Édouard Glissant, la somptuosité d’une écriture (Joël Des Rosiers)

Nul n’a jamais vu se déplacer avec autant d’émotion que moi, ce Golem lourd et vacillant sur ses pieds de glaise, rôdant parmi les étals de livres d’un marché de poésie, pour commettre quelque inaltérable dédicace « par les feux, par les fers, par l’argile immortelle » dans la gloire et l’extase d’une écriture qui aurait enfin triomphé des îles, rouées de sucre. Diable, Édouard Glissant aurait-il donc disparu en laissant de dignes héritiers s’autoriser toutes les méprises? Mais nous avons beau affirmer que sa mort, à la douleur exquise, est une crise de la relation, déjà elle s’apparente à l’accointance solidaire et antagoniste qui n’est pas sans évoquer celle du maître et de l’esclave. Car quiconque esclave signe une œuvre de grande importance est bien plus noble que maître.

Qu’avions-nous à craindre de la somptuosité d’une écriture qui recèle de nombreux sortilèges dont l’un procède par boucle, l’autre par déambulation, l’autre encore par concaténation sinon la solarisation de notre conscience (on pense au travail photographique de Man Ray)? (…)
Et nous sommes incapables d’exprimer nos grands fonds de détresses ou de répondre à celles des figures humaines qui l’entourent, le rêve de l’homme suffoquant sous un manteau d’éloges et d’encouragements. Du moins, me dis-je, je n’ai pas tout lu et j’ai peut-être mal lu certaines de ses œuvres mais j’ai entendu sa voix vrombir Les Grands Chaos comme si la poésie était en danger, au sein d’un discours d’une sublime sauvagerie. Joël Des Rosiers, Potomitan.

Édouard Glissant, Kateb Yacine

« Est-il juste de dire qu’on possède une origine, une pureté de race ? Kateb Yacine fracasse tout cela. Or, Nedjma est probablement le plus grand livre de la révolution algérienne et Yacine avait bien prévu les erreurs de l’ALN quand elle a été au pouvoir. »

« Solitaire et solidaire », Entretien d’Edouard Glissant avec Philippe Artières, Terrain n°41 septembre 2003, Poésie et politique.

« Nous devons être « solitaire et solidaire » », nous rappelait E.G. dans un entretien de mars 2010.

99 formes brèves (une curiosité de Roger Berthet)

Si, tout comme Papalagui, la brièveté vous fascine, voyez cette curiosité que le grand Raymond n’aurait pas reniée… 99 formes brèves, de Roger Berthet, dont le tourment l’amène à un joli paradoxe… une liste de listes.

Une marotte qui entraîne François Quet à un « toujours plus », comme cette bibliographie.

Les passants honnêtes doivent ainsi reconnaître que les formes brèves comme la longue histoire des formes brèves sont sans fin. Ou qu’elles peuvent dégénérer, comme marionnettes ou quatrain des Robâiyât de Khayyâm, ce qui, convenons-en, nous entraînerait assez loin…

 

 

 

 

La mort de François Nourissier

L’écrivain François Nourissier est mort à Paris à l’âge de 83 ans, a annoncé l’Académie Goncourt, dont il a été membre pendant une trentaine d’années avant d’en démissionner en 2008 pour raisons de santé. Auteur de près de 25 ouvrages, François Nourissier a été couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française en 1965 pour Une histoire française et par le prix Femina en 1970 pour La Crève.

« La fin de sa vie a été extrêmement cruelle. Peut être qu’aujourd’hui il meurt un peu tard … il a connu une gloire littéraire extraordinaire, il était le Pape de l’édition et le Pape de la littérature française… On peut dire qu’avec Pivot, il était celui qui décidait du destin d’un livre et d’un auteur. » (Jean d’Ormesson)

« Il a une place à part dans la vie littéraire française, la place d’un vieux sage, d’un homme de lettres sans concessions aucunes, et pour qui la littérature a toujours été tous ses bonheurs… Il avait une qualité plus grande que beaucoup d’autres, la curiosité. » (Edmonde Charles-Roux, présidente de l’Académie Goncourt).

Source : Livres-Hebdo .

 

Taubira, Fanon, Glissant, Césaire… 2011, année mémorielle ? année du dépassement ?

La loi Taubira aura dix ans cette année et Frantz Fanon est mort il y a 50 ans. Avec cette conjonction de commémorations, nul doute que le prochain mois de mai sera un carrefour de l’histoire et des mémoires.

L’université de Cergy-Pontoise sera au rendez-vous le 10 mai 2011 de la commémoration des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions avec le Centre de recherche textes et francophonie (CRTF) pour inscrire ce nœud mémoriel au cœur d’une journée intitulée : « Frantz Fanon, figure du dépassement. Regards croisés sur l’esclavage ». Fanon dont il faut rappeler l’affirmation dans Peau noire masques blancs (1952) : « Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères ».
Pour les organisateurs de cette journée universitaire, « Fanon est une figure du dépassement qui a imprimé sa marque dans la réflexion de nombreux chercheurs depuis la diffusion de ses différentes œuvres, entre 1952 et 1961. Sur la question de l’esclavage il a été en rupture par rapport à son contexte et au regard de ses pairs ; il a été et est une figure du dépassement. Le dépassement ne signifie pas oubli et occultation mais positionnement autre. (…) « Regards croisés » sur l’esclavage : pour dessiner un parcours (…) réfléchir à l’intégration distancée de l’esclavage ou du rapport à l’esclavage dans l’émergence d’une « conscience noire », interroger la continuité entre situation d’esclave et situation de domination culturelle, politique.

