mode publie un entretien avec une philosophe critique de la « démocratie automatique » en dit long, soit sur son ouverture d’esprit, soit sur le manque de repères de notre société.
Extrait :
Traditionnellement le héros se démarque par son audace. Comment aujourd’hui se fait-on remarquer ?
Aujourd’hui, le fait de bien se conduire, de faire preuve de courage, ne rapporte rien. Nous faisons l’épreuve de la fin de l’exemplarité. Le nouveau mode de leardership, c’est la contrexemplarité : l’épisode « fouquet’sien » de Nicolas Sarkozy reste symptomatique de cette nouvelle donne. Ce sont aussi les faux « parlers vrai », les « blancos » de Manuel Valls, les « Auvergnats » de Brice Hortefeux, les « bronzés » de Silvio Berlusconi, les « Harkis » de Georges Frêche. Tous les jours les médias se font les relais de ces nouvelles prescriptions grossières. Et comme la procédure de visibilité médiatique vaut pour reconnaissance sociale, chacun se dit que l’ascension sociale passe désormais par la contrexemplarité. Les citoyens font le pari de la contrexemplarité presque par désir d’égalité. »

Ayons le courage de suivre les prochains goûters philo, ici.
Sillage s’ouvre
Un communiqué nous apprend que « Pour mieux continuer à redécouvrir des textes rares ou épuisés, les éditions Sillage ouvrent (un lundi de Pâques !), le 5 avril 2010, une librairie de livres anciens et modernes au 17 rue Linné, 75005 Paris. »
Selon le Trésor de la langue française, un sillage est une « Trace d’écume que laisse derrière elle, à la surface de l’eau, une embarcation ».
Informations par ici.
Papalagui dans La Quinzaine

La Quinzaine littéraire n°1012 publie (p.14-16) l’entretien d’Alexis Gloaguen à propos de son beau livre Les Veuves de verre, et dont les lecteurs de Papalagui avaient eu la primeur, comme il se doit.
