Un hommage à Edouard Glissant sera rendu au prochain Salon du livre de Paris, le 17 mars 2011 à 20h avec (sous réserve) : Patrick Chamoiseau, Emmanuelle Collas, Claudio Magris, Francois Noudelmann, Antoine Raybaud, Christopher Yggdre. Source : site officiel Édouard Glissant.
Auteur / Papalagui
Haïku
Des ciels à tire d’aile,
cirrus, nuage de cheveux —
seule une poussière
Haïku
Saule pleureur,
passe une carpe alanguie
martin-pêcheur

Dessin emprunté à Langue sauce piquante, à lire pour la coïncidence troublante, l’écriture du haïku étant indépendante…
Édouard Glissant, une lecture de Pays rêvé, pays réel par Liss, blogueuse

Liss dans la vallée , nom du blog d’une lectrice qui découvre Édouard Glissant, en commençant par Pays rêvé, pays réel, un recueil qui réunit dans la collection de poche de Gallimard Fastes et Les Grands Chaos, une entrée en lecture qui une des meilleures possibles.
« Qu’il était beau, Edouard ! Avez-vous remarqué cette habitude de fermer longuement les yeux lorsqu’il répond aux questions, comme pour se retirer dans son pays intérieur ? Une habitude qui lui est restée ! C’était un vrai poète, qui donnait l’impression d’être ailleurs tout en étant présent. L’ailleurs et le présent. Une dualité que traduit le titre de son recueil Pays rêvé, pays réel.
« Du plus serré du souterrain s’est assemblée l’écumeNous nous tenons en la folie éparpillée d’éternité » (Fastes, p.86)
Ce qui m’a frappé dans les poésies d’Edouard Glissant, c’est la prédominance de l’élément aquatique : la mer, l’océan, que l’émission a également mis en valeur : « écume », « aviron », « barques », « océan », « navigue »… le champ lexical de la mer est important. Le mot « mer » lui-même est repris un certain nombre de fois. On dirait qu’il est constitutif de l’identité de l’auteur. Il l’est ! Quand on remonte à la source du peuple antillais, on remonte à l’esclavage, à la traversée des mers, traversée des peuples :
« Nous mesurons dans la vague la trace de leurs orteils » (Pays rêvé, pays réel, p.15)
La mer, voici la mer ferreuse qu’enlaçaientTant d’entassements écroulésTant de mots rauques à plein bord (p. 64)
Et lui, Edouard, c’est le poète
dont la parole a délacéle souffrir du pays d’antanDe la ravine délitée du pays-ci (p.44)
Édouard Glissant à Téhéran
La médiathèque du SCAC (Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France) de Téhéran fait d’Édouard Glissant son écrivain du mois.
« Il faut de nouvelles lunettes pour voir le monde à la Glissant (…) Maintenant que ce “Distinguished Professor” de l’Université de Louisiane et de l’Université de New York n’est plus physiquement avec nous, à nous de le rencontrer et de l’entendre à travers ses pages. »
Le SCAC met à la disposition de ses abonnés, plus de 13 000 documents en langue française, ce qui représente « le seul fonds de documentation française actuellement accessible au grand public à Téhéran ».
Haïku
Gentil babil
les mots sont des legos
la langue s’amuse
Londres, capitale du Zimbabwe Nord

