« Là où l’homme a perduré, a survécu une semence, rêve fécondant le temps »

Histoires rêvérées, est le titre magnifique dans son invention d’un recueil de nouvelles de Mia Couto, qui sera publié le 22 septembre.
Ces nouvelles écrites il y a deux décennies au lendemain de la guerre civile qui a ravagé son pays, le Mozambique, de 1977 à 1992, sont traduites en français par Elisabeth Monteiro Rodrigues pour les éditions Chandeigne.
L’auteur africain présente ainsi son ouvrage :
« Là où l’homme a perduré, a survécu une semence, rêve fécondant le temps. Ce rêve s’est dissimulé au tréfonds de nous-mêmes, là où la violence ne pouvait frapper, là où la barbarie n’avait pas accès. Durant tout ce temps, la terre a gardé, entières, ses voix. Quand on leur a imposé le silence, elles ont changé de monde. Dans le noir elles sont devenues lunaires. »
Et rien que ces quelques lignes disent beaucoup sur l’état de guerre permanent aujourd’hui, en Syrie, en Irak, au Soudan, et au-dedans des milliers de réfugiés qui fuient leur pays…
Nul doute que ce livre qui est présenté par l’éditeur comme « fondamental dans la genèse de l’œuvre de Mia Couto » est digne de lecture… On en reparlera, forcément.

Il y a les barils couleur de sang de Syrie…

A une femme de Syrie…

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les barils couleur de sang de Syrie
Il y a les barils couleur du ciel d’Alep
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue.

 

 

[D’après le poème de Paul Eluard, Dit de la force de l’amour, écrit le 13 avril 1947, publié dans Poèmes politiques, Gallimard, 1948. Dans ce recueil, le poète évoque le malheur de tous, liés aux événements du XXe siècle, mais aussi son propre malheur : la mort brutale de sa compagne, Nusch, décédée deux ans auparavant d’une attaque cérébrale]. Merci à hDes Allimes Hélène.