C’était le 11 janvier 2009. Kettly Mars accordait un entretien à Thomas C. Spear pour le site Île en île. Il est en ligne depuis peu, dans sa version vidéo comme dans sa version écrite (transcription Linda Brindeau). L’auteur de Saisons sauvages confirme son influence et son admiration pour Marie Vieux Chauvet, auteur d’Amour, colère et folie.
Auteur / Papalagui
Au Salon du livre de Québec, critique amère…
Relevé dans Le Soleil, quotidien québécois, à propos de l’ouverture du Salon international du livre de Québec , du 7 au 11 avril où le Mexique est le pays invité d’honneur et Dany Laferrière, l’écrivain invité d’honneur, parmi plus de 900 dont les auteurs haïtiens Georges Castera, Gary Victor, Makenzy Orcel, Evelyne Trouillot, James Noël, Emmelie Prophète… ce qui a suscité chez le critique Didier Fessou, cet article au goût amer.
Extrait :
« De manière tout ce qu’il y a de plus honorifique, ce salon sera présidé par l’écrivain haïtien Dany Laferrière.
À lui ainsi qu’aux cinq invités d’honneur, j’ai soumis le questionnaire de Philip Roth. On trouve ce questionnaire dans son dernier roman, Exit le fantôme (Gallimard). Une douzaine de questions très pertinentes sur le métier d’écrivain. Des questions du genre : où trouvez-vous vos idées? comment savez-vous que le livre est terminé? quel est votre meilleur livre? comment choisissez-vous la première phrase?, etc.
Les invités d’honneur ont répondu et c’est captivant. Vous pourrez les lire à raison d’un par jour : Daniel Marchildon mercredi, Annie Groovie jeudi, Jean-Claude Germain vendredi, Ève de Castro samedi et Paul Ohl dimanche.
Dany Laferrière, lui, m’a fait poireauter un bout de temps avant de me faire dire qu’il déclinait l’invitation. Dommage pour lui, encore plus dommage pour ses lecteurs !
Je le soupçonne d’être fâché après moi parce que j’ai écrit le 12 mars que son dernier roman, L’énigme du retour, n’était pas une œuvre majeure. À moins qu’il n’ait pas digéré mon commentaire sur son compatriote Lyonel Trouillot : « Moins en demande que Dany Laferrière mais infiniment plus grave et plus profond.»
Ce n’est pas bien toléré, ces temps-ci, les journalistes qui osent faire leur métier… »
Ann Aji ak Ayiti
A signaler l’initiative de ce couple franco-haïtien, le blog Ann Aji ak Ayiti (Agir pour Haïti) « pour développer les solidarités après la catastrophe du 12 janvier 2010 » :
« En Haïti, l’Association Communautaire de Port-à-Piment (sud-ouest du pays) se met en place pour apporter une aide aux déplacés et impulser des projets de développement locaux sur une base collective. En France, l’association Ann aji ak AYITI – Agir avec Haïti apporte un appui logistique et financier à cette structure en construction et propose de partager les nouvelles concernant ces initiatives locales porteuses d’espoir. »
En Polynésie, le prix des mots
Chaque phrase de l’artiste Ben lui rapporte plusieurs milliers d’euros. Par exemple : « Je suis unique au monde » ou « A bas la société de consommation ». Elles sont considérées comme des « produits dérivés » des œuvres qu’il expose en galerie ou dans les musées.

L’exposition la plus importante qui lui ait été jamais consacrée est présentée au Musée d’art contemporain de Lyon jusqu’au 11 juillet.
Depuis 1997, l’achat de mots clés sur Internet a lancé une forme de publicité. Concrètement, vous achetez un mot clé comme « libellule » et quand l’internaute tape « libellule » dans son moteur de recherche votre publicité apparaît.
Cette marchandisation des mots n’est pas du goût de tous. Elle est même une pomme de discorde au sein de la famille Tamatoa, en Polynésie. L’enjeu: le nom de baptême d’un navire à grande vitesse, entre Papeete et Bora-Bora. Prochain départ mercredi 7 avril à 10h, arrivée prévue (après escales à Huahine et Raiatea) à 17h15, comme l’indique le tableau horaire sur le site de la compagnie Raromatai ferry.
Le King Tamatoa tient son nom du roi Tamatoa, huit lignées… plus tôt. L’un d’entre eux, Tamatoa Ura, a accueilli les révoltés de la Bounty en 1789 à Tubuai…

