Prix essai France Télévisions 2010 : Dans ma peau (Guillaume de Fonclare)

Catherine Mugler recherchiste-documentaliste, membre du jury :

« Aimer les livres c’est connaître le vertige de tout ce qui n’est pas lu, de ce qui ne sera pas lu, de tous ces écrits perdus. Aimer les livres c’est avoir toujours un livre d’avance, par peur du manque. Aimer les livres c’est fureter dans les librairies d’un pays dont vous ne parlez pas la langue. Aimer les livres c’est avoir des livres préférés sans être capable de répondre à la question «quel est ton livre préféré ? »

C’est au quatrième tour de scrutin que vingt-et-un télespectateurs-lecteurs ont choisi Guillaume de Fontclare comme lauréat du prix essai France Télévisions pour Dans ma peau (Stock), par onze voix contre dix pour Didier Eribon (Retour à Reims, Fayard). Au troisième tour, Christine Jordis (L’aventure du désert, Gallimard) avait obtenu une voix. Dans ma peau est publié par Stock, éditeur du graoupe Hachette, absent du Salon 2010.« Dans ma peau est un texte qui a ses racines dans le premier XXe siècle, au temps où les hommes portaient la moustache et les femmes de larges chapeaux, quand les pétarades automobiles effrayaient les chevaux sur les grands boulevards. Dans les violences d’une guerre à la fureur si nouvelle, un monde s’est abîmé et il ne nous en reste que quelques échos déformés et des images tremblotantes que nous ne comprenons plus. Cette guerre, je la connais bien : je suis directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, dans la Somme, au cœur des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, là où s’opposèrent troupes britanniques, armées du Commonwealth et Allemands de 1914 à 1918. Et c’est avec mon corps que j’éprouve l’âpreté de l’ancienne réalité des combats ; depuis quatre ans, je souffre d’une maladie qui n’a pas de nom et qui rend chacun de mes mouvements douloureux et pénible, si bien que je ne connais plus de moment de paix et de repos. Il me semble parfois être si près de ceux dont je dis être le témoin que j’en ferai souffrance commune avec ces hommes qui ne sont plus, que mon horizon est sans cesse bousculé d’explosions intimes. Les objets que je côtoie, les uniformes impeccables qui dorment dans les réserves de l’Historial, les fusils comme les montres, les poignards comme les godillots, tout cela résonne de violences assoupies que je crois ressentir à chaque instant. Voilà ce que j’ai essayé de dire et d’écrire ; et l’attention que je me porte serait différente si elle n’était pas le fruit de mon expérience à l’Historial, si elle n’était pas née d’abord d’une empathie pour de plus souffrants que moi. » G. de F.

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