Villeneuve en scène : l’Afrique, l’enfermement et l’amitié

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Hassane Kassi Kouyaté met en scène deux pièces à Villeneuve-lez-Avignon, jusqu’au 27 juillet 2011 : Colonel Barbaque, nouvelle extraite du recueil de Laurent Gaudé Dans la nuit Mozambique, et The Island, écrite en 1973 par les Sud-Africains Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona.

« Colonel Barbaque » ou la fuite désespérée en Afrique noire d’un poilu rescapé des tranchées, vértiable « esprit cassé », comme on disait « gueules cassées ». La guerre n’a appris à Quentin Ripoll (interprété par l’excellent Pierre Rosat, devant neuf spectateurs ce samedi à 10h15) que le meurtre à la pointe de la baïonnette. L’armée n’a pas su aider cet ancien combattant à redevenir celui qu’il était avant la boucherie de 14-18. Mais pouvait-on redevenir, après une telle expérience cruelle et sanglante, soi-même, celui d’avant?
Quentin est écœuré par l’absence d’humanité envers les soldats des colonies: M’Bossolo, qui lui a sauvé la vie lors d’une charge, n’a pas eu droit d’avoir son corps rapatrié sur son sol natal. Quentin décide de partir pour ne plus revenir vers cette Afrique si belle et attirante. Là, de trafics en trafics, il deviendra un Dieu de la guerre, le colonel Barbaque, se battant aux côtés des premiers rebelles à la colonisation.
Mais la folie des tranchées le rattrapera et fera basculer son destin dans un autre enfer: celui de la lucidité désespérée.

Dans The Island, (Une « révolution » dans le théâtre sud-africain selon le Times) deux prisonniers résistent à l’absurde de l’enfermement avec leur imaginaire et grâce au théâtre. Le duo interprété par Habib Dembélé et Hassane Kouyaté fait mouche. Ils alternent le pleurer/rire et développent à la façon sud-africaine « un théâtre pauvre », un « théâtre immédiat » fait d’accessoires bouts de ficelle.
Le soir, dans leur cellule de Robben Island, aussi mort qu’ils peuvent l’être, ils recommencent à vivre en parlant, en riant, et surtout en essayant de ne pas se couper du monde. Pour cela l’imaginaire est leur seul échappatoire. Ils vont préparer une pièce de théâtre : Antigone. Elle doit être prête pour la fête de la prison dans une semaine…

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Points communs des deux pièces : Hassane Kouyaté, l’Afrique, l’enferment mental pour l’une, l’enferment carcéral et social pour l’autre, l’amitié dans les deux (entre un ancien Poilu et un tirailleur ; entre deux détenus), le goût de la transmission des souffrances passées à un public plus jeune.

Dans Colonel Barbaque, le talent de conteur-acteur de Pierre Rosat (qu’il travaille avec son metteur en scène) rend son jeu captivant.

Dans The Island, l’alternance du comique et grave du duo met le spectateur dans la confidence.

Lectures en Haïti

« C’est un des miracles comme sait en produire Haïti. Au nord de la capitale, dans la calme bourgade de Limbé, une petite bibliothèque fêtait ses dix ans d’existence et les 4.322 livres mis à disposition des 55.000 habitants dans de jolies salles baptisées des noms d’auteurs haïtiens: Gary Victor, Yanick Lahens et… Dany Laferrière. »
Lire la suite de l’article de Valérie Marin La Meslée dans Slate Afrique.

L’expo Dennis Nona est prolongée jusqu’au 31 décembre 2011

L’exposition de Dennis Nona, 64 estampes (eaux-fortes, linogravures) et sculptures de cet artiste des Iles du Détroit de Torres (Australie), à l’Hôtel Hèbre de Saint-Clément, Rochefort (Charente-Maritime) est prolongée jusqu’au 31 décembre 2011.

 

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Découvrez Dennis Nona expose l’imaginaire mélanésien du Détroit des îles Torres sur Culturebox !

« Faire sortir de Centre Tjibaou de ses murs » (Emmanuel Tjibaou)

Deuxième fils de Jean-Marie Tjibaou, Emmanuel Tjibaou a pris la tête du centre culturel qui porte son nom il y a un mois. Extrait de l’interview des Nouvelles calédoniennes.

« Aujourd’hui, on se prépare en vue du transfert de l’établissement au pays. Nous voulons développer le volet actions de proximité. Il faut faire sortir le centre de ses murs, aller dans les quartiers. Les 2 000 ans qui nous ont permis de forger notre identité, ce sont les mêmes que pour l’Occident. Mais l’Occident a formulé ses propres réponses qui correspondent à un environnement urbain. Nous, nous avons produit nos références avec celles de la tradition orale. C’est légitime de chercher à trouver ses marques mais le problème c’est que chez nous, les lignes bougent. Ce qui fait qu’on est mal à l’aise dans le monde occidental et mal en tribu. C’est pour ça qu’il faut proposer des perspectives en se demandant quel projet de société on veut construire ? Le centre ne peut offrir que des outils et des moyens. La responsabilité est à la charge de chacun en parlant sa langue, en disant ses contes, ses chants, ses danses… »