Édouard Glissant, l’œuvre est devenue elle-même un Lieu (Alexandre Alaric)

« Écrire, jusqu’à ses dernières ressources physiques, écrire jusqu’à son dernier souffle, telle fut la vie d’Edouard Glissant, chercher à s’installer au Lieu de l’écriture vivante, au Lieu que son œuvre ne cessera maintenant à chaque lecture de configurer, d’occuper, d’interpeller, il dirait certainement de «héler». L’œuvre a brusquement surgi vivante contre la mort, le départ d’Edouard Glissant, lui restitue ses frontières, ses limites, ses traces, ses poétiques, ses esthétiques, sa philosophie : tout ce qu’il a essayé de penser, et d’amasser inlassablement. Elle est devenue autonome et réflexive, point besoin de médiateurs, elle renvoie à elle-même, elle nous renvoie à nous-mêmes, elle pratique la relation, elle relaye, relie, relate, tous ses propres dits. Elle est devenue elle-même un Lieu, comme l’œuvre de W. Faulkner, dont il dévoile les « ouvertures infinies » et les impossibles, « Faulkner, Mississippi » et comme celle de Saint John Perse, ces deux maîtres. »

Lire la suite de l’hommage d’Alexandre Alaric, L’impensé d’une écriture belle de monde, dans Madinin’Art. Et son article antérieur, Le migrant nu dans Cairn.info.

Leonardo Padura, l’optimiste (Foire du livre de La Havane)

« Il est clair que suivre le modèle soviétique à la lettre dans les années 70 nous a conduit à des excès, ce qui bien sûr n’ont pas été, de près ou  de loin ceux du stalinisme, mais qui ont voir avec les difficultés économiques et sociales que nous subissons encore.
Padura estime que la publication de son dernier livre à Cuba « montre que les choses changent«  sur l’île assiste à des réformes économiques en cours a marqué une obligation d’être optimiste. » (Qué.es, quotidien madrilène du 20/02/11 citant l’agence EFE.)

À propos de L’homme qui aimait les chiens, de Leonardo Padura, dont la présentation vient d’avoir lieu à la Foire du livre de La Havane, lire Papalagui du 4/02/11.

Édouard Glissant, Aimé Césaire (Hanétha Vété-Congolo)

« Contrairement à ce que tient le verbe courant, la pensée de Glissant se démontre dans la continuité logique de la pensée de Césaire. Ce que Césaire a prôné est, non pas que la souche unique de l’identité est de l’Afrique puisque comme Senghor, il a honoré sa francité, l’a acceptée et pratiquée sans retenue mais plutôt que, l’une des souches importantes étant systématiquement démise, sauvagement exclue, elle devait elle aussi être reconnue et mise à sa place juste de contributrice. C’est déjà là, le discours inclusif que Glissant nomme en ses termes, « Créolisation », « identité-rhizome », « identité-relation », « diversalité » ou « pensée du métissage ». » (Hanétha Vété-Congolo, Brunswick, Maine, USA, Potomitan)

Un ministre, les péteurs et les péteux

La presse a fait ses choux gras de cette histoire venue du Malawi où un ministre voulait interdire le pet en public. La proie était d’autant plus tentante que le pays ne défraie généralement pas la chronique et que seule une adoption d’enfant par Madonna semble le tirer épisodiquement de l’anonymat.

George Chaponda, ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, était, semble-t-il, glorieux comme un pet (la langue française sait naviguer vent debout) quand il a déclaré sur Capital radio Malawi : « C’est le droit du gouvernement de maintenir la décence publique. C’est à nous d’imposer l’ordre. Voulez-vous que les gens pètent n’importe où ? ».

Excepté Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut qui en 1751 publia d’abord anonymement (signe d’une passion inavouable), L’art de péter, personne ne veut que « les gens pètent n’importe où ».

Parti comme un pet sur une toile cirée, l’histoire ne pouvait s’arrêter là. Elle devint fable.

Dans cette ancienne colonie britannique aux lois ultra-conservatrices, le Malawi a par exemple longtemps interdit aux hommes de porter les cheveux longs ou aux femmes de se vêtir de pantalons, sous peine de prison.

Or, une vielle loi coloniale peu banale de 1929, sous le titre de « Souiller l’Air », stipule: « Toute personne viciant l’atmosphère en tout endroit où telle activité s’avèrant nocive pour le public ou pour la santé des occupants du domicile ou des personnes commerçant dans le voisinage ou bien empruntant une voie publique, se rend coupable d’un délit ».

Depuis les premières déclarations de son ministre anti-pets publics, le Parlement a adopté le projet de loi par 103 voix contre 37, rapporte le Ngaza Times.