Photo: Christiane Kopp, African Writing
Le Zimbabwe se fait connaître depuis plusieurs années par son dictateur Robert Mugabe, son hyperinflation et sa pénurie alimentaire. Depuis 2002, Brian Chikwava a choisi de vivre à Londres. Déjà remarqué par ses nouvelles, il publie son premier roman Harare Nord (éditions Zoé), nom qui désigne par ironie la capitale anglaise, destination de nombreux Zimbabwéens.
Son roman est écrit dans une langue de folie, inspirée tant de la tradition des littératures mêlées entre Nord et Sud que de la littérature caribéenne présente dans la capitale anglaise.
Lire l’interview de l’auteur dans African writing.Parmi les auteurs qui ont inspiré Brian Chikwava, Samuel Selvon, né à Trinidad.
Extrait de Harare Nord (traduction de Pedro Jiménez Morrás), pp. 11 et 12 :
Personne se soucie de me donner des tuyaux corrects avant que je vienne en Angleterre. Alors au moment d’arriver à l’aéroport de Gatwick je déçois ceux de l’immigration parce que quand je m’avance pour présenter mon passeport à l’homme qui mâche du chewing-gum assis derrière son bureau, je profère le mot magique – asile – et je leur décoche un sourire d’Africain autochtone, plein de dents. On m’arrête.
Quelles que soient leurs raisons pour m’arrêter, ceux de l’immigration me laissent partir après huit jours. Je leur en veux pas vu que ces gens ils font rien que leur combine. Mes proches par contre, ils ont une attitude préoccupante : faut que j’attende deux jours de plus pour que la femme de mon cousin vienne m’embarquer.
L’histoire que je raconte à ceux de l’immigration est plus crispée que l’anus d’un voleur. J’ai été harcelé par ces gars à lunettes noires, je leur dis moi, parce que je suis membre des jeunesses du parti d’opposition. Il s’agit pas de faire honte à notre gouvernement en aucune façon, mais si tu leur ponds pas des chansonnettes bien accrocheuses, alors ceux de l’immigration vont jamais te donner une chance de même flairer tes premiers pas dans le pays de la Reine. c’est ça leur genre, d’après ce qu’on m’a dit.
Que ça prenne autant de temps à mon cousin et à sa femme de faire quoi que ce soit à mon sujet c’est pas bon signe. Mais je suis juste content de sortir quand c’est le moment moi.
Je m’attends à ce que mon cousin Paul vienne me prendre au centre de détention, mais c’est sa femme, Sekai, qui vient à la place.
Je dis au revoir aux officiers à la réception en récupérant ma valise. Sekai se tient à quelques mètres de moi, son dos-là droit comme celui d’un soldat prêt à défiler, et sa taille-là plus fine que celle d’une guêpe. Habillée impeccable, mains dans les poches de son manteau-là, elle garde une certaine distance qui suffit à suggérer à ceux de la détention qu’elle a vraiment rien à faire avec moi, mais qu’elle a pas eu le choix. Elle prend même pas le soin de me serrer la main, me salue de loin et regarde ma valise d’un drôle d’air. C’est une de ces vieilles valises en carton que Mère utilisait avant ma naissance et qui a servi à transporter des poulets dans le passé, mais c’est ma valise. Elle a encore l’odeur de Mère dedans.
Extrait de Harare Nord (traduction de Pedro Jiménez Morrás), p. 101 :
J’entre dans la maison et Tsitsi est dans la cuisine avec Shingi ; il est occupé à extraire des mots de sa bouche-là alors qu’elle est occupée à essayer de cuisiner. Elle veut plus parler mais Shingi est occupé à la déranger elle, et à essayer de m’impressionner moi avec des grands mots en shona.
« Tsitsi, ndeyipi ? » je salue Tsitsi.
« Oui, kanjani ? » elle dit.
Shingi, je le regarde dans les yeux mais on se dit rien chaque chaque.
Je m’assieds sur le meuble. Tsitsi attend que l’eau bout quand je sors ma cigarette.
Édouard Glissant, la renaissance de son site officiel (Loïc Céry)

Saluons avec honneur et respect la renaissance du site officiel d’Édouard Glissant. Sous l’impulsion initiale de l’universitaire Loïc Céry, créé en 2006 mais interrompu pour des raisons techniques, il rouvre toujours dans son allant ardent, balan obstiné, mené par la sapiens généreuse de ce spécialiste de Saint-John Perse comme de Glissant, quelques jours après la disparition du poète du Tout-monde, le 3 février 2011.
« Édouard Glissant, une pensée archipèlique » met « à disposition de tout un chacun ce très modeste site Internet, qui n’a pour seul objet que de faire partager une passion et une ferveur glissantiennes qui nourrissent tant de lecteurs par le vaste Tout-monde. Que chacun s’en saisisse, et puisse son usage s’avérer d’une quelconque utilité dans la sensibilisation des uns et des autres à l’oeuvre incandescente d’Edouard Glissant. »
Les « glissantiens » retrouveront les différents hommages rendus en ce mois de février au penseur de la Relation, les uns et les autres apprécieront la présentation de « notions-phares de l’œuvre conceptuelle de l’écrivain » : Tout-monde, créolisation, utopie, tourbillon, tremblement, Relation, digenèse, mondialité. Tous sauront gré d’avoir retracé un parcours de vie exemplaire, décrit par textes, photos et vidéos.
Les chercheurs en génétique des textes comme les amateurs d’éclats poètiques trouveront sur ce site particulièrement inspiré de quoi satisfaire leur curiosité. Un site appelé à s’enrichir régulièrement.
À noter : Loïc Céry est directeur de l’IFUPE (Institut de formation universitaire pour étudiants étrangers, désireux d’acquérir surtout de bonnes bases en culture générale liée à la « civilisation française ». Fonctionne par tutorat, site en préparation).
Haïku
À la télévision
le monde est un open space
place Tahrir
Édouard Glissant et Trames nomades
À noter un ensemble de liens sur des hommages et des éléments biographiques consacrés à Édouard Glissant, disparu à Paris le 3 février 2011, sur Trames nomades, dont la profession de foi débute par cette filiation : « Borges et Joubert le disent bien : tout est trame, fils tissés, fragiles fils tissés ».