À noter que ce thème du dépassement a été invoqué notamment dans l’œuvre de Fanon en lien avec « l’antillanité » de Glissant, comme le rappelle Med Médiène dans son blog Fanon, Glissant et les autres, la Négritude dépassée.

Enfin, signalons, le blog intitulé : 2011, année Frantz Fanon, où l’on peut lire cette parole d’Édouard Glissant : « Il est difficile pour un Antillais d’être le frère, l’ami, ou tout simplement le compagnon ou le « compatriote » de Fanon. Parce que de tous les intellectuels antillais francophones il est le seul à être véritablement passé à l’acte, à travers son adhésion à la cause algérienne ; et cela même si, après les épisodes tragiques et concluants de ce qu’on est en droit d’appeler sa passion algérienne, le problème martiniquais (dont en l’occurrence il n’était pas responsable mais qu’il eut sans doute affronté s’il avait vécu) reste entier dans son ambiguïté. » (Le Discours antillais, 1981).

Dix mots à réseauter à qui mieux mieux

On se retrouve avec ces dix mots, qui sont proposés pour une Semaine officielle de la langue française, du 13 au 20 mars, « Dis-moi dix mots qui nous relient ».
Les heureux élus sont :
complice, fil, avec, cordée, harmonieusement, agapes, réseauter, chœur, accueillant, main.
Par quelle subtilité, un mot comme « réseauter » est-il parvenu à se hisser au plus près des petits fours ? Serait-ce avec dans la main du complice, tendu comme un fil sinon en cordée comme pour réseauter accueillant en chœur une promesse d’agapes ?

Tout cela serait-il cousu de fil blanc ?

L’œuvre des mers, sélectionné pour deux prix littéraires

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=32512Découvrez L’intégrale de l’Oeuvre des mers d’Eugène Nicole sur Culturebox !

L’œuvre des mers, d’Eugène Nicole (Saint-Pierre et Miquelon) et Corps mêlés, de Marvin Victor sont sélectionnés pour le 6e prix du livre France-Culture Télérama, qui sera remis lors du Salon du livre de Paris, le 17 mars, et pour le prix Louis Guilloux qui sera attribué le 15 mars.

France Culture et Télérama récompensent, chaque début de printemps, une œuvre littéraire écrite en langue française et publiée en janvier, février ou mars.
Doté de 5 000 euros, le prix sera remis lors de la soirée d’ouverture du Salon du livre de Paris, le jeudi 17 mars à 19 heures, sur le stand de Radio France.
Le jury a présélectionné les dix romans et récits suivants :
Ce qu’aimer veut dire, de Mathieu Lindon (éd. P.O.L.)
Les Liaisons ferroviaires, de Jean-Pierre Martin (éd. Champ Vallon)
Des Femmes disparaissent, de Christian Garcin (éd. Verdier)
L’œuvre des mers, d’Eugène Nicole (éd. de L’Olivier)
Dino Egger, d’Eric Chevillard (éd. de Minuit)
Bande-son, de Bertrand de la Peine (éd. de Minuit)
Tu verras, de Nicolas Fargues (éd. P.O.L.)
Une lointaine Arcadie, de Jean-Marie Chevrier (éd. Albin Michel)
La Lettre de Buenos Aires, d’Hubert Mingarelli (éd. Buchet-Chastel)
Corps mêlés, de Marvin Victor (éd. Gallimard)

Le prix Louis Guilloux, doté de 10 000 euros, récompense l’auteur d’un roman ou récit en langue française s’inscrivant dans la lignée littéraire de l’écrivain breton, privilégiant notamment la “dimension humaine d’une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l’individu au profit d’abstractions idéologiques”.

Son jury, présidé par Yvon Le Men, est majoritairement composé d’écrivains.

21 titres sont en compétition :
Yahia Belaskri, Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut, Vents d’ailleurs
Jeanne Benameur, Les insurrections singulières, Actes Sud
Vincent Borel, Antoine et Isabelle, Sabine Wespieser
Delphine Coulin, Samba pour la France, Le Seuil
Jean-Baptiste Del Amo, Le sel, Gallimard
Jérôme Ferrari, Où j’ai laissé mon âme, Actes Sud
Hervé Jaouen, Les sœurs Gwenan, Presses de la Cité
Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi, Grasset
Maxim Leo, Histoire d’un Allemand de l’Est, Actes Sud
Andreï Makine, Le livre des brèves amours éternelles, Le Seuil
François Marchand, Plan social, Le Cherche Midi
Patrice N’Ganang, Mont plaisant, Philippe Rey
Eugène Nicole, L’œuvre des mers, L’Olivier
Anthony Palou, Fruits & légumes, Albin Michel
Bernard Ruhau, Salut à vous !, Maurice Nadeau
Lionel Salaün, Le retour de Jim Lamar, Liana Levi
Frédéric Valabrègue, Le candidat, P.O.L
Jean Védrines, La belle étoile, Fayard
Gary Victor, Le sang et la mer, Vents d’ailleurs
Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard
Frédéric Werst, Ward, Le Seuil

(source : Livres-Hebdo).

Une saison chez Césaire (mise en scène Ruddy Sylaire)

Une saison chez Césaire. Première mardi 1er mars 2011. La déclaration universelle des droits de l’homme annotée par Aimé Césaire

Texte : Aimé Césaire Dramaturgie : Michèle Césaire Mise en scène : Ruddy Sylaire Lumières : Marc-Olivier René Costumes : Catherine Matis Décors : Kanel Brosi Avec : Gladys Arnaud, Eric Delor, Jean-Bernard Ekam-Dick, Astrid Mercier

Théâtre les déchargeurs, Paris.