Pour éviter une amende pour un pet de travers (qui serait bien difficile à prouver par la maréchaussée malawite), les péteurs devront-ils réserver leurs plus beaux effets pour les toilettes ?

A bien examiner les débats, force est de constater que Georges Chaponda doit se sentir un peu péteux.

Anthony Kamanga, qui est Conseiller auprès du ministre de la justice, a porté le pet en déclarant que son ministre « n’avait pas compris le projet de loi « Souiller l’Air » (version 2011) : il s’agit de réglementer le fait de brûler des pneus ou des ordures ».

Morale de la fable : au Malawi, un député a assuré que le cas de ce ministre n’est pas unique. « Beaucoup d’autres n’ont rien dans la tête », a-t-il osé. Autrement dit, quand un ministre malawite a atteint son principe de Peter, tout le monde en parle.

Le Mexique, une littérature au-delà des contingences (suite)

Les députés mexicains, tous partis confondus, ont demandé le maintien de l’Année du Mexique en France, à l’issue d’une discussion sur l’affaire Florence Cassez, la Française condamnée à soixante ans de prison pour enlèvements.

« Nous exhortons les gouvernements du Mexique et de France à examiner la possibilité de préserver la réalisation des activités programmées pour l’Année du Mexique en France », a dit la députée Maria de Jesus Aguirre, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, opposition), en faisant état d’un accord entre tous les partis. (source : Le Monde)

Carlos Fuentes, écrivain : « Les relations culturelles » entre deux pays « sont une chose », les « relations politiques, judiciaires et diplomatiques en sont une autre » déclare t-il. L’auteur se rendra aux évènements auxquels il est invité, bien qu’il soit en profond désaccord avec la politisation de l’évènement, déclarant souhaiter contribuer à faire perdurer « ce programme enraciné dans la grande amitié franco-mexicaine ».  (source : El Universal.mx)

Voir le documentaire Écrivains mexicains (13′)

Edouard Glissant, Harry Roselmack et l’identité nationale

« Edouard Glissant représente pour moi, Français, Caribéen, Noir, l’un des premiers intellectuel (de mon île de surcroît) à avoir anticipé l’évolution inéluctable de notre monde vers plus de relations entre les identités, plus d’échange, de mixité et donc de confrontations possibles. C’est cette lucidité extraordinaire, pour ne pas dire extra-lucidité, qui a donné lieu à ce qu’il a appelé la créolisation, puis le « Tout monde ». Je pense que les concepts de mondialité esthétique, poétique en complément de la seule mondialisation économique ou encore d’identité-relation en opposition aux identités-racines (récemment conceptualisée en France sous le terme d’identité nationale) sont des notions qu’il nous serait utile d’explorer. » Harry Roselmack, présentateur TF1, Observatoire de la diversité.

Édouard Glissant, la nécrologie du Guardian

« Édouard Glissant, poète martiniquais, écrivain et universitaire dont le travail a été fondé sur le colonialisme », titre le quotidien britannique The Guardian dans son édition du 13 février, un article très complet signé Celia Britton :

« Le cœur du travail de Glissant, composé de huit romans, neuf recueils de poésie, une pièce de théâtre et quinze essais, constitue non seulement une profonde réflexion sur le colonialisme, l’esclavage et le racisme, mais aussi une puissante vision d’un monde où fleurit la diversité culturelle. Il a été finaliste pour le prix Nobel de littérature en 1992. »

Le prix Essai France Télévisions 2011 (la sélection)

Six titres sont en lice pour le prix Essai France Télévisions 2011, qui sera remis le 17 mars, par un jury composé de 21 téléspectateurs, lors de la soirée d’inauguration du Salon du livre de Paris.

La sélection 2011 :

– Catherine Henri, Libres cours (P.O.L)
– Alexandre Jardin, Des gens très bien (Grasset)
– Étienne Klein, Discours sur l’origine de l’univers (Flammarion)
– Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi (Grasset)
– Michel Pastoureau, Les couleurs de nos souvenirs (Seuil)
– Éric Roussel, Pierre Brossolette (Fayard/Perrin).

Le jury de sélection du prix, présidé par Olivier Barrot, est composé des animateurs et journalistes spécialistes de la littérature sur les chaînes de France Télévisions : Laure Adler (Tropismes), Monique Atlan (Dans quelle étagère…), François Busnel (La Grande Librairie), Guillaume Durand (Face aux français), Patrick Hesters (rédacteur en chef culture des JT de France 3), Franz-Olivier Giesbert (Semaine critique), Olivia de Lamberterie (Mots dans Télématin), Bruno Le Dref (délégué régional de France 3 Provence-Alpes), Philippe Lefait (Des mots de minuit), Daniel Picouly (Café Picouly), Frédéric Taddeï (Ce soir ou jamais !) et Christian Tortel (l’actualité littéraire des JT de France Ô).