L’un des descendants réclamait à l’armateur 300 millions Fcfp (2,5 millions d’euros) pour l’utilisation du nom de son ancêtre.
« Nous ne demandons rien » a réagi Philippe Estall qui a exhibé sa généalogie sur une dizaine de pages où s’aligne une trentaine de générations. Très officiellement, il a offert à la direction du Raromatai ferry, l’histoire des rois Tamatoa, de ceux « qui ont régné dans la dignité et l’intérêt de leur peuple ».
« Nous sommes fiers de voir le nom de notre famille sur ce beau bateau qui va régner sur les îles sous le vent, comme notre ancêtre » précise l’homme qui s’amuse que Tautu Tauotaha ose prétendre commercialiser le nom des Tamatoa pour son seul profit. « Le nom est tombé dans le domaine public ! Il devrait le savoir ! ».
« L’affaire est close », conclut Tahiti press qui fait la part des mots.
Du courage

Le Socrate pour les enfants à partir de 10 ans, signé Brigitte Labbé et Pierre-François Dupont-Beurier (Illustrations Jean-Pierre Joblin) pour la collection Goûters philo des éditions Milan, nous propose dans la belle biographie du père de la philo grecque l’exemple d’une discussion philosophique sur le courage. Qu’est-ce que le courage ? Refuser un combat pour ruser et finalement gagner est-ce du courage ? Faut-il éprouver la peur pour être courageux ? Qui est le plus courageux, entre celui qui a conscience du danger et celui qui n’en a pas conscience ?

Coïncidence… sort le livre de Cynthia Fleury, La Fin du courage (Fayard).
Cynthia Fleury est docteur en philosophie, Présidente d’Europanova, et développe une recherche au CNRS sur les platoniciens de Perse et les platoniciens de la Renaissance. Elle avait publié en 2005, Pathologies de la démocratie (voir son intervention sur le déshonneur des élites en avril 2009).
On lira dans Next, supplément de Libération son interview (propos recueillis par Cécile Daumas), intitulée « Savoir dire non ». Qu’un mensuel sur la mode publie un entretien avec une philosophe critique de la « démocratie automatique » en dit long, soit sur son ouverture d’esprit, soit sur le manque de repères de notre société.
Extrait :
Traditionnellement le héros se démarque par son audace. Comment aujourd’hui se fait-on remarquer ?
Aujourd’hui, le fait de bien se conduire, de faire preuve de courage, ne rapporte rien. Nous faisons l’épreuve de la fin de l’exemplarité. Le nouveau mode de leardership, c’est la contrexemplarité : l’épisode « fouquet’sien » de Nicolas Sarkozy reste symptomatique de cette nouvelle donne. Ce sont aussi les faux « parlers vrai », les « blancos » de Manuel Valls, les « Auvergnats » de Brice Hortefeux, les « bronzés » de Silvio Berlusconi, les « Harkis » de Georges Frêche. Tous les jours les médias se font les relais de ces nouvelles prescriptions grossières. Et comme la procédure de visibilité médiatique vaut pour reconnaissance sociale, chacun se dit que l’ascension sociale passe désormais par la contrexemplarité. Les citoyens font le pari de la contrexemplarité presque par désir d’égalité. »

Ayons le courage de suivre les prochains goûters philo, ici.
Sillage s’ouvre
Un communiqué nous apprend que « Pour mieux continuer à redécouvrir des textes rares ou épuisés, les éditions Sillage ouvrent (un lundi de Pâques !), le 5 avril 2010, une librairie de livres anciens et modernes au 17 rue Linné, 75005 Paris. »
Selon le Trésor de la langue française, un sillage est une « Trace d’écume que laisse derrière elle, à la surface de l’eau, une embarcation ».
Informations par ici.
Papalagui dans La Quinzaine

La Quinzaine littéraire n°1012 publie (p.14-16) l’entretien d’Alexis Gloaguen à propos de son beau livre Les Veuves de verre, et dont les lecteurs de Papalagui avaient eu la primeur, comme il se doit.
Je tresse mes mots (Jean Hérold Paul)

« Je tresse mes mots : vertébrés, ivres et béants – coulées surabondantes de lacs en fleuves d’encre d’Ébènes arc-boutées sur la diachronie cinq fois séculaire volcans voraces déments où s’empilent s’entassent s’engorgent tourmentés leurs maux balbutiés pourtant synchronisés au tournant conscient du marasme monotone – involontairement vagabonds, certes intermittents, peut-être abusifs, mais exaltés, enluminés, luminescents – accordéon à coups de supplices enténébrés d’où se déploie le Sud : géographiquement corporaniquement, infrahumainement – de soustractions en soustractions au Grand large de la vie esquissées parfaitement en icônes infâmes, démesurément saupoudrées de Sang saumuré s’innocence.
Je tresse mes mots : épais, indociles, incrédules voire sceptiques, en quête de jouvence affamés d’oasis dans le désert de leurs maux emmurés par la muselière du Temps. »
La République des lettres et ses périphéries (Dominic Thomas)
Florence Noiville (Le Monde, 25/03/10) : Que pensez-vous de la « littérature monde » en français ?
Dominic Thomas, directeur du département d’études françaises et francophones à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA : Le projet d’ouvrir les institutions littéraires paraît essentiel, ainsi que le fait de reconnaître que les écrivains d’expression française ne sont pas tous français. Pour cette raison, les signataires du Manisfeste pour une littérature monde (Le Monde, 19 mars 2007) ont été applaudis. Pourtant, ce texte n’a pas suffisamment poussé l’argumentation sur la marginalisation de ces auteurs. Il ne suffit pas de demander pour eux l’accès au « centre », afin qu’ils aient leur place chez les éditeurs de Saint-Germain-des-Prés. Il faut aussi s’interroger sur les structures en place, à savoir cette « République des lettres » qui a établi ce rapport centre/périphérie. La question ne devrait donc pas être celle de l’intégration/marginalisation, mais la remise en question de ces institutions qui ont créé et entretenu ces hiérarchies.
Prix essai France Télévisions 2010 : Dans ma peau (Guillaume de Fonclare)

Catherine Mugler recherchiste-documentaliste, membre du jury :
« Aimer les livres c’est connaître le vertige de tout ce qui n’est pas lu, de ce qui ne sera pas lu, de tous ces écrits perdus. Aimer les livres c’est avoir toujours un livre d’avance, par peur du manque. Aimer les livres c’est fureter dans les librairies d’un pays dont vous ne parlez pas la langue. Aimer les livres c’est avoir des livres préférés sans être capable de répondre à la question «quel est ton livre préféré ? »
C’est au quatrième tour de scrutin que vingt-et-un télespectateurs-lecteurs ont choisi Guillaume de Fontclare comme lauréat du prix essai France Télévisions pour Dans ma peau (Stock), par onze voix contre dix pour Didier Eribon (Retour à Reims, Fayard). Au troisième tour, Christine Jordis (L’aventure du désert, Gallimard) avait obtenu une voix. Dans ma peau est publié par Stock, éditeur du graoupe Hachette, absent du Salon 2010.« Dans ma peau est un texte qui a ses racines dans le premier XXe siècle, au temps où les hommes portaient la moustache et les femmes de larges chapeaux, quand les pétarades automobiles effrayaient les chevaux sur les grands boulevards. Dans les violences d’une guerre à la fureur si nouvelle, un monde s’est abîmé et il ne nous en reste que quelques échos déformés et des images tremblotantes que nous ne comprenons plus. Cette guerre, je la connais bien : je suis directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, dans la Somme, au cœur des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, là où s’opposèrent troupes britanniques, armées du Commonwealth et Allemands de 1914 à 1918. Et c’est avec mon corps que j’éprouve l’âpreté de l’ancienne réalité des combats ; depuis quatre ans, je souffre d’une maladie qui n’a pas de nom et qui rend chacun de mes mouvements douloureux et pénible, si bien que je ne connais plus de moment de paix et de repos. Il me semble parfois être si près de ceux dont je dis être le témoin que j’en ferai souffrance commune avec ces hommes qui ne sont plus, que mon horizon est sans cesse bousculé d’explosions intimes. Les objets que je côtoie, les uniformes impeccables qui dorment dans les réserves de l’Historial, les fusils comme les montres, les poignards comme les godillots, tout cela résonne de violences assoupies que je crois ressentir à chaque instant. Voilà ce que j’ai essayé de dire et d’écrire ; et l’attention que je me porte serait différente si elle n’était pas le fruit de mon expérience à l’Historial, si elle n’était pas née d’abord d’une empathie pour de plus souffrants que moi. » G. de F